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29/02/2008

SAGA – TONINO BENACQUISTA

584807586.jpgMarco, Mathilde, Louis et Jérôme sont des has been. Des loosers. Des nazes. Scénaristes ou auteur de romans à l’eau de rose, ils sont réunis par un ponte d’une chaîne de TV en mal de quotas de séries françaises. Leur mission ? Ecrire le scénario d’une série TV dont tout le monde se fichera puisqu’elle sera diffusée à 4 heures du mat. Pour un coût minimum. Pour un retour sur investissement dérisoire. Ecrire une daube, une merde, n’importe quoi, pourvu que le quota soit respecté et que la chaîne ait la paix avec le CSA. Service commandé, faîtes n’importe quoi, on s’en fout, vous avez 80 épisodes. Point barre.

Nos quatre scénaristes se mettent illico au travail et se plongent dans SAGA, la seule série où on fait et dit n’importe quoi. Et sans contraintes. Libres. Créer sans entraves : le rêve de tous.

 Il faut croire que les téléspectateurs aiment le n’importe quoi, finalement…..

Il est des romans dans lesquels on n’arrive pas à rentrer. Et si on n’arrive pas à rentrer dès le début, il y a fort à parier qu’on n’y rentrera jamais. C’est ce qui m’est arrivé. Je suis restée insensible à ce roman du début à la fin. Pourtant, l’intrigue est suffisamment retorse et originale pour que j’y trouve mon compte. Il y a de l’humour (et Malavita du même auteur m’avait largement conquise) mais je suis sans doute passé à coté du tout au tout.

Suis-je téléphobe ? Suis-je imperméable ? A aucun moment je n’ai réussi à m’intéresser ni à ces quatre énergumènes qui font sauter l’audimat sans le vouloir, à aucun moment je n’ai apprécié ce portrait pourtant acide et lucide du monde de l’audiovisuel. Question de style ? Un peu. Je l’ai trouvé ennuyeux. Question de crédibilité ? Sans doute aussi, je n’ai jamais réussi à gober un seul instant cette histoire de série pourrie qui devient un Summum et encore moins la fin, que j’ai trouvé carrément grotesque.

Allez, soyons objectifs. Je crois être une des rares de la blogosphère à être restée de glace. Lisez plutôt les avis enthousiastes de : Allie, Karine, Emeraude et LVE.

Lu dans le cadre du Challenge ABC 2008, lettre B.

Et merci à Fashion pour le prêt !

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27/02/2008

SUR MA MERE – TAHAR BEN JELLOUN

6fb3da69a8276385b72f6f155394a234.jpg« La mémoire défaillante de ma mère l’a replongée pendant les derniers mois de sa vie, dans son enfance. Redevenue soudain une petite fille, puis une très jeune fille tôt mariée, elle s’est mise à me parler, à se confier, convoquant les morts et les vivants. »

Tahar Ben Jelloun écrit la vie de Lalla Fatma, sa mère. A travers les derniers mois de sa vie, il raconte la vie de cette femme, rythmée par les traditions, les coutumes marocaines.

Une femme qui s’est toujours pliée aux usages, mariée à 15 ans, veuve et mère à 16 ans. Remariée, veuve à nouveau. Remariée une troisième fois et veuve une nouvelle fois.

C’est un hommage touchant qui nous entraîne dans le Maroc d’hier et d’aujourd’hui. Celui des femmes qui se doivent d’obéir à leur mari, celui des jeunes mariées qui découvrent leur mari le soir des noces, celui des femmes à la fois soumises et souveraines. Des traditions qui peuvent choquer les occidentaux, Tahar Ben Jelloun dit aussi la poésie, le respect et la tolérance qu’elles expriment. Les femmes sont les piliers du foyer, infaillibles, solides, elles règnent silencieusement en maîtresses et leur soumission n’est qu’apparence.

