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02/10/2008

LE CHEMIN PARCOURU – ISHMAEL BEAH

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Ishmael Beah est né en Sierra Leone et vit aujourd’hui à New York. Entre les deux, une éternité, un univers totalement opposés. Et dans cette éternité, Ishmael est devenu un enfant soldat, un tueur, une machine. A tuer, la machine.

 

Ishmael a douze ans et quitte son village pour participer à un spectacle de rap. Nous sommes en Sierra Leone dans les années 1990 et les affrontements entre armée et rebelles font rage. Le village d’Ishmael est détruit, sa famille disparue. Il erre dans la forêt et après de longues semaines, privé de nourriture, épuisé autant moralement que physiquement, il rejoint un groupe d’enfants eux aussi abandonnés à eux-mêmes. Faute de nourriture et faute d’espoir, ils rejoignent l’armée (« L’armée c’était la survie. C’était la rejoindre ou être tué »).

 

Le témoignage d’Ishmael Beah est fort. Nous assistons au parcours d’un enfant, issu de famille paysanne mais instruite (Ishmael va au collège, apprend l’anglais et les monologues de Shakespeare), qui, par désespoir autant que par nécessité, intègrera une milice de l’Armée.

 

L’univers des enfants soldats est décrit froidement, avec simplicité, lucidité et humilité. Ishmael Beah raconte le plus sincèrement possible la  marijuana, la cocaïne, le Brown Brown (mélange de cocaïne et de poudre à fusil) grâce auxquels les enfants sont rapidement privés de tout repère et deviennent des machines à tuer. Dressé pour massacrer, totalement déshumanisé et dépouillé de tout sens moral ou esprit critique, Ishmael devient « lieutenant des jeunes » et encadre un groupe de jeune soldats-tueurs.

 

C’est un témoignage à la fois cruel par ce que l’on y apprend, mais aussi touchant par la sincérité de l’auteur. Il n’essaye point de se dédouaner ou d’édulcorer la réalité : il a tué par réflexe autant que par « plaisir », la guerre étant devenu le centre vital, névralgique de son existence. Il ne cherche pas non plus à justifier les raisons politiques d’une guerre pendant laquelle il n’était de toute façon pas suffisamment âgé pour en comprendre les raisons ni les éclaircissements.

 

Une mission humanitaire lui permet trois ans plus tard de quitter l’armée. Après une « rééducation » et un sevrage, il réapprend petit à petit à vivre. Il est envoyé à l’ONU et présente avec d’autres enfants la situation des enfants soldats dans son pays. De retour au pays, il reprend ses études mais, après quelques semaines, le gouvernement est renversé par les rebelles. Ishmael réussit à fuir la Sierra Leone et s’installera à New York, chez une amie rencontrée lors de son voyage à l’ONU.

 

Un récit efficace, troublant et simple, sur le parcours d’un enfant-tueur, sa rééducation et son retour progressif à une vie normale, une enfance qui ne demande qu’à ressurgir après les cauchemars. Un récit qui dit simplement l'importance des associations humanitaires et leur impact sur les vies des enfants.

 

 

Le chemin parcouru, Ishmael Beah - Presses de la cité, 269 pages

 

 

 

Lu dans la cadre du prix des Lectrices ELLE 2009 - Catégorie Documents.

 

Les avis des autres membres du jury:  Emmyne, Anna Blume,

ainsi que ceux de Martine, Anne-Sophie

 

 

 

 

 

06:47 Publié dans *Essais, documents*, Prix des lectrices ELLE 2009 | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook

Commentaires

Des témoignages comme celui-ci sont précieux, mais il faut choisir son moment pour les lire. Pour moi ce sera un peu plus tard.

Écrit par : Françoise | 02/10/2008

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Dans le même genre mais romancé, j'avais adoré "Allah n'est pas obligé" de Kourouma. Un style extraordinaire et une histoire terrible.

Écrit par : fashion | 02/10/2008

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HORS SUJET : Je t'ai (agréablement, tu verras !) taguée sur mon blog ! Bonne journée, Amanda !

Écrit par : Brize | 02/10/2008

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Ouh !!! Lourd et énorme sujet. Enorme. Un tel témoignage est très intéressant.

Écrit par : Ninon | 02/10/2008

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@françoise : il est assez facile à lire. Dur, mais le ton est.. comment dire... non pas distant, mais très factuel. IB ne cache rien, dit les choses simplement.
@ fashion : ah merci, je note alors :) ce thème m'ntéresse bcp
@ brize : merci :))
@ ninon : bienvenue tout d'abord. Oui, ce témoignage est non seulement intéressant, mais surtout "interpellant" dans le sens où il permet de comprendre comment les enfants peuvent devenir des guerriers dénués de toute conscience ou morale.

Écrit par : amanda | 02/10/2008

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Le thème m'apparaît vraiment, vraiment terrible. Pourtant, il m'intéresse. Mais bon, je vais peut-être commencer par un roman au lieu d'un document... juste pour me voiler la face un peu et me dire que "c'est juste une histoire"!!!

Écrit par : Karine :) | 03/10/2008

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Un beau témoignage que celui là! J'avais beaucoup aimé!

Écrit par : Annie | 03/10/2008

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@karine : il se lit facilement, tu sais
@annie : je sais :)

Écrit par : amanda | 03/10/2008

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c'est le genre de document qui doit remettre les choses à leur place, et relativiser les problèmes. Je trouve que cette partie de la littérature est importante et nécessaire

Écrit par : Stéphanie | 04/10/2008

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@stéphanie : entièrement d'accord.

Écrit par : amanda | 04/10/2008

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Ca me fait penser à une partie de l'intrigue de Blood diamond, le fils du héros devient aussi un enfant soldat, dans ce même pays.

Écrit par : Ori | 04/10/2008

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