Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« 2008-02 | Page d'accueil | 2008-04 »

31/03/2008

DE BEAUX LENDEMAINS – RUSSELL BANKS

1985041505.jpgParfois un roman peut en cacher un autre. « De beaux lendemains » raconte l’histoire d’un accident. Un accident qui a causé la mort de plusieurs enfants.

Dolores Driscoll est conductrice de bus scolaire. Elle ramasse chaque jour les enfants de ce petit coin perdu des Aridonbacks, dans le nord de l’Etat de New York. Chaque jour depuis près de trente ans elle les conduit à l’école de la vallée. Jusqu’au jour où elle croit voir un chien sur la route montagneuse. Elle freine, braque, vire et tombe dans le ravin, glisse sur une sablière, le bus fend la glace et s’enfonce.

L’accident pulvérise la vie du village de Sam Dent. Malgré les secours, plusieurs enfants périssent.

L’accident nous est raconté à tour de rôle par Dolores elle-même, puis par Billy Ansel qui a perdu ses enfants ; par Mitchell Stephens, un avocat new-yorkais qui va tout faire pour qu’un procès ait lieu et faire payer les responsables ; par Nicole Burnell, une jeune rescapée devenue invalide suite à l’accident.

C’est magistral. Chacun, avec sa voix, ses mots va apporter son regard sur les événements. Mais au-delà de l’accident, un autre roman se dessine : celui de cette bourgade, celui des habitants des montagnes isolées, rongés par la pauvreté, par la rigueur des hivers, par l'obscurité de leurs avenirs. Celui des couples qui ne se parlent plus, usés par les difficultés à nourrir une famille, ceux qui se contentent de leur morne quotidien puisque demain ne sera qu’un autre quotiden, tout aussi morne, suivi par un autre, et un autre encore. Celui des parents ravagés par le deuil, emmurés dans leur douleur, incapables de partager leur fardeau. Celui de cet avocat avide de revanche, de vengeance, de victoire, qui mène mille combats pour oublier qu’il n’a pas gagné celui d’être un bon père.

C’est le roman de cette jeune fille démolie par un père abusif mais cloîtrée dans le silence. Comment dénoncer son père ? Parce qu’il l’aime, en fait. D’une certaine façon, c’est sûr, mais c’est son père après tout. Elle était déjà démolie, de toute façon. Son handicap tiendra son père au loin, c’est déjà ça.

L’atmosphère pourrait être opaque, triste. Comme si le malheur ne s’abattait que plus lourdement sur les gens démunis. On est loin de la grande ville et de ses lumières, on vit d’aide sociale ou de menus travaux, mais l’honneur de ses habitants est intact, même s’il se noie parfois dans l’alcool qui anesthésie les souffrances. L’atmosphère est opaque, oui, d'une certaine manière, mais en même temps elle est illuminée par la richesse intérieure de ces personnages, par leur richesse morale, par leur dignité.

C’est impressionnant, c’est bluffant, cette capacité qu’a Russel Banks de se couler dans l’intimité de l'âme humaine, de nous faire aimer ces êtres qui essayent de vivre décemment, dignement. Il nous remue de compassion et d’empathie pour ses personnages. Il nous transporte dans ce bled paumé et l'on s'y sent presque bien, presque à notre place.

Un roman, deux romans, plusieurs romans en un seul, pour un même régal.

Ah, que j'ai aimé ce livre!

L'avis d'Anne, qui m'a donné envie de le lire, celui de Joelle.

 

 

06:05 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne*, *Nouvelles* | Lien permanent | Commentaires (24) | |  Facebook

28/03/2008

CHAQUE FEMME EST UN ROMAN – ALEXANDRE JARDIN

348038307.gifCopains d'avant...

 

 

Les romans d’Alexandre Jardin ont pour moi un parfum d’adolescence. J’ai dévoré « Bille en tête » autant que j’ai adoré « Le zèbre ». Plus tard Fanfan m’amusa. Autant le dire tout de suite, j’ai un peu grandi avec Alexandre Jardin. J’aimais ses romans comme une adolescente exalte sa routine en dévorant ses frasques romanesques, incongrues et romantiques.

 

Puis le temps passa et d’autres auteurs vinrent suplanter la plume alerte et les personnages exaltés. La maturité rejeta les chimères, la sagesse les loufoqueries.

Il y a trois ans, « Le roman des Jardin » fut lu avec circonspection, doute, puis finalement rejeté avec la fermeté convaincue d’une adulte moins encline aux révélations vaudevillesques et familiales.

Alexandre Jardin revient ici avec « Chaque femme est un roman », troisième volet autobiographique (après « Le zubial » et « Le roman des Jardin »). Il nous parle des femmes qu’il a croisées : amantes, amies, voisines. Des femmes extraordinaires, des femmes « jardinesques », des femmes salées, épicées, sucrées. Savoureuses, quoi.

Ici, point de chronologie, qui serait de toute façon insultante quant à la spontanéité, point de révélations fracassantes ou règlements de compte.

Point de lourdeur, point d’ennui, mais des rencontres, avec une lectrice, une juge, une professeur, une amie..

Une succession de portraits touchants, une galerie de femmes idéalisées, fantasmées, réinventées. On devine un soupçon de colorisation, des rencontres saupoudrées de fard, mais on retrouve la plume incisive, sautillante et cocasse d’Alexandre Jardin. J'aime ce style, et là je me suis clairement régalée.

En fait, ce n'est pas une réécriture, mais plutôt la vision de ces femmes vues au travers le prisme d'Alexandre Jardin. Et, foi de lectrice, j'aimerais être vue à travers ces yeux là : des yeux qui idéalisent, interprètent, des yeux qui s’emballent et qui pétillent.

Quelques pointes lancées ça et là contre « la corruption littéraire » ou « le fétichisme des territoires littéraires trop cadastrés » sèment un peu d’acidité, supposent quelques douleurs ou blessures ; un peu de provocation (le chapitre consacré à Grace Kelly fut pour moi un régal et probablement un de mes meilleurs fou rires du week end) et au final un roman lu avec plaisir, comme un café pris avec un vieil ami que l’on n’a pas vu depuis longtemps.

On se retrouve, on ne sait pas trop quoi se dire, va-t-on retrouver notre ancienne complicité ? On se regarde, on se raconte nos vies cabossées en les réinventant un peu, en ajoutant quelques touches de rose ou de rouge sur le trop gris, on devise sur le temps qui passe, on compare silencieusement nos rides en affirmant que le temps n’a pas de prise sur nos visages, on se sourit puis on se sépare, mélancoliques et nostalgiques. En espérant sincèrement une prochaine rencontre.

Merci pour ce café, Mr. Jardin, ce fut un agréable moment !

"Chaque femme est un roman", A. Jardin, Grasset 294 p., sortie avril 2008

 

ps : le merci pour le café n'est pas seulement un clin d'oeil. J'ai été invitée, parmi d'autre bloggueurs (In cold blog, Lily, Stéphanie, Anne-So, Sophie Kune, Solenne) à un petit-déjeuner avec Alexandre Jardin à l'occasion de la sortie de son livre. Mon avis reste objectif. J'ai aimé ce livre, comme j'ai aimé rencontrer Alexandre Jardin.

06:56 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (27) | |  Facebook

27/03/2008

LA CONSOLANTE – ANNA GAVALDA

881770122.jpgBeaucoup s’accordent à dire qu’il faut dépasser les 250 / 300 pages pour apprécier ce roman.

 

Page 344, je renonce. Je pose. Je déclare forfait.

 

Je ne comprends pas ce qu’a voulu raconter Anna Gavalda. J'ai trouvé le style indigeste. On retrouve bien sûr les onomatopées, les dialogues tronqués, les points de suspension… ce que l’on avait déjà remarqué dans « Ensemble c’est tout », mais qui était compensé par une histoire et des personnages emplis de tendresse et au final vraiment touchants. Parce que "Ensemble, c'est tout" m'avait vraiment touchée.

 

Ici, ma lecture ne fut qu’ennui, lassitude, agacement, soupirs, rage parfois, devant ce style trop haché, trop bâclé. Et puis l'absence quasi systématique de pronoms personnels m'a énormément perturbée. Donne une espèce de mélasse pénible à lire. Gâche l’histoire de cet architecte en pleine crise existentielle, crise de vie, crise d’envie. Aurait pu me toucher, m’a saoulée.

 

("Ça donne une espèce de mélasse pénible à lire. Ça gâche l’histoire de cet architecte en pleine crise existentielle, crise de vie, crise d’envie. Il aurait pu me toucher, il m’a saoulée")

 

Je suis navrée mais moi, ça m'a gonflé tout ça. Et j'admire sincèrement ceux qui ont eu le courage d'aller au bout de ces 637 pages. Pour ma part j'arrête de me faire violence et abandonne la lecture. C'est peut être (sans doute même) un peu facile de juger un livre alors que l'on ne l'a pas terminé, je sais. Mais il m'en a trop coûté pour aller au delà de ces 344 pages, alors tant pis, je passe peut-être à coté ?

 

 

Mais je remercie quand même mon libraire préféré de me l’avoir prêté !

 

 

Les avis de Cuné, Laurence du Biblioblog, la Lettrine, Solenne, de Gambadou.

 

Cathulu et Bellesahi ont réussi à ne pas passer à coté, je les admire.

06:12 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (44) | |  Facebook

26/03/2008

LA FILLE DES LOUGANIS – METIN ARDITI

314994511.jpgPavlina grandit sereinement entre sa mère Magda, son père Spiros, sa tante Fotini, son oncle Nikos et son cousin, Aris. Douceur de l’adolescence, chaleur de l’été grec et caresses de la mer sur la peau de Pavlina.

La mort de Spiros et Nikos, le même jour, dans un stupide accident de pêcheurs (on apprend vite que ce n'est pas un accident), sera le premier bouleversement dans la vie de Pavlina. Pavlina qui continue à grandir, accompagne son cousin Aris, ne le lâche pas, et petit à petit découvre son amour dépasse l'amour simplement familial. Premiers frissons, premiers émois, Pavlina et Aris s’aimeront un soir, juste une fois, avant le suicide d’Aris. Parce qu’Aris aimait aussi les hommes.

Pavlina est enceinte. Elle ne sait pas qu’elle n’est pas la fille de Spiros, mais celle de Nikos. Autrement dit, Aris était son frère. Elle doit abandonner son enfant. Et vivre avec ce poids, cette chape, cette brûlure qui consume ses entrailles.

Voici un roman bien écrit, qui vous transporte sous le soleil brûlant des Îles Grecques, qui vous empoigne de la douleur de Pavlina. C’est bien fait, c’est justement écrit.

Il faut aller au-delà des situations, qui semblent au premier abord plutôt faciles voire grossières (la fille aime son frère qui aime les hommes, l’enfant abandonné, la recherche…), parce que le roman se laisse lire. Parce qu’on y croit, parce qu’on s’attache à Pavlina, au poids qui plombe ses épaules et l’empêche de vivre. Parce qu’il aborde très sobrement la douleur, l’arrachement, l’opacité d’un avenir empêtré par le passé, dont on ne peut se défaire, dont on ne peut s’extirper.

Mais au final ce n’est pas transcendant. J’ai préféré l’âpreté du début à l’enlisement qui s’ensuit, même si les personnages sont tous très bien décrits, très bien dessinés et fort intéressants. Quant à la fin, elle m'a laissée particulièrement perplexe.

 

Je crois que trop d'effets de style diluent la force même du roman. Alors on va dire « Pas mal ». A réserver à ceux qui aiment ce genre d’histoire compliquée, les descriptions de corps musclés hâlés qui fendent les eaux des mers chaudes. A lire sur la plage, tiens. De préférence pendant des vacances en Grèce.

Les avis de Caro[line], Chiffonnette, Papillon, et  Solsol, très enthousiaste.

La fille des Louganis, M. Arditi - Actes Sud, 238 p.

06:07 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook

25/03/2008

LA FILLE SUR LE COFFRE A BAGAGES – JOHN O’HARA

1356877637.jpgNous sommes dans l’Amérique des années folles. James Malloy, jeune journaliste, est chargé d’accompagner Charlotte Sears pendant son séjour à New York. Charlotte Sears est une star du cinéma. La star attaquée, affaiblie, et le journaliste débutant se lient d’amitié, d’amour, de tendresse, de complicité.

Voici une bien jolie nouvelle !

Le style est très agréable et fluide. L’histoire a priori toute simple révèle ensuite un regard lucide sur la difficulté pour une actrice de rester « en haut de l’affiche », de préserver son statut de star et résister aux calculs des producteurs en manque de chair fraîche, de nouveaux visages à offrir aux spectateurs. Nouveau visage, ou visage déjà connu, pourvu qu’il soit entouré d’un zeste de scandale pour nourrir le public.

La bonne société new-yorkaise des années 30 est aussi très finement décrite, avec son faste, son hypocrisie, sa vanité et ses sourires enjoués qui cachent calculs et stratégies mondaines.

James est un jeune provincial insignifiant. Candide, il découvre un monde superficiel, celui des comédiennes qui essayent de survivre et préserver leur carrière, des épouses flouées et trompées qui veulent préserver leur mariage, leur rang au prix d’orgueil et dignités bafouées ou celui de celles pour qui le mariage est uniquement une échelle sociale.

J’ai beaucoup aimé cette nouvelle, un très joli moment, agréable, subtil et très joliment écrit. A découvrir !

Comme Stéphanie, j’ai très envie de me jeter sur d’autres romans de cet auteur. D'ailleurs, Stéphanie, merci pour le prêt !

06:41 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook

22/03/2008

MON LIBRAIRE PREFERE

Mon libraire préféré habite à Poissy.

Mon libraire préféré a une toute petite librairie.

Mon libraire préféré habite juste à coté d’une grande librairie.

Quand je vais chez mon libraire préféré, il m’accueille en souriant, me demande comment je vais et éclate de rire quand je lui dis que je n’ai plus rien à lire.

Je lui demande ce qu’il a de bien. On fait le tour de sa petite librairie et il me conseille. Il ne me parle que des livres qu’il a lus. Il me raconte des anecdotes. Il me propose Agota Kristof en ajoutant, avec un clin d’œil, qu’il ne les propose pas à n’importe qui. Je comprends que le livre est difficile mais que j’aimerai. Il me propose « Terre des oublis » en disant « attention, il y a des longueurs, mais vous aimerez ». Il me propose « Le pousse pousse », « La bâtarde d’Istanbul » ou « Lignes de faille ». Il hoche la tête quand je lui dis que j’ai découvert Véronique Olmi. Il sourit d’un air entendu quand je lui dis que j’ai déjà lu Véronique Ovaldé qu’il me propose. Il sait que parfois je vais chez un autre agitateur, ou chez celui qui vend sur internet, mais que c'est lui que je préfère.

Mon libraire préféré n’est pas comme mon libraire détesté.

Mon libraire détesté, lui, demande « C’est de qui ? » aux étudiants qui viennent chercher « Le rouge et le noir ». Mon libraire détesté ne remarque pas qu’il a reçu « L’affaire du Dalhia noir » au lieu du « Dahlia noir ». Et, quand on lui en fait la remarque, il demande « C’est pas pareil ? » d'un air niais.

Mon libraire détesté classe les livres de poche par ordre d’épaisseur et les brochés par éditeur. Il me demande d’épeler « Austen » quand je veux commander « Raisons et sentiments ». Je réponds "laissez tomber".

D’ailleurs mon libraire détesté a dû laisser tomber son sourire dans un carton de retour aux éditeurs. Il n’est pas revenu.

Moi non plus.

Mon libraire préféré lui, a une culture inouïe. Et quand il n’a pas (encore) lu un livre, il le dit sincèrement. Mais il est avide des avis de ses clients. D’ailleurs il connaît si bien ses clients qu’il sait les conseiller. Il ne les juge pas. Il aime ses clients, quels que soient leurs goûts.

La semaine dernière, mon libraire préféré m’a conseillé un roman. J’avais vu ici ou là des avis divergents aussi hésitais-je à dépenser 24,5 euros pour un roman que je n’étais pas sûre d’aimer. J’ai préféré lui prendre deux autres romans. Mon libraire préféré a pensé que j’aimerais ce gros roman à 24,5 euros. Alors il a décidé de me prêter son exemplaire dédicacé.

Mon libraire préféré est charmant. Il organise des rencontres avec des auteurs. Pas n’importe lesquels. Ceux qu’il aime.

Mon libraire préféré est tout seul, face à une grosse librairie qui propose des cartes de fidélité. Mais je préfère renoncer aux 5% de cette grosse librairie qui seront déduits après 10 achats, pour pouvoir bénéficier des conseils, des sourires et de l’accueil de mon libraire préféré.

Mon libraire préféré habite à Poissy.

Il se nomme « Le roi Livre »

10 rue du 8 mai 1945

78300 Poissy.

 

(merci à Cathulu, qui m'a inspirée avec son billet du jour "ma vendeuse préférée"!!)

14:27 Publié dans Bric à blog | Lien permanent | Commentaires (54) | |  Facebook

21/03/2008

CHRYSALIDE – AUDE

54514105.jpgCatherine a 14 ans. C’est une adolescente normale. Famille normale. Scolarité normale. Rien à signaler. Coulée dans le moule, figée dans la norme que ses parents, amis, voisins attendent, cultivent, entretiennent savamment.

C’est chic, d’être une ado normale, non ? On se contente de suivre le modèle social consciencieusement établi, on s’invente des petits soucis et des grands espoirs, on laisse filer le temps et on grandit en étouffant cette petite voix qui nous dit, tout bas, quand on est seul, que non, ça ne va pas si bien que ça. Cette petite voix qui nous dérange, insidieuse et sournoise, qui apparaît et disparaît, pour mieux revenir au moment où l'on s’y attend le moins.

La petite voix de Catherine revient brutalement, le jour de ses 14 ans. Elle est la seule à l’entendre, mais la petite voix est assourdissante, elle lui brise les tympans. Alors Catherine fonce dans la salle de bains et avale tout ce qui lui tombe sous la main. « Je suis allée m’enfermer dans la salle de bains du haut et, sans réfléchir une seconde, j’ai ingurgité pêle-mêle tout ce que j’ai trouvé, des médicaments aux produits ménagers sur lesquels il y a avait une tête de mort. Sans aucune préméditation, j’ai sauté dans le vide, hors du nid dans lequel j’avais pourtant vécu peinarde tant d’années. Peu m’importait où j’atterrirais, pourvu que ce soit ailleurs et que je me retrouve autre. Or, quand je suis sortie du coma, j’ai eu l’impression que je me retrouvais exactement à l’endroit d’où j’étais partie et d’être toujours la même. »

Catherine survit donc. Ses parents ne comprennent pas son geste. Ses amies non plus. D’ailleurs, elle les perd ses amies. Parce que souvent, on est ami quand tout va bien. Mais à condition de ne pas affliger autrui de son mal-être. Représentation, on vous dit. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Déprimés passez votre chemin, allez vous faire soigner et ne gâchez pas notre univers si propret, ok ?

C’est le roman d’une lente éclosion, d’une résurrection. Catherine cherchera toujours à devenir elle-même, se cherchera, se perdra, se retrouvera.

Le style est simple, plutôt factuel, mais terriblement efficace. L’auteur ne brode pas, elle décrit, plutôt brillamment d’ailleurs, le poids d’une société où l’on doit se glisser dans la conformité, respecter la normalité, correspondre aux critères bienséants de sa sphère sociale.

Que ce soit dans l’intimité (« Pour la plupart, la sexualité semblait consister principalement en des actions précises dans le but de déclancher des réactions déterminées. Action-réaction, action-réaction, action-réaction. On pourrait croire que cela était donc très simple, mais ce n’était pas du tout le cas. Ce qui semblait fonctionner à merveille dans les films pornos qu’ils avaient vus, et qui semblaient être souvent leur référence de base, ne produisait pas les mêmes effets dans la réalité. ») ou dans la sphère sociale et familiale (« j’avais bousillé leur œuvre. Je les remettais en question aux yeux des autres et à leurs propres yeux. Ils n’étaient pas mieux que ceux qui avaient des enfants à problème et auxquels ils s’étaient permis de donner délicatement des conseils quant à la façon d’éduquer un enfant. J’avais détruit la confiance suffisante qu’ils avaient dans le fait d’être au dessus de la mêlée. »), Aude raconte le cheminement d’une jeune femme, ses doutes, ses convictions, qui la mèneront à devenir une femme, à éclore et s’affranchir du poids des conventions.

« Je me mettais à la place de la chenille, dans le cocon. Et même si je savais qu’il allait en sortir un papillon, qu’il s’agissait d’une transformation et non d’une véritable mort, je trouvais cruel ce passage qui incluait sa destruction à elle. Or, la chenille ne souffre pas quand elle vit sa métamorphose. Pas plus que le fœtus ne souffre quand il lui pousse des jambes, des bras, des doigts, des yeux. Alors que moi, ça me faisait parfois très mal de me transformer lentement en femme. »

Merci à Cuné de me l’avoir envoyé, son avis ici. Et indirectement à Frisette, que je ne connais pas, mais qui l’a fait découvrir à Cuné !

Chrysalide, Aude - XYZ Editeurs, 152 pages

06:00 Publié dans *Litterature Canadienne* | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook

20/03/2008

LE MARIAGE D’ANNE D’ORVAL – SEBASTIEN FRITSCH

2031124801.gifNous sommes dans l’Auvergne médiévale et les seigneurs partagent leur temps entre guerres de contrées, banquets, religion, vassalités, rivalités. 

 

Le Baron Enguerrand d’Orval veut marier sa fille Anne. Anne dont la beauté, la douceur, la pureté ont bouleversé sa vie et transformé le seigneur sanguinaire en homme bon et juste. Clément de Merlieu sera le promis. Clément choisi pour sa droiture, son caractère exceptionnel parfaitement accordé à celui d’Anne.

 

 

Mais voilà, l’amour ne se résume pas à un contrat signé entre deux Seigneurs. L’amour est parfois plus fort que la volonté d’un père despote. Un amant, dont on ne connaîtra le nom qu’au tout dernier mot de la toute dernière page du livre. Une jeune femme dévouée à son père mais qui se laisse séduire. Une mère attentive, deux frères soumis. Un promis dont le passé reste un mystère, dont les amis ne sont pas aussi nobles qu’ils le paraissent. Une volonté de vengeance qui se transmettra de génération en génération, et cette question lancinante, qui taraude le lecteur : qui est Clément ? Qui est l’amant ? Qui a bafoué l'honneur de cette famille ?

Il m'a fallu du temps pour rentrer dans ce roman historique, même si les descriptions, les situations, se laissent lire avec beaucoup intérêt.

On a envie d’accompagner plus longuement Anne, sa pâleur, sa langueur, Enguerrand homme d’honneur, on a envie de savoir QUI écrit ce récit. Pas de passion, donc, mais de la curiosité. Beaucoup de curiosité. Petit à petit elle s’installe, les caractères se dessinent et l’on se retrouve plongé dans ce roman d’amour et cette fresque médiévale.

Je ne peux pas dire que j’ai adoré ce roman. Mais je me suis laissée emporter par l’histoire, j’ai tremblé avec Anne d’Orval, j’ai détesté puis aimé puis méprisé ce père aveugle et pétri d’orgueil, que j’ai même soupçonné du pire parfois.

A lire donc, si l’on aime les romans historiques, les romans sur l’amour et l’orgueil stupide, la rage vengeresse et la passion, plus forte que le devoir et la raison.

Ce premier roman de Sébastien Fritsch sera bientôt suivi par un roman policier « Le sixième crime ». Si l’habileté de l'auteur pour installer son lecteur dans le doute et le questionnement se confirme, si les personnages de ce deuxième roman sont aussi bien dessinés que ceux du "Mariage d'Anne d'Orval", je crois que ce sera probablement très réussi.

06:25 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Facebook

17/03/2008

COMME UN MERE – KARINE REYSSET

279475564.gifL’amour d’une mère est immense. A la fois insondable et lumineux, il bouleverse nos vies, transcende nos existences et les submerge.

C’est de cet amour que nous parle Karine Reysset, à travers l’histoire d’Emilie, une jeune paumée, une gamine déboussolée qui accouche sous X puisqu’elle est incapable de faire face à cette maternité non désirée, et celle de Judith, qui accouche le même jour, dans la même maternité, dans la même salle d’un enfant qui ne vivra pas. Après des années de grossesses inabouties. D'espoirs anéantis.

Désespérée, démolie, Judith enlève Léa, l’enfant d’Emilie. Elle sait qu’Emilie a de toute façon l’intention d’abandonner son enfant. Elle qui a tant d’amour en elle, tant d’amour à donner, à offrir, à déverser, à hurler..

Emilie, Judith, Léa. Deux femmes et une enfant. Trois vies, trois existences fragiles et ténues, vouées à des chemins séparés qui vont se croiser, se rencontrer, se retrouver, mêlées par un lien invisible et tenace, indissoluble.

Nous allons suivre ces deux femmes que tout oppose. Emilie l'écorchée, éraflée par la vie, et Judith, la femme cassée, qui sombre dans une torpeur mélancolique. Emilie retrouvera son enfant, tentera de se construire un avenir, elle n'est plus seule, elle a Léa ; mais Judith les retrouvera. Elle n'a plus rien, elle veut juste revoir, une dernière fois, cette enfant qu'elle a sérrée si fort, qu'elle a aimée avec désespoir. 

Karine Reysset nous offre ici un récit à deux voix empreint de sensibilité et de délicatesse. Son récit est une marée montante d’amour et de baisers sucrés, ceux que l’on dépose sur les joues veloutées de nos enfants, un récit qui nous étreint de la chaleur de ce lien indescriptible, indestructible qui unit une mère et son enfant.

Elle raconte avec pudeur et respect la folie, l’effondrement, la destruction auxquels peut mener la perte d’un enfant. Judith va reporter sur Léa tout cet amour dont son cœur déborde violemment. Emilie, elle, se verra submergée par un sentiment qu’elle n’attendait pas, qu’elle rejetait, question de survie. L’arrachement brutal, imprévu, imprévisible, balaie ses intentions et les remplace par un amour insubmersible. Avec ses difficultés, ses doutes, ses peurs.

C’est un roman qui émeut, qui est joliment écrit, avec sensibilité et simplicité.

Et puis il y a Saint Malo, ses remparts, sa thalasso, son Sillon, on sent presque la brise marine et salée sur nos visages. On marche sur la plage ou les remparts, on sent les embruns, on entend les goélands...

Et les dernières pages, qui se lisent avec effroi, avidité, espoir, inquiétude, soulagement…

Karine Reysset est une découverte.

J’y retournerai.

 

 

Tatiana de Rosnay nous l'annonçait déjà, ici.

 

 

Editions de l'Olivier, 179 pages

07:35 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (28) | |  Facebook

14/03/2008

LA MUETTE – CHAHDORTT DJAVANN

978413609.jpg« J'ai quinze ans, je m'appelle Fatemeh, et je n'aime pas mon prénom. Dans notre quartier, tout le monde avait un surnom, le mien était «la nièce de la muette». La muette était ma tante paternelle. Je vais être pendue bientôt »

Chahdortt Djavann  écrit ici une histoire qui avait tout pour être belle. Une jeune adolescente élevée par une tante muette (on ne sait pas vraiment pour quelle raison, mais on le devine, on sait qu’elle se tait depuis un jour sombre de son enfance). La muette est une femme libre. Enfin, libre, c’est un grand mot. Disons qu’elle fume, ne porte pas le voile, marche pieds nus, a le regard insolent. Elle vit chez son frère, le père de Fatemeh, et aide à la maison. Elle ne sort pas.

Une tante que le mutisme rend encore plus fascinante, altière, une enfant pleine d’idéaux, un oncle jeune et amoureux, un père tolérant, ouvert, mais opprimé par le pouvoir des Mollahs, une mère hypocrite et égoïste. Ces personnages sont intéressants, l’histoire aussi. La muette aimera secrètement l’oncle, le Mollah déversera sa haine, une mort, un mariage forcé, une autre mort et, finalement, la condamnation à la pendaison de Fatemah, qui entreprendra, en prison, le récit des événements qui l’ont menée là.

Bien sûr, on devine la dénonciation de la condition de la femme en Iran, des comportements intégristes, de l’abomination des lapidations.

Mais Chahdortt Djavann a choisi de mettre en scène l’écriture de ce manuscrit (écrit en français). D’abord elle nous propose une lettre de l’éditeur qui aurait reçu ce manuscrit, miraculeusement dérobé à la prison iranienne, puis nous lisons ce manuscrit, puis nous avons une note d’une journaliste à qui ce manuscrit aurait été confié par le gardien de prison, puis celle du traducteur qui précise deux ou trois détails de traductions.

J’aurais sans doute préféré un roman plus frontal, une dénonciation moins mise en scène. Toutes ces fausses circonstances gâchent le tout. L’histoire en elle-même était intéressante, sans qu’on ait besoin d’y ajouter des détails romanesques qui finalement frisent le ridicule. C’est dommage, le manuscrit en lui-même se suffisait presque.

07:35 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook