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06/06/2008

AMERICAN DARLING - RUSSELL BANKS

darling.jpgRussell Banks semble aimer les personnages complexes, torturés, qui empruntent des chemins de vie difficile et dont les choix peuvent paraître obscurs, choquants, ou hors de portée de notre compréhension. Et avec ses personnages, il trace des destins hors normes, révèle les dessous d’un pays, d’une situation sociale ou politique.

Ici, c’est la vie d’Hannah Musgrave que nous découvrons, au fil des chapitres. Avec répulsion parfois, avec empathie, mais toujours avec une sorte de fascination avide.

 

 

Hannah est une jeune fille de bonne famille, issue de ces classes aisées qui remplissent l’Amérique des années 60-70. Et comme souvent les jeunes nantis de cette période, Hannah se proclame révolutionnaire. Elle exècre son milieu social, rejoint les militants anti-racismes, anti-guerre du Viet-Nam, intègre un groupuscule terroriste et devra fuir les Etats-Unis où le FBI la recherche. Après un séjour au Ghana, elle rejoint le Libéria où elle s’intègre rapidement, épouse un membre du gouvernement, devient mère de famille et s’occupe d'une clinique de chimpanzés. Jusqu’à ce que la situation politique du pays se fissure pour finir par exploser : la guerre civile se propagera avec une violence inouïe.

 

 

Ce pourrait être seulement un destin peu banal que nous raconte Russell Banks, s’il n’avait cette façon magistrale et époustouflante de nous faire vivre, aux cotés d’Hannah, l’histoire du Libéria, celles des jeunes américains engagés aux cotés du Weather Underground, s’il ne nous immergeait pas dans les profondeurs et les dessous d’une guerre civile, ethnique, politique et sociale.

 

 

Son personnage central Hannah, raconte sa vie. Sans fausse pudeur, sans passion, avec la lucidité d’une femme qui a vécu plusieurs vies, trop de vies, Hannah (ou Dawn, selon les fausses identités qu’elle utilise) évoque son passé de militante, ses relations avec un père pédiatre renommé, une mère bourgeoise trop consensuelle et narcissique pour comprendre l’engagement politique et idéologique de sa fille.

 

 

Hannah, quant elle épouse un ministre du gouvernement libérien, se case, se range, mais n’éprouve plus l’exaltation et la rage qui ont guidé sa vie. Elle aura trois enfants, qu’elle appréciera, qu’elle élèvera, mais à qui elle sera incapable de fournir le moindre amour maternel, ou alors un amour tronqué, rongé, distant et poli.

 

 

Hannah en revanche se dévoue pour ses chimpanzés ; la seule espèce avec laquelle elle arrive à communier, oui à communier. Par le regard, par le silence, Hannah découvre avec ses « rêveurs » une relation qu’elle n’a jamais établie avec personne.

 

 

C’est un personnage peu sympathique, mais plutôt fascinant. Fascinant dans le sens où cette jeune femme, que tout portait à devenir une américaine normale, symbole d’une bourgeoisie aisée, dominante, va piétiner les conventions sociales inculquées par ses parents, briser leur rêve. De petites entorses en grandes révoltes, Hannah va perdre petit à petit sa capacité à s’émouvoir, à se laisser aller. Robotisée, obnubilée par les causes qu’elle s’acharne à défendre, elle avance dans la vie comme une guerrière avance, toujours fidèle à ses convictions et sans regarder derrière elle.

 

Mais avant tout, Russell Banks dessine un portrait passionnant du Libéria : les politiques africaines, la corruption, la violence,  les arrangements avec la morale et l’éthique, l’influence des Etats-Unis qui tirent les ficelles des les guerres civiles et soutiennent de façon souterraine les groupuscules révolutionnaires. Les guerres ethniques, les épurations, la pauvreté, les inégalités sociales et culturelles, Russell Banks nous plonge dans ce pays, comme il nous enfonce dans sa chaleur, sa moiteur.

 

On transpire, on est captivé, on tremble, mais on ne peut rester indifférent à ce roman magistral. Époustouflant.

L'excellent billet de In Cold Blog,

Les avis de Flo, DDA du Biblioblog, Frisette, Sylire, Cuné, Goelen, Jo Ann V.

Et ici, une interview de Russell Banks réalisée par l'équipe du Biblioblog.

 

 

06:35 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook

Commentaires

C'est vrai que si Hannah n'avait pas été Hannah, j'aurais a-do-ré ce roman, alors que je l'ai beaucoup aimé :-)

Écrit par : Jo Ann v. | 06/06/2008

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moi aussi j'ai beaucoup aimé ce roman. Russel Banks arrive à nous faire tourner plus de 500 pages sur un personnage que l'on n'aime pas beaucoup. Talentueux !

Écrit par : goelen | 06/06/2008

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Ce roman me tente beaucoup depuis un bon moment... sauf que j'ai peur que le personnage d'Hannah me déplaise assez pour que je n'aime pas le livre. Je le lirai peut-être pour l'histoire du Libéria... mais je n'arrive pas à comprendre comment on peut préférér des chimpanzées à des enfants!!!

Écrit par : Karine | 06/06/2008

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C'est cet excellent billet d'ICB, qui m'a donné envie de découvrir R.Banks ;-)
Après "De beaux lendemains" j'ai bien l'intention de lire ce titre-là.

Écrit par : Anne | 06/06/2008

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@ Amanda : Te voilà donc "réconciliée" avec Banks alors ? ;o)

@ Anne : et c'est ton non moins excellent billet sur De beaux lendemains qui m'a donné envie de continuer l'expérience Banks ;oD Et j'ai adoré une seconde fois...

Écrit par : In Cold Blog | 06/06/2008

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@jo ann v, goelen : c'est sans doute plus facile d'apprécier un personnage, mais suivre un personnage peu aimable me permet aussi de mieux appréhender une façon de vivre différente, comprendre certaines choses (ce que j'ai ressenti en lisant V. Olmi par exemple ou l'essai de S. Marinopoulos)

@karine : voir ma réponse à Jo Ann et Goelen !

@anne :oui, lis le !

@ICB : le seul roman qui m'ai déplu est le dernier. Les autres m'ont énormément touchée (De beaux lendemain, Histoire de réussir)

Écrit par : amanda | 06/06/2008

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Tout à fait d'accord avec toi pour dire que c'est un roman magistral. Je sais que tu as beaucoup aimé De beaux lendemains". A mon sens American Darling est encore meilleur. Qu'en penses-tu ?

Écrit par : sylire | 06/06/2008

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Très beau commentaire sur ce livre que j'avais aussi beaucoup aimé.

Écrit par : Manu | 06/06/2008

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@goelen et jo ann, j'ai rajouté vos avis que je n'avais pas vus!

@ sylire : eh bien, je dirais que... c'est difficile de choisir, sans l'être.
De beaux lendemains a l'avantage d'etre un roman à plusieurs voix, genre que j'apprécie particulièrement. D'autre part c'était mon premier Banks et à ce titre, gardera pour moi l'effet découverte. L'histoire m'avait touchée. Beaucoup.
Quant à AD, il est certainement plus fort, plus puissant, plus intense, que ce soit à travers l'histoire d'hannah et celle du libéria.
Je crois que DBL m'a plu pour son coté noir certes, mais rempli d'émotions humaines particulièrement touchantes et émouvantes.
AD reste ceci dit un roman magistralement réussi, et cette perfection "technique" (faire ressortir aussi bien l'atmosphère d'une guerre civile, éviter l'écueil du cours d'histoire politique barbant, réussir à brosser un portrait de femme hors du commun), font que, objectivement, c'est un chef d'oeuvre, tout simplement. Et DBL un très bon livre.

@manu : tu avais fait un billet ? (et merci)

Écrit par : amanda | 06/06/2008

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je n'ai toujours pas lu "de beaux lendemains" qui est pourtant sur le dessus de ma PAL; je note celui-çi aussi.

Écrit par : pom' | 07/06/2008

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Merci d'avoir répondu de façon aussi complète !

Écrit par : sylire | 07/06/2008

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je pense qe ce livre devrais me plaire , alors je vais essayer de le trouver en librairie et le commencer très vite ,à bientôt....

Écrit par : POTEZ | 19/06/2008

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@potez : il se trouve facilement je crois.

Écrit par : amanda | 20/06/2008

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Merci Amanda de ton info, c'est toujours agréable de recevoir de bonne nouvelle sur un livre , il est temps pour moi de tourner la page , à bientôt.

Écrit par : KIKOOSE | 20/06/2008

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Salut Amanda,
je devrais bientôt recevoir "American Darling" via Bookcrossing et je suis impatient de découvrir ct auteur...
Merci aussi pour tes commentaires sur mon site et j'en profite pour gentiment te tagguer; la règle est à découvrir sur mon blog...
Bien à toi,
BenoitD

Écrit par : BenoitD | 20/06/2008

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@benoitD : j'espère que tu aimeras American Darling. Quant au tag, le livre le plus proche de moi sortira en librairie le 4 septembre prochain (je le lis pour le prix Fnac) et la 123 ème page 5ème phrase est peu intéressante :) je vais donc m'abstenir ! mais c'est gentil d'avoir pensé à moi!

Écrit par : amanda | 20/06/2008

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