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31/01/2008

LE GRAND CAHIER – AGOTA KRISTOF

dd8f6e2ab5c21e86385dc8aa853f63c9.jpgDeux enfants. Deux garçons. Deux jumeaux.

Ils sont confiés par leur mère pendant la guerre à leur grand-mère, qui ne sait ni lire ni écrire. Elle ne les aime pas, elle a empoisonné son mari.

Lucas et Claus vont entreprendre eux-mêmes leur éducation, en consignant dans un grand cahier tous leurs apprentissages.

Encore un roman dont il est difficile de parler!

Le style est d’une concision, d’une précision redoutable. Point d’édulcoration, Agota Kristof va droit au but, elle se met dans la peau des enfants et propose un style dépouillé, à la fois innocent et mature, dénué de toute considération ou réflexion polluantes. Des faits, rien que des faits.

Lucas et Claus comprennent très vite qu’ils doivent s’endurcir s’ils veulent survivre à la guerre, aux privations, aux brimades, à la séparation d'avec leur mère : ils entreprennent des « exercices d’endurcissement de l’esprit  et du corps » : privations volontaires, entraînement à la résistance morale et physique, ces deux là deviennent insensibles, marmoréens. Deux robots impitoyables entraînés à la survie. Deux corps, un esprit. Pour l'âme on repassera.

C’est difficile. Souvent intolérable. Ces deux là ne sont plus des enfants, mais une seule machine qui ne pense qu’en termes de survie, de blindage. Peu importe les horreurs (et croyez moi, des horreurs, il y en a, dans ce livre), les garçons avancent. L’insoutenable devient banal, anecdotique. Les garçons s’accommodent de tout ; toute leur sensibilité et leur innocence ont été consciencieusement, méticuleusement anéanties, piétinées, balayées. Par eux-même.

Plus on avance et plus on s’enfonce dans cette absence de morale qui n’est qu’un rempart soigneusement édifié contre la souffrance. Plus on avance et plus on reste à la fois consterné, fasciné, terrassé, par ces deux monstres d'insensibilité tellement touchants.

Le grand cahier est le premier tome d’une trilogie, la Trilogie des jumeaux. Agota Kristof écrit en des termes précis, tranchants, qui laissent un sentiment gênant, impressionant, frissonant. J'ai beaucoup aimé, j'avoue, cet exercice.

Je n’ai pas encore lu les deux tomes suivants : La Preuve et Le troisième mensonge, mais je vais sans aucun doute m’y atteler très rapidement.

L'avis de La lettrine sur la trilogie.

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29/01/2008

ET MON CŒUR TRANSPARENT – VERONIQUE OVALDE

0f3637194cfc1b0064ef899073346ea6.jpgIrina, la femme de Lancelot est morte. Sa voiture a percuté la rambarde d’un fleuve ; Irina est morte noyée.

 

Le problème c’est qu’Irina était sensée être dans un avion.

Le problème c’est qu’Irina semble ne pas avoir été ce qu’elle prétendait être.

Le problème c’est que la voiture qu’elle conduisait n’était pas la sienne.

Le problème c’est que les objets disparaissent. Les maisons aussi.

Le problème, c’est que Lancelot n’y comprend rien.

 

Alors il farfouille, cherche, remue, et se lance à la poursuite du passé de sa femme.

 

Çà vous est déjà arrivé d'avoir l'impression d'être une petite fourmi, une sorte de minuscule parasite qui s’est subrepticement glissé dans la tête de quelqu’un, a furtivement cheminé jusqu’à son cerveau, chuuut, pas de bruit, vous vous posez doucement, précautionneusement juste à coté de la cellule « pensée » de l’individu et, là, vous observez, vous écoutez et assistez en spectateur invisible au cirque de ses pensées, aux allers-retours incongrus de ses idées, aux oui aux non aux je-sais-pas aux pourquoi-pas ?

 

Avec Véronique Ovaldé vous êtes cette petite fourmi-parasite. C’est parfois très compliqué, ce déroulé de pensées qu’elle tricote et détricote inlassablement, on y perd son latin. Mais on se prend d’empathie pour ce héros désabusé abusé par sa propre femme, pauvre Lancelot dindon de la farce qu’on aime bien parce, terré au fond de sa petite tête, on voit bien qu’il est largué, le pauvre, qu’il n’y comprend rien.

 

C’est vrai que nous aussi, parfois on a du mal à comprendre, que nous aussi on est largué au milieu de ces phrases longues, empêtrés dans la sinuosité des pensées de Lancelot, il pense à ça on suit et hop il fait une embardée pense à autre chose on ne suit plus on perd le fil ah ça y est on le retrouve. Mieux vaut avoir du souffle pour suivre sans risque d’asphyxie les kilomètres de phrases ou de dialogues sans tiret  sans virgule sans point.

 

Mais au final, cette juxtaposition de pensées, ces dialogues à la fois mitraillés et placides, lâchés comme ça, tiens c’est un échange, cette histoire un peu ubuesque se laissent lire sans déplaisir. Sans extase non plus, mais avec une vraie curiosité, pas mal de gaieté parce que c’est parfois très drôle, et l’exercice finalement mérite qu’on s’y arrête.

 

Les avis de Cuné qui me l'a envoyé après l'avoir reçu de Clarabel.

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28/01/2008

BOOKS AND THE CITY

08d46edc001cd82e723832de259828af.jpgQue faites vous le 5 juillet prochain ?

 

Si votre cousine Anne se marie, dites lui que vous ne pourrez malheureusement pas être sa demoiselle d’honneur.

 

Si vous partez en vacances, repoussez votre vol.

 

Si vous aviez prévu de faire les soldes, venez plutôt à Paris.

 

Pas pour faire les magasins, que nenni, mais pour participer au jeu organisé par Stéphanie, assistée de Caro[line], Chiffonette, Emeraude, Fashion Victim, , ... et moi-même : Books and the city.

 

Un de pistes à travers Paris, sur le thème « Paris et la littérature ».

 

Une chasse aux trésors de notre capitale, un hommage à la littérature sous forme de rencontres, d’échanges, de rires, de sympathique "compétition".

 

Courrez lire plus d’informations chez Stéphanie et sur le blog spécialement créé pour l’occasion !

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25/01/2008

LA VERITABLE HISTOIRE DE MON PERE – NICOLAS CAUCHY

d242c9a585c525331c192e3b253ba530.jpgVous êtes un homme de 50 ans, vous gagnez beaucoup d’argent.

Vous êtes respecté par votre entourage et vous consacrez votre vie à votre réussite professionnelle.

Vous êtes divorcé, remarié, vous avez deux filles.

Votre première fille a 15 ans, vos n’éprouvez rien pour elle ; ni haine, ni amour, elle vous indiffère. Elle vous aime, mais vous lui tournez le dos.

Votre femme vous aime. Vous la trompez.

Un beau jour, vous ouvrez les yeux et vous apercevez que vous aimez votre deuxième fille, qui a 4 ans.

Cet amour vous submerge tant que vous la tuez et prenez la fuite au volant d’une Porsche volée en emportant son cadavre…

**

C’est un premier roman singulier et saisissant que nous offre là Nicolas Cauchy.

Saisissant par son sujet : un homme à qui tout réussit perd soudain les pédales et tue sa fille par amour. Il prend la fuite et ce voyage sera l’occasion de revenir sur sa vie, consacrée à la réussite, dénuée de sentiments, sa vie égocentrique qui a consumé toute sensation, toute émotion en lui. Il vit dans une urgence mécanique, aveugle à tout ceux qui l’entourent et surtout à sa fille aînée, trop laide, trop grosse, trop insignifiante.

Saisissant par son style : clinique, glaciale, mécanique, la plume de Nicolas Cauchy déroule cette histoire comme un road movie, effroyable, nauséeux, stupéfiant.

Pas de sympathie pour ce héros qui n’en est surtout pas un, non, mais un intérêt certain, une sorte de fascination pour ce tremblement de vie qui anéantit tout ce que cet homme a construit.

Des mots simples et un style dépouillé vont remonter le cheminement de cet homme, comme un compte à rebours vers l’irréparable, l’odieux, l’inexplicable. Une vie qui se fracasse brutalement, une fuite désespérée. 

