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30/10/2007

MICHAEL CLAYTON - Tony Gilroy

3e89b191bfa0732c4eda656ea19826f0.jpgAu cours d’un procès engagé par plusieurs victimes contre une grosse firme agrochimique, l’avocat de la firme, engagé auprès d’un des plus gros cabinets américains, perd soudain la tête, se déshabille en pleine réunion et crie à tout va que la firme accusée est bien coupable et dissimule la toxicité de ses produits.

Le cabinet d’avocat fait alors appel à Michael Clayton, personnage désabusé dont on ne sait au début s’il est flic ou avocat, corrompu ou honnête, pour régler la situation et enrayer la crise.

Le début du film est bâti en flash back. Pas toujours facile pour le spectateur de se repérer parmi les personnages, les situations qui ne paraissent avoir aucun lien entre elles, les allers-retours entre semaine dernière et après demain, présent… puis petit à petit l’intrigue se met en place pour laisser place à un thriller très sobre, des scènes sombres filmées sans sensationnalisme mais plutôt avec une certaine âpreté. Les plans sont rapprochés, l’éclairage clair-obscur, le tout donne une atmosphère qui pourrait être pesante si les personnages ne donnaient de résonance au film grâce à une très bonne interprétation.

379bae3752ac45ff155cf8b1a1a1a27d.jpgGeorge Clooney y interprète très sobrement un ancien procureur, plus looser qu’avocat aux dents longues, embauché pour étouffer un scandale, qui va peu à peu découvrir que U.North, la firme accusée de tromperie, est bien coupable et surtout est prête à tout, même au pire, pour échapper au procès. Alors qu’il était prêt à vendre son ami pour écoper ses dettes, il va découvrir la vérité et faire éclater la vérité.

c10e20016508b01482d5002de7a3e97a.jpgTilda Switon est la directrice juridique de U. North, prête à tout pour protéger la firme qui l’emploie. Personnage ambigu, glaciale et décidée en public, totalement angoissée voire hystérique en privé, on ne sait rien de sa vie privée, on imagine une femme qui a tout sacrifié pour son employeur. J’ai préféré son jeu de femme public à l’autre, trop forcé à mon sens.

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Tom Wilkinson est l’avocat respectable qui a découvert la vérité et pète les plombs. Il se révolte contre la société, le pouvoir de l‘argent et des enjeux économiques plus forts que la morale ou l’éthique.

Syndney Pollack, enfin, est le patron de la société d’avocats. Sur le point de vendre sa société, il veut à tout prix se débarrasser d’une affaire douteuse qui lui fera perdre une fusion profitable. Il est excellent dans son jeu : froid, détaché, cynique.4883c04271c68ae003a8f1e04901a9c6.jpg

Au final, un bon film engagé. Même si le thème a été traité maintes fois au cinéma (dans une certaine mesure l’intrigue fait penser à « Erin Brokovitch »), l’approche plus intimiste en fait un polar assez noir et sec, qui se laisse regarder sans déplaisir.

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28/10/2007

UN JOUR SUR TERRE

da7c9482a0f2cae646af87ee6e0b256a.jpgPériple sur la terre de l’Arctique au printemps à l’Antarctique en hiver, Un Jour sur Terre est un magnifique documentaire, qui débute 200 km au sud du pôle nord, traverse la Toundra , la jungle de Nouvelle Guinée, le Delta de l‘Okavango, …

Les images sont d’une beauté époustouflante : une ourse polaire sort de son hibernation avec ses petits, des caribous migrent par millions, des éléphants parcourent des centaines de kilomètres pour trouver de l’eau… les plans sont rapprochés, la caméra caresse presque la fourrure des animaux.

Certaines scènes sont d’une prouesse technique impressionnante : les léopards d’amour, dans la Toundra (il n’en reste que 40 sur terre) sont filmés de très près, l’attaque nocturne d’un éléphant par des lions, le jaillissement d’un requin blanc qui attaque une otarie. Chaque photo, chaque plan est spectaculaire, d’une beauté presque irréelle.7b9e1141a4d758bcf491c10c72deae3f.jpg

Je regrette en revanche que le commentaire (lu par Augun) soit aussi lisse. A peine dit-on à la fin que l’ours polaire est « le symbole tragique du destin de notre planète » et de son « équilibre précaire ». L’ensemble crée à mon sens un documentaire parfaitement réalisé, des paysages grandioses et des scènes animalières somptueuses, mais qui rappelle trop brièvement les dangers du réchauffement climatique. 
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Un film pour les adultes et les enfants.

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25/10/2007

Perette, ça KARToon

9db30318ce26e094aada497a278445a6.jpg Lors d’un séminaire commercial organisé haut la main par Perette, les participants se virent conviés à participer à une activité Team Building, activité consacrée à une compétition de kart.

Les 50 participants étaient séparés en trois groupes de niveaux différents : les très bons, les juste en dessous et pour finir les moins habitués (bel euphémisme pour qualifier les pros, les bof et les nuls, mais, séminaire commercial incentive oblige, Perette s’était sentit obligée d’user de qualificatifs plus diplomates).

Une fois les groupes constitués, Perette s’aperçut non sans déplaisir que le groupe 3 ne regroupait que des filles, les deux autres groupes trustant la gente masculine surreprésentée dans cette société purement industrielle.

Inutile de préciser les railleries, les sarcasmes et les quolibets dont furent affligées les 15 jeunes et jolies damoiselles qui décidèrent illico de prouver à ces coqs arrogants que fille ne rime pas forcément avec bille et qu’il faut vraiment se méfier des femmes au volant.c0ea531858fff67a9eff8511ce08b8df.jpg

Perette, en organisatrice modèle, se dévoua la première et chercha une combinaison à sa taille. Elle fouilla, essaya, enleva, réenfila, malheureusement aucune de ces adorables combinaisons rouge fraise ne lui allait, faute de taille enfant.

Tant pis, elle courrait comme elle était, et tant mieux si elle ne ressemblait pas à un nain déguisé en bonhomme Michelin trempé dans une marmite de grenadine. Les filles se mirent donc en ligne, attendant qu’on leur attribue un kart.

Perette discuta avec sa voisine, qui lui  avoua être probablement la seule personne en France, voire dans le monde et peut-être même dans l’univers, a avoir réussi à retourner sa voiture et terminer sur le toit alors qu’elle roulait à 30 km/heure en sortant de chez elle. Et que son voisin s’en souvenait encore, surtout puisqu’elle portait une jupe ce jour là.

Perette, n’ayant jamais subi telle mésaventure et se sentit rassurée quant à ses propres facultés.

Le gentil directeur de circuit (qui par ailleurs était tout à fait charmant) étudia Perette et lui tendit un objet en polystyrène noir, de forme concave, objet que fixa Perette d’un air perplexe.

Le gentil directeur de circuit lui expliqua que l’objet en question lui serait fort utile, voire indispensable, puisqu’il s’agissait d’un réhausseur, et que sans cela elle avait peu de chances d’atteindre les pédales.

Perette prit l’objet, les joues aussi rouges que les combinaisons de ses compagnes, enfila son casque et se promit de gagner cette course, foi de petite, ou tout au moins d’y obtenir un résultat acceptable.

Une fois le signal donné, Perette se lança dans l’aventure, et accéléra gaiement dès la première ligne droite. Le premier tour se déroula sans difficulté majeure. Puis, après le deuxième virage compliqué, elle essaya de doubler une concurrente. Elle déporta son kart à gauche mais l’adversaire lutta et la serra de près. Perette appuya sur le frein.

Perette avait oublié la règle n°1 : ne jamais appuyer sur le frein sans avoir lâché l’accélérateur. Perette fit donc son premier tête à queue. Elle tourna sur elle-même, sa tête et son petit cerveau tournaient aussi d'ailleurs. Enfin elle stoppa, reprit son souffle et repartit, décidée à rattraper son retard.

Pour s’apercevoir très vite qu’elle roulait à contresens.

