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23/08/2008

LA PORTE DES ENFERS – LAURENT GAUDE

gaudé.jpgMatteo est pressé ce matin là. Matteo fait courir Pippo, son fils. Matteo est en retard. Pippo est fatigué, Pippo veut s’arrêter, souffler, respirer un peu mais Matteo le tire, l’entraîne, l’exhorte à avancer.

 

Mais ce matin là, cette minute là, cette seconde là, une fusillade dans les rues de Naples vient stopper net la course de Matteo et Pippo. Briser net leurs pas ; voler la vie de Pippo. Dévaster celle de Matteo et pulvériser celle de Guiliana, la mère, la femme, arrêter sa vie aussi sec que si c’était elle qui avait reçu la balle perdue.

 

Peut-on revenir d’entre les morts ? Que deviennent les nôtres, les âmes de nos défunts une fois que l’ombre les a englouties ?  N’existent-elles plus que dans nos souvenirs et nos cœurs ? S’étiolent-elles lentement avec le temps et l’érosion de la mémoire ?

 

Laurent Gaudé a écrit ce livre pour ses morts. Pour illuminer leurs ténèbres et ce récit se transforme en conte qui se voile peu à peu de magie, de douceur, de souffrance aussi, de nostalgie et de poésie.

 

Matteo, abandonné par Guiliana, elle-même trop dévastée pour rester aux cotés de son mari, va chercher son fils là-bas, en Enfers. Parce qu’il existe une Porte, que lui montrera le Professore Provolone. Les ombres des morts s’y glissent pour effleurer les corps de ceux qui les pleurent, les caresser, leur parler. Cette partie du roman est à la fois âpre, douloureuse, et lumineuse :

 

« …les ombres étaient en effet d’une incandescence variable. Certaines brillaient comme des feux follets, d’autres étaient si pâles qu’elles semblaient presque transparentes. « C’est la règle aux pays des morts… les ombres auxquelles on pense encore au pays des vivants, celles dont on honore la mémoire et sur lesquelles on pleure, sont lumineuses. Les autres, les morts oubliés, se ternissent et glissent à toute allure vers le centre de la spirale… Dans le foule épaisse de ces dizaines de milliers d’ombres, il distinguait maintenant mille particularités. Certaines pleuraient  en se déchirant les yeux, d’autres souriaient, embrassant la terre avec gratitude. « Regarde celle-là… elle a les joues baignées de pleurs et sourit. Elle vient de sentir qu’un vivant pense à elle et c’est quelqu’un dont elle n’aurait jamais imaginé qu’il puisse se souvenir d’elle avec autant d’affection. Regarde. D’autres pleurent et s’arrachent les cheveux parce qu’elles pensaient que leur mémoire serait célébrée et découvrent, avec rage, que personne ne songe plus à elles. Ni leurs proches, ni leurs parents. Elles se vident et ternissent. Elles deviennent de plus en plus pâles jusqu’à être totalement translucides et filent vers le néant. »

 

Jamais Laurent Gaudé ne sombre dans une sentimentalisme dégoulinant et encore moins un pathos écoeurant. Il y a la deuil, l’absence, les remords, la douleur et le néant, mais le tout est nimbé d’un halo de respect et de douceur, servi par une plume fluide, caressante, presque rassurante.

 

Comme si nos morts voulaient nous chuchoter à l’oreille des mots de réconfort.

 

 

La porte des enfers, Laurent Gaudé - Actes Sud, 267 pages

 

 

14:00 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (38) | |  Facebook

Commentaires

Jusqu'ici les romans de Gaudé ne m'attiraient pas. Le sujet de celui-ci m'intéresse davantage. Peut-être quand il sera en poche.

Écrit par : Manu | 23/08/2008

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Je ne connais cet auteur que de noms, mais ce bouquin a l'air pas mal du tout ! Je l'ajoute sur ma liste a acheter ! Allez et un de plus !

Écrit par : Liyah | 23/08/2008

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J'avais eu un gros coup de coeur pour le soleil des Scorta. J'avais bien aimé aussi Eldorado. Je lirai certainement celui-ci.

Écrit par : sylire | 23/08/2008

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Celui-ci me tentait déjà beaucoup : j'ai trouvé que "Le soleil des Scorta" était un très beau roman. Ensuite Naples comme toile de fond...
La question est : acheter, attendre qu'ils l'aient à la bibli ?

Écrit par : kathel | 23/08/2008

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oh la la, j'ai souvent beaucoup de mal avec les romans sur la mort d'un enfant...

Écrit par : Ys | 23/08/2008

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Je suis contente de découvrir grâce à toi un premier avis sur ce roman qui est sur ma LAL.

Écrit par : clochette | 24/08/2008

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Je n'avais jamais entendu parler de celui-ci... de Gaudé, j'ai beaucoup aimé "La mort du roi Tsongor". Donc, si je croise ce titre, pourquoi pas!

Écrit par : Karine | 24/08/2008

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@manu : je n'avais jamais lu Gaudé avant "La mrt du roi Tsongor". Et je ne regrette pas cette découverte
@ Lilyah : bienvenue ici !
@ sylire : même si le thème peut paraître un peu "fantastique", il n'en reste pas moins que la langue est superbe et le fond très beau aussi
@ kathel : là, je te laisse choisir en fonction de tes écrivains préférés. Je n'ai pas hésité à l'acheter, et je ne le regrette pas (où habites tu ?)
@ Ys : mais moi aussi, tu sais... néanmoins, lire ces récits et leurs "approches" est quelque chose que j'aime. Surtout quand ici il n'y a aucun pathos, juste la "desccription" simple de l'écorchure, l'eraflure, la déchirure qu'elle provoque, avec des mots justes et durs, justes et donc doux (là je fais du poétique qd il n'y a pas lieu, mais ce sont les mots qui me viennent)
@ clochette : j'espère que tu aimeras !
@ karine : il ne paraitra pas tout de suite au Canada je pense (quoique ?!)

Écrit par : amanda | 24/08/2008

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Quelques touches de fantastique dans ce roman ?

Écrit par : La liseuse | 24/08/2008

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Le côté fantastique ne me dérange pas, bien au contraire !

Écrit par : sylire | 24/08/2008

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J'ai tellement détesté Eldorado que j'hésite fortement à me lancer dans celui-ci! Mais je vais peut-êtr eme laisser faire finalement!

Écrit par : chiffonnette | 24/08/2008

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Ça a l'air super ce bouquin de Laurent Gaudé, vraiment un homme d'une grande sensibilité et d'un humanisme profond !

Écrit par : Spencer | 25/08/2008

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Merci Amanda, c'est très sympa, mais il faut que je sache raison garder, attendre un peu permettra peut-être de faire baisser ma PAL !

Écrit par : kathel | 25/08/2008

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celui là me tente, je l'ai numerise au travail et je lai note sur ma lal, je suis contente de lire un premiers avis sur ce livre! il confirme mon choix

Écrit par : lael | 25/08/2008

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je viens de le lire. Mon billet apparaîtra après demain. Je ne me souvenais plus de ce que tu en avais dit parce que j'avais lu ton billet en diagonale, sachant que j'allais le lire bientôt.
Etrange, amusant ou normal, je ne sais pas, mais j'ai retenu exactement le meme passage que toi.
Cet extrait là m'a presque mis une claque.

C'est plus qu'une réussite que ce roman ! c'est un hommage qu'on devrait tous lire je crois !

Écrit par : Emeraude | 25/08/2008

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@la liseuse : on pourrait trouver ça "fantastique", oui, mais au delà du coté irréel ou imaginaire, je pense qu"il décrit surtout ce que nous, nous faisons, de nos morts. Et j'y ai été particulièrement sensible
@ sylire : tu devrais aimer alors
@ spencer : découvert grâce à toi en quelque sorte :)
@ kathel : ok!
@ lael : numérisé ? tss ! es tu bibliothécaire ?
@ emeraude : entièrement d'accord. il est vrai que le deuil que je viens de vivre était totalement présent pendant ma lecture, et que je n'ai cessé de penser à ma grand-mère... surtout pendant ce passage... mais au delà de la résonnance personelle, il n'en reste pas moins que l'hommage et le désir de faire vivre nos proches ds nos esprits sont particulièrement touchants

Écrit par : amanda | 25/08/2008

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Bonjour !

J'avoue ne pas avoir fort apprécié ce roman... Les enfers de Gaudé m'ont semblé un peu falots et caricaturaux ; quant à la descente aux enfers, j'avais l'impression de lire une aventure du club des cinq... Les monologues de Giuliana me semblaient un peu trop tsongoriens... Mais au-delà de cela, il est vrai que cette famille et la terrible mort de Pipo sont décrits avec une belle tendresse.

Oulala, je ne vais pas me faire bien voir au milieu de tous ces éloges... Je prends le risque, avec tout le respect qui va avec.

Écrit par : Bookomaton | 27/08/2008

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@bookomaton : bienvenue ici d'une part :) Je suis un peu d'accord avec le coté "caricatural" de la descente aux enfers de Matteo. Ce coté "fantastique" paut paraitre "club des cinq" ou "jules vernien" (oups, je ne me permets pas de comparer Verne à l'auteur du Club des 5, mais le coté surréaliste peut le supposer !). En revanche, j'y ai trouvé l'hommage à nos morts et surtout le rapport que nous pouvons avoir avec leur mémoire trés touchant et surtout juste. Et surtout, aussi, j'ai trouvé l'évocation du deuil, l'arrachement brutal qu"il provoque, sa brulure inguérrissable, sa déchirure, particulièrement émouvants et vrais.
Pas de souci, vous pouvez venir ici donner votre avis. Une des magies de la littérature est que chacun la vit et la reçoit à sa manière.

