Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Page d'accueil | 2007-10 »

30/09/2007

MONKEY JOURNEY TO THE WEST – OPERA CHINOIS

7292bd12e68d8f2dd0d81919e55b0ca5.jpg
Fifille et moi avons été invitées à voir l'opéra pop "Monkey, journey to the West", oeuvre du Chinois Chen Shi-Zheng et des Anglais Damon Albarn et Jamie Hewlett (créateurs du groupe virtuel Gorillaz).

L’opéra est adapté d'un classique de la littérature chinoise datant de 1592, "La pérégrination vers l'Ouest" ("Xi You Ji" en version originale), de Wu Cheng’en, qui raconte le voyage vers l’Ouest (afin d’en rapporter les Saintes Ecritures Bouddhistes) de Triptikka, moine humble et dévoué, accompagné du Roi Singe, personnage facétieux et arrogant et de Porcet, homme-cochon paresseux, lubrique et cupide. Ils reviendront après 17 ans et auront découvert la Sagesse. Ce roman a été plusieurs fois adapté (BD, cinéma, pièces pour enfants).

Ce roman fleuve est adapté en 9 tableaux qui retracent le voyage des trois compères. Détonnant mélange de tradition millénaires et de culture pop, l’opéra mixe arts martiaux, chants chinois, acrobaties, animations en 3D.

La plupart des numéros sont techniquement très réussis et les artistes maîtrisent leur spécialités. L’effet visuel est abouti : couleurs, atmosphère, jeux de lumière sont surprenants.

Ceci dit, je dois avouer que je n’ai pas été convaincue.

Par la musique d’une part : mélange hybride de musique traditionnelle chinoise et d’électro-pop, je l’ai trouvée répétitive et manquant de mélodie, ou d’harmonie.

Les artistes chantent en chinois, les paroles sont sous-titrées. Je ne sais si c’est une traduction écourtée ou au contraire fidèle au texte original, mais les paroles sont consternantes « Vilain Macaque je vais te tuer » « je vais te tuer, je vais te hacher menu et te manger en sauce ».

Certains costumes étaient trop caricaturaux : des artistes habillées de voiles translucides formaient avec d’autres affublés de fausses têtes de monstres un ensemble assez peu harmonieux.

Pour finir, et c’est là mon plus gros regret, l’ensemble manque sérieusement de poésie. Les tableaux se succèdent, certains sont plus réussis que d’autres (j’ai trouvé le Banquet des Pêches Célestes plutôt ridicule, avec une chorégraphie enfantine), et même si certains tableaux sont remarquables (l’arrivée de la déesse Guanyin, notamment, est d’une grande beauté, l’artiste est suspendue à un harnais et survole les spectateurs en chantant), je suis restée sur ma faim. Il manquait cette étincelle de magie qui coupe le souffle, qui laisse haletant le spectateur et lui fait oublier sa montre !

Tout le monde n’était pas de mon avis dans la salle, et plusieurs spectateurs se sont levés pour une standing ovation à la fin. Le spectacle est décrit come "l'événement culturel de la rentrée". Tous les goûts sont dans la nature : je n'ai pas aimé plus que ça. Une chose est sûre cependant : j’ai très envie de lire ce livre et de connaître la version écrite de ce classique.

Un extrait ici.

MONKEY JOURNEY TO THE WEST – OPERA CHINOIS DES GORILLAZ  -THEATRE DU CHATELET, jusqu’au 13 octobre.

b88907b284f5b5d869b00bfaf2feac45.jpg175f24d72d9c50169310d99d17a2543c.jpg701b1ee7608af55e717cf061870a9e4c.jpg6b99f5d55f88388df86139e4daa8a2ab.jpg

20:15 Publié dans *Au théâtre ce soir* | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

28/09/2007

Perette et le cierge pascal

959568f63badcaa61406ded62e385425.jpgDimanche dernier, Perette, légère et court vêtue, se rendit à un baptême.

Perette était heureuse d’assister au baptême de son filleul âgé de 3 ans.

Quand Perette arriva chez les parents du petit garçon, elle voulut embrasser son filleul. Le rejeton poussa un hurlement strident, parce qu’il ne voulait pas aller au baptême, ne voulait pas qu’on lui mouille les cheveux, ne voulait pas mettre sa chemise blanche beurkebeurk. Le garçonnet menaçait en criant de crier pendant toute la cérémonie, et même avant et même après et même toute la journée, na.

Perette eu, un court instant, envie de le plonger immédiatement non pas dans les fonds baptismaux mais dans la baignoire qu’elle aurait préalablement remplie d’eau glacée. Elle pensa même à la soude caustique ou l’huile bouillante mais renonça pour cause de sentiments fort peu chrétiens. Peu fière de ses pensées indignes d’une marraine aimante, elle laissa le garnement aux bons soins de sa mère et se rendit à l’église.

Une fois l’assemblée en place et les récipiendaires du sacrement sagement assis (Perette soupçonna la mère du petit gars  de lui avoir fait ingérer deux valiums en douce avant de partir), le prêtre commença la cérémonie, qui fut par ailleurs fort jolie.

Quand l’heure fut arrivée de procéder au sacrement, le prêtre demanda à l’un des parrains ou marraines d’allumer le cierge baptismal au flambeau pascal, flambeau d’une hauteur toute cathédralistique. L’honneur en revint à Perette qui prit le cierge et leva le bras pour atteindre le feu divin.

C’était oublier que Perette est à peine plus haute que son filleul (là, je concède une légère exagération toute marseillaise).

Perette se hissa sur la pointe des pieds.

Rien à faire.

Perette leva le bras encore plus haut, plongeant la mèche et tatonnant à l’aveugle à la recherche de la flamme qu’elle apercevait à travers le cierge translucide.

Elle avait beau remuer et tourner son cierge à la recherche de l’étincelle libératrice, rien ne vint. Pourtant, Perette avait atteint le taux d’étirement maximum qu'une marraine en escarpins, jupe et chemisier peut espérer. Elle pensa à son ostéopathe, se demandant si, finalement, il méritait l’argent qu’elle lui laissait puisque qu’elle arrivait au même résultat, sans bourse délier et bénédiction en sus.

Au bout d’un moment qui sembla à Perette aussi long que son oral de mathématiques, quand, jeune lycéenne, elle considérait les mathématiques comme une insulte personnelle, le prêtre suggéra au parrain d’aider la marraine.

Notons que parrain et marraine avaient fait connaissance le matin même, devant l’église.

Le parrain se glissa derrière Perette et lui demanda à l’oreille combien elle pesait.

Prise d’une terreur sans nom, Perette imagina immédiatement l’inconnu la soulevant telle une poupée de cire.

Elle s’imaginait happée par une force non plus divine mais animale, ses pieds joliment chaussés battant l’air et sa jupe raccourcie par une force d’attraction qui n’aurait de divin que le but ultime de la manœuvre.

Perette se demanda pourquoi, 3 ans auparavant, elle avait accepté la lourde responsabilité d’être marraine et envisagea même de renoncer publiquement à la chose,  là, sur le fait.

Finalement le parrain, fier de sa plaisanterie, fut chevaleresque et lui prit gentiment le cierge des mains et l’alluma lui-même,  gratifiant Perette au passage d’un clin d’œil amusé.

Au cours du repas qui suivit, Perette sympathisa avec le parrain de son filleul. Ledit filleul, en ouvrant ses cadeaux et découvrant les livres que sa marraine lui avait achetés les jeta sur le canapé en demandant à quoi ça servirait.

Perette se consola en se gavant de choux à la crème et de dragées.

Moralité : mieux vaut offrir une voiture télécommandée que courir le risque de s’empâter. Et mettre des talons hauts pour se rendre à un baptême.

07:10 Publié dans Brune dehors blonde dedans | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook

25/09/2007

La bâtarde d’Istanbul – Elif Shafak

3dade87a8994bee56715b7683f14855e.jpgUne famille turque d’Istanbul, les KAZANCI, où les femmes sont complexes, passionnées, hypocondriaques, devineresses ou soumises, où les hommes meurent prématurément et laissent leur ombre flotter sur le quotidien de leurs femmes, filles, nièces ou sœurs.

Une famille arménienne émigrée en Arizona, les TCHAKHMAKHCHIAN, où le respect des traditions séculaires est le point d’ancrage pour supporter l’exil, où le culte du passé et la haine ancestrale des turcs sont cultivés de génération en génération, entretenus tel un héritage que tous se doivent de préserver et transmettre.

Rose Tchakhmakhchian pièce rapportée américaine dans cette famille traditionaliste, quitte son mari avec sa petite fille et épouse en secondes noces Mustafa KAZANCI émigré aux Etats Unis. Provocation ? Histoire d’amour ? Toujours est-il que la belle famille de Rose n’est pas prête de lui pardonner cette trahison.

La fille de Rose, Armanoush, est passionnée de livres et de littérature. Sa famille la presse de « ne pas briller trop fort », « parce qu’il n’est jamais bon de s’écarter du chemin des gens ordinaires ». Armanoush décide de partir secrètement à Istanbul, dans la famille de son beau-père, sur la trace de ses racines arméniennes.

Elle y rencontrera Azya, la bâtarde, l’enfant que Zeliha Kanzanci n’a pu se résoudre à avorter, élevée sans homme, entourée de ses tantes, mère, grand-mère, arrière grand-mère. Azya est nihiliste, ne se pose aucune question sur le passé ni sur ses origines, puisque le passé est passé et que rien n’y pourra changer.

Rien ne les rapproche et pourtant Azya la turque maussade et Armanoush l’américaine littéraire vont se lier d’amitié. Elles veulent connaître le passé et comprendre leur histoire. Les portes qui s’ouvriront à elles ne seront pas celles qu’elles attendaient.

Ce roman est excellent. D’abord parce qu’il est plein de couleurs, de saveurs, d’images et d’éclairs qui traversent l’esprit du lecteur : on plonge dans cette ville cosmopolite et multiculturelle comme dans un kaléidoscope permanent. On se repait de cuisine turque dont les effluves et les odeurs imprègnent les pages. On se régale des couchers de soleils et de la vie qui bouillonne dans cette ville étourdissante.

Mais aussi et surtout ce roman parle de la souffrance qu’un peuple opprimé  se transmet de génération en génération pour ne pas oublier, de la rancune et de l’hostilité qui accusent sans distinction, sans recul et sans concession. Du culte du passé et de la victimisation dans lequel on se complait sans aller de l’avant.

Il parle aussi de la mémoire à sens unique d’un autre peuple, dont l’amnésie soigneusement entretenue empêche de reconnaître ses crimes et de rechercher le pardon, à défaut d’absolution.

Portrait riche et foisonnant de la Turquie contemporaine, tiraillée entre traditions et modernité, Orient et Occident, nonchalance et dynamisme, La Bâtarde d’Istanbul est un très, très bon roman de la rentrée.

Elif Shafak a été accusée d’insulte à l’identité nationale turque et a risqué la prison avec ce roman. Elle a fort heureusement été acquittée.

Merci au libraire du Roi Livre, à Poissy, de m’avoir conseillé ce livre.

 

13:50 Publié dans *Litterature Turque* | Lien permanent | Commentaires (17) | |  Facebook

22/09/2007

HORS JEU - Bertrand GUILLOT

49c54f2f1289d17a68c003be5979d7a9.jpgJean-Victor Assalti est un jeune publicitaire ambitieux à qui tout réussi jusqu’à ce qu’il soit brusquement licencié.

JV se retrouve sur un marché du travail saturé et voit s’écrouler ses rêves de carrière brillante.

Il décide de s’inscrire à un nouveau jeu télévisé, la Cible et passe les castings avec une seule idée en tête : gagner le jeu, prendre sa revanche sur ces Dominants qui l’ont lâché.

C’est un livre intéressant. Certes l’écriture ne brille pas par son style recherché ; l’approche de Bertrand Guillot est toute autre : le style est dépouillé,  il va à l’essentiel. Un style qui   concorde parfaitement avec son héros : débutant carriériste, qui évolue  dans un milieu de Dominants et ne s’embarrasse pas de préjugés pour enrichir son CV autant que son compte en banque.

C’est un beau tableau sur l’ambition et la réussite sociale des jeunes cadres supérieurs, qui fêtent  dans les restaurants branchés leurs bonus à 6 zéros, leurs promotions obtenues à coups de bluff et d’intrigues, jeune femmes carriéristes aux dents aussi longues que leurs jupes sont courtes. Bertrand Guillot peint l’innocence et la naïveté des jeunes diplômés, leur sentiment de suffisance et de supériorité dûment ingurgité dans leur Grande Ecole.

Supériorité qui s’écroule au premier incident de parcours : déchéance et abandon progressifs, isolement qui broye les laissés-pour-compte de la réussite.

JV va ouvrir les yeux sur la vacuité de son existence et prendre conscience de l’inutilité de sa soif de réussite.

Le moule dans lequel il voulait à tout prix se couler, par conformisme social et surtout par peur de ne plus être dans la norme se liquéfie lentement jusqu’il se libère enfin du carcan conformiste dans lequel il se sentait protégé et invincible.

Les dessous des jeux télévisés et de l’audio-visuel en général sont aussi bien croqués : monde creux, cruel, cru où ambition, manipulation et hypocrisie sont les seuls facteurs de réussite et de reconnaissance.

Bertrand Guillot décrit un monde vain et futile, dans lequel son personnage va peu à peu découvrir que la vraie vie n’est pas là où il le pensait.

Les avis de Fashion Victim, qui m’a donné envie de le lire, d’Emeraude, de Stéphanie, de Clarabel

 

10:40 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

21/09/2007

Perette jeune conductrice

7428d560f1f689493221020cc1b741a1.jpgIl y a une bonne dizaine d’année, Perette passait son permis de conduire. Une fois le diplôme obtenu, elle conduit avec bonheur sa petite voiture.

Un samedi soir, alors que Chèrettendre est en séminaire en Californie, elle accompagne un couple d’amis au restaurant. Ils dînent à Saint Cloud, chez un gentil restaurateur où Perette est une habituée (importante précision, vous le comprendrez bientôt).

Une fois le dîner terminé, chacun repart de son coté, les amis sur Paris et Perette sur Suresnes.

Perette démarre et prend la direction du centre ville. Feu rouge. Perette s’arrête. Feu vert. Elle lâche l’embrayage et cale. Zut.

Perette redémarre, tant bien que mal et plutôt mal que bien. Elle arrive à pousser le moteur, qui sursaute plus qu’il n’avance, mais dans la confusion continue tout droit. Elle se dirige vers le Pont de Saint Cloud en se disant qu’elle n’aura qu’à prendre à gauche au carrefour.

Feu rouge (purée de bazar de cacahuète NM!!).

Perette stoppe en priant le dieu des jeunes conductrices de lui accorder un sursis.

A priori le dieu des jeunes conductrices sort le samedi soir car il n’entend pas ses prières. Perette cale à nouveau.

Au niveau du Pont de Saint Cloud les autres conducteurs sont nettement plus anxiogènes.

Le Dieu des jeunes conductrices a dû laisser un intérimaire au bureau car Perette redémarre après plusieurs tentatives.

Elle prend la première à droite, elle ne raisonne plus. Elle lève les yeux sur le panneau devant elle. Autoroute A13, direction Versailles.

Perette ne réfléchit plus, elle panique.  Elle ne PEUT pas prendre l’autoroute de Versailles puisqu’elle habite à Suresnes. Elle envisage un instant de faire demi-tour, là, tout de suite, maintenant. Il lui reste un peu de bon sens et surtout  l’intérimaire est sympa : Perette aperçoit un embranchement sur la droite, direction Saint Cloud Centre.

Elle braque à droite, et tant pis pour le noctambule derrière elle qui n’a pas l’air d’apprécier.

La route monte et fait un virage en épingle à cheveux.

Perette se sent délivrée, elle a échappé à une longue nuit passée à errer sur les autoroutes de France.

Elle est tellement délivrée qu’elle prend son virage en troisième. Un reste de raison la fait rétrograder. Deuxième. Première.

Et là tout s’arrête. Définitivement. En plein virage. Sur une côte. En pleine nuit.

Perette est seule au monde.

Perette fait appel aux quelques neurones opérationnels qui lui restent et réfléchit. Appeler Chèrettendre au bout du monde ?  Inefficace. Appeler ses amis ? Ils ne sont sans doute pas encore arrivés. Appeler un garagiste ? Elle n’a pas d’annuaire et n’en connait aucun.

L’idée lumineuse surgit enfin. Perette appelle le restaurant et explique au gentil restaurateur ce qui lui arrive.

Il connait un garagiste et va lui passer un coup de fil. Promet à Perette de la rappeler tout de suite. Perette raccroche. Réalise qu’il n’a pas son numéro.

Une autre voiture arrive. Ne peut pas passer. Perette pense que l’intérimaire lui a envoyé un sauveur.

Le sauveur n’est autre qu’une jeune femme qui ne peut rien pour Perette.  Elle lui suggère de parquer sa voiture en marche arrière- roue libre pour libérer le passage.

Au point où Perette en est...

Elle fait une espèce de créneau à gauche, en pente, en marche arrière, en pleine nuit, sans moteur et juste au frein. Elle libère le passage et la jeune femme lui souhaite bon courage.

Soudain une autre voiture arrive. C’est le gentil restaurateur qui n’a pas réussi à la joindre et est donc venu directement. Son copain garagiste ne peut pas venir tout de suite mais il sera là demain à 9:00. Le gentil restaurateur ramène Perette chez elle, à Suresnes.

Dimanche matin, 8 :45, Perette est sur place et attend le garagiste.

Elle ouvre la portière, se glisse au volant et met la clef dans la serrure, au cas où.

La voiture démarre immédiatement, instantanément, fraiche comme une rose.

Le garagiste arrive. Perette explique, penaude, que sa voiture vient de démarrer alors qu’hier encore elle agonisait.

Il jette un œil sur le moteur, ne trouve rien qui cloche et explique qu’elle vraisemblablement noyé le moteur et qu’il aurait suffi quelle patiente pour redémarrer. Il lui fait juste payer le déplacement.

Lundi matin Perette a envoyé un énorme bouquet de fleurs au gentil restaurateur.

Moralité : Perette conduit à présent un diesel. Mais il lui a fallu longtemps pour ne plus avoir peur au premier feu rouge. Et pour ne plus avoir honte en racontant cette histoire.

08:10 Publié dans Brune dehors blonde dedans | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook

18/09/2007

Le dieu du carnage - Yasmina Reza

340a6acd042633d012807c4cd98738b5.jpgUn appartement confortable. Michel et Véronique Houillié reçoivent Annette et Alain Reille.

Dans une vulgaire bagarre d’écoliers, le fils des Reille a attaqué celui des Houillié et lui a cassé deux dents. Leurs parents se rencontrent pour régler le litige à l’amiable, entre adultes civilisés.

Le point de départ de cette pièce est tout à fait banal. Cette histoire peut arriver à tout le monde et c’est bien là un des premiers talents  de Yasmina Reza. Des circonstances au départ purement anodines provoquent une répercussion immédiate sur le lecteur, l’emmenant dans une propre introspection quant à sa façon de réagir et d’appréhender pareille situation.

La rencontre qui se veut courtoise dégénère. Les deux couples bobos s’autoproclament conciliants et ouverts, mais très vite les masques vont tomber, de réflexions anodines en remarques perfides et assassines.

Alain Reille, l’avocat suffisant, reste pendu au téléphone et étale sans état d’âme ses petits arrangements avec l’éthique.

Véronique Houillié qui se veut pacificatrice-moralisatrice ne tarde pas à afficher mépris hautain et arrogance intellectuelle.

Annette Reille s’effondre sous le joug dominant de son mari et laisse éclater sa mélancolie et son amertume.

Michel Houillié,  incapable de singer plus longtemps l’être conciliant que sa femme lui avait demandé de paraître,  devient caractériel et intolérant.

Les personnages révèlent leur nature profonde (se la révèlent à eux même ?). La courtoisie de façade se disloque sous les mensonges et les non-dits, les frustrations explosent et la nature de chacun reprend violemment le dessus. La dispute des enfants n’est plus que le point de départ oublié d’une polémique houleuse sur la morale et l’éthique, sur la façon dont chacun des protagonistes (de nous ?) gère son propre rapport à la civilité et à la bienséance, son rapport à l’autre, à la famille.

L’apéritif banal se transforme en un huis-clos tendu, où la violence des propos, la tension oppressante de ces couples dont l’apparente harmonie se désagrège lentement nous embarquent dans un beau moment de théâtre.

La pièce de Yasmina n’a pas encore été montée à Paris.  Il va donc falloir attendre pour s’en régaler (Yasmina si vous me lisez, je suis partante !).

En attendant, une pièce à lire avec jubilation.

15:30 Publié dans *Au théâtre ce soir* | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook

16/09/2007

Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire - Vikas Swarup

1dfe721fd6fc92e73a861bca730eabf4.jpgRam Mohammad Thomas est un jeune indien sans le sou. Il participe au jeu « Qui veut gagner un milliard de roupies » et répond aux 12 questions qui lui ouvrent les portes de la fortune.

Mais le producteur n’a pas les moyens de payer : Ram est accusé de tricherie et doit justifier comment un serveur illettré a pu répondre correctement aux questions (« le cerveau est un organe que nous n’avons pas le droit d’utiliser »)

Il raconte à son avocate les rencontres décisives qui lui ont permis d’acquérir ces connaissances.

Au fil des chapitres, Ram nous plonge dans l’Inde d’aujourd’hui, moderne et technologique mais aussi archaïque, avec ses castes, ses traditions.

La vie de Ram est une succession de rencontres et de pérégrinations, qui lui feront cottoyer des stars de cinéma, des tueurs à gage, des prêtres pédophiles, des diplomates.

J’ai trouvé la description de l’Inde intéressante : les bidonvilles, la société de consommation, Bollywood et mélange des religions, Wikas Swarup nous entraîne dans un beau tableau des multiples contradictions au pays.

Mais je dois dire que je n’ai pas non plus été emballée par le roman. Le style n’est pas très recherché, et les aventures, certes parfois très cocasses ou bien dramatiques, m’ont laissée froide jusqu’à la dernière question. C’est seulement à ce moment que j’ai accroché et ai apprécié la lecture.

J’ai trouvé le personnage de Ram intéressant, sorte de Candide Indien et contemporain ; il semble se laisser porter par les événements, et, même s’il est habile et sage, je n’ai pas réussi à le trouver attachant.

Les avis (plus enthousiastes) de Tamara, Miette.

11:05 Publié dans *Litterature Indienne* | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook

15/09/2007

Hairspray

085db7a3b23a6112795e0bdee7fd823b.jpgBaltimore, 1963. La ségrégation existe encore et la jeunesse de la ville rêve de danser au Corny Collins Show, célèbre émission de télévision.

Tracy, jeune fille rondelette et danseuse hors pair, rêve d’y participer. Elle parviendra à intégrer la troupe et deviendra immédiatement une star dans sa ville. Or, elle propose de réaliser une émission où les noirs et les blancs danseront ensemble, à l’heure où la population de couleur ne danse que pendant les « jours des noirs».

C’est un film gai, très enjoué, plein de fraîcheur et de bonne humeur qui offre un très bon divertissement.

En pleine Amérique conservatrice et ségrégationniste, la tolérance, le respect des différences (qu’elles tiennent à la couleur de peau ou au physique) tissent la véritable trame de cette comédie kitch à paillettes.

0dfd5cab842f5c43f7b70fee97f78afa.jpgLa jeune actrice qui interprète Tracy, Nicky Blonski, est parfaite. Jolie, gaie, à la fois naïve et forte, c’est une très belle interprétation pour cette actrice qui joue ici son premier rôle à l’écran. Elle est d’une fraîcheur impressionante.

Michèle Pfeiffer, parfois trop caricaturale, y est superbe de fourberie et de jalousie. 75c9164711b567bb9185d6a5c9d9023a.jpgAncienne reine de beauté reconvertie en directrice de chaîne télé, elle n’espère qu’une chose, c’est que sa fille Amber (sorte de Paris Hilton des sixties, mais en plus sage) devienne à son tour Miss Hairspray.

Les parents de Tracy sont interprétés par Christopher Walken, fc789476147f91263cb6bd6a46c93421.jpgun peu trop en retrait dans son personnage mais souvent juste et John Travolta dans le rôle d’Edna, la mère de Tracy. Il est à coté du personnage : il en fait trop et frise le ridicule. Il est difficile d’oublier la star derrière le masque et son personnage est trop caricatural pour être attachant et encore moins crédible.ead4448d350e402944a5db4b7b807c9f.jpg

En résumé : film réjouissant, juste pour passer un bon moment et un beau message à rappeler à nos enfants sur la tolérance.

17:20 Publié dans *Séance pop corn* | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

14/09/2007

Extrêmement fort et incroyablement près - Jonathan Safran Foer

ee6bb03284de2d5caadf9c24cf32fc0d.jpgOskar est un petit garçon de 9 ans. Son père se trouvait au World Trade Center le 11 septembre 2001. Avant que les tours ne s’effondrent, il a laissé 5 messages sur le répondeur de sa famille.

Rentré plus tôt à la maison ce jour-là, Oskar a écoutés les messages et scrupuleusement caché le répondeur sans jamais en parler à sa mère.

Un an après, il découvre dans le dressing de son père une clé dans une enveloppe, où seul le mot « black » est écrit. Muni de cet unique indice, il décide de partir à la recherche de la serrure qu’ouvre cette clef.

Jonathan Safran Foer écrit joliment sur le parcours d’un enfant traumatisé qui croit pouvoir trouver les raisons d’une mort absurde.

Amusant, émouvant, il surprend le lecteur en déstructurant les codes classiques de l’édition. Variations de typographie, dessins insérés, gribouillages et annotations glissés dans le texte sont autant d’éléments aussi étonnants et réjouissants que contrariants quand ils deviennent répétitifs.

Le deuil d’un jeune garçon doit faire après la mort de son père, l’indifférence, le refus, le déni, la colère, la douleur qu’il éprouve tour à tour sont autant de thèmes abordés ici avec pudeur. Derrière l’humour se cachent beaucoup de tendresse et de sensibilité.

A travers les errances d’un petit garçon aussi intelligent que marginal, l’auteur nous promène dans un New York trépident et angoissant, où Oskar croisera des personnages singuliers qui lui ouvriront leurs portes : un chauffeur de taxi tendre et généreux, une veuve qui vit sur le toit de l’Empire State Building depuis la mort de son mari dans une éternelle et troublante nostalgie, son voisin qui vit un étage au dessus et n’est pas sorti de chez lui depuis 24 ans.

On y rencontre aussi sa grand-mère avec laquelle Oskar communique avec un talkie walkie depuis sa fenêtre et qui héberge secrètement son mari, revenu depuis les attentats, et qui avait quitté sa femme alors enceinte. L’homme est muet et ne communique qu’en écrivant sur un cahier ou en montrant ses mains tatouées de OUI et NON. Au travers l’histoire de ce couple hors normes, la guerre, l’immigration et les difficultés que rencontre une famille en arrivant dans cette métropole sont sobrement évoquées.

En résumé, j’ai bien aimé ce roman. Parfois le style agace et les longueurs s’installent, mais, dans l’ensemble, j’ai apprécié ce récit à la fois pudique et émouvant sur la quête d’absolu et de vérité d’un enfant après la mort de son père.

Si je devais émettre des réserves, elles concerneraient sans doute le personnage de la mère d’Oskar, que l’on ne voit finalement que trop peu dans le roman et dont ne sait pas grand-chose sur son propre travail de deuil. L’ensemble est aussi parfois un peu long.

10:05 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

12/09/2007

Gabrielle ? Moi ? Jamais !

94483a794edb2d436251d98610dea2f1.png

Tout le monde connait aujourd’hui les héroïnes de la série Desperate Housewives.

Au détour d’une visite sur le site officiel de la série (je précise que cette visite était faite dans un but purement professionnel, puisque j’ai surfé depuis l’ordinateur de mon bureau. CQFD), bref, en étudiant le marketing des produits dérivés et sa pertinence commerciale, disais-je, je suis tombée sur un quizz « Which desperate housewive are you ? ».

Ma conscience professionnelle m’a aussitôt dicté de me prendre au jeu afin de pouvoir extraire de ce test quelque intérêt éminemment stratégique pour notre société, qui, je le précise, est purement industrielle mais, qui sait, pourrait dénicher ici un concept  inédit pour accroître sa future expansion.

Le test consiste à répondre à 15 questions en anglais (un conseil : prenez vos dictionnaires, ce serait bête de répondre que vous ne mentez jamais si vous êtes une perfide et félonne personne, ou que vous préférez éduquer vos enfants par des fessées plutôt qu’en leur confisquant leur carte bleue pour l’utiliser chez Marc Jacobs).

Après 15 questions toutes aussi pertinentes les unes que les autres, le résultat tombe.

Je suis Gabrielle.

Gabrielle, l’égoïste, la cupide, la futile.

Damned. J’étais sûre de tomber sur Bree. Je voulais tomber sur Bree.

Je suis maniaque comme Bree. Mon intérieur est clean, parfait. Parce que je fourre tout le bazar dans les tiroirs que je n’ouvre jamais, ça m’évite de ranger.

Parce que je suis une obsessionnelle compulsive (je suis capable de faire trois brushings par jour, vu que je déteste ma tignasse frisée, d’ailleurs j’ai plusieurs sèche-cheveux avec lesquels j’entretiens des rapports passionnels ; j’use un gel antibactérien par semaine, un tube de crème pour les mains par quinzaine).

Parce que je ne laisse rien paraître et je n’aime pas être percée à jour.

Parce que j’adore cuisiner et j’adore recevoir.

Parce que je suis une mère névrosée qui a mis sa fille dans une école où la maitresse déchire les pages des cahiers quand il y a une erreur.

Parce qu’elle est complètement fêlée et moi aussi.

Et vlan, me voilà en Gabrielle égocentrique, enfant gâtée. Moi ? Certainement pas.

D’abord je ne suis pas égocentrique. J’aime qu’on m’aime, c’est différent.

Et  puis Gabrielle est brune alors que je suis châtain avec des reflets roux (Bree est rousse). Gabrielle est plus grande que moi (Bree aussi ? et alors ?)

Gabrielle passe son temps à faire les boutiques, pas moi. En tout cas pas cette semaine.

Gabrielle trompe son mari avec son jardinier. Je n’ai pas de jardinier.

J’ai refait le test une seconde fois (je vous vois venir : les questions changent, je n'ai pas essayé de répondre différement aux mêmes questions ! Blonde mais pas trop!) Je l'ai refait bien sûr uniquement pour vérifier le bien fondé des questions et m’assurer que ma société pourrait vraiment utiliser ce type de test avec ses clients ("que faites vous quand vous ne recevez pas à temps vos outils industriels ? vous vous roulez par terre ? vous cassez les machines et prétextez un cyclone concentré sur  votre usine? vous invoquez une grève surprise pour cause de blouses d’atelier blanches alors que la mode est au gris ?").

Gabrielle à nouveau.

Bon. Puisque la machine le dit, ce doit être vrai. Je vais de ce pas faire les boutiques. Et embaucher un jardinier, à condition qu’il s’appelle Georges et qu’il fasse aussi le café.

Je laisse le lien, pour le cas où vous souhaiteriez étudier à titre comparatif le marketing de la série...

 http://abc.go.com/primetime/desperate/quiz/index.html

15:15 Publié dans Bric à blog | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook