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14/03/2008

LA MUETTE – CHAHDORTT DJAVANN

978413609.jpg« J'ai quinze ans, je m'appelle Fatemeh, et je n'aime pas mon prénom. Dans notre quartier, tout le monde avait un surnom, le mien était «la nièce de la muette». La muette était ma tante paternelle. Je vais être pendue bientôt »

Chahdortt Djavann  écrit ici une histoire qui avait tout pour être belle. Une jeune adolescente élevée par une tante muette (on ne sait pas vraiment pour quelle raison, mais on le devine, on sait qu’elle se tait depuis un jour sombre de son enfance). La muette est une femme libre. Enfin, libre, c’est un grand mot. Disons qu’elle fume, ne porte pas le voile, marche pieds nus, a le regard insolent. Elle vit chez son frère, le père de Fatemeh, et aide à la maison. Elle ne sort pas.

Une tante que le mutisme rend encore plus fascinante, altière, une enfant pleine d’idéaux, un oncle jeune et amoureux, un père tolérant, ouvert, mais opprimé par le pouvoir des Mollahs, une mère hypocrite et égoïste. Ces personnages sont intéressants, l’histoire aussi. La muette aimera secrètement l’oncle, le Mollah déversera sa haine, une mort, un mariage forcé, une autre mort et, finalement, la condamnation à la pendaison de Fatemah, qui entreprendra, en prison, le récit des événements qui l’ont menée là.

Bien sûr, on devine la dénonciation de la condition de la femme en Iran, des comportements intégristes, de l’abomination des lapidations.

Mais Chahdortt Djavann a choisi de mettre en scène l’écriture de ce manuscrit (écrit en français). D’abord elle nous propose une lettre de l’éditeur qui aurait reçu ce manuscrit, miraculeusement dérobé à la prison iranienne, puis nous lisons ce manuscrit, puis nous avons une note d’une journaliste à qui ce manuscrit aurait été confié par le gardien de prison, puis celle du traducteur qui précise deux ou trois détails de traductions.

J’aurais sans doute préféré un roman plus frontal, une dénonciation moins mise en scène. Toutes ces fausses circonstances gâchent le tout. L’histoire en elle-même était intéressante, sans qu’on ait besoin d’y ajouter des détails romanesques qui finalement frisent le ridicule. C’est dommage, le manuscrit en lui-même se suffisait presque.

07:35 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook

Commentaires

Dans "Comment peut on être français", il y avait déjà cet épisode de l'enfant qui devient muette...
Mais là, vu ce que tu en dis, non, ça ne me tente pas !

Écrit par : cuné | 14/03/2008

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Tant pis, alors...

Écrit par : Fantômette | 14/03/2008

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Ah, oui c'est vraiment dommage de penser que ça aurait pu être un super-livre sans ces aspects de mise en scène... Mais est-ce qu'on a tous les éléments en ne lisant que la partie "récit"? Parce que si oui on peut peut-être passer un bon moment de lecture?...

Écrit par : Lucile | 14/03/2008

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J'étais bien tentée, jusqu'aux derniers paragraphes... je seconde Lucile... si on ne lit que le manuscrit, ça pourrait aller???

Écrit par : Karine | 14/03/2008

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@cuné : il semble alors que l'imagination soit absente ou redondante.
@fantomette : dommage surtout
@ lucile, karine : ou l'histoire est intéressante, mais pas neuve non plus. Pour ma part je préfère Yasmina Khadra.

Écrit par : amanda | 14/03/2008

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jusqu'aux derniers paragraphes, je me disais "je dois le lire". Maintenant, je me dis "une bonne raison de découvrir yasmina khadra" que je n'ai jamais lu...

Écrit par : goelen | 14/03/2008

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@goelen : oui, lis YK! je te conseille de commencer par l'attentat

Écrit par : amanda | 15/03/2008

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Dommage, cela s'annonçait pourtant bien ! Bah, je positive en pensant que ma LAL est soulagée de ne pas voir un nouveau titre s'y rajouter ;)

Écrit par : Joelle | 20/03/2008

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Je ne suis pas d'accord !!! mais alors vraiment pas du tout !

Raconter une histoire comme celle-la, tu ne te rends même pas compte à quel point c'est dur. Parce que ce n'est pas une simple dénonciation. Ce livre, même si c'est une fiction, cette histoire est arrivé. Peut-être pas exactement pareil, peut-être pas les mêmes circonstances, peut-être pas la même ville, peut-être pas les mêmes personnes. Mais elle est arrivée. Elle arrive encore. Des rapporteurs. Des gens trop stupides pour comprendre. Des croyants aveuglés. Des mollahs. Des personnes libres dans leur esprit essayant d'échapper à l'oppression de ce régime. Tout.
Mettre ce manuscrit, de but en blanc, n'aurait pas rendu ce récit meilleur.

Si vous tenez à lire quelques choses de vrai sans détour, ne lisez pas de romans. Ils ne sont pas là pour ça. Ils sont là pour transmettre une opinion, pour dénoncer, pour raconter, pour mieux donner une image, pour aider à comprendre. C'est un choix que fait l'auteur, au lieu d'écrire un essai par exemple, où il argumenterait de façon direct. Le choix du roman avec tout ce qu'il impose, permet au lecteur de ne pas se sentir aggréssé. Si vous voulez seulement de la dénonciation, à l'état brute, interessez-vous plutôt à la littérature d'idées qui vous conviendra peut-être mieux.

Écrit par : Saulmaz | 01/05/2008

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@saulmaz

Ce que je n’ai pas aimé, dans ce roman, ce sont les début et fin, cette histoire de manuscrit envoyé à l’éditrice au début. Puis, à la fin, ce même manuscrit dont on apprend qu’il a été « récupéré » par un geôlier, puis remis à un journaliste, et envoyé à l’éditrice, traduit, etc… d’autant qu’il a été écrit en français.

J’ai trouvé tout ceci totalement inutile. Que cela étouffe au contraire l’impact du roman, de son propos.

Il aurait très bien pu exister sans cette fausse introduction. On y aurait lu le journal de cette jeune fille et vu à travers lui la dénonciation des conditions de la femme en Iran (ou dans d’autres pays) et là-dessus j’adhère totalement au propos. Et, à mon avis cela aurait été plus efficace. Je pense, comme vous, qu’on roman peut (et doit) véhiculer des idées, faire passer des messages, des accusations, mais ici j’ai trouvé cette pseudo histoire du livre dans le livre superflue.

Écrit par : amanda | 01/05/2008

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Bonjour à tous
C'est tout de même dommage. Je constate en lisant les commentaires que votre avis sur le roman ne les pousse non seulement pas à le lire, mais les en dissuade ! Je ne pense pas que l'introduction et l'épilogue mettant en scène journaliste et traducteur soient aussi terriblement importants pour l'intrigue, ni même pour le roman. Je n'aurais pas attiré l'attention, comme vous, sur cette mise en abîme qui n'est que ça, finalement.
Je trouve dommage de se priver d'une si belle lecture rien que pour cette raison. En outre, j'ai lu Yasmina Khadra, et je préfère de loin l'écriture de Chahdortt Djavann. Un ouvrage à lire et à relire je pense. Je le critiquerai prochainement sur mon blog.

Bien à vous.

Écrit par : Léthée | 01/10/2008

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@léthée : bienvenue d'abord :) cette mise en abîme m'a tout de suite gênée parce qu'elle apportait un coté "fiction" qui m'a vraiment dérangée. Comme si tout celà n'était finalement qu'une histoire inventée. C'est ainsi que je l'ai ressenti. Bien à vous aussi.

Écrit par : amanda | 02/10/2008

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