**

Vous êtes une lectrice passionnée. Vous avez avalé le roman de Nicolas Cauchy en une seule bouchée, quasiment sans mâcher. Vous êtes barbouillée. Il vous laisse dans la bouche un goût amer et pourtant vous n’avez pas un seul instant pensé à recracher. Au contraire vous l’avez avalé goulûment.

Pour digérer et faire passer la migraine qu’il a provoqué vous prenez un comprimé. Vous êtes sonnée mais vous avez envie de le relire, là, maintenant, pour essayer de comprendre, parce tout au fond de vous, vous savez que l’amour peut être mortel.

Merci à Caro[line] pour le prêt, son avis ici.

 

Les avis de Anne, Fashion, Flo, Holly, Laure, Lily, Stéphanie, Tamara, Thom

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24/01/2008

PETITS ARRANGEMENTS AVEC L’INFAME – PATRICIA PARRY

ddd5d0d91f29b635719db79631cdf519.jpgPrenez :

-                   -  un psychiatre divorcé, plein de charme, roulant en Porche

-                    - une ex-femme très belle, psychiatre également,

-                    - une députée extrémiste et médiatique

-                    - un jeune homme hanté par des rêves aussi incompréhensibles qu’effroyables

-                    - une jeune fille égorgée dans l’appartement familial

 

Ajoutez y trois morts mystérieuses survenues 250 ans auparavant, une histoire d’amour en ayant découlé, un philosophe du siècle des Lumières.

 

Saupoudrez le tout d’une pincée d’extrémisme religieux, arrosez de déchaînement médiatique, portez lentement à ébullition  et vous obtiendrez un polar corsé, bien serré qui vous tiendra en haleine et vous ôtera toute velléité de dormir pendant quelques heures.

 

Après les Brûleurs de temps dans « L’ombre de Monfort », Patricia Parry revient ici avec un deuxième roman particulièrement réussi qui, je n’en doute pas, la fera entrer dans la cour des grandes auteures de romans policiers.

 

Dans « Petits arrangements avec l’infâme », elle utilise une affaire qui a mis en émoi le XVIIIème siècle : l’Affaire Callas, encore enseignée aux collégiens toulousains, dont Voltaire s'inspira pour écrire le Traité sur la Tolérance.

 

En la faisant habilement et contre toute attente resurgir au XXIème siècle, Patricia Parry imbrique judicieusement passé et présent qui se rejoignent dans un polar extrêmement bien ficelé, une intrigue captivante dont les fils se dénouent lentement et laissent leur poison se distiller au fil des pages jusqu’à un dénouement totalement inattendu.

 

Ce deuxième roman est encore plus abouti que le précédent, plus maîtrisé, plus pénétrant encore. Le style s’est affiné, aiguisé pour mieux maintenir le lecteur en haleine, lui offrir un héros plein de charme, un suspens obsédant et une intrigue moderne et palpitante.

 

Je ne doute pas que nous retrouverons bientôt le professeur Le Tellier, dont je vais attendre les prochaines aventures avec fébrilité et impatience!

 

 

L'avis de Stéphanie, qui, les grands esprits se rencontrant, fait son billet aujourd'hui-même!

 

L’avis de Fashion

 

Le blog de Patricia Parry

23/01/2008

LES CANDIDATS – YUN SUN LIMET

84db407d93f18c4314d717a4e683e832.jpgJ’ai lu « Les candidats » à sa sortie, en 2004. Je l'ai relu deux fois depuis. Loin de moi ici l’idée de faire du neuf avec du vieux, mais ce roman fait partie de mes « for ever books » et depuis longtemps je pense à partager ici les émotions qui m’ont submergée à sa lecture.

Jean et Marie sont orphelins. Leurs parents se sont brutalement tués dans un accident. Ils avaient confié à leur notaire leurs dernières volontés : Jean et Marie seraient recueillis et élevés par leurs amis Anne et Patrick. Si ceux-ci, pour une quelconque raison, ne pouvaient assumer cette responsabilité, Valérie et Alain auraient cette charge. Ou Laure et Philippe, ou enfin Gisèle et Frédéric.

Submergée est un mot trop faible ceci dit. Sa lecture m’a dévastée.

Yun Sun Limet écrit très simplement, sans décorum inutile, mais sa plume vous écorche le cœur en touchant la plus intime, la plus effroyable des questions : que deviendront vos enfants si vous disparaissez ? Qui les élèvera ? Que deviendront-ils ?

