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29/10/2008

PERETTE TERRORISTE

Un jour, il y a fort longtemps (au temps où Perette était encore jeune (et bête) (et naïve) (et innocente) (et sportive), Perette, donc, il y a des siècles, prit l’avion pour la première fois.

 

Perette ne faisant jamais les choses à moitié, prit l’avion non pas pour monter à la capitale mais pour se rendre au Népal.

 

Perette, pour se rendre au Népal donc, prit l’avion. Et comme Perette et ses amis étaient loin d’être fortunés, en bons étudiants, ils prirent l’avion qui s’arrêtait en Arabie Saoudite ainsi qu'au Bangladesh avant d’arriver au pays des temples et des treks (et d’autres saletés mircrobiennes qu’elle chopa là-bas mais là n’est pas la question). Perette s’embarqua donc sur Air Bangladesh, chargée comme un baudet.

 

(Quelques années après Perette se dit qu’elle pourrait stopper là son récit, le nom même de la compagnie suffisant à la faire hurler de rire devant tant d’inconscience).

 

Ne riez pas bêtement non plus, Air Bangladesh n’est pas Cacahouète Air Lines et Perette, comme l’autre, fit un beau voyage.

 

Au bout de quelques heures, l’avion se posa sur le tarmac brûlant de Djedda.

 

Perette put enfin cesser d’agripper sa voisine et se détendre enfin.

 

Le commandant de bord informa les passagers qu’ils pouvaient, pendant cette escale ravitaillement, se rendre  dans la zone de transit de l’aéroport et profiter des duty free shops en toute sérénité.

 

Les amis de Perette profitèrent de l’occasion pour alléger leur portefeuille tandis que Perette préféra attendre sagement (il faut dire qu’elle avait peur que l’avion reparte sans elle, Perette connaissant son shopping addiction, craignait d’être oubliée dans une cabine d’essayage) (en fait, Perette avait peur tout court).

 

Perette prit un livre, lut quelques pages et décida quand même de se dégourdir les jambes. Elle saisit sa besace et sortit sur la passerelle. Elle s’assit alors sur les marches, et admira le ciel étoilé, huma l’air sec, pourtant légèrement incommodée par une odeur assez forte. Elle savourait ce moment d’intense tranquillité depuis quelques minutes quand elle remarqua une poignée de policiers s’avancer vers elle, l’air plus que menaçant, l’invective injurieuse et l’œil assassin.

 

Perette regarda les policiers, étonnée par leur colère et –il faut l’avouer – intimidée par les mitraillettes pointées sur elle. Les militaires apostrophaient avec violence, les mécaniciens s’y mettaient aussi, Perette sentait l’hostilité et la menace fondre sur elle (et se demandait si ses parents pourraient payer un avocat pour la sortir des geôles infernales où elle croupirait pour le restant de ses jours, victime innocente d’une bavure imprévue). Elle tremblait, les larmes aux yeux et surtout, elle ne comprenait rien à leurs injonctions furibondes. Elle regretta de ne pas être allée dans le bus pour acheter une babiole, un foulard, un livre, n’importe quoi qui lui aurait épargné la geôle.

 

Au bout d’un moment (qui sembla à Perette durer toute une nuit) elle comprit.

 

A son grand désespoir.

 

Elle regarda les policiers.

Elle regarda les techniciens.

Elle regarda l’avion.

Elle regarda le camion à coté de l’avion

Elle regarda le long tuyau qui passait du camion à l’avion.

Elle reconnu l’odeur qui l’avait incommodée.

L’odeur du kérosène.

Elle regarda son bras.

Elle regarda sa main.

Elle regarