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23/04/2008

NO COUNTRY FOR OLD MEN – CORMAC MC CARTHY

136015607.jpgLlewelyn Moss est soudeur. Quand il ne soude pas, dans son bled quelque part entre le Nouveau Mexique et le Texas, il chasse les antilopes. C’est un type bien, Moss. Il soude, il chasse et en plus il aime sa femme Carla Jean. C'est pas un mauvais bougre, juste un ancien du Viet-Nâm à qui on la raconte pas et qui sait depuis longtemps que l'homme peut-être bien pire qu'un animal. Et quand il tombe par hasard sur les restes d’une tuerie dans le désert, ou plutôt un carnage, une boucherie, il fait ce que nombre de braves types comme lui feraient : vu que tous les gars sont morts, qu’ils se sont sans doute entre-tués, tous narco trafiquants qu’ils étaient, et qu’il y a une valise pleine de deux millions de dollars, et quelques kilos d’héroïne, il se dit qu’il va peut-être pouvoir s’offrir une autre vie, avec Carla Jean, un peu mieux, un peu moins dure. Alors il prend le fric et s'en va.

 

Mais comme c’est un type bien, il y retourne dans la nuit. Parce que l’un des mexicos n’était pas encore mort. Il agonisait. Agua. Agua por Dios.

 

Moss, il sait bien qu’il fait une énorme connerie. Que le mec il est sans doute déjà mort. Mais vivre avec deux millions de dollars piqués à des morts et vivre avec deux millions de dollars quand on a laissé crever un mec qui agonise, eh ben c’est pas pareil. Alors il y  retourne, avec de l’eau. Et quand il est sur place, eh ben il n’est plus le seul. Parce que deux millions de dollars, faut pas croire que les trafiquants ils vont les laisser s’évanouir dans la nature comme ça, sans chercher à les récupérer.

 

Il le savait bien, qu’il se foutait dans la merde, Moss.

 

Et il l’est jusqu’au cou. Voire davantage.

 

 

 

Cormac Mc Carhty semble aimer dire la déliquescence de notre monde. Un livre noir, très noir, enfin, noir et rouge plutôt, vu le taux d’hémoglobine versé dans ces presque 300 pages. Moss se tire donc avec l’argent. Mais il a à ses trousses des mexicains fous de rage d’avoir été floués, un ancien colonel un peu barré, un tueur fou (fou ? pas tant que ça à mon avis) et le shérif Bell, qui compte les coups et constate le gouffre dans lequel sombre son époque.

 

Il faut s’accrocher au livre. D’abord parce que les litres de sang versé ne semblent jamais devoir se tarir. On sait dès le début que pour l’optimisme, faudra repasser. Le style, ensuite, n’est pas des plus faciles à lire. C’est sec, heurté, scandé. Cormac Mac Carthy supprime les virgules et les remplace par la conjonction « et ». Ça donne des phrases plutôt longues, lancinantes, monotones (« Il s’arrête à la barrière et descend et l’ouvre et passe et redescend et la referme et reste un moment à écouter le silence. Puis il remonte dans la camionnette et prend en direction du Sud sur le chemin du ranch »). Mais on n’est pas là pour lire de la poésie. Le style est sec comme les paysages, sec et desséché comme ces hommes pour qui la violence est tout simplement normale, pur réflexe, automatique.

 

Le personnage du tueur, Chigurh, est oppressant. Pour lui, tuer, c’est comme ouvrir une boite de conserve ou allumer une cigarette. Aucun état d’âme, aucune question. Pas de valeurs, si ce n’est celle de survivre, avancer, point.

 

Quant au shérif Bell, Mc Carthy intercale des courts chapitres où Bell constate la pourriture dans laquelle se vautre son pays. Il évoque l’époque pas si lointaine où les sherifs ne portaient pas d’arme, où les professeurs, à un questionnaire sur les problèmes rencontrés dans leurs établissements, parlaient de chewing gum mâchés en classe, de gosses qui couraient en classe, copiaient…, et aujourd’hui, répondent viols, meurtres, drogues.. 

 

Voilà ce que raconte Mc Carhty : le monde est devenu fou, parce que les hommes sont devenus fous. La violence est devenue la norme. Le meurtre anecdotique. Les nouvelles valeurs sont l’argent, la drogue, les armes. Il n’y aura pas d’échappatoire. L’humanité sombrera à cause des hommes. Ce sont eux qui provoqueront leur propre fin.

 

 

L'avis de Cuné et celui de LVE et Betty Poulpe sur le livre et le film.

 

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Dans la foulée immédiate du livre, je suis allée voir le film des frères Cohen : pas mal. Moins de sang, quelques touches d’humour noir, des images et des plans crispés qui reflètent bien le livre. Quelques différences avec le livre (quand Chigurh demande à Carla Jean de jouer sa vie à pile ou face, elle refuse dans le film, joue dans le livre. Et perd.)

 

Et cette différence qui m’a frappée :

 

Dans le film, deux adolescents, à la fin, donnent leur chemise à Chigurh blessé. Il leur a donné de l’argent, mais ils l’aident parce « qu’il faut aider un homme blessé ». La scène s'arrête là.

 

Dans le livre, ils l’aident parce qu’ils trouvent « ça normal d’aider quelqu’un ». Puis ils jettent un coup d’œil dans sa voiture et voient le pistolet de Chigurh :

 

« Prends le, vas y. Pourquoi moi ? Parce que j’ai pas de chemise pour le cacher, vas y, grouille ».

 

Ça résume tout. Brrr.

 

07:05 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (22) | |  Facebook

Commentaires

Raa je n'ai toujours pas vu le film, il n'est pas passé dans le coin (enfin si, j'aurais pu aller à Caen bien sûr), j'attends toujours.
Mais le roman restera toujours particulier pour moi, en ce sens qu'il appartient à la catégorie "sauveurs" : dans une période où tout me tombe des mains, c'est comme une gorgée d'eau pure en plein cagnard quand je sombre corps et âme entre les pages d'un livre. Du coup ça reste gravé, circonstances, époque, émoi, tout. C'était juste avant Noël....

Écrit par : Cuné | 23/04/2008

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brrrrrrrr .... le taux d'hémoglobine me fige tout net. Je n'ai pas eu envie d'aller voir le film et je ne pense pas que je lirai le livre.

Écrit par : Françoise | 23/04/2008

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Tiens, et si je faisais dans l'auto-promo... : http://lirevoirentendre.blogspot.com/2008/02/no-country-for-old-men-en-texte-en.html

Écrit par : LVE | 23/04/2008

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Dans le film elle refuse de jouer mais elle perd quand même (il essuie ses chaussures en sortant)... Je ne sais pas si dans le livre c'est plus clair ou en tout cas plus crédible, mais le personnage de Llewelyn au ciné est assez incohérent, ce côté "je sais que je fais une connerie mais je veux que personne en pâtisse" ce qui est ridicule et impossible et les morts s'accumulent... J'ai trouvé que ça donnait un côté irresponsable à Llewelyn... (comme tu le vois, décidément, je n'ai pas aimé ce film:)))

Écrit par : fashion victim | 23/04/2008

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De cet auteur je n'ai lu que La route. Un livre impréssionnant.

Écrit par : Bellesahi | 23/04/2008

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j'ai bcp aimé le film où le tueur a vraiment une sale tête de tueur. dépaysant et comique par moments. J'ai retrouvé le style de 'fargo', sauf qu'ici les étendues neigeuses sont remplacées par des étendues rocailleuses.
Par contre, je sais pas vous mais je trouve la traduction mots pour mots du titre original très mauvaise, trop tirée pas les cheveux. 'non, ce pays n'est pas pour le vieil homme', ça sonne vraiment mal.

Écrit par : Loïc | 23/04/2008

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@cuné : sauveur ? pourtant le thème est tout sauf sauveur !
@françoise : bcp de sang, oui, mais un bon livre tt de même
@LVE : ah au temps pour moi, je corrige
@fashion : je te remercie, j'avais comris qu'il la tue ;-)) (et d'ailleurs je trouve ce plan super, qd il vérifie qu'il n'y a plus de sang sur ses bottes !). Dans le livre, Llewelyn est exactement le même. Il SAIT qu'il fait la connerie de sa vie ; mais il la fait qd même.
@bellesahi : des deux j'ai préféré La route. Disons que l'idée reste un peu la même : la mort du monde du fait des hommes.

Écrit par : amanda | 23/04/2008

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@Loïc : je ne connais pas Fargo. Oui Javier Bardem est excellent (même si j'ai bcp aimé le personnage de Llewellyn). Quant au titre français, oui, entièrement d'accord, il est très mauvais.

Écrit par : amanda | 23/04/2008

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Ce sera ma prochaine lecture de Mc Carthy !

Écrit par : goelen | 23/04/2008

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Je n'ai qu'un mot à dire à tout ça.... trois en fait: pas. pour. moi.
;))

Écrit par : Karine | 23/04/2008

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Je vais noter l'auteur en tous cas! La porte a l'air pas mal du tout... Merci pour ce chouette billet (encore!) :)

Écrit par : Lucile | 23/04/2008

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Ça fait froid dans le dos tout ce que tu dis sur ce livre et sur le film et pourtant j'ai bien envie de le noter ce titre, mais pour plus tard ! :-)

Écrit par : Florinette | 24/04/2008

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J'ai vu le film et j'hésitais à me lancer dans le roman. Je me demandais comment l'auteur pouvait avoir mis toute cette violence en mots!! Mais j'imagine que si le film des frères Cohen est réussi, c'est que le roman devait être assez clair! :P

Mais bon, ton billet m'a vraiment intéressé au roman. C'est un auteur que je n'ai jamais lu. Je commencerai peut-être par La Route.

Écrit par : Charlie Bobine | 24/04/2008

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Voilà j'ai retrouvé le titre de ce livre magnifique avec lequel j'avais découvert McCarthy: "Le gardien du verger". Une écriture somptueuse dans un flou total. J'ai le souvenir de pages exceptionnelles sur la pluie qui ruisselle sur les feuilles d'une forêt. Pas facile d'accès mais quel style!
Avec "La trilogie des confins", McCarthy a commencé à construire des livres un peu plus accessibles, notamment en se parant des mythes du western, mais d'un western symbolique, hyper-violent et mystique.
Son oeuvre ressemble à un regard qui se fait de plus en plus précis et de plus en plus sombre. De la manière où cet écrivain caché, comme Pynchon, Salinger et d'autres aux Etats-Unis, apparait peu à peu au grand jour, se laissant phtographier aux Oscars, avec "Pas de pays pour le vieil homme" et "La route" son grand livre. Un très grand livre.

Écrit par : C. Sauvage | 24/04/2008

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@goelen : j'espère que tu aimeras alors!

@ lucile : je n'ai lu que ces deux là mais je les ai bcp aimés. Un auteur à lire donc. Quant à la porte... tu veux sans doute dire La route ?

@ florinette : oui c'est sanglant, mais il faut aller au delà et ce qu'il dit est vraiment passionant (et vrai)

@charlie bobine : à vrai dire, je me demande si ce n'est pas mieux de les lire ds l'ordre, même si l'histoire n'a aucun lien. Mais il y a une telle continuité dans son propos... En tous cas La route est un roman exceptionnel

@christian sauvage : merci d'être passé d'une part, et merci pour les titres, j'ai très envie de me plonger et dans la Trilogie des confins et dans Le gardien du verger. Je crois que La route restera longtemps, très longtemps ds ma mémoire, et que je le relirais rapidement, d'ailleurs !

Écrit par : amanda | 25/04/2008

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Hum, euh oui tout à fait! Je me disais bien qu'il y avait un problème! ^_^

Écrit par : Lucile | 25/04/2008

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Rhhhaaa je me demandais vraiment s'il l'avait tuée à la fin Carla Jean!
En tout cas le livre a l'air très noir, de mon côté j'ai trouvé le film des Cohen vraiment drôle, enfin absurde parfois, notamment les digressions de Tommy Lee Jones.

Écrit par : Ori | 02/05/2008

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J'ai lu "La trilogie des confins" de cet auteur et en anglais en plus. Eh bien, je peux dire que les phrases sont encore plus longues que ce que tu cites (plusieurs pages parfois) et franchement, je n'ai pas accroché du tout. Pas que toute la violence ambiante m'ait dérangée mais je ne me souciais pas de ce qui pouvait arriver aux personnages !

Écrit par : Joelle | 16/05/2008

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@ori : ce ne sont pas des disgressions, juste un constat amer, et j'ai bien aimé ce décalage. Dans le livre, c'est encore plus fort.

@ joelle :il parait qu'on peut les lire dans le désordre. J'ai envie d'en lire au moins un pour commencer. Quant à "Sutree" il est introuvable. Dommage

Écrit par : amanda | 17/05/2008

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Si si, Suttree est disponible :-) En grand format aux éditions Actes Sud. Donc un peu cher... Je ne sais pas quand ils comptent le sortir en poche...

Lu "No country for old men" il y a peu... splendide à mon goût, mais "La route" est plusieurs crans au-dessus !

Écrit par : Bookomaton | 29/12/2008

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@bookomaton : merci pr l'info sur sutree. Oui la route est mieux que No coutry... mais très différent aussi ;)

Écrit par : amanda | 29/12/2008

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Je déterre un sujet de 2008 et je suis désolé mais j'ai lu ce fabuleux ouvrage et je n'ai pas compris qu'un seul passage. En effet, comment Anton sait-il qu'il est poursuivi par Carson? Et pourquoi retourne-t-il dans l'hôtel (Eagle si je ne m'abuse)?

Merci d'avance.

Écrit par : Nosrac | 12/12/2011

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