C’est un très beau récit à plusieurs voix, celles de ces couples qui se voient chargés d’élever Jean et Marie, les enfants de leurs amis, les enfants qu’ils aiment. Chacun son tour, l’un d’eux va prendre la parole pour évoquer leur amis disparus, leurs enfants, et les répercussions qu’un tel héritage pourra avoir sur sa vie.

Imaginez qu’une telle responsabilité vous incombe : la première réponse serait « oui, évidemment », mais recueillir les enfants d’amis disparus, alors qu’on n’a pas encore fait son deuil, peut faire basculer l’édifice parfois fragile sur lequel est bâti la vie d’un couple.

Désarmés, démunis, les « candidats » essayent d’honorer la confiance de leurs amis, mais ce poids inattendu, ce cadeau inestimable est une déflagration dans leur vie.

Douleur, peur, culpabilité, honte, devoir de mémoire : l’amour sincère qu’ils portent aux deux enfants peut-il suffire à annihiler les bouleversements provoqués ?

C’est une roman débordant d’émotions, délicatement décrites, celles de ces quatre couples, celle d’une grand-mère, d’une tante, et pour finir, le dernier récit, celui de Marie, quelques années plus tard.

Un livre que l’on referme en chancelant.

 

Les candidats – Yun Sun Limet - Points - 235p

L’avis de Yansor (Tatiana de Rosnay)

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20/01/2008

PARDONNEZ MOI – AMANDA EYRE WARD

f3bc4bd6c69683b87b63aa747f36115d.jpgVous ai-je déjà parlé d’Amanda Eyre Ward ?

Considérée comme une auteure « à suivre » par le New York Post, cette jeune américaine s’est fait connaître en 2005 avec son premier roman « Le ciel tout autour ». Magnifique et poignant pamphlet contre la peine de mort, portrait sans concession d’une Amérique écartelée, ce roman réunit 3 femmes dans le couloir de la mort.

 

Son deuxième roman, « A perte de vue »,  paru en 2006, retrace la quête lente et douloureuse d’une jeune femme sur les traces de sa petite sœur disparue des années auparavant.

 

Le troisième roman d’Amanda Eyre Ward paraît ce mois-ci.

 

L’héroïne de « Pardonnez moi » est journaliste. Nadine a sacrifié sa vie à son métier, sa passion. Ambitieuse, elle court le monde à la recherche du scoop, du reportage sanglant et des mots coupants qui la propulseront sur le devant de la scène journalistique. Lorsque qu’elle apprend que la Commission Vérité et Réconciliation, menée par Desmond Tutu, s’engage à gracier les prisonniers arrêtés à la fin de l’Appartheid, du moment que les familles des victimes acceptent de pardonner à leurs bourreaux, elle décide de retourner au Cap, où elle où elle a couvert dix ans auparavant la chute de l’Apartheid.

Ce voyage sera l’occasion de revenir sur un douloureux passé fait de blessures, de regrets et de culpabilité.

 

Nadine cherche dans l’exaltation de son métier l’échappatoire à une vie toute tracée, celle de son amie Lily, dont elle s’éloigne insensiblement ; Jason, jeune américain assassiné lors de l’Apartheid, cherchait à vivre pleinement ses passions ; Thola, danse et vit pour oublier l’abjection, l’immonde injustice dans laquelle est plongée d’Afrique du Sud. Maxim, Georges, journalistes, savourent la vie et les risques de leur métier dans une jouissance inconsciente et brûlante. Sophia et Friskin Irving, les parents de Jason, Fikile, la mère d’Evelina et Thola, forment une galerie de personnages aussi touchants que saisissants.

 

Peut-on revenir sur son passé, peut-on pardonner et se faire pardonner, se pardonner soi-même ? Peut-on faire table rase des douleurs et des peines qui ont submergé notre passé et anéanti notre avenir ? Peut-on pardonner à ceux qui ont assassiné nos enfants ? Pardonner aux autres, c’est se pardonner à soi-même, accepter la culpabilité des autres c’est reconnaître la sienne.

 

Encore une fois Amanda Eyre Ward aborde ses personnages et ses situations sans fioriture aucune. Amateurs de styles lyriques, passez votre chemin, ses romans ne sont pas pour vous. C’est au contraire avec un style concis, une écriture dépouillée qu’Amanda Eyre Ward réussit à dépeindre les tourments et les fêlures de ses personnages.

 

Culpabilité, regrets, pardon, rédemption, « Pardonnez moi est un roman réussi. Certes, l’intrique est moins bouleversante que l’effroyable histoire du « Ciel tout autour », moins troublante que la quête de Caroline dans « A perte de vue », mais à la fois touchant et prenant, il se lit d’une traite.

 

Voici une belle réflexion que nous offre Amanda Eyre Ward avec ce roman. Une auteure que je vous incite vivement à découvrir ou redécouvrir.

 

Lisez « Pardonnez-moi », oui, mais surtout ne ratez pas ee7d3e1c11ab4e8b3f21637bde73cc44.jpg« Le ciel tout autour » !

Ou accompagnez Caroline dans « A perte de vue » !03b673c663f6633e817202cad68fcc53.jpg

 

Le site d’Amanda Eyre Ward.

 

L’avis de Clarabel et Flo sur « A perte de vue »

 

Pardonnez-moi, Buchet-Castel, 300 p

Le ciel tout autour, J’ai lu, 252 p

A perte de vue, Buchet Chastel 260 p ou Pocket

16:21 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook

18/01/2008

LA CITE DES JARRES – ARNALDUR INDRIASON

926ead377d6daacc1b2f54963c4ea291.jpgUn vieil homme est assassiné à Reykjavik. A priori un meurtre banal. L’inspecteur Erlendur est chargé de l’affaire.

 

Erlendur est un bon vieux flic, un bon vieux flic comme on aime les voir au cinéma : il est bourru, fume trop, ne sait pas cuisiner, n’est pas fichu de communiquer avec ses deux enfants. D’ailleurs l’un des deux a filé Dieu sait où, quant à l’autre elle essaie de décrocher de la drogue, et c’est pas facile. Quant à son ex-femme… n’en parlons pas. Bref un bon vieux flic comme on les aime.

 

De fil en aiguille, de découverte en découverte, Arnaldur Indriason ballade ses lecteurs de questions en questions. Une collection de photos pornographiques dans l’ordinateur du mort : ne serait on pas plongés dans une sombre histoire de pédophilie ? Un viol commis il y a de longues années : histoire de détraqués sexuels ? Au fil des événements, on découvre peu à peu une histoire à la fois triste, moche, glauque mais aussi touchante.

 

Le meurtre n’est pas aussi anodin, gratuit, simple qu’il parait. Le mobile, petit à petit se dessine. Erlendur s’interroge et le lecteur aussi. Voici une tragédie familiale, une histoire douloureuse, des personnages complexes, des coupables éventuels, des victimes innocentes, tout s’implique, tout s’embrique dans un style concis, net, sans circonvolutions inutiles jusqu’au dénouement.

 

On aura compris bien avant la fin qui est le coupable, mais ce n’est pas pour autant qu’on arrêtera la lecture, car Indriasson ajoute à son intrigue des sentiments bien plus complexes, bien plus singuliers qui nous pousseront à finir coûte que coûte le roman.

 

Famille, héritage génétique, historique, psychologique, transmission, mémoire, Indriasson propose ici un fort bon polar, mené tranquillement mais sans désintérêt aucun, bien au contraire. Le tout en nous faisant visiter l'Islande, ses moeurs, l'apparente placidité des habitants mais aussi leur droiture et leur honnêteté.

 

La cité des jarres - Arnaldur Indriason - Points 328 p

 

Les avis de Fashion Victim, Katell, Tamara

17/01/2008

EXISTE EN CIEL – CHRISTINE SPADACCINI

885f9c373f11cc7626e98da868ac4157.jpgChristine Spadaccini est passée ici la semaine dernière, suite à ma conversation avec Clarabel. Intriguée, curieuse je me suis rendue sur son blog.

 

Belle lecture, beaux billets ; Existe en ciel ? Aussitôt aperçu, aussitôt recherché, je trouve son livre chez l’ami amazon et le commande illico, en me disant que, bloggueuse ou pas, talent ou pas, ma critique serait de toute façon objective. Et elle le sera.

 

Nous voilà donc plongés dans un petit recueil de nouvelles. 13 nouvelles exactement.

 

Au tout début, c’est joli, mignon, pas mal.

Ouais, elle écrit bien, la Kiki , mais est-ce assez pour terminer le recueil sans se lasser ? Elle a l’air bien gentil, la Mémé Noska de la première nouvelle, mais bon, les bons-sentiments-la-jolie-nostalgie-la-photo-qui-me-rappelle-ma-mémé et tout et tout, pas de quoi en faire un roman, quand même ! Va peut-être falloir passer à la vitesse supérieure, si elle veut pas que je classe le bouquin dans les « à terminer un jour ou l’autre ».

 

Et puis vlan. Voilà t-y pas qu’elle te fiche une claque, la Kiki  ? Qu’elle t’envoie bouler dans une purée de sale histoire qui te retourne le cœur, qui te chamboule les tripes et t’arrache presque des larmes !

 

Me serais-je trompée ? Les phrases qui se marrent, les jeux de jolis mots, les sourires coquins cacheraient ils un truc bien plus profond ? Pas besoin de gratter pour trouver la noirceur des personnages, les douleurs, les blessures, les successions d’événements banals qui transforment des pans de vie en pannes de vie, pas besoin de gratter, non.

 

La Kiki , au détour d’une phrase, elle te file un putain de revers à chaque fois, la vache, que t’en reviens pas !

 

V’là-t-y pas qu’elle te dégoute de la crème catalane ad vitam aeternam tout en te ligotant d’un ton badin, tout en t’emberlificotant dans un melting pot d’humour, de tendresse, avec ses mots espiègles, ses mots-mélange, ses mots-couteaux !

 

V’là-t-y pas qu’elle te balance une « élection pestilentielle » où la « star is borgne », qu’elle te fait croire que les ânes du village ont bu la lune, ouais, t'as bien lu, à ta santé, va ! Même que tu feras plus l’amour devant un miroir sans penser à Ruth, même qu’avant de foutre le feu au paillasson t’y réfléchiras à deux fois !

 

On s'y perd un peu, on s'y retrouve, on fait un pause pour souffler parce que ça arrache, puis on y retourne, encore tout retourné.

 

Parce qu’en dessous des mots se cachent des trésors de réflexions, des extraits d’humanité salement inhumaine, et qu'en dessous de ces extraits d'humanité salement inhumaine il y a justement une grande humanité. Celle de Kiki.

 

D'ailleurs Kiki, tu m’énerves ! J’ai des choses à faire, moi, cet après-midi ! Pourquoi je l’ai commencé ton bouquin ? Pourquoi tu m’as chopée-même-que-je-veux-plus-m’arrêter-maintenant ? Ras le bol des écrivains kidnappeurs !

 

Bon, pour te faire pardonner, je veux bien que tu m’offres « Aïe love you », ton premier roman. Oh et puis non, ne me l’offre pas, j’irai l’acheter, ça te fera des droits d’auteurs ! Parce que tu le vaux bien !

 

Existe en ciel, Christine Spadaccini – Editions [MiC-MaC], 170 p

Clarabel est aussi maso que moi (mais bien plus polie quand elle écrit) !

Le blog de Christine Spadaccini (Kiki)

ps : en plus elle me rend vulgaire, la Kiki, j'avais jamais dit autant de gros mots !!! Désolée (en fait, non, mais bon...)

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15/01/2008

A QUOI REVENT LES LOUPS – YASMINA KHADRA

c3e470181cc7b671c41435b6a724f339.jpgNafa Walid est jeune, beau et rêve de faire du cinéma. Mais une belle gueule ne suffit pas à décrocher la lune et les étoiles, quand on est né dans la casbah d’Alger, qu’on est pauvre et sans relations. Nafa accepte donc de devenir chauffeur de maître dans une famille de riches notables algérois. Il faut bien manger, il faut bien gagner sa vie quand on est issu d’une famille honnête et croyante.

