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14/02/2008

LA PETITE FILLE DE MONSIEUR LINH – PHILIPPE CLAUDEL

bff01608b08381cde8d3a43dd868e3f8.jpgUn vieil homme serre dans ses bras sa petite fille de 6 semaines. Il a fuit son pays ravagé par la guerre, emmenant avec lui Sang Diû, le bébé, une valise et une poignée de sa terre natale. Ils sont les seuls rescapés d’une tuerie dans son village. Ils arrivent dans un pays civilisé, moderne, « sans odeurs », trop peuplé, trop glacial, trop bruyant. Monsieur Linh et sa petite fille sont hébergés dans un centre de réfugiés.

Il ne connaît pas ce pays, cette ville, cette langue, et va tous les jours dans un parc où il rencontre Monsieur Bark. Monsieur Bark est veuf et ne se console pas de la mort de sa femme.

Ces deux hommes, que rien ne destinait à se rencontrer, vont se lier d’amitié. Une amitié où chacun parle une langue que l’autre ne connaît pas, mais qui leur permet de partager leurs détresses, leurs solitudes, leurs désarrois. Ils ne se comprennent pas mais la musique des mots leur suffit pour savoir qu’ils se ressemblent.

Philippe Claudel est loin ici des « Âmes grises » et des tranchées de Verdun. Il est loin de la noirceur et de la beauté poisseuse de ses précédents personnages. On ne rit pas pour autant en lisant « La petite fille de Monsieur Linh », non. On ne rit pas, on ne peut qu’être touchés par la douceur, la douleur de Monsieur Linh. Cet homme qui supporte l’exil, le déracinement, l’arrachement à son pays, ses coutumes, sa famille anéantie dans le seul but de sauver sa petite fille et de lui éviter l’horreur de la guerre.

On ne peut qu’être touchés par cette amitié lui lie deux solitaires, par ces échanges qui n’en sont pas, mais où chacun reçoit les mots de l'autre avec bonheur, avidité, soulagement. Ils comblent leurs solitudes par leur seule présence. Au-delà des mots se dit l’indicible : le partage de leurs douleurs, le besoin de se rattacher à quelqu’un, d’être deux plutôt qu’un seul.

Philippe Claudel ne dit pas grand-chose, ou plutôt utilise un style très épuré, dépouillé. Mais en fait il en dit beaucoup plus ainsi. Parce que c’est poignant, ces détresses qui se rejoignent, se mélangent, s’apaisent mutuellement. Parce que c’est touchant, cet amour que porte Monsieur Linh à sa petite fille.

Oh, on aura peut-être compris rapidement ce qu’il faut comprendre, mais ça n’en est que plus touchant et nous en apprend beaucoup plus sur la folie due à l’exil, à l’arrachement, à la guerre et ses atrocités.

« Je connais votre pays, Monsieur Tao-laï, je le connais…Oui je le connais… Il y a longtemps j’y suis allé. Je n’osais pas vous le dire. On ne m’a pas demandé mon avis, vous savez. On m’a forcé à y aller. J’étais jeune. Je ne savais pas. C’était une guerre. Pas celle qu’il y a maintenant, une autre. Une des autres. A croire que sur votre pays s’acharnent toutes les guerres »… Monsieur Bark s’arrête un instant. Les larmes coulent sans cesse. « J’avais vingt ans. Qu’est ce qu’on sait à vingt ans ? Moi je ne savais rien. Je n’avais rien dans ma tête. Rien. J’étais encore un grand gosse, c’est tout. Un gosse. Et on a mis un fusil dans mes mains, alors que j’étais encore presque un enfant. J’ai vu votre pays, Monsieur Tao-Laï, oh oui, je l’ai vu, je m’en souviens comme si je l’avais quitté hier, tout est resté en moi, les parfums, les couleurs, les pluies, les forêts, les rires des enfants, leurs cris aussi. … Quand je suis arrivé j’ai vu tout cela, je me suis dit que le paradis devait y ressembler, même si le paradis, je n’y croyais déjà pas trop. Et nous, ce paradis, on nous a demandé d’y semer la mort, avec nos fusils, nos bombes, nos grenades…. »

«  Il marche sur un sentier difficile, se dit Monsieur Linh. Il écoute la voix du gros homme, cette voix qui lui est si familière même si elle dit des choses qu’il ne comprend jamais. La voix de son ami est profonde, enrouée. Elle paraît se frotter à des pierres et à des rochers énormes, comme les torrents qui dévalent la montagne, avant d’arriver dans la vallée, de se faire entendre, de rire, de gémir parfois, de parler fort. C’est une musique qui épouse tout de la vie, ses caresses comme ses âpretés. »

 

La petite fille de Monsieur Linh - Philippe Claudel - Le livre de poche, 184 pages.

 

Les avis de du Biblioblog, de Stéphanie, de Katell, de Fashion Victim, de Kalistina et de Karine.

06:10 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (29) | |  Facebook

Commentaires

Il y a dans le recueil "A table" paru aux éditions Delphine Montalant en 2004 une magnifique nouvelle de Philippe Claudel qui s'intitule, je crois, "les beignets de fleurs d'acacia", un pur moment de grâce et de nostalgie, une écriture touchante et poétique pour dire l'inoubliable de ces bouchées d'enfance dont le goût reste toujours mais qu'on ne retrouve jamais vraiment. J'aime beaucoup la plume de cet auteur-là!

Écrit par : Kiki et Gros Minet | 14/02/2008

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oups, enlève le "gros minet"! voilà ce que c'est d'aller faire l'andouille sur d'autres sites, ces foutus ordis enregistrent toutes les bêtises! ;)

Écrit par : Kiki | 14/02/2008

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Je vais le faire lire à mon cours de conversation en francais car Philippe Claudel viendra au mois de juin exprès jusque dans nos contrées reculées d'Allemagne du Nord pour le présenter. J'espère qu'ils l'apprécieront (je ne l'ai pas encore lu non plus mais j'ai adoré "Les ames grises") et auront plein de questions à poser à l'auteur ;).

Écrit par : Agnès | 14/02/2008

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Même si j'ai eu du mal à accrocher avec le style de Ph. Claudel (découvert à cette occasion), que j'ai trouvé un peu trop épuré à mon goût, j'ai gardé un très bon souvenir de cette lecture touchante.

Écrit par : Aelys | 14/02/2008

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Pas encore lu; mais apparemment il me fera le même effet que les autre Claudel...

Écrit par : Anne | 14/02/2008

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un magnifique livre que tu as magnifique commenté, j'adore ton billet
à mettre entre toutes les mains ce livre en tous cas

Écrit par : Stéphanie | 14/02/2008

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J'ai noté ce titre il y quelques temps ; ton billet m'encourage davantage à le lire.

Écrit par : bladelor | 14/02/2008

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@ kiki : non je n'enlève pas le gros minet !!! et ça m'arrive souvent aussi, ce genre de truc, c'est haut et fort qui a trop de mémoire... dis donc, c'est ma fille qui a gagné le concours chez nath...!
@ Claudel en allamagne du nord ! Ich bin traurig, weil ich in Frankreicht liebe.... (oups mon allemand est si loin derrière...) celui ci est trés différent des âmes grises, mais plus accessible sans doute pour des non franchophones à mon avis
@anne bladelor : lisez le !
@stéphanie : thanks a lot
@ aelys : tu n'accroches pas avec son style ? qu'est ce qui te gênes chez lui ?

Écrit par : amanda | 14/02/2008

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Un très beau roman, très émouvant! (et je n'ai toujours rien lu d'autre de Claudel alors que j'en ai trois qui m'attendent...)

Écrit par : fashion victim | 14/02/2008

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Je suis tout à fait d'accord avec toi Amanda ! et avec Stéphanie et Fashion!
Je l'ai lu il y a longtemps mais j'en ai gardé en effet un souvenir très émouvant. Et j'adore le style de Philippe Claudel.
D'ailleurs il faudrait que j'en lise d'autres maintenant :-)

Écrit par : Emeraude | 14/02/2008

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tu confirmes qu'il faut que je découvre cet auteur!!

Écrit par : goelen | 14/02/2008

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De P.Claudel, je n'ai lu que "Le monde sans les enfants" qui m'a beaucoup plu et je compte bien poursuivre avec cet auteur surtout que celui que tu présentes figure dans ma PAL !

Écrit par : Florinette | 14/02/2008

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C'est le seul Claudel que j'ai lu... j'ai par contre beaucoup aimé son style épuré. J'ai "Les âmes grises" et "Le rapport Brodeck" dans ma pile, qui m'attendent bien sagement!

Écrit par : Karine | 14/02/2008

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@fashion : lis "Le rapport de Brodeck", mon préféré à ce jour
@emeraude : j'ai envie de lire "Le café de l'excelsior" dont on ne 'ma dit que du bien
@ goelen : je te l'envoie ?
@florinette : n'éhsite plus alors!
@karine : les âmes grises est écrit magnifiquement, c'est sûr, mais je n'ai jamais réussi à le terminer : sublime, mais trop noir, trop dur, trop "poisseux", j'adorais le style mais j'avais l'impression d'étouffer. Aucune porte de sortie, rien. J'avais l'impression de marcher dans un brouillard opaque, je ne trouvais pas d'air pour respirer... mais j'aimerais vraiment un jour avoir le courage d'y retourner

Écrit par : amanda | 14/02/2008

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Proposition (pal)honnête : tu me prêterais La Petite Fille contre le Café de l'Excelsior ? ! :-)

Écrit par : Tamara | 14/02/2008

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Ah Philippe... ;-)
J'avais aussi beaucoup aimé ce roman, mais sans en deviner ce qu'on pouvait deviner.

Et comme Kiki, j'ai lu un recueil de nouvelles (Vu de la Lune, Gallimard) dont l'une est de Philippe Claudel et comme tous ses textes, c'est un régal. Simple mais si touchant.

Écrit par : Caro[line] | 14/02/2008

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@tamara : oui j'accepte ta proposition (pal)honnête, j'adore cette expression !
@caro[line] : je vais essayer de trouver ce recueil!

Écrit par : amanda | 14/02/2008

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C'est difficile à expliquer : je n'ai rien, en général, contre le style épuré (j'ai bien aimé celui de Ph. Grimbert pour "Le Secret", par exemple), sauf quand il verse dans le "simpliste". Je n'irai pas jusque là pour Claudel, mais je trouve que l'émotion, les sentiments méritaient peut-être une écriture plus construite, moins répétitive, moins saccadée...
Mais ce n'est que mon avis !!! ;)

Écrit par : Aelys | 14/02/2008

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Je peux te le prêter si tu veux !

Écrit par : Caro[line] | 14/02/2008

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J'ai aimé tout ce que j'ai lu de Claudel. Je suis une inconditionnelle !

Écrit par : sylire | 14/02/2008

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Ce livre m'a également beaucoup touché. "le rapport Brodeck" est dans ma PAL et attend bien sagement son tour !

Écrit par : flo | 14/02/2008

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C'est le second livre de Claudel que je lisais (le premier étant "Les âmes grises") et j'ai beaucoup aimé les deux mais pour des raisons différentes. Le premier livre que j'ai lu pour le style, la tristesse et la noirceur dégagées; le second pour l'émotion qu'il m'a procuré de pages en pages et surtour, justement pour le style épuré et léger qui contrastait avec la tristesse et la pertinence de l'Histoire et de l'histoire ...

Je lirai probablement encore beaucoup de livre de cet auteur.

Merci pour ce beau billet !

Écrit par : Carine | 15/02/2008

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@aelys : d'une part et en tout premier lieu : ton avis est important ! Jamais personne ici ne sera fustigé parce qu'il n'aime pas les mêmes choses que moi... au contraire ! Nous avons tous une sensibilté différente. Pour ma part, j'aime l'émotion surtout qd elle est suggérée, non dite et tellement palpable.
@caro[line] je veux bien merci (je vais venir le 24 avec une valise !)
@ sylire : je ne les ai pas tous lus, mais j'aime cet auteur, vraiment il serait presque mon chouchou, si cette expression n'était copyrightée par une autre...
@ flo : ah! Le rapport de Brodeck : celui-là, je l'ai adoré ! j'espère que tu vas bien et le futur petit humain aussi!
@ carine : oui ils sont différents ! et merci pour ton gentil mot

Écrit par : amanda | 15/02/2008

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J'aime Claudel ! J'aime son écriture simple, belle et mélancolique. Ce livre est un peu différent de ces autres livres je trouve. Mais je l'ai beaucoup aimé aussi. L'histoire est touchante. Ah j'aime Claudel c'est tout !

Écrit par : Bellesahi | 15/02/2008

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c'est aussi un vrai coup de coeur pour moi, je l'ai lu aprés les ames grises. Je n' ai pas encore fait de billet dessus, mais je pense que ça viendra. Pour l'instant, j'ai tout aimé de claudel parmi les titres que j'ai lu. Le seul qui ne m'a pas vraiment enchantée est le monde sans les enfants.

Écrit par : sylvie | 15/02/2008

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@bellehasi : j'aime bcp la façon dont tu dis que aimes Claudel... et... by the way, je trouve que ton blog dégage une atmosphère... disons qu'on aimerait y vivre...
@sylvie : j'ai l'impression que cet auteur fait l'unanimité!

Écrit par : amanda | 15/02/2008

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Oh c'est très gentil ! Je suis touchée.

Écrit par : Bellesahi | 15/02/2008

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Oh Amanda, je te conseille de lire Le café de l'excelsior de Claudel, il est très beau...bah lis les tous !

Écrit par : Bellesahi | 15/02/2008

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Un de mes grands coups de coeur 2007 que cette lecture.

Écrit par : anjelica | 16/02/2008

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