Elle s’arrêta (en ayant pris soin de lâcher l’autre pédale cette fois ci), fit demi tour et repartit.

Elle découvrit alors une multitude de sensations aussi fébriles que fiévreuses dans les lignes droites où elle gagnait de la vitesse, aussi tournoyantes qu’étourdissantes quand elle faisait des têtes à queue virevoltants, aussi glaçantes que pétrifiantes quand elle doublait ses comparses ou se faisait dépasser à son tour (ce qui arriva plus souvent que le contraire, en fait).

A la fin de la course, Perette sortit du kart, les jambes en coton et les bras engourdis.

Elle marchait avec difficulté, ne sentant plus ses orteils. La température avoisinait les 5°, la nuit tombait, le vent soufflait, et Perette avait froid.

Le gentil directeur de circuit fit remarquer à Perette que ses ballerines ne la protégeaient en rien du froid, surtout pendant une course en extérieur.

Perette rétorqua que ses ballerines étaient des Repetto, donc des chaussures de sport puisque la danse est un sport et que d’ailleurs elles chaussaient joliment ses petits petons et c'était là l'essentiel, non ? Et que de toute façon, elle n’avait que ça ou une paire de bottes à talons hauts et qu’entre deux maux il faut choisir le moindre.

Au final, Perette termina 9ème, classement fort honorable pour une novice, vous en conviendrez.

Les commerciaux des équipes précédentes ironisaient sur les temps de leurs collègues féminines, comptant le nombre de sorties de pistes et de têtes à queue, calculant les trajectoires bizarroïdes voire totalement loufoques dont ils avaient été les témoins enjoués, bombant tous le torse et totalement hilares.

Perette demanda alors au gentil directeur de circuit, un ancien champion de course, de faire une démonstration à ces messieurs. Le très charmant jeune homme sortit son kart et s’apprêtât à démarrer quand Perette constata avec surprise qu’il avait discrètement glissé le bel objet noir et concave derrière son dos ! 

Lorsque Perette regagna son hôtel, pressée d’enfiler des chaussettes et de boire un bon thé chaud, elle se dit que, même petit, on peut faire des grandes choses, et rien ne sert de courir, il faut partir à point !

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21/10/2007

MENSONGES DE FEMMES – LUDMILA OULITSKAIA

8fde1cbad67a56414cd6bd77fe2b57e7.jpgC’est un roman très court, dans lequel nous suivons une femme russe, Génia au fil de ses rencontres avec des femmes, de jeunes filles, des vieillardes qui toutes vont, chacune à sa façon, lui raconter leur vie, en l’enjolivant, la noircissant ou au contraire en la mythifiant.

Irène s’invente des enfants mort-nés, ou morts en bas âge, un destin cruel et une vie faite de douleur et de larmes ; la jeune Nadia s’invente un grand frère, Anna s’approprie des vers de autres et se proclame poète. Des prostituées inventent le cheminement qui les a menées à vendre leur corps, la jeune Lialia prétend être la maîtresse d’un grand peintre.

A travers tous ces mensonges, Ludmila Oulitskaïa effleure les fêlures de ses personnages : le besoin d’attirer la compassion, les fantasmes d’une adolescente qui invente une passion dévorante avec un homme plus âgé, les prostituées inventent toutes le même parcours, faits de beaux-pères incestueux et d’accidents de vie ; chaque mensonge est différent, complexe, révélateur des frustrations, des désirs inassouvis, des rêves d’une autre vie.

J’ai bien aimé, mais je n’ai pas on plus lu ce livre avec un réel plaisir. Le style est trop pragmatique, pas assez lyrique. Mais il est vrai qu’après avoir lu Philippe Claudel, je suis restée sur ma faim, et je n’ai pas réussi à me plonger tout à fait dans l’atmosphère de ce roman.

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17/10/2007

LE RAPPORT DE BRODECK– Philippe Claudel

223ffe4126a55cb663a4dbedf6d17347.jpg« Je m'appelle Brodeck et je n'y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache.

Moi je n'ai rien fait, et lorsque j'ai su ce qui venait de se passer, j'aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans ses liens de façon à ce qu'elle demeure tranquille comme une fouine dans une nasse de fer.

Mais les autres m'ont forcé : "Toi, tu sais écrire, m'ont-ils dit, tu as fait des études." J'ai répondu que c'étaient de toutes petites études, des études même pas terminées d'ailleurs, et qui ne m'ont pas laissé un grand souvenir. Ils n'ont rien voulu savoir : "Tu sais écrire, tu sais les mots, et comment on les utilise, et comment aussi ils peuvent dire les choses. Ça suffira. Nous on ne sait pas faire cela. On s'embrouillerait, mais toi, tu diras, et alors ils te croiront »

Brodeck est un homme ordinaire, transparent, presque anonyme. Il habite dans un village on ne sait ni le nom ni la localisation. Probablement un pays de l’Est, mais ce pourrait être n’importe où, en fait. Les hommes de son village ont commis un crime. Ils ont tué l’Anderer, cet étranger qui est venu s’installer parmi eux, sans jamais leur parler, promeneur silencieux, mystérieux, qui ne fait rien pour s’intégrer et ne renvoie à leur curiosité que l’écho méfiant de leur intolérance, leur peur de l’inconnu, de l’étranger, forcément dangereux, forcément coupable, puisqu’on ne sait rien de lui et qu’il ne se fond pas dans la masse.

Nous apprenons très vite que les hommes du village ont commis un crime collectif. Ils demandant à Brodeck de rédiger un rapport qui les disculpera, les blanchira du crime.

Brodeck accepte et rencontre les villageois pour retracer les faits ; il n’a rien vu mais découvre peu à peu l’abject et le sordide, la petitesse et l’écoeurement. Tout cela le renvoie à sa propre histoire qu’il va révéler bribes par bribes, reliant ses propres souvenirs aux événements du village.

Le récit est comme un puzzle. L’histoire de Brodeck, déporté dans un camps de concentration parce qu’il a été dénoncé par le village, parce qu’il était différent lui aussi, se confond avec celle de l’Anderer. Brodeck est revenu au village, s’est à nouveau fondu dans l’indifférence indolente, qui fait semblant d’oublier les crimes du passé. Mais il fait peur parce qu’il sait. Il sait que ces hommes l’ont trahi, l’ont dénoncé et envoyé à une mort certaine. Il est la mémoire qu’ils veulent effacer, gommer, mais la nature humaine a une fois de plus repris le dessus et les cicatrices, finalement, s’ouvrent sur une plaie béante faite de lâcheté et de bêtise.

C’est un roman magnifique et bouleversant. Un roman qui aborde les peurs, l’intolérance, la mémoire, le pardon, la culpabilité ; un roman qui est aussi et surtout extrêmement bien écrit, Philippe Claudel tisse des mots pour en faire récit qui, malgré sa noirceur, n’en reste pas moins rempli de douceur et de beauté.

L'avis de Caro[line] et de Bellesahi

Extraits

« On m’a dit qu’elle commença à frapper avec se poings ceux qui se trouvaient au premier rang. Aucun ne répliqua. Ils ne firent que s’écarter devant elle. Alors elle entra peu à peu dans le grand fleuve de cadavres marchants, sans savoir qu’elle n'en ressortirait jamais, car derrière elle le flots se refermaient. Il n’y eu pas un cri, pas une plainte. Ses mots disparurent avec elle. Elle fut engloutie et connut une fin sans haine, un fin presque mécanique, à son image en somme. Je crois bien, même si je ne peux le jurer, qu’aucun ne porta la main sur elle. Elle mourut sans avoir été frappée, sans qu’aucune parole ne lui fût adressée, ni même aucun regard, elle qui les avait tant méprisés ces regards. Je l’imagine trébuchant à un moment, tombant à terre. Je l’imagine tendant les mains, essayant de s’accrocher aux ombres qui passaient à coté d’elle, sur elle, sur son corps, sur ses jambes, sur ses bras délicats et blancs, sur son ventre et son visage poudré, de ombres qui ne prêtèrent aucune attention à elle, qui ne la regardèrent pas, qui ne lui portèrent aucun secours, qui ne s’acharnèrent pas sur elle non plus, mais qui simplement passèrent, passèrent, passèrent, la foulèrent au pied, comme on foule la poussière, la terre ou la cendre. »

« Pour le portrait de Göber, par exemple, il y avait une malice dans l’exécution qui faisait que si on le regardait un peu de gauche on voyait le visage d’un homme souriant, aux yeux lointains, aux traits paisibles tandis que si on le prenait un peu de droite, les mêmes lignes fixaient les expressions de la bouche, du regard, du front dans un rictus fielleux, une sorte d’horrible grimace, hautaine et cruelle. Celui d’Orschwir parlait de lâcheté, de compromission, de veulerie, de salissure. Celui de Dorcha de violences, d’actions sanglantes, de gestes irréparables. Celui de Vurtenhau disait la petitesse, la bêtise, l’envie, la rage. Celui de Peiper suggérait le renoncement, la honte, la faiblesse… les portrait de l’Anderer agissaient comme les révélateurs merveilleux qui amenaient à la lumière les vérités profondes des êtres. »

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12/10/2007

Perette chez le coiffeur

0dfd82cba8c206b350af9a96876824ed.jpgPerette adore aller chez le coiffeur. Rien de tel qu’un massage du cuir chevelu, un bon livre et vogue le bonheur, Perette s’abandonne aux mains expertes, se plonge dans sa lecture et repart les cheveux au vent et le sourire aux lèvres.

Il  y a fort longtemps, Perette, submergée par l’organisation d’un séminaire éminemment crucial pour son employeur, décida d’aller se faire papouiller la tête afin d’oublier le temps d’un déjeuner les empêcheurs de tourner en rond, les râleurs, les mesquins, les querelleurs, bref, tous ces gens qui l’empêchaient de s’effectuer sa noble tâche et de mériter haut la main son augmentation annuelle.

Fermement résolue à oublier ces importuns, Perette fila tout droit au centre commercial voisin et pénétra dans l’alcôve de béatitude et de volupté, j’ai nommé le coiffeur du coin.

Force est de constater que Perette n’était pas la seule à souffrir d’intense dépression professionnelle. Le salon bruissait du ronronnement des sèche-cheveux, du papotage des ouvriers du cuir chevelu, de la sonnerie stridente du téléphone, le tout dans une ambiance qui tenait plus du backstage d’un défilé de haute-couture chez Galliano que du havre de paix auquel Perette aspirait.

Perette expliqua à une hôtesse essoufflée qu’elle ne désirait qu’un shampoing -brushing, un moment de paix, un peu de douceur dans un monde de  brutes et passa illico au shampoing.

Après moult ajustements thermiques et le shampoing réalisé, la shampouineuse abandonna Perette, tête et épaules trempées.

Perette prit livre et attendit patiemment que l’on s’occupe d’elle, s'abandonnant aux mots de l'écrivain.

Au bout de deux chapitres elle releva la tête ; point de capillicultrice à l’horizon.

Perette se sentait totalement transparente. Elle héla une jeune dame qui semblait être une salariée de l’endroit, arguant du temps qui passait et de ses cheveux qui séchaient.

Pire : qui commençaient à friser.

La jouvencelle saisit un séchoir et se mit à l’ouvrage.

Une  première mèche fut raidie, puis une deuxième, quant un employé visiblement plus aguerri vint réclamer le sèche-cheveu.

La néophyte s’excusa auprès de Perette : son propre appareil avait rendu l’âme le matin même, et elle se voyait  forcée d’emprunter ceux de ses alter ego : elle courut en prendre un autre, qui lui fut vertement refusé par un collègue énervé. La pauvre stagiaire profita de la pause d’un autre compagnon et s’empara sournoisement de son instrument.

Elle revint, le sourire aux lèvres et l’outil à la main.

Elle reprit son ouvrage et constata que la chevelure de Perette commençait à retrouver son état normal, c'est-à-dire une masse informe de frisottis rebelles et mousseux.

Elle suggéra à Perette de repasser au bac, l’état actuel de l’amas le rendant impropre à toute tentative de sculpture harmonieuse.

Perette, toujours décidée à passer un moment agréable, obtempéra bien que sa patience fut à bout.

Une fois la chevelure à nouveau prête à recevoir le sacrement du brushing, la jeune femme se remit à l’ouvrage.

Le sèche cheveu, probablement complice, s’alluma pour rendre aussitôt l'âme.

L’ingénue courut en prendre un autre.

Qui lui fut trés vite arraché par un collègue visiblement agacé de se voir dérober son outil de travail.

La friponne se confondit en excuses inaudibles et disparut dans l’arrière-boutique. Ses larmes de désespoirs auraient pu se mêler à celles de rage de sa cliente.

Perette chercha des yeux la caméra cachée. Elle se demanda si l’émission de télévision qu’elle regardait dans son enfance était toujours diffusée et si Jacques Rouland la filmait, dissimulé derrière un rideau, voire – pire - derrière le miroir sans tain dans lequel Perette observait avec déconfiture l’aspect pitoyable de sa chevelure.

Au bout d’un moment qui lui sembla interminable, Perette se leva, exigea d'un calme olypien qu’on termine son brushing et qu’on la laisse partir, seule alternative à la crise de nerf en public qu'elle promettait de faire si on s'occupait pas d'elle sur le champ.

La responsable du salon présenta diligemment des excuses et termina le travail entamé.

Une fois le brushing enfin terminé, la direction du salon informa Perette que la piteuse prestation lui serait offerte et lui remit en dédommagement un bon cadeau pour un prochain passage.

Perette accepta la gratuité et déchira le bon cadeau, puis retourna à son labeur, le cœur en berne, le moral à zéro et les nerfs en boule.

Perette s’est longtemps demandé si tout cela était véritablement arrivé, si elle n’avait pas été filmée à l’insu de son plein gré, ou si, tout simplement, son état de fatigue ne lui avait pas joué des tours et elle n’avait pas rêvé cet épisode.

Il lui suffit de voir une photo prise le lendemain pour constater que sa coiffure, elle, s’en souvenait encore…

 

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08/10/2007

LA VENGEANCE DANS LA PEAU (BOURNE ULTIMATUM)

35c24c56a735b022508d7ccfd2447e6f.jpgJason Bourne est un ex-agent de la CIA devenu amnésique. Traqué, il cherche à comprendre qui il était et pourquoi la CIA veut le voir mort. Dans les deux premiers films, Jason enquêtait sur son passé tout en cherchant à échapper aux tueurs lancés à ses trousses.

Troisième et dernier volet de la trilogie adaptée des romans de Robert Ludlum, après La mémoire dans la peau et La mort dans la peau, « La vengeance dans la peau » se veut l’apothéose finale d’une trilogie à suspens.

Le film est magistral. Le personnage de Jason Bourne prend de plus en plus d’intensité alors que se dévoilent des pans entiers de sa mémoire. Sa dualité tueur/proie prend de plus en plus relief au cours du film et Matt Damon interprète avec beaucoup d’intelligence et de justesse son personnage.

Nous plongeons dans un univers de technologie impitoyable : systèmes de surveillance ultra modernisés, traque par satellite, omniprésence de caméras de sécurité et des écoutes, la CIA utilise ici tous les moyens modernes à sa disposition, elle est partout, intercepte tout, absolument tout : le sentiment d’insécurité et de paranoïa atteint aussi le spectateur devant ce Big Brother à l’échelle planétaire.

Les scènes d’action sont remarquables sans tomber dans le sensationnalisme. On est loin du cinéma d’action basique où les images prévalent sur le sens. Et pourtant, on en a, des courses poursuites, des filatures, des exposions et des cascades ! Elles sont filmées en caméra rapprochée, voire caméra sur épaule, et en acquièrent du coup un réalisme et une crédibilité bien plus efficaces. La musique est obsédante et contribue largement à l’efficacité du film.

