Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« La danse des obèses – Sophe Audouin-Mamikonian | Page d'accueil | OUVRE TOI ! Recueil d’anthologie dirigé par Magali Duez »

11/06/2008

SANS PERSONNE – BARBARA GOWDY

gowdy.jpgCélia a neuf ans. C’est une très, très jolie gamine, qui vit seule avec sa mère et l’aide, le vendredi soir, en chantant avec elle dans un cabaret plutôt minable. Question fric, c’est pas la joie. Mais la mère et la fille ont développé une relation intense, fusionnelle, et leur vie leur convient. Le père n’existe pas, ou alors dans la tête de Rachel, qui rêve de cet architecte new yorkais, avec qui sa mère a eu une aventure, il y a longtemps.

Ron, lui, répare des aspirateurs. C’est une solitaire, un bon gars, d’après ses voisins. Certes, il n’est pas très loquace, pas très social, mais on pourrait dire de lui que c’est un gars sans histoire. Ce qui est vrai : des histoires, il n’en a pas. C’est juste que Ron, parfois, il se poste à la sortie des écoles et observe les petites filles. Oh, il ne leur ferait jamais de mal, Ron, il n’est pas comme ça ! Il les regarde, se repaît du spectacle de leurs jolies gambettes, imagine les effluves de leurs chevelures, respire des caresses imaginaires, ferme les yeux, rêve à des… NON ! A chaque fois il se ressaisit : non il n’est pas comme ça, non, non, et non. Jamais il ne ferait de mal à une mouche, Ron, jamais…

Mais, un jour, il va croiser la jolie Rachel. Rachel la belle, Rachel l’exceptionnelle, Rachel qui va hanter ses jours et ses nuits. Rachel pour qui il emménage une chambre, dans son sous-sol. Rachel, qui pourrait devenir sa fille. Après tout, un père a bien le droit d’aimer sa fille….alors Ron profite d’une vulgaire panne d’électricité et enlève Rachel, sans réfléchir, sans penser aux conséquences, il plonge...

Barbara Gowdy nous entraîne dans un roman à la fois touchant et haletant. Stressés, on l’est, à chaque page, en priant pour que Célia retrouve sa fille, en priant pour que Ron ne finisse pas par franchir la limite, les limites. Tout est supposé, tout est effleuré, mais on pourrait presque sentir la montée du désir que Ron lui-même refuse. C’est à la fois écoeurant, révoltant, et… touchant. Oui, touchant. Parce Ron n’est pas un pédophile. Du moins pas encore. Barbara Gowdy nous fait pénétrer un univers où le satyre n’est pas encore né. Il combat le désir, le laisse l’envahir, le repousse. Il est partagé entre raison, amour (Amour), tristesse, abattement. Sa complice, Nancy, est une femme stérile. Elle, elle rêve d’être enfin maman. Cette enfant, elle deviendra sa mère. Parce que l’autre, elle ferait mieux de s’occuper de sa fille, au lieu de la faire chanter dans des cabarets ! C’est juste qu’elle s’étonne quand Ron met de l’eau de Cologne et se fait beau quand il descend dans la cave…

Pas de circonvolutions inutiles, pas de pathos. Barbara Gowdy réussit à nous entraîner dans cette histoire triste, où les personnages transportent leurs fêlures, leurs espoirs, combattent leurs démons, imaginent une vie meilleure. N’allez pas imaginer qu’on espère que Ron va s’en sortir, non ! Disons que l’on comprend comment tout peut basculer. Comment un fantasme peut devenir une obsession qui vous martèle la tête. Tout le long du roman, on frissonne, on frémit, à l’idée que l’irréparable peut arriver à tout moment, on a envie de hurler quand Rachel finit par apprécier ses ravisseurs.. Ce n’est qu’une enfant, qui croit qu’ils l’ont sauvée de griffes de marchands d’esclaves.

Un roman plein d’empathie, voilà. Un roman qui ouvre une porte, celle de la compréhension, celle qui nous montre comment une vie peut basculer, se fracasser en fracassant celle des autres. Comment un simple fantasme peut se transformer, comment un homme pourrait franchir la limite, un jour, et passer de l’autre coté.

Un roman qui nous montre aussi l’innocence des enfants, leur candeur, leur confiance. Leur confiance, qui les mène à se fier à des gentilles paroles, à ne plus avoir peur, au fil des jours, pour s’en remettre à leur ravissseurs.

 

Brrr, ça fait froid dans le dos, mais c’est un thriller, alors le suspens est là : ira-t-il jusqu’au bout ? A votre avis, je vous en parlerais comme ça, s’il y allait ? Si au fond, il ne se comportait pas comme il est dans la vie : un bon gars ? Mais c'est quoi, être un bon gars ?

L’avis de Cuné.

06:50 Publié dans *Litterature Canadienne* | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Facebook

Commentaires

Tu en parles vraiment très bien !!

Écrit par : Cuné | 11/06/2008

Répondre à ce commentaire

et tu donnes très envie !

Écrit par : Emeraude | 11/06/2008

Répondre à ce commentaire

A peine j'avais terminé de lire le billet de Cuné qu'il était commandé. Il m'attend bien sagement... mais peut-être plus pour très longtemps ;o)

Écrit par : In Cold Blog | 11/06/2008

Répondre à ce commentaire

C'est vrai, quel billet ! Mais l'histoire me fait froid dans le dos, les séquestrations dans les caves... je ne suis pas sûre de supporter ça dans la fiction, c'est vraiment trop horrible. Plus tard, peut-être ?

Écrit par : erzébeth | 11/06/2008

Répondre à ce commentaire

Brr, c'est le genre de livre qui m'angoisse beaucoup... Pas sûre de te suivre sur ce choix !

Écrit par : praline | 11/06/2008

Répondre à ce commentaire

ça doit être difficile d'aborder un tel sujet avec empathie pour un auteur...Elle a l'air d'avoir parfaitement réussi

Écrit par : goelen | 11/06/2008

Répondre à ce commentaire

Je l'avais déjà noté chez Cuné mais un peu oublié dans la fameuse LAL... je vais souligner. C'est particulier de réussir à traiter d'un tel sujet de façon à ce que le livre plaise, même si ça fait froid dans le dos!

Écrit par : Karine | 11/06/2008

Répondre à ce commentaire

J'avais lu "Anges déchus" du même auteur il y a quelques années et ce livre m'avait aussi fait une forte impression.

Écrit par : Manu | 11/06/2008

Répondre à ce commentaire

Ce titre est dans ma PAL depuis quelques mois, mais je n'arrive pas à me décider à le lire. Et pourtant il va bien falloir, car c'est un cadeau et il faudra bien que j'en parle. Ton billet et celui de Cuné m'incite à me lancer, mais j'avoue que le sujet m'effraie et m'angoisse un peu (beaucoup) !

Écrit par : virginie | 11/06/2008

Répondre à ce commentaire

Pas pour moi : il me fait déjà trop peur en lisant ton billet, ce Ron !

Écrit par : Tamara | 11/06/2008

Répondre à ce commentaire

Pas envie de me faire peur pour le moment, j'attendrai la sortie en poche.

Écrit par : cathulu | 12/06/2008

Répondre à ce commentaire

@cuné : parce que tu en parlais si bien que j’ai eu envie de le lire
@emeraude : merci
@ICB : ;-)
@erzebeth, praline : je comprends, mais il est aussi touchant pas beaucoup de moments
@ goelen : oui elle a réussi !
@karine : à faire remonter alors !
@manu : « anges déchus » ? je note, c’était bien donc ?
@ virginie : le livre est stressant, mais pas effrayant. Difficile à expliquer, disons qu’elle a réussi à lui donner tant d’empathie qu’on le lit presque « en confiance »
@tamara, cathulu : comme vous voulez !!

Écrit par : amanda | 12/06/2008

Répondre à ce commentaire

Il me semble l'avoir quelque part dans ma PAL - sans doute un des volumes qui m'est tombé sur la tronche il y a une dizaine de jours. Merci pour cet article! Cela me permet de mieux cerner l'ouvrage en question (une page 4 de couverture, c'est un peu short et vachement orienté).

Écrit par : Daniel Fattore | 12/06/2008

Répondre à ce commentaire

Ta critique fait envie c'est vrai et puis les lectures les plus confortables ne sont pas de celles qui nous laissent un souvenir impérissable. Par contre j'ai un peu peur des "bons sentiments" mais ne connaissant pas du tout l'auteur je vais me fier aux 2 critiques de Bloggeuses.

Écrit par : Roooxane | 13/06/2008

Répondre à ce commentaire

Ca me tente bien! Je vais le noter! :)

Écrit par : Lucile | 13/06/2008

Répondre à ce commentaire

@daniel fattore : je vs en prie, j'espère que vs aimerez !
@rooxane : je suis d'accrod, les lectures confortables sont moins puissantes, sans aucun doute. Mais à chaque moment convient sa lecture, sans doute. J'espère que tu aimeras
@lucile : note!!

Écrit par : amanda | 13/06/2008

Répondre à ce commentaire

Je suis en train de le lire.

Thriller? C'est inattendu de la part d'Actes Sud, dont j'ai une image assez différente. Mais plus ça va, plus je pense que je vais rester accroché à ce bouquin - même si les toutes premières pages ont eu pour moi un goût de téléfilm.

Vivement la suite!

Écrit par : Daniel Fattore | 07/01/2009

Répondre à ce commentaire

@ daniel : effectivement, il n'est pas présenté comme un thriller. Mais il y a bcp de suspens, parce qu'on se demande comment tout ça va finir, on a peur que Ron finisse par céder à ses désirs, pulsions. J'ai trouvé que le rythme du roman ne faiblissait pas. Tout ça m'a donné l'impression de lire un thriller (bien plus "haletant" d'ailleurs que certains romans affichés comme de thrillers).. J'espère que vous garderez tout au long le même plaisir que j'ai eu à le lire.

Écrit par : amanda | 07/01/2009

Répondre à ce commentaire

@Amanda: un goût assez curieux à la fin de cette lecture... j'en parle justement aujourd'hui:

http://fattorius.over-blog.com/article-26710787.html

Cela, même si fondamentalement, le récit fonctionne... Notez que la quatrième de couverture parle quand même de thriller.

Écrit par : Daniel Fattore | 13/01/2009

Répondre à ce commentaire