 

Ca, de l’argent, il va en gagner, Nafa ! Mais il découvre aussi un monde corrompu, pourri, vicié, rongé. Ses économies augmentent au fur et à mesure que sa dignité s’émiette. Fierté ? Courage ? Amour propre ? Nafa met tout cela de coté et s’efforce d’oublier ses principes (« Il est des ensorcellements qu’aucun exorciste ne saurait conjurer, quand on a frémi sous leur envoûtement, on ne peut plus s’en passer… Maintenant que j’avais une vue sur le paradis des autres, je m’évertuais à en croquer les périphéries, me contenant d’une miette par ci, d’une éclaboussure par là, persuadé que l’odeur de la fortune, quand bien même elle me passerait sous le nez, valait tous les folklores des bas-quartiers. »), Nafa est prêt à tout pour s’en sortir.

 

Seulement voilà : Nafa est prêt à tout, sauf à supporter un meurtre, une boucherie, la mort inutile d’une gamine, overdosée stupidement par le fils de la famille.

 

Nafa quitte son travail et erre à travers la casbah. Là commence sa lente et inéluctable descente aux enfers. Nafa est une proie facile pour les islamistes qui attirent facilement les exclus, les paumés, les abîmés de la vie.

 

De prêche en discours, de circonstances anodines en événements plus cruels, Nafa Walid intègre petit à petit les forces du GIA. Lui, l’honnête jeune homme qui rêvait des feux de la rampe va découvrir d’autres feux, les feux éructant de haine, les feux de la violence et de la barbarie, les feux cruels et aveugles dans les yeux des imans, des émirs, des guerriers rebelles face au gouvernement algérois (« Pour la première fois de sa vie, il se découvrait, prenait enfin conscience de son envergure, de son importance, de son utilité en tant que personne, en tant qu’être. Il existait enfin. Il comptait. »).

 

Yasmina Khadra écrit ici une livre éminemment politique. Il dénonce l’islamisme intégriste, l’embrigadement à coups de discours pleins d’empathie, de condescendance, de sympathie, l’enrôlement et la formation des futurs guerriers. Le style est simple, efficace, direct, mais il vous arrache les tripes. C’est presque fascinant, ce long voyage de Nafa vers l’absolutisme, vers le fanatisme le plus cruel, le plus aveugle.

 

Les loups ne rêvent plus. Ils survivent. Quitte à s’entretuer. L’âme et la conscience ont laissé la place à la bestialité. Hommes, femmes, tous guerriers voués à la cause, tous renient leurs propres familles comme une écharde vérolée que l’on arrache d’un seul coup.

 

Un roman qui ne laisse aucune porte de sortie, un roman dur, mais terriblement lucide et objectif.

A quoi rêvent les loups. Yasmina Khadra. Pocket. 274 p.

« Une centaine de femmes, banderoles en l’air, s’agglutinaient sur l’esplanade, sous le regard ironique des badauds. Nabil fonça sur la foule, coudoya, brutalisa pour se frayer un passage. A ses tempes, une voix ululait : Le succube. Te désobéir ? Cette garce a osé faire fi de ton autorité ? Il fendit le groupe de femmes comme un brise-glace, chercha, chercha. Un moment il s’imagina muni d’un lance-flammes en train d’immoler cette bande de garces, ces sorcières… Putes ! Putes ! Il renversa une dame, bouscula des infirmières, sarcla autour de lui, provoquant un début de panique. Au détour d’un groupe de manifestantes, il la vit. Hanane était là, debout devant lui, moulée dans cette jupe qu’il détestait. Elle le regardait venir… Il plongea la main dans son kamis. Son poing se referma autour du couteau… salope, salope… frappa sous le sein, là où se terrait l’âme perverse, ensuite dans le flan, puis dans le ventre.

Le jour s’éteignit. Hanane ne le percevait pas. Elle errait déjà à travers un tourbillon embrumé, glacial et sans écho…La place basculait dans un fleuve de ténèbres. Hanane coulait comme un pavé dans la mare… Mourir ? Avait elle seulement vécu, baisé une lèvre aimée, frémi sous une caresse aimante ? Dans un ultime soubresaut, elle se retourna vers l’hier imprenable tel un leurre. Maudit hier : l’école, l’université n’auront servi à rien. La cuirasse des diplômes n’empêchera pas la lame fratricide de crever le rêve comme un abcès.

Une vierge venait de s’éteindre, pareille à un cierge dans une chambre mortuaire, comme s’éteignent les jours à l’heure où se crucifie le soleil aux portes de la nuit. »

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