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Pas de sensationnalisme donc, mais pourtant le suspens est haletant. Yeux rivés à l’écran, c’est une impression d’apnée à la fois longue et courte (je n’ai vu le temps passer) qui ma’ littéralement collée à mon siège.

Ce film est le dernier volet de la trilogie. Et même s’il donne très largement envie de retrouver Jason Bourne dans d’autres aventures, je crois qu’il vaut mieux rester sur cette impression de grande réussite et cette conclusion réalisée avec brio.

Un extrait ici, et , et ici la bande annonce.

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04/10/2007

CANTIQUE DES PLAINES - NANCY HUSTON

70d399bfc68a20213f621b2e25922e75.jpgJ'essaie de lire ton manuscrit. La grande majorité des pages sont indéchiffrables. La page de titre contient cinquante titres provisoires, dont le seul non barré est suivi et précédé de points d'interrogation : En temps normal.»

Ce dont dispose Paula pour retracer la vie de Paddon, son grand-père, ce sont des bribes de souvenirs, quelques notes presque illisibles et son amour pour lui. Sa vie fut ordinaire, rythmée par les hivers âpres et les étés canadiens écrasants. »

A partir du manuscrit inachevé et désordonné retrouvé dans le grenier de son grand-père, Paula tente de redonner vie à cet homme qu’elle a peu connu, en écrivant à son tour le livre qu’il n’a jamais fini.

Fils d’immigrants au Canada, Paddon grandit entre un père alcoolique et une mère croyante qui se réfugie dans une religiosité maladive et quasi mystique. Ecrivain raté, enseignant frustré, il épousera une solide jeune femme qui lui donnera 3 enfants et fermera les yeux sur sa liaison avec une métisse passionnée et révoltée.

Le récit de Paula n’est pas chronologique. Elle raconte l’enfance de Paddon, la naissance de ses enfants, s’en va vers Paddon vieil homme, retourne vers Paddon jeune marié. Tous ces allers retours lèvent peu à peu le voile sur la vie de cet homme dépossédé de ses rêves, qu’une vie trop rude et les espoirs déçus ont rempli d’amertume et de fiel.

En racontant chaque pan de la vie de Paddon, Nancy Huston évoque l’histoire d’une famille sur trois générations. Les conditions de vie des immigrants canadiens, leurs rêves d’une vie meilleure évaporés par la famine, le froid, la solitude ; l’oubli, qu’il soit dans l’alcool ou dans la religion, qui permet de fermer les yeux sur un avenir obscur et miséreux.

La seconde génération, celle de Paddon, ne vit pas mieux. Paddon devient violent et bat ses enfants, ainsi il ne voit plus dans leurs yeux le froid, la faim et les reproches. C’est un moyen sans doute de se sentir encore un peu respecté, à défaut d’être aimé.

A travers le récit de la passion dévorante qui unit Paddon à Miranda, sa maîtresse métisse, Nancy Huston évoque le sacrifice du peuple indien, l’alcoolisation forcenée, l’évangélisation fanatique qui ont aboutit à sa mise en cage et à sa disparition progressive.

Le style de Nancy Huston est très singulier. Ses phrases sont aussi longues que ses virgules sont rares, et pourtant elles se déroulent comme un fil dont on n’a pas envie de voir le bout. Elle manie avec talent les mots et les images. Son récit est comme une lente litanie, qui, loin d’être monotone, embarque son lecteur dans un voyage saisissant, dont il ressort un peu sonné, certes, mais heureux d’avoir accompagné Paula dans cet hommage douloureux et pourtant plein d’amour.

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02/10/2007

LE CHEMIN DES AMES – JOSEPH BOYDEN

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1919. Nord de l'Ontario. Niska, une vieille Indienne Cree, attend sur un quai de gare le retour d'un soldat qui a survécu à la guerre. Pourtant, l'homme qui descend du train n'est pas Elijah, mais son neveu Xavier qu'elle croyait disparu, ou plutôt son ombre malade et méconnaissable. Trois jours durant, à bord du canoë qui les ramène chez eux, Xavier, entre la vie et la mort, replonge dans les eaux sombres de son passé. En 1914, Xavier et Elijah, son meilleur ami, s'étaient engagés dans l'armée canadienne, certains l'un et l'autre de vivre l'aventure de leur vie. Mais sur les champs de bataille français, l'enfer les attendait...

L’alternance des récits de Niska et Xavier transportent au gré des chapitres le lecteur de l’enfer des tranchées aux existences sauvages et rudes des Indiens du Canada.

Niska se remémore son passé, son enfance, et nous voici dans les sombres forêts du Canada. Les rituels indiens, les croyances et les traditions ancestrales  décrivent les vies âpres et primitives des tribus indiennes, l’arrivée des Hommes Blancs, la résistance qu’un peuple essaie en vain d’opposer mais qui finira par ployer. Niska observe les hommes de son peuple, raconte froidement, sans juger, la chute d’un peuple et le reniement de ses croyances.

Elijah et Xavier, de leur coté, se sont engagés dans la guerre comme on part en croisade. Soif d’aventure, de découvertes  les ont poussés à partir en Europe. Leurs illusions et espoirs se liquéfieront rapidement dans la barbarie des tranchées.  L’auteur décrit les conditions de survie pendant la première guerre. Le récit est souvent difficile, néanmoins je me suis prise à aimer ces soldats, leur tentatives désespérées de garder un peu d’humanité, de chaleur humaine, alors que tout autour d’eux n’était que boucherie. Elijah et Xavier, anciens chasseurs,  sont désignés comme tireurs d’élite. L’horreur, la mort qui arrache leurs compagnons vont les transformer, mais, alors que l’un tentera d’effacer sa peur de mourir en prenant cruellement plaisir à la donner, l’autre essaiera de résister et de conserver son âme intacte.

C’est un roman magnifique, particulièrement bien écrit. Il pose un regard plein de sagesse et de sensibilité sur  une époque pourtant effroyablement barbare.

L'avis de Chimère et celui de Joëlle

 

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01/10/2007

L’OMBRE DE MONTFORT – Patricia PARRY

822192355dca113dfc2c7b3763548040.jpg25 juin 1218. Lors du siège de Toulouse, Simon de Montfort, chef de la croisade contre les Cathares, est tué d'un bloc de pierre lancé des remparts.

21 septembre 2001. Aux portes de la Ville rose, l'explosion de l'usine AZF provoque la mort d'une trentaine de personnes et fait plusieurs centaines de blessés. Journaliste dans un grand hebdo parisien, Vincent Nadal cherche à rencontrer le médiatique docteur François de Montréjouls, des " Médecins de la Terre ", qui serait impliqué dans la catastrophe. Mais ce dernier a disparu depuis quelques jours, laissant sa femme, Béatrice sans nouvelles.

Voici pour l’introduction. Vincent et Béatrice vont partir à la recherche de François et se retrouver plongés dans une enquête complexe et palpitante.

Patricia Parry surfe sur le temps et promène les lecteurs du 13ème siècle au XXème,  de Toulouse à Petra en passant par NY, Istanbul ou Venise. L’intrigue est riche, savamment dosée entre érudition historique et humour caustique. Les personnages sont attachants, et les sauts entre les époques habilement gérés évitent au lecteur de se perdre dans les époques et les situations.

Je n’ai en revanche pas été conquise par l’aspect ésotérique de l’histoire. Cette société secrète, ces Veilleurs et ces Bruleurs de Temps ne m’ont pas vraiment passionnée et j’ai eu du mal à adhérer au principe. Néanmoins, je n’ai pas lâché le livre avant d’en connaître la fin. C’est ce qu’on demande à un bon thriller, et, sur ce point, Patricia Parry a largement réussi son pari.

Les avis de Flo, de Fleur d’encre, et celui de Bon Sens avec, cerise sur le gâteau, une interview de Patricia Parry.

Et celui de Fashion Victim, ici, que je n'avais pas vu, sorry!