Écrit par : amanda | 27/08/2008

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Belle réponse ! Bien d'accord avec vous pour la question de l'évocation du deuil. On me reprendra souvent chez vous ;-)

Écrit par : Bookomaton | 27/08/2008

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Belle réponse ! Bien d'accord avec vous pour la question de l'évocation du deuil. On me reprendra souvent chez vous ;-)

Écrit par : Bookomaton | 27/08/2008

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@bookomaton : merci à bientôt alors:)

Écrit par : amanda | 28/08/2008

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Gros changement de style de Laurent Gaudé qui ne nous avait pas habitué à cela. Certains vont adorer, d'autres non...

Écrit par : vendetta | 07/09/2008

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je ne suis pas vraiment décidée pour ce livre, mais ton billet me tente.Encore un livre sur le deuil... mais celui-ci a l'air très original, et assez fort...

Écrit par : sylvie | 13/09/2008

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@vendetta : certainement :)
@ sylvie : ce sont surtout les passages avec Giuliana qui sont forts, mais j'ai bcp aimé le reste aussi

Écrit par : amanda | 15/09/2008

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Ce matin, en larmes, j'ai refermé La Porte des Enfers. Comment Laurent Gaudé arrive t il à écrire ce qu'une mère qui a réellement perdu un enfant ressent "....ce qu'elle avait au plus profond d'elle, ce désir fou d'aller chercher son fils là où il était, pour qu'elle puisse, rien qu'une fois, le serrer à nouveau contre elle, s'emplir le visage de son odeur".....
J'ai ce désir fou.. la toucher, la sentir... ne serait ce que le temps d'un éclair....

Écrit par : Françoise | 03/10/2008

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@ françoise : que vous dire après ce commentaire ? je ne trouve aucune formule, aucune réponse...

Écrit par : amanda | 03/10/2008

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@amanda Merci. Je vous comprends, il n'y a rien à dire. Ce qui est important c'est de pouvoir parler de nos êtres invisibles ! c'est la meilleure façon de les faire vivre ! Je préfère mille fois "raconter" ma fille que d'être consolée par des mots souvent bien creux !

Écrit par : Françoise | 03/10/2008

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J'ajoute un commentaire, c'est un conte "lumineux"

Écrit par : Françoise | 03/10/2008

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J'ai découvert Laurent Gaudé par le soleil des Scorta que j'ai beaucoup aimé. La Porte des Enfers aurait pu me plaire ( la parabole du deuil ... ) mais j'ai trouvé que le style était très lourd, dans l'explicitation constante... cela m'a beaucoup gênée, à 15 ans j'aurais adoré, aujourd'hui bof.
Cordialement
Marielle

Écrit par : marielle | 23/02/2009

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@Marielle Je me demande quel âge vous avez aujourd'hui... que lisiez vous à 15 ans ?

Écrit par : Françoise | 23/02/2009

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Bonjour,

J'ai aimé le soleil des Scorta.
J'ai ADORE la Porte des Enfers!!!
Je me suis sentie dans la peau de Dante aidée dans la descente aux enfers par Virgile.

Continuez à nous faire rêver M.Gaudé

Graziella.

Écrit par : Graziella | 21/03/2009

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Bonjour,

J'ai aimé le soleil des Scorta.
J'ai ADORE la Porte des Enfers!!!
Je me suis sentie dans la peau de Dante aidée dans la descente aux enfers par Virgile.

Continuez à nous faire rêver M.Gaudé

Graziella.

Écrit par : Graziella | 21/03/2009

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@marielle : je n'ai pas trouvé le style lourd, pour ma part :)
@ graziella : bienvenue ici!

Écrit par : amanda | 23/03/2009

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un livre étrange et captivant que j'ai lu d'une traite
coup de coeur

Écrit par : zaineb | 15/05/2009

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@ zaineb : bienvenue ici :)

Écrit par : amanda | 17/05/2009

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elle a un sourire vieux de plusieurs siecles mais qui a la lumiere du premier jour du monde .. rien que pour cela merci pour la porte des enfers a bientot

Écrit par : loisel | 22/02/2011

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C'est curieux, ce matin je relisais cette citation : "Je n'allais nulle part. Je ne voyais plus
personne.J'étais comme une bête malade. Je craignais
les mots qu'on ne manquerait pas de me dire. Ils
étaient comme des mouches qui vont droit à la plaie et
au sang"
et ensuite j'avais noté sur mon blog ou ailleurs je ne sais plus :
Pourquoi ai je choisi cette citation ? tout simplement
parce qu'elle me concernait et me touchait
personnellement.
Ces mots si vrais, sont écrits, par une mère, après
la mort de son enfant.
J'ai connu cet état, j'ai redouté ces mots que l'on
craint...
Dans quelques jours cela fera 15 longues années que j'ai perdu mon enfant.
Impossible d'aller frapper à la moindre porte, sauf celle de mon coeur !

Écrit par : françoise | 22/02/2011

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comment peut-on detester "Eldorado"???

Écrit par : domi | 23/08/2011

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