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12/10/2007

Perette chez le coiffeur

0dfd82cba8c206b350af9a96876824ed.jpgPerette adore aller chez le coiffeur. Rien de tel qu’un massage du cuir chevelu, un bon livre et vogue le bonheur, Perette s’abandonne aux mains expertes, se plonge dans sa lecture et repart les cheveux au vent et le sourire aux lèvres.

Il  y a fort longtemps, Perette, submergée par l’organisation d’un séminaire éminemment crucial pour son employeur, décida d’aller se faire papouiller la tête afin d’oublier le temps d’un déjeuner les empêcheurs de tourner en rond, les râleurs, les mesquins, les querelleurs, bref, tous ces gens qui l’empêchaient de s’effectuer sa noble tâche et de mériter haut la main son augmentation annuelle.

Fermement résolue à oublier ces importuns, Perette fila tout droit au centre commercial voisin et pénétra dans l’alcôve de béatitude et de volupté, j’ai nommé le coiffeur du coin.

Force est de constater que Perette n’était pas la seule à souffrir d’intense dépression professionnelle. Le salon bruissait du ronronnement des sèche-cheveux, du papotage des ouvriers du cuir chevelu, de la sonnerie stridente du téléphone, le tout dans une ambiance qui tenait plus du backstage d’un défilé de haute-couture chez Galliano que du havre de paix auquel Perette aspirait.

Perette expliqua à une hôtesse essoufflée qu’elle ne désirait qu’un shampoing -brushing, un moment de paix, un peu de douceur dans un monde de  brutes et passa illico au shampoing.

Après moult ajustements thermiques et le shampoing réalisé, la shampouineuse abandonna Perette, tête et épaules trempées.

Perette prit livre et attendit patiemment que l’on s’occupe d’elle, s'abandonnant aux mots de l'écrivain.

Au bout de deux chapitres elle releva la tête ; point de capillicultrice à l’horizon.

Perette se sentait totalement transparente. Elle héla une jeune dame qui semblait être une salariée de l’endroit, arguant du temps qui passait et de ses cheveux qui séchaient.

Pire : qui commençaient à friser.

La jouvencelle saisit un séchoir et se mit à l’ouvrage.

Une  première mèche fut raidie, puis une deuxième, quant un employé visiblement plus aguerri vint réclamer le sèche-cheveu.

La néophyte s’excusa auprès de Perette : son propre appareil avait rendu l’âme le matin même, et elle se voyait  forcée d’emprunter ceux de ses alter ego : elle courut en prendre un autre, qui lui fut vertement refusé par un collègue énervé. La pauvre stagiaire profita de la pause d’un autre compagnon et s’empara sournoisement de son instrument.

Elle revint, le sourire aux lèvres et l’outil à la main.

Elle reprit son ouvrage et constata que la chevelure de Perette commençait à retrouver son état normal, c'est-à-dire une masse informe de frisottis rebelles et mousseux.

Elle suggéra à Perette de repasser au bac, l’état actuel de l’amas le rendant impropre à toute tentative de sculpture harmonieuse.

Perette, toujours décidée à passer un moment agréable, obtempéra bien que sa patience fut à bout.

Une fois la chevelure à nouveau prête à recevoir le sacrement du brushing, la jeune femme se remit à l’ouvrage.

Le sèche cheveu, probablement complice, s’alluma pour rendre aussitôt l'âme.

L’ingénue courut en prendre un autre.

Qui lui fut trés vite arraché par un collègue visiblement agacé de se voir dérober son outil de travail.

La friponne se confondit en excuses inaudibles et disparut dans l’arrière-boutique. Ses larmes de désespoirs auraient pu se mêler à celles de rage de sa cliente.

Perette chercha des yeux la caméra cachée. Elle se demanda si l’émission de télévision qu’elle regardait dans son enfance était toujours diffusée et si Jacques Rouland la filmait, dissimulé derrière un rideau, voire – pire - derrière le miroir sans tain dans lequel Perette observait avec déconfiture l’aspect pitoyable de sa chevelure.

Au bout d’un moment qui lui sembla interminable, Perette se leva, exigea d'un calme olypien qu’on termine son brushing et qu’on la laisse partir, seule alternative à la crise de nerf en public qu'elle promettait de faire si on s'occupait pas d'elle sur le champ.

La responsable du salon présenta diligemment des excuses et termina le travail entamé.

Une fois le brushing enfin terminé, la direction du salon informa Perette que la piteuse prestation lui serait offerte et lui remit en dédommagement un bon cadeau pour un prochain passage.

Perette accepta la gratuité et déchira le bon cadeau, puis retourna à son labeur, le cœur en berne, le moral à zéro et les nerfs en boule.

Perette s’est longtemps demandé si tout cela était véritablement arrivé, si elle n’avait pas été filmée à l’insu de son plein gré, ou si, tout simplement, son état de fatigue ne lui avait pas joué des tours et elle n’avait pas rêvé cet épisode.

Il lui suffit de voir une photo prise le lendemain pour constater que sa coiffure, elle, s’en souvenait encore…

 

15:10 Publié dans Brune dehors blonde dedans | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook

Commentaires

Merveilleux ! (enfin à lire... :)

Écrit par : lily | 12/10/2007

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Moi aussi j'ai les cheveux qui frisent ;-)

Écrit par : Spencer | 12/10/2007

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lily : merci !
Spencer : la prochaine fois je viens avec mon sèche cheveux et je t'apprends l'art compliqué du brushing ,-))

Écrit par : amanda | 13/10/2007

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Ca, ça me rappelle pourquoi je mets les pieds aussi rarement chez le coiffeur:!!! Et moi zaussi, mes cheveus frisent! ;-)

Écrit par : chiffonnette | 14/10/2007

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Ils ne sont pas tous comme celui-ci, grace à dieu !
J'en ai trouvé un autre très bien !

Bon nous sommes donc déjà deux au clan des Frisottis ! (mais je me cache sous de longues mèches lisses)

Écrit par : amanda | 15/10/2007

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Et de trois pour les frisottis ! j'ai horreur d'aller chez le coiffeur et là il va bien falloir s'y résoudre ...

Écrit par : cathulu | 16/10/2007

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cathulu : méfie toi des sèches cheveux qui trépassent ;-))

Écrit par : amanda | 16/10/2007

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