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29/11/2011

Un été à Cold Spring – Richard Yates

yates.jpg« Eh bien. Moi qui croyait que le diner était un moment privilégié pour la conversation. »

 

Ce qui est fou, avec Richard Yates, c'est que chacun de ses romans possède l'art d'emporter son lecteur loin, très loin de son quotidien, tout en lui arrachant des ha et des ho qui sonnent comme une reconnaissance, une empathie, une identification presque imperceptible et parfois martelante à ses personnages. Parce que Yates, quand il raconte ces existences fragiles, petites, désabusées, ces petits tout et ces grands rien, ces parcours confits de banalité, trace non pas à la plume mais au scalpel des portraits saisissants de vérité, tristes et lucides qui se dévorent en quelques heures ou quelques nuits, pourvu que l'on ait l'ivresse de vouloir plonger dans ces méandres suffocants d'existences engluées dans la morosité des rêves ratés et des espoirs enterrés.

 

C'est dur, sans doute, d'associer « identification » à « existences ratées », mais ce n'est pas le ratage de vies qu'il faut y voir mais la faculté qu'a Richard Yates de rendre ces personnages forts et proches, si bien dessinés, si bien affinés qu'ils semblent au lecteur leur frère, leur soeur, leur autres moi peut-être. Une précision d'entomologiste, donc, qui plonge le lecteur dans le quotidien d'existences banales de l'Amérique des années 40. Dans La fenêtre panoramique, Richard Yates saisissait le quotidien et les rêves brisés d'April Wheeler. Dans Onze histoires de solitude, c'est une poignée d'êtres seuls qu'il croquait avec une lucidité frappante, tandis qu' Easter parade accompagnait deux soeurs dans leurs vies diamétralement opposées mais aucunement heureuses.


«... il deviendrait l'un de ces hommes limités, sans envergure mais aimable, qu'on ne pouvait que prendre en pitié. »

Ici c'est la famille de Charles et Evan Sheppard dont l'existence va être disséquée par Richard Yates. Charles doit quitter l'armée à cause d'une vue trop basse, sa femme (que l'on verra à peine, comme l'ombre vaguement présente qu'elle est devenue) trempe sa mélancolie dans l'alcool. Leur jeune fils, Evan, ancien délinquant passionné de mécanique, va devoir épouser Mary puisqu'elle est enceinte. Et par là même renoncer provisoirement à entrer à l'université. Embauché comme mécanicien, il divorcera un an et demi plus tard. L'armée le refusera lui aussi pour cause de tympans perforés, mais pas Rachel, rencontrée par hasard quelques années plus tard. Rachel épousée (à l'époque, on se marie, tout simplement sans vraiment s'interroger), l'université définitivement oubliée, Evan ne se fera pas violence pour changer le cours de sa vie tout comme les autres personnages du roman : Gloria, la mère divorcée de Rachel, assoiffée d'amour comme d'alcool, ou d'amitié ou de reconnaissance, bref, assoiffée de tout ce qui ne la laissera pas seule ou encore Phil le jeune frère de Rachel, le seul, peut-être à essayer de ne pas rester passif devant la vie. Parce qu'il a encore, lui, plusieurs chemis possibles devant lui. A lui de savoir lesquels emprunter.


Bref, une poignée de personnages qui se croisent et se cherchent, se jaugent, s'aiment un peu mais toujours mal, trop mal parce qu'ils ne s'aiment pas eux-même, et que c'est là que le bat blesse. Tous empruntent des routes barrées, se cherchent, se perdent, se noient dans le brouillard de désirs trop mal exprimés ou trop enfouis, passant à coté de leurs vies et préférant rester sur place par paresse, ignorance ou faiblesse. Un désarroi poignant et lancinant qui perce sous chaque mot, chaque phrase ciselée, calculée, précise comme un scalpel qui vient entailler, lentement mais bien profondément, la sensibilité du lecteur. Redoutable.

 

 

Un été à Cold Spring – Richard Yates

Pavillons Robert Laffont – octobre 2011, 205 pages

 

L'avis de Racines

 

10:07 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook

21/09/2011

Les oreilles de Buster - Maria Ernestam

« J'avais sept ans quand j'ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j'ai finalement mis mon projet à exécution ».ernestam-oreilles-buster.jpg

 

Aucune surprise ne sera gâchée en citant cette phrase qui ouvre quasiment le roman de Maria Ernestam. On le sait donc dès le début, Eva, la narratrice, a décidé de tuer sa propre mère et l'a fait. C'est que qu'elle confie à ce journal, ce carnet, que lui offre sa petite-fille pour ses cinquante six ans.

 

A cinquante-six ans, Eva vit dans une petite fille suédoise, apparemment en paix avec elle même et avec les siens, son compagnon Sven et ses amies, Gudrun ou Petra. Une presque vieille dame paisible qui va, petit à petit, raconter cette vie qu'elle a vécue et ses relations avec sa mère, tyrannique et despote.

 

Et on y plonge avec délices, dans ces mémoires tantôt amères tantôt tendres, on se révolte devant le comportement ignoble de la mère d'Eva, on se propose de fournir l'arsenic ou le couteau ou le pistolet, on s'émeut, on s'attendrit, on rit, aussi, souvent, ou plutôt on sourit car Maria Ernestam n'oublie pas d'être drôle et de saupoudrer son intrigue de petites touches d'humour distancié et serein. Et, au delà de l'aspect tragi-comique du roman on se régale à lire ces pages et ces pages sur la construction de soi, sur les chemins que nous prenons ou ne prenons pas, les erreurs, les choix de vie, les bifurcations, les hésitations, et surtout les forces extérieures qui nous poussent et nous font avancer, agir, regretter aussi, parfois.

Un roman teinté de nostalgie, d'humour parfois noir (le sort réservé à Bjorn ne pourra que vous donner la chair de poule, tout comme celui réservé à ce fameux Buster et ses oreilles), dans lequel Maria Ernestam ouvre une petite fenêtre sur la société suédoise : les relations humaines, qu'elles soient amicales, familiales, amoureuses, sont dépeintes avec autant de tendresse que de lucidité, autant d'humour que de sérénité.

 

 

Maria Ernestam, Les oreilles de Buster

Gaia, 413 pages, août 2011

 

 

Lu pour les Chroniques de la Rentrée LittéraireChRL.jpg

 

 

L'avis de Emeraude.

 

12:20 Publié dans *Litterature Scandinave*, Rentrée littéraire 2011 | Lien permanent | Commentaires (18) | |  Facebook

05/09/2011

Des vies d'oiseaux - Véronique Ovaldé

des vies d'oiseaux.jpg« Mon Dieu, il me semble être bien vivante dans ma tombe ». Elle est vivante, Vida, ou plutôt elle tente de l'être, dans sa grande maison de Villanueva. Une grande maison que, au retour de vacances, elle et son mari Gustavo ne retrouvent pas cambriolée mais presque. Il n'y manque rien, mais on y et venu. On y est venu, on y a vécu, on en est parti. L'inspecteur Taibo va enquêter sur ses squatteurs qui occupent les riches maisons quand elles sont vides. Et partent sans rien emporter.

 

Ce n'est pas un polar, évidemment, même si l'intrigue repose sur cette enquête menée par Taibo. Ce n'est pas un polar car on devinera rapidement qui sont ces squatteurs. Pas un polar, non, mais bien encore une fois un roman très ovaldien, où les mots et les phrases forment des bulles de couleurs qui éclatent sur la page et forment un tableau coloré et onctueux. Coloré comme cette Amérique du Sud où se situe l'intrigue (Amérique du Sud où se situait déjà, approximativement, Ce que je sais de Vera Candida), onctueux comme l'atmosphère éthérée et mélancolique qui nimbe l'histoire et vient lentement envelopper le lecteur.

 

L'intrigue, pourtant, est aussi légère qu'un souffle : une femme, Vida, s'ennuie dans sa maison avec son mari riche. Ce n'est pas qu'elle ne l'aime plus, mais elle est mélancolique. Gustavo est riche et Vida vient d'Irigoy, une ville pauvre du centre du pays. Leur fille Paloma est partie, elle a fui avec son amant Adolfo et Vida ne l'a plus vue depuis longtemps. L'inspecteur Taibo, que sa femme a quitté, va tomber amoureux de Vida. Voilà. Rien de plus, on pourrait regretter l'absence de fond du roman, ou plutôt l'absence d'intrigue plus travaillée, plus élaborée, plus palpitante. Oui, peut être, et j'avoue l'avoir pensé au milieu du roman. Mais peu importe cette légèreté de l'histoire, elle est comblée, oui, comblée, par le style ovaldien que, pour ma part, je continue à aimer. Il y a des mots qui flottent dans l'espace, y ondoient, y scintillent, s'arrêtent un instant pour mieux repartir et voguer au fil des images qu'ils suscitent.

 

« Quand elle l'interroge, il lui fait une réponse bizarre, il lui dit que ce qu'il veut, c'est rester auprès d'elle parce qu'elle est comme un ensemble de molécules dans un vent stellaire et qu'il a peur qu'elle ne s'éparpille dans l'espace. »

 

Au delà de l'intrigue et de sa légèreté il y a les mots donc, et les images qu'ils suscitent. Des images où se dessinent les personnages, chacun avec leurs forces et leurs faiblesses. Ici c'est de mélancolie et de regrets qu'il s'agit. Pour combattre cette mélancolie les personnages partent, s'envolent, vers de nouveau horizons parce que pour vivre il faut partir. Pour aimer il faut partir ; à son tour prendre son envol. Quitter le nid. C'est ce que raconte Véronique Ovaldé, avec sa plume, sa grâce, et son talent de conteuse. Même si Des vies d'oiseaux manque - un peu - de contenu, il n'en reste pas moins un joli conte où les mots ont la part belle et les images continuent de flotter bien après la dernière page tournée.

 

« Taibo sentait les cascades et les marécages, la mangrove et la roche rouge du désert, il sentait la selle des chevaux, il sentait Liberty Valance et la tristesse chilienne, il sentait les pays que l'on quitte et le cuir patiné....cet homme avait la possibilité d'être tout près de vous et très loin à la fois, c'était une sorte de qualité mélancolique, de qualité tragique, son absence était palpable et douce, Vida aurait pu embrasser l'absence de cet homme...cette avidité, cette maladresse ont fait place à l'étonnement de découvrir leur intimité dévoilée, ces gestes qu'on ne devinait pas, ces caresses amorcées qu'on ne soupçonnait pas chez l'autre, et il s'est remis à pleuvoir, elle a entendu la pluie qui tambourinait contre les volets et qui plicploquait au grenier pendant qu'elle était sous cet homme et que le sexe de cet homme dont elle était en train de devenir très amoureuse (ce sont ces histoires d'ocytocine et d'on ne sait quoi qui la rendaient si triste et aimante à la fois), pendant que le sexe de cet homme était en elle, elle se fichait de ce que le docteur Kuckart aurait dit (quelque chose comme, « Méfiez vous de la passion amoureuse, cette maladie mentale ») elle voulait juste que cet homme la complétât et la soulevât, dramatiquement, qu'il pressât sa queue dans sa bouche, que sa nudité fut complète et augmentée, et depuis combien d'années n'avait-elle pas mis la queue d'un homme dans sa bouche, la peau si lisse et tendue, sa texture et son sel ? ».

 

Véronique Ovaldé, Des vies d'oiseaux

Editions de l'Olivier, 236 pages, aot 2011


Lu pour les Chroniques de la Rentrée Littéraire

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Véronique Ovaldé a gentiment accepté de répondre à mes questions sur "Des vies d'oiseaux". Cet interview est ici (et merci à Abeline Majorel de m'avoir guidée et épaulée pour cet interview). 

 

Les avis de Clara, Cuné

 

 


25/08/2011

Mémoire assassine -Thomas Cook

cook.jpgStevie est un rescapé. Son père a tué sa mère, sa soeur, son frère. Stevie avait neuf ans, était allé jouer chez un ami à la sortie de l'école. Son père l'a attendu un peu, pour l'abattre à son tour, avant de finalement prendre la fuite. Trente ans plus tard, Stevie est un homme marié, père de famille. Il a réussi à construire sa vie tant bien que mal, une vie fait de brics et de brocs, de souvenirs et d'interrogations, de doutes, d'hésitations, de hantises. Son père est toujours en fuite, l'affaire, sans être classée, est plus ou moins oubliée par les autorités. Mais un jour surgit Rebecca, une jeune femme qui écrit un livre sur les pères meurtriers. Sur ces hommes qui, un beau jour, massacrent leurs familles. Au fil de ses rencontres avec Rebecca, Stevie fait ressurgir le passé et reconstruit, par bribes, les semaines qui ont précédé le drame. Qui était son père ? Qui étaient ses parents ? Pourquoi en sont-ils arrivés là ?

 

Un roman d'une efficacité redoutable : on le commence et on ne peut plus le lâcher. D'un bout à l'autre, on est happé par la plume et l'histoire de Thomas Cook. Que ce soient les souvenirs – douloureux, poignants – ou les doutes de Stevie devenu homme, on ne peut que dévorer le roman. Petit à petit se dessine par strates successives le portrait d'une famille que tout désignait comme normale. Mais les apparences étaient trompeuses et ce sont les regrets, les rêves dissimulés ou enterrés, les non-dits, les rancoeurs qui petit à petit vont revenir à la mémoire de Stevie. Thomas Cook dépeint brillamment cette famille de classe moyenne et les désirs, les frustrations, les faiblesses de tous ces membres. Que ce soit la mère, frustrée, éteinte avant l'heure, la soeur, passionnée et passionnelle, qui rêve de partir et de fuir cette vie étriquée, ou le frère, colérique, isolé, faible... L'atmosphère est ouateuse, on vit avec cette famille, on ressent leurs émotions et leurs peurs, on tremble ou on compatit. En guise de miroir, au fil des souvenirs, on apprend à connaître Stevie et la vie qu'il a vécu ou réussi à bâtir. Mais les fondations sont fragiles et menacent de s'écrouler sous le poids de cette mémoire qui revient, peu à peu, réclamer son dû.

 

Un puzzle qui, en se formant, devient de plus en plus noir et va conduire Stevie à reconstituer petit à petit le drame survenu 30 ans plus tôt.

 

Terrible, donc, et fichtrement efficace, jusqu'à la dernière page, jusqu'au dernier sursaut que le lecteur ne manquera pas de faire. Un roman magistral et inédit : très bonne idée pour soutenir le lancement de ce nouveau format, je le répète, terriblement agréable à lire.

 

Mémoire assassine, Thomas Cook

Point2. Août 2011, 504 pages

 

A lire ici le premier chapitre du roman.

 

 

18/08/2011

Le dîner – Herman Koch

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Un restaurant. Un peu huppé, plutôt classe, où il faut sept mois d'attente pour obtenir une table.

Deux couples.
Lui, il est politicien, probablement le futur premier ministre du pays. Il s'appelle Serge.
Elle, sa femme, arrive les yeux rouges, elle a visiblement pleuré. C'est Babeth.
L'autre homme, le narrateur de l'histoire, est le frère du premier. Le frère cynique et impitoyable, celui qui méprise les ambitions politiques de son frère, celui qui déteste cet endroit. Il s'appelle Paul.
L'autre femme est Claire, la femme de Paul.


Serge, Babeth, Paul, Claire. Réunis au restaurant pour parler de ce qu'ont commis Rick, Michel et Beau. Leurs enfants. Un acte immonde, on le comprendra rapidement. Absents mais omniprésents. Parce ce que c'est pour faire face à leurs actes que les parents se sont réunis. Pour réagir, décider. Sauf qu'ils ne sont, évidemment, pas d'accord. Question de valeurs, ou de courage. D'ambitions, d'avenirs, les leurs, pas uniquement ceux de leurs enfants.

