Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« LE LEZARD LUBRIQUE DE MELANCHOLY COVE – CHRISTOPHER MOORE | Page d'accueil | ON EST TOUJOURS TROP BON AVEC LES FEMMES – RAYMOND QUENEAU »

04/02/2008

LA ROUTE – CORMAC Mc CARTHY

80b0916cbfd56861e3cc18262550dc0a.jpg

 Un homme et son fils marchent sur une route, poussant devant eux un caddie rempli de tout ce qui peut leur servir : nourriture (quand ils en trouvent) couvertures, briquet, vêtements… Le revolver est dans la poche de l’homme. Objet essentiel.  Ils marchent vers le Sud, en respirant les poussières de cendres qui petit à petit consument leurs poumons.

Pourquoi, comment ? On n’en saura rien. Cormac Mc Carthy ne donne pas d’explication, mais on n’a pas de mal à imaginer que l’apocalypse a eu lieu. Le monde est détruit. L’humanité n’existe plus. Tout a été brûlé, calciné, aspiré.  Seuls restent quelques survivants erratiques, rares silhouettes fantomatiques qui se croisent et s’évitent soigneusement.

L’homme et son fils n’ont pas de noms. Ils pourraient être chacun d’entre nous. Ils traversent un pays qui pourrait être le notre, sur une route qui pourrait être la nôtre et qui devient leur chemin de croix.

Que reste-t-il quand l’humanité a disparu ? Quand la seule chose qui compte est de survivre, trouver quelques restes de nourritures moisies et échapper à une mort qui reste certaine, tapie à chaque détour, derrière chaque virage ? Il reste la nécessité de marcher, d’allers vers un futur incertain, inutile en fait, on le sait bien. La nécessité de se protéger, de lutter contre la mort, le froid, la faim. Marcher et ne pas dormir trop longtemps, sinon on ne se réveillera pas.

La nécessité de rester seuls et de se protéger des autres. La nécessité pour cet homme d’accompagner son fils, de lui éviter le sort réservé aux quelques survivants qui s’entretuent, question de survie. Quand il ne reste rien, la barbarie devient vitale.

L’homme, lui, n’y croit plus. Mais il y a la foi de son fils qui croit que, peut-être, un autre homme et un autre enfant font comme eux, ont survécu aussi. L’espoir innocent d’un enfant, que son père ne veut pas réduire en poussière, et entretient parce que, sans foi, sans espoir, l’humanité se sert à rien.

C’est impressionnant, cette façon qu’a Cormac Mc Carthy de dessiner une humanité qui n’a plus d’humanité que le nom. Tout est dans la puissance évocatrice de son récit. Apocalypse, cendres, poussières, froid, faim, terreur, avec un minimum de mots et de descriptions il nous propulse dans ce monde dévasté, ravagé, anéanti. Il n’y a rien d’autre à faire que d’avancer, de marcher vers une chaleur qu’on n’est pas sûr de trouver.

C’est à la fois glacial et oppressant, cette plume épurée à l’extrême. Mais l’effet n’en est que plus fort, plus poignant. Que feriez vous, vous ? Si vous saviez que marcher ne sert à rien, que de toute façon la mort vous rattrapera ? Que vous gardez ce revolver non pas pour vous défendre, mais pour vous soulager d’une vie revenue au stade animal ? Le hic, c’est que vous n’êtes pas seul. Votre fils est avec vous. Alors il faut lui insuffler l’espoir qui vous a quitté, et tirer de lui la force que vous n’avez plus.

C’est un roman apocalyptique. Un roman de fin du monde. Un roman empli de pessimisme mais aussi de mélancolie, et d’espoir, de foi en l'espèce humaine. Un roman foudroyant, qui ne laisse pas d’échappatoire, mais qui émeut terriblement.

Merci Emeraude !

La route - Cormac Mc Carthy - Editions de l'Olivier - 245 p - Prix Pulitzer 2007

07:00 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (28) | |  Facebook

Commentaires

Un peu oppressant tout ça , je note mais pas pour tout de suite !

Écrit par : cathulu | 04/02/2008

Répondre à ce commentaire

Effectivement en ce moment, tu enchaines vraiment les livres durs
je le note pour plus tard

Écrit par : Stéphanie | 04/02/2008

Répondre à ce commentaire

De rien ! mais je crois que comme cathulu et Stéphanie, je le note pour plus tard. J'ai d'abord envie de lire no country for old men

Écrit par : Emeraude | 04/02/2008

Répondre à ce commentaire

Je compte bien le lire !

Écrit par : Gachucha | 04/02/2008

Répondre à ce commentaire

AAaaaaah, bien. Il attend sur sa pile que je le lise... Il est tout sage avec les autres.

Écrit par : LVE | 04/02/2008

Répondre à ce commentaire

@cathulu : oppressant, certainement, mais fichtrement remuant
@ stéphanie : j'aime être remuée par mes lectures...
@ emeraude : no country for old men est sur ma PAL, un peu en haut, masi je préfère ne pas enchainer deux lectures d'un même auteur
@ gachucha, LVE : j'espère que vs aimerez

Écrit par : amanda | 04/02/2008

Répondre à ce commentaire

Heu... non! C'est sans doute très bon mais pas pour moi. Des plans pour que je fasse des cauchemars pour les deux prochaines années! Je commence à me connaître, tout ce qui traite d'apocalypse ou de fin du monde... not for me!

Écrit par : Karine | 04/02/2008

Répondre à ce commentaire

Le résumé me fait pensé au fléau de S.King. Comme toi j'aime bien être malmanée par les romans, alors forcément je note!

Écrit par : Anne | 04/02/2008

Répondre à ce commentaire

pensé=penser et malmanée=malmenée....je vais aller me recoucher...

Écrit par : Anne | 04/02/2008

Répondre à ce commentaire

j'ai hâte de le découvrir celui-ci. j'espère que ma biblio l'aura bientôt... Je n'en entends que du bien et j'aime aussi être remurée par les mots sur une page

Écrit par : goelen | 04/02/2008

Répondre à ce commentaire

Je passe mon tour ! :-)))

Écrit par : Caro[line] | 04/02/2008

Répondre à ce commentaire

Je l'ai noté dans ma liste à lire depuis un moment... Je crains un peu aussi l'atmosphère de ce roman, mais je pense essayer... tôt ou tard !

Écrit par : Kathel | 04/02/2008

Répondre à ce commentaire

Bien reçu ce matin, merci beaucoup !

Écrit par : cuné | 05/02/2008

Répondre à ce commentaire

@karine : !!
@ anne : je n'ai jamais lu S. King. Chez Mc Marthy, il y a les mots... et surtout tout ce qui n'est pas dit.. et c'est ça que j'aime
@goelen j'espère que tu aimeras
@caro[line] pourtant c'est vraiment bien !
@cuné : déjà ? Je ne l'ai posté que hier à 14h !

Écrit par : amanda | 05/02/2008

Répondre à ce commentaire

T'as jamais lu Stéphen King ????!!!!!! Mais qu'est-ce que tu as bien pu faire pendant ton adolescence ? ;-D

Écrit par : Anne | 05/02/2008

Répondre à ce commentaire

@ anne : ado, j'ai lu les Angélique, surtout, et des Harlequin ! et j'avoue que j'étais fan de Maupassant, que je lisais alors que mes copines partaient draguer, ou je collectionnais Les rois maudits, ... (MAIS je n'avais pas de lunettes, pas de nattes, et je n'étais pas boutonneuse, et je n'avais pas non plus de bagues sur les dents!)... ceci dit j'ai qd même fait les 400 coups! mais non, Stephen King, je ne l'ai jamais lu. D'ailleurs, tiens, bonne idée, je vais en lire un cette année. Lequel ? Le meilleur, c'est quoi ?

Écrit par : amanda | 05/02/2008

Répondre à ce commentaire

Je lisais aussi tout un tas d'Harlequin pour rêver! S.King c'était pour me faire peur! Et pour comprendre la vie je dévorais des Guy des Cars ;-)
Maupassant je l'ai découvert plus tard au Lycée.
Pour moi les meilleurs S.K sont les plus anciens. Mon top 5: "ça", "Simetière", "Misery", "Cujo" et "Christine"....je ne sais pas s'ils me donneraient aujourd'hui encore des sueurs froides ;-D

Écrit par : Anne | 06/02/2008

Répondre à ce commentaire

c est un roman magnifique, un peu angoissant mais d une
totale richesse on suit les personnages sur la route et on avance on ne sait pas trop dans quelle direction comme dans
un état second.Dans toute noirceur,il y a une belle leçon de vie

Écrit par : grazi | 08/02/2008

Répondre à ce commentaire

@anne : j'ai vu Christine au cinéma : une histoire de voiture qui prend le pouvoir c'et ça ? Quand à Misery, l'adaptation avec Katie Bates au ciné était tout simplement excellente (en fait le film était génial et surtout KB... je ne sais pas si c'est fidèle au roman)
@grazi : entièrement d'accrod avec toi. Cormac Mc Carthy ne dit pas grand chose, finalement, mais ce qu'il renvoie est trés trés fort.

Écrit par : amanda | 09/02/2008

Répondre à ce commentaire

Quel beau billet pour un très beau livre que j'ai beaucoup aimé aussi. je ne l'avais pas trouvé! je te mets en lien tout de suite, ce que tu dis ressemble à ce que j'en dit, en mieux...
ce livre est fort et puissant. Il nous marque pour longtemps!

Écrit par : sylvie | 18/04/2008

Répondre à ce commentaire

@sylvie : pas en mieux. On a tous nos propre mots et ils se valent tous. Et ce qui compte, c'est le fond pas la forme.

Écrit par : amanda | 18/04/2008

Répondre à ce commentaire

Je l'ai quasiment terminé. je suis abasourdi, ébloui. Un des meilleurs livres que j'ai pu lire depuis bien longtemps.

Écrit par : LVE | 16/01/2009

Répondre à ce commentaire

@LVE : j'aurais été étonnée du contraire, vois-tu :)

Écrit par : amanda | 16/01/2009

Répondre à ce commentaire

C'est le 1er livre de Cormac que je lis, j'ai bien aimé même si j'ai eu du mal à entrer dans l'histoire et je crois que c'est à cause du style d'écriture. Ecrit-il toujours comme cela? Car j'ai beaucoup aimé le film "De si jolis chevaux" et j'aimerai donc le lire, mais si c'est écrit comme "la route" ...

Écrit par : Elwing | 22/03/2009

Répondre à ce commentaire

@ elwing : bienvenue ici d'une part. Dans la route, le style de CMC est très "aride" il va à l'essentiel, et celà représente très bien ce qui reste du monde après cette "apocalypse" qui n'est pas évoquée. Je n'ai pas lu "de si jolis chevaux", mais en le feuilletant, puisque je l'ai sous la main, je pense que celui-ci est différent. De toute façon, je crois que vous serez le meilleur juge, et qu'il vous faut essayer.

Écrit par : amanda | 23/03/2009

Répondre à ce commentaire

C'est ton avis qui m'a donné envie de le lire. En revenant ici au moment de faire les liens de mon billet, je suis de nouveau frappée par ta justesse et les mots que tu as su trouver! Encore bravo, Amanda! :) (Mon propre billet sur "La Route" paraîtra demain)

Écrit par : Lucile | 01/04/2010

Répondre à ce commentaire

@ lucile : merci bcp ;)

Écrit par : amanda | 02/04/2010

Répondre à ce commentaire

Le dépouillement de l'intrigue et l'anonymat des personnages reflètent bien la tension, contribuent à l'ambiance particulière de cette fin du monde et permet au lecteur de se recentrer sur l'essentiel. Il y a peu de différence entre un premier homme et le dernier finalement... Toute l'humanité contenue dans la relation d'un père avec son fils. Un très beau livre.

Écrit par : Lily Rature | 01/10/2010

Répondre à ce commentaire