Il raconte avec pudeur et simplicité la maladie, l’oubli, l’effacement de la mémoire, la solitude, la dépendance qu’elle entraîne. Le dévouement de Ketmoul, la dame de charge, dédiée au bien-être de Lalla Fatma, sa maîtresse, sa rage parfois d’être totalement consacrée, dévouée, sa fatigue, sa lassitude qui ne pointent que rarement au milieu d’un océan de tendresse et de dévouement, le désarroi des enfants, tiraillés entre le respect, le devoir et leurs vies à mener. Petit à petit, le corps lui aussi lâche Lalla Fatma. Elle s’éteint le 4 février 2002 et va rejoindre ses hommes, sa mère, son père, ses frères, venus l’accueillir. (« Alors voilà, nous sommes là. Le voyage n‘a pas été trop pénible. Le voyage ou la traversée. Tu arrives en plein hiver. Nous allons enfin dormir, dormir longtemps, toute l’éternité, viens, avance, assieds-toi, repose-toi. Tu verras, ici le temps tourne en rond, parfois il nous donne le vertige. Tu n’aimes pas ça, quand tu étais petite, tu es tombée d’un manège à Jnane Sbile, au jardin public. Tu avais vu des étoiles et tu es restée étourdie pendant quelques minutes. Là, il n’y a pas de manège. Mais tu verras on sent le temps au vent qu’il fait naître à son passage. Nous ne nous méfions ni du temps ni du vent. Plus rien ne peut nous atteindre. Tant qu’on se souvient de nous, nous existons. D’ailleurs c’est le vent qui nous informe. Il nous renseigne sur l’état des choses que nous avons laissées derrière nous. »)

Je n’ai pas lu tous les romans de Tahar Ben Jelloun. Celui-ci est touchant, émouvant, souvent poignant, j’avoue ceci dit avoir été plus sensible à « La nuit de l’erreur » et surtout à « L’enfant de sable » plus forts, sans doute moins imprégnés du devoir et du besoin d’hommage, mais dotés d’un pouvoir évocateur plus intense.

Sur ma mère - Tahar Ben Jelloun - Gallimard 270 pages

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26/02/2008

84 CHARRING CROSS ROAD – HELENE HANFF

136194605.jpgHélène Hanff, jeune dramaturge new-yorkaise férue de lire anciens, commande à une librairie londonienne Marks & Co, située 84 Charring Cross Raod quelques ouvrages. Frank Doel, libraire, lui envoie aussitôt les livres commandés.

S’ensuit alors une correspondance qui durera plus de vingt ans entre Hélène et Franck.

Ce roman est tout à fait délicieux. La correspondance qui s’installe entre Hélène et Franck évolue au fil des ans pour devenir de plus en plus amicale, chaleureuse et intime.

Les liens qui se tissent peu à peu entre ces deux amoureux des livres sont faits de respect, de tendresse, et l’affection profonde qui les unit devient de plus en plus sincère.

Hélène est vive, sarcastique, caustique. Ses lettres sont remplies d’humour et de plaisir à partager. On devine en face d’elle un Franck Doel plus réservé, plus secret, mais qui se laisse aller à s’ouvrir peu à peu à cette américaine qui le titille si souvent et si affectueusement.

Peu à peu Hélène devient un mythe au sein de Marks & Co. Les employés, la famille de Franck entament eux aussi un correspondance avec elle.

Ils ne se rencontreront jamais. Hélène aura toujours une bonne raison de repousser son voyage à Londres et Franck mourra en 1969. Mais en aurait il été autrement s’ils s’étaient rencontrés ? Je crois que cela fait justement partie du charme de ce roman ; l’idéalisation de l’autre est encore plus profonde quand on ne peut que se baser sur des lettres, qui révèlent plus intimement les personnes.

Au-delà du roman, j’avoue avoir été touchée par ces rapports épistolaires. Il est vrai que l’on peut nouer des relations fortes, sincères, avec des personnes que l’on ne connaît pas. La preuve en est chaque jour avec ces blogueurs qui échangent sur leur passion, qui partagent leur amour des livres sans forcément se connaître.

Une relation nouée uniquement sur l’amour des livres, qui peu à peu de vient une vraie relation, faite d’amitié, de complicité, de tendresse. Une relation virtuelle, qui devient vite essentielle, vitale, et qu’on ne peut arrêter. Voilà ce que j’ai aimé, ce que j’ai adoré et que j’ai envie de partager.

Les avis de Stéphanie, Yueyin, Chimère, Biblioblog, Sylire, Majinissa, Flo, Emeraude, Karine, Fashion

que je remercie pour le prêt... et j'en oublie sans doute ?

 

 

Lu dans le cadre du Challenge ABC 2008, lettre H.

06:03 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (18) | |  Facebook

23/02/2008

SWEENEY TODD – Tim Burton

"14b7916845c908761654751b459d617a.jpgAprès avoir croupi pendant quinze ans dans une prison australienne, Benjamin Barker s'évade et regagne Londres avec une seule idée en tête : se venger de l'infâme Juge Turpin qui le condamna pour lui ravir sa femme, lucy, et son bébé, Johanna. Adoptant le nom de Sweeney Todd, il reprend possession de son échoppe de barbier, située au-dessus de la boulangerie de Mme Nellie lovett."

Je crois qu’il n’y a pas juste milieu avec Tim Burton. On aime, ou on n’aime pas. La tiédeur n’est pas de mise. Chez lui aussi d’ailleurs. Quel que soit l’univers qu’il dessine, il propose toujours un déferlement d’images excessif et irréel, une atmosphère qui collera à la peau mais ne laissera jamais indifférent.

Moi, je suis fan. Fan excessive et totalement acquise à la cause du bonhomme.

Ici, les décors et les images sont d’une beauté gothique fantasmée et éthérée. Londres devient un monde onirique où la laideur et la crasse reflètent les âmes dévoyées et pourries des hommes.

Les hommes, parlons en, des hommes ! Qu’ils soient assoiffés de vengeance (Johnny Depp), assoiffés d’amour et de normalité (Helena Bonham Carter), assoiffés de luxure (Alan Rickman), d’argent, de réussite, les personnages de Tim Burton sont toujours excessifs dans l’anormalité et pourtant sublimes.

Tim Burton a le talent pour réunir des acteurs talentueux et surtout de les magnifier à l’écran. Sous sa direction ils puisent en eux des ressources extrêmes et exploitent leurs souffrances, leurs rages, pour les offrir aux personnages qu’ils incarnent. Ils chantent, puisque le film est inspiré d’une comédie musicale, ils jouent, ils incarnent une humanité dévoyée, désespérée. Seule la fatalité les conduit. Le tout forme un univers poétique, poisseux, envoûtant.

f09a1e6b8641ac11371b1830dd2f6794.jpgJohnny Depp, bien sûr, son comédien fétiche, y est encore une fois excellent. La rage intérieure, la souffrance, la haine qu’il éprouve sont jouées avec froideur, distance et recul glaçants. Ce type est un aimant, il attire la caméra, le regard, son jeu sont somptueux.

Helena Bonham Carter (Mme Burton à la ville) y est toujours aussi belle, aussi généreuse dans ses propositions.8e2c6897baf092f6bc6038f05e859cff.jpg

Alan Rickman y est horrible de vice et de hauteur.

Timothy Spall est répugnant et sirupeux à souhait dans le personnage du bailli.

Une petite mention à Sacha Barton Cohen (Borat !) dans le rôle d’un barbier fourbe et menteur tout à fait savoureux.

Mais ici, point de happy end. Le monde est vicié, pourri. La vengeance servira à assouvir la rage mais n’apaisera pas les âmes. Seule la mort effacera les bains de sang, dans un bain de sang. Sera-t-il purificateur ? Venant de Tim Burton, cela m’étonnerait…

La bande annonce est ici.

 

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22/02/2008

LE CANAPE ROUGE – MICHELE LESBRE

f1b611857447020aaad0d019e713c751.jpgAnne est décidée à revoir l’homme qu’elle a aimé jadis. Ils ne se sont pas revus, ils ne se sont plus écrit, mais Anne prend le train jusqu’à Irkoutsk où Gyl s'est exilé.

 

Elle a laissé Clémence derrière elle. Clémence à qui elle lit tous les jours les destins de femmes exceptionnelles, exaltées, passionnées. Clémence qui hante son voyage et ses pensées. Clémence assise sur son canapé rouge, Clémence habitée par son passé et des souvenirs qui s’estompent et s’effacent. Aspirés par la maladie ils ressurgissent en lambeaux épars de plus en plus fugaces.

 

Le rythme du roman est lent, aussi lent que ce train qui traverse la Sibérie , mais le voyage est serein, paisible, parsemé de souvenirs et de mélancolie.

 

Des moments de tendresse partagés avec Clémence (« J’aurai aimé la prendre dans mes bras, la détresse des corps vieillis qu’une main n’effleure, qu’aucun corps n’étreint, cette immense solitude de la chair qui est déjà un peu la mort, m’a toujours effrayée. Enfant, la peau de mes grand-mères me fascinait, je la touchais avec précautions, comme si je craignais de la froisser davantage, qu’elle se déchire sous mes doigts et que ma maladresse précipite une issue fatale. Celle de Clémence Barrot, fine et diaphane, me rappelait ses instants d’une infinie tendresse où je me perdais dans la géographie des rides et des veines bleues qui courraient sur les mains abîmées de ces femmes, petits ruisseaux buissonniers et palpitants. »), aux rencontres éphémères avec d’autres voyageurs (« Dans le compartiment, ils s’appelaient Tania, Vassili, Piotr, Vera, Boris, Vania. Parfois ils apparaissaient et disparaissaient sans qu’un mot ait pu être échangé. Tous n’étaient qu’ombres furtives, surtout la nuit, lorsque le train s’arrêtait quelque part, qu’ils allaient et venaient dans le mystère de leur vie. Les corps s’allongeaient discrètement puis s’esquivaient pour se perdre dans l’une de ces villes on l’on ne distinguait rien, seulement une vague ébauche surgissant de la pénombre ou du voile encore épais de l’aube. Un perpétuel mouvement rendait ainsi chaque rencontre fugitive et capitale à la fois. Leurs visages s’estompaient avec le temps, mais je gardais cette impression forte d’avoir approché des femmes et des hommes qui ne me quittaient plus ».) Anne ressuscite ses relations avec Gyl, avec d’autres hommes aussi, qu’elle a connus puis quittés.

 

Michèle Lesbre caresse ces souvenirs brumeux et cette nostalgie lumineuse. Elle les esquisse avec une délicatesse et une sensibilité exquises.

 

Quel talent a-t-elle pour nous faire vivre et ressentir cette affection profonde, intime, qui unit Anne et Clémence ! Ses phrases sont des fragments de poésie, aussi vaporeux que les souvenirs qui surgissent, uns à uns, pointant leur éclat, leur beauté et leur douceur.

 

Il y a une grâce et une luminosité sereines dans ce roman que l’on referme en frissonnant.

 

 

Le canapé rouge - Michèle Lesbre - Editions Sabine Weipieser, 145 pages

 

Merci à Clarabel et à Lily pour cette découverte. Bellesahi a aimé dès les premières pages.

 Sophie, Papillon, Sylire et Cathe l'ont lu aussi.

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21/02/2008

LE TROISIEME MENSONGE – AGOTA KRISTOF

773b33cc04682760371dda28cf4d7b08.jpgLe troisième mensonge est le dernier volet de la Trilogie des jumeaux écrite par Agota Kristof. Après Le grand cahier et La preuve, nous retrouvons Lucas et Klaus.

Dans les dernières pages de "La preuve", on ne savait plus qui est qui, on ne savait plus lequel des deux existe ou si seulement ces deux là existent. Là encore Agota Kristof sème autant de doutes que de questions, lève autant de voiles sur le passé pour en déposer de nouveaux et brouiller sans cesse les pistes.

Lucas a disparu, Klaus le recherche. Klaus qui est revenu dans son village après l’exil, après avoir fuit ce pays totalitaire foudroyé par la guerre et la bêtise des hommes.

Klaus revient sur son passé, les souvenirs ressurgissent et nous en apprenons plus sur ces deux frères arrachés l'un à l'autre, sur leurs existences qui n’ont été que déchirements, errances et blessures effroyables. L’un comblait l’absence de l’autre en le faisant vivre à ses cotés. Fantômes grimaçants, ombres inséparables, doubles fantasmés, Agota Kristof est terrifiante. Elle ne dit rien, elle suggère, elle laisse deviner.

Et petit à petit elle nous donne les clefs de cette gémellité déchirée, nous entraîne dans le sillon d’une enfance laminée par un cruel accident qui aura anéanti l’existence de Lucas et Klaus. Evénement fulgurant qui atomise leur enfance, leur famille, leur avenir.

On pourrait croire qu’enfin réunis, Lucas et Klaus vont pouvoir se reconstruire. Il n’en sera rien ; leurs retrouvailles seront glaçantes et indéfinissables, comme leurs destins ont pu l’être. Les plaies sont inguérissables, les cicatrices béantes.

Effroyablement pessimiste et tourmenté, ce roman écorché et cruel, dresse le portrait déchirant de deux êtres que la vie aura brisés, ravagés. Il se referme en tremblant et laisse un souvenir cuisant dans la mémoire. Le souvenir d'un moment de littérature fort, très fort.

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19/02/2008

SWAP – ANTHONY MOORE

a9e17f7256a51dd8a8650889344916e3.jpgHarvey Briscow a toujours vécu dans une bande dessinée. D’ailleurs, il est directement passé de l’âge enfant à l’âge enfant-qui-n’a-pas-voulu-grandir. La preuve, au lieu d’évoluer normalement, c'est-à-dire de choisir un vrai métier comme dit sa maman, de se marier et d’avoir des enfants comme dit son papa, il a ouvert une boutique de bandes dessinées à Londres. Où il végète depuis… soyons sympa, disons….depuis pas mal de temps.

De toute façon, il n’aime que ça, les comics. Et son fantasme, ce serait d’ouvrir un coffee shop à New York sur le thème des super héros : les 4 fantastiques, Superman, Wonder Woman. Ses idoles, quoi.

Mais, pour ouvrir ce coffee shop, il aurait fallu qu’il garde ce fichu « Superman numéro un », quand il était encore un gamin, au lieu de l’échanger contre vulgaire bout de plastique à Charles Odd, dit Bleeder. Voilà ce qui hante ses jours et ses nuits, à Harvey : cette saleté de BD qui aujourd’hui vaut près de deux cent mille livres et qu’il a stupidement donnée à un camarade persécuté, un pauv’type martyrisé par les gars du collège de son enfance. Harvey en rêve, Harvey en bouffe, du remords et des regrets : il construit sa vie autour du souvenir de cette relique. Alors il se rend à une réunion des anciens du collège afin de demander à Charles Odd de lui rendre cette BD. Qu’il la lui rende, ou qu’il lui avoue l’avoir brûlée, peu importe. En tout cas il faut qu’il en finisse avec les regrets et les « si ».

Le lendemain, il décide de cambrioler la maison de Charles Odd. Et tombe sur le cadavre la vieille Mrs Odd. Affolé il prend ses jambes à son cou…. Mais qui avait le meilleur mobile pour tuer une vieille femme chez qui se trouvait encore LA BD  ? Qui ressassait sans arrêt qu’il aurait mieux valu qu’il la garde, sa BD ? Qui a laissé ses empreintes partout ? Harvey, bien sûr. Il est mal barré, c’est certain. Vraiment mal barré.

Ce roman est assez divertissant. Les situations sont souvent amusantes, les personnages à la fois attachants et navrants par certains cotés. Des pauvres types qui n’ont pas réussi à bâtir leur vie, ou plutôt ont bâti un simulacre de vie.

Certes, on a très envie de savoir qui est réellement le (ou la) meurtrier(e). Parce que les coupables possibles, il y en a plusieurs : Charles Odd, le fils étouffé par une mère plus ou moins folle ? Jeff Cooper, la brute épaisse ? Maisie Cooper, le démon aux yeux d'ange ? La dessus, rien à dire, on est rivé au roman pour connaître la fin.

En revanche, le style ou plutôt l’absence de style gâchent un peu le plaisir. Il y a de l’humour, certes, mais il n’est pas aussi subtil que chez Nick Hornby. Il y a quelques perles (les parents d’Harvey sont hilarants) mais quelques réflexions plus « lourdaudes » qu’élégantes abiment le tout.

Ce sera mon bémol. Celui qui a suffit à ne pas m’emballer.

Quant à Cuné et Bellesahi, elles ont réussi à passer outre et vraiment apprécié, les chanceuses !

Ps : Cuné évoquait John Cusak pour le rôle de Harvey. Je penche plutôt pour Kevin Spacey, même s’il est plus âgé que le personnage!!

Swap - Anthony Moore - Editions Liana Levi, 350 pages

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18/02/2008

LE BROCART – MIYAMOTO TERU

7850854b69bd2da6ef0602e1176e9878.jpgArima Yasuaki et Katsunuma Aki ont été mariés. Ils ont divorcé suite au suicide de la maîtresse d’Arima Yasuaki.

Depuis, 10 ans ont passé. L’un et l’autre ont refait leur vie. Katsunama Aki s’est remariée et est mère d’un petit garçon handicapé. Ils se rencontrent par hasard, dans une télécabine du Mont Zâo. L’un et l’autre échangent quelques mots et se séparent, chacun sur son chemin.

Mais cette rencontre a réveillé le passé et Katsunama Aki écrit à Arima Yasuaki.

Ce lent roman épistolaire est joliment bien écrit. Chacun évoque tour à tour sa vie, les circonstances et les errements de leurs destins respectifs. Chacun revient sur leur rencontre, la fameuse nuit où l’adultère a été découvert, les chemins qui ont été les leurs depuis.

Chaque lettre est un long regard posé avec nostalgie sur une vie qui aurait pu être différente. Le rythme est lent, aussi lent que les pas des deux personnages sur les routes qu’ils ont suivies. Dix ans après ces deux êtres confondent leurs tristesses, leurs amertumes avec pudeur et respect. Le vouvoiement confère à leur correspondance une harmonie, une distance mêlées de respect et d’admiration.

Un joli roman, pour qui aime les longs et lents échanges ; pour qui aime deviner au travers des mots les sentiments, les regrets, les espoirs ; pour qui aime la nostalgie, l’amour qui subsiste malgré les blessures et qui se devine, caché derrière chaque phrase et chaque virgule. Michel titrait son billet sur ce livre avec "Agréable désuétude", ce titre reflète fidèlement l'atmosphère de ce roman.

« Le patron me demanda en souriant de lui expliquer comment j’avais compris ce miracle humain qu’était Mozart… Moi, qui venais tout juste d’aborder Mozart, je me sentais totalement incapable d’exprimer cela avec des mots…Pourtant, pressée par l’éclat tellement sérieux de ses yeux, j’arrivai à dire, sans même l’avoir voulu : « Etre vivant et être mort, c’est peut-être la même chose, voilà ce qu’il m’a semblé trouver exprimer d’énorme et d’étrange dans la magnifique musique de Mozart » Ce que j’avais voulu dire, c’est que si Mozart était un miracle humain, c’est parce qu’il avait réussi à faire éprouver aux hommes cette coexistence de la peine et de la joie sans utiliser les mots, par le biais d’une musique exquise, inexplicable verbalement, et qu’il y était parvenue avec une aisance inouïe, et de surcroît en rendant les gens heureux ».

L’avis de Michel.

Et, puisque l’on parle de romans épistolaires, je vais évoquer brièvement une magnifique pièce de théâtre « Love letters » de A.R. Gurney.

J’ai vu cette pièce deux fois. La première, il y a…. fort longtemps, était jouée par Anouck Aimée et Bruno Cremer. La deuxième fois, il y a deux ans, Anouk Aimée avait repris le rôle féminin, tandis que Jacques Weber remplaçait Philippe Noiret, disparu peu auparavant.

Cette pièce reprend simplement la correspondance entre deux amis d’enfance. La première lettre est un carton d’invitation à un anniversaire. L’un et l’autre continueront de s’écrire leur vie durant, chacun poursuivant son destin, se racontant, s’aimant, se moquant, se chicanant, cherchant toujours à maintenir ce lien parfois ténu, parfois puissant et tellement complexe qui les unit. Ils se retrouveront quelques années pour vivre une aventure passionnée, se séparer, continuer à s’écrire jusqu’à la mort. Une pièce magnifique.

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16/02/2008

LETTRE A JR

Monsieur,

Je vous écris ce soir et, croyez moi, il n’est pas dans mes habitudes d’écrire ainsi aux hommes que je croise, le soir, par hasard.

Encore moins si ces hommes n’ont rien à voir avec le thème dominant de mon sweet home, ie la littérature.

Mais hier soir il s’est passé une chose étrange. J’allais quitter mon domicile quand, ayant quelques minutes devant moi, j’ai allumé mon poste de télévision.

Une émission, une chaîne privée, deux invités.

Et, parmi ces invités, Vous.

Vous dont je connais évidemment la carrière. Je ne parlerai pas ici de vos dons (et je  dis volontairement dons) de comédien. Votre talent n’a aucunement besoin d’être justifié et encore moins démontré.

Néanmoins, la sincérité et l’honnêteté  m’enjoignent à dire que, bien que je vous aie toujours considéré comme un excellent comédien, je vous ai toujours trouvé un physique plutôt banal.

Mèche brune soigneusement rejetée sur le coté, nez aristocratique peu obligeamment souligné par une moustache certes distinguée mais plutôt ringarde, seul votre regard ciel sauvait ce physique trop sage à mes yeux.

Je veux ici parler de vous, Monsieur JR (je n’ose pas dire Cher JR… quelle outrecuidance ce serait de ma part, de m’adresser ainsi à votre personne sans y avoir été autorisée !). Je veux parler de vous, l’Homme.

L’homme que vous êtes aujourd’hui.

La sérénité a blanchi votre mèche, plus longue et désinvolte.

La maturité a fait souffler sur elle un vent espiègle et rieur.

Elle vous entoure d’un halo séducteur et charmeur.

Votre regard est toujours aussi azuréen.

Votre nez toujours aussi racé.

Votre sourire coquin, ensorceleur.

Votre voix envoûtante.

Votre humour et la finesse de votre esprit dévastateurs.

Votre charme, Monsieur JR, a été magnifié par les années, sublimé par le temps écoulé.

Vous n’êtes pas un vieux beau, non. Ce terme d’ailleurs est trop vilain pour vous décrire.

Vous êtes le type d’homme qui donne envie de trembler, de soupirer, de transpirer…

Séducteur ? Vous l’avez sans doute toujours été, je n’avais malheureusement pas su regarder avec les bons yeux.

Ce soir quelques verres de vin ont eu raison de ma réserve et je vous le dis :

Vous êtes pour moi l’incarnation du charme et de l’élégance.

Vous êtes redoutable, Monsieur JR.

Vous êtes redoutable car vous venez de balayer en cinq infinitésimales minutes toutes mes convictions sur la séduction masculine.

La votre est trop troublante pour que j’y résiste.

Respectueusement votre, Monsieur Jean Rochefort.

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15/02/2008

JIMMY THE KID – DONALD WESTLAKE

528f1aafe5ba0e024f09ffdc9392100c.jpgDortmunder est un truand à la p’tite semaine. Les coups foireux, c’est sa spécialité. Oh, c’est pas qu’il prépare mal ses coups, non, c’est plutôt qu’à chaque fois, y’a un truc qui cloche : un doberman qui surgit là où il devait y avoir un caniche nain, une cargaison qui est au troisième étage alors qu’on lui avait dit deuxième... Alors, quand son copain Kelt vient lui parler d’un roman de Richard Stark dans lequel le parfait kidnapping est décrit point par point et qu'il n'y a qu'à faire pareil, il se dit que, peut-être, cette fois la chance a tourné et qu’il va enfin pouvoir se faire un bon p’tit magot. Et profiter de la vie, bien pépère à l'abri du besoin.

Le souci, c’est que Kelt, il ne vaut pas mieux que lui, mais bon, après tout, si les ravisseurs du bouquin ont réussi leur coup, pourquoi pas eux, puisque tous les détails sont donnés et qu'il suffit de les suivre à la lettre ?

Avec leurs complices Murch, M’man Murch et May ils réfléchissent aussi intensément que leurs petits neurones le leur permettent et décident d’enlever Jimmy Harrington, le fils d’un très riche avocat new-yorkais.

On suit le bouquin à la ligne et hop ! On se tire avec 30 sacs chacun…

 

Ah si tout pouvait être aussi simple que dans les bouquins….

C’est qu’il est délicieux, ce petit polar qui n’a de polar que le nom ! Voilà une bande de Pieds Nickelés bien bêtes et bien naïfs qui se piquent de jouer les Clint Eastwood !

C’est bourré d’humour, ce scénario à la Groucho Marx  ! Une bande de gros bêtas imagine monter le coup du siècle et se tirer comme ça, la gloire en plus ?! Le problème c’est que les gosses de riches, à New York, ils sont plutôt malins ! Surtout après 4 ans d’analyse pendant lesquels ils ont roulé leur psychiatre dans la farine ! Rira bien qui rira le dernier !

Et puis, il y a plein d’autres personnages tout aussi truculents : du père qui ne peut s’empêcher de négocier la rançon parce qu’après tout, un gosse ou un procès, ça se négocie pareil, réflexe pavlovien. Les flics du FBI prêts à tout pour jouer les gros bras, le psychiatre éminemment perspicace qui voit tout sauf que son patient se fout de lui, et ces truands… ah, ce qu’on aimerait qu’ils s’en sortent, ces gentils méchants qui n’ont pas inventé la poudre !

Il y a des passages mémorables. Celui du rapt en premier lieu, parce que dans les livres il semblerait que les limousines pèsent moins lourd que dans la vraie vie ; celui par exemple où la conversation entre truands et flics se mue en discussion enflammée sur les soucis des chauffeurs de taxi exploités par les méchants syndicats new-yorkais ; la demande de rançon (je vous l’ai déjà dit, je sais, mais elle est vraiment comique !) ; l’intervention des policiers de la route qui ne supportent pas les grosse berlines de luxe, question de principe, les richards, y'a pas d'raison qu'ils échappent aux PV… bref,… c’est un roman drôle et croustillant comme un bon p’tit film de Bourvil.

Pour la petite histoire, Donald Westlake écrit également des romans sous le pseudonyme de Richard Stark… l’idée est excellente, de s’auto-plagier tout en l’avouant…et vous verrez à la fin que plagier n’est pas plagier, si on plagie la vraie vie…

Merci Kali, pour ce savoureux roman que tu m’as envoyé avec mon colis du Swap Noir c’est noir ! Je me suis régalée!