Voilà pour le résumé. Un roman en six parties (apéritif, entrée, plat, dessert, digestif, pourboire) pendant lesquelles va se dérouler une partie d'échecs où chacun abat ses pions : vanités, ambitions, lâchetés, hypocrisies : quand il s'agit de sauver ses enfants, chacun fait face avec ses propres armes. Et ces armes ne sont pas forcément celles qu'on croit, tout comme les valeurs des acteurs de ce drame. Et c'est sans doute ce point qui surprend et garde constamment l'intérêt du lecteur : les personnages ne sont pas ceux que l'on imagine et les petits arrangements avec la morale ou les saletés humaines ne sont pas exactement où on les attendait.

Un portrait cynique et terriblement noir d'un tranche d'inhumanité à laquelle on ne souhaite pas appartenir. Et pourtant. Que ne ferions nous pas pour nos enfants ? Qui peut savoir, en fait.



Le dîner, Herman Koch
Belfond, juillet 2011, 330 pages


Les avis de Clara, Ys, Cuné.



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11/08/2011

Un traitre à notre goût - John Le Carré

lecarrécouv.jpg« Elle est dans le sous-sol de Bloomsbury, elle, la compagne de Perry pour la vie soudain devenue son excédent de bagages, indésirable pour ce voyage. »

 

Soleil, argent, mafia russe, parties de tennis caniculaires, yachts et blanchiment d'argent. On y ajoute aussi un couple d'anglais bon ton, des agents secrets, Londres, Paris, une jeune fille de 16 ans belle et enceinte, un peu de sang et de représailles, du repentir et de la vengeance... Beaucoup de choses ? Trop ? Eh bien non car John Le Carré maîtrise de bout en bout ce roman à la fois tentaculaire dans son intrigue (en tous cas pour les néophytes du roman d'espionnage comme moi) et limpide dans ce qu'il raconte : corruption, lâchetés, veuleries, et surtout blanchiment d'argent : la noirceur du monde actuel s'étend et s'étale sur toutes les couches de pouvoir, qu'il soit officiel ou non.

 

Mais revenons un peu à l'intrigue, quand même. Deux jeunes anglais bon ton, donc, sont en voyage aux Antilles. Ils sont conviés par un richissime russe à une partie de tennis. Voilà pour la rencontre. Deux mondes qui s'ignoraient et notre jeune professeur de lettres et son avocate de compagne deviennent les confidents d'un mafieux russe, voire les récipiendaires d'une surprenante confession. Dima le russe veut vivre en Angleterre, il doit pour cela bénéficier de la protection des services secrets, et Perry et Gail seront ses messagers. De retour en Angleterre, les tourtereaux encore ébahis d'être mêlés à tout ça rencontrent des agents des services secrets très avides d'en apprendre un peu plus sur Dima.

 

Ce qui est impressionnant, avec ce traître à notre goût, c'est la maîtrise de la narration : une construction en « spirale », en quelque sorte : le roman commence par la rencontre entre Perry Gail et Dima, se poursuit par les interrogatoires entre Perry, Gail et Luke et Hector, ou Yvonne encore, les agents secrets des renseignements britanniques. Des flashs backs qui s'enchaînent avec brio, le tout parfaitement rythmé : on se laisse complètement prendre par le récit, on se perd parfois, un peu, on reprend le fil et on s'attache à Perry, ses doutes, ses hésitations, sa fascination pour Dima, tout comme on ne peut s'empêcher d'aimer Dima avec ses failles et – même – ses détestables défauts. Tous les personnages sont parfaitement croqués, les secondaires bénéficient tout autant de la même attention de l'auteur, tous deviennent indispensables et trouvent leur place dans le roman. Un vrai plaisir souligné par ce style limpide, décontracté et pourtant bien précis, souvent drôle au détour d'une phrase avec piquées là, l'air de rien, une petite pique, une petite perle qui nous font sourire.

 

Un vrai plaisir donc, auquel il faut parfois s'accrocher pour ne pas décrocher, justement à cause de la construction complexe ou tout simplement à cause du thème, mais qui mérite le détour et m'a furieusement donné envie de découvrir d'autres romans de Le Carré.

 

 

 

Un traître à notre goût, John Le Carré

Seuil, 373 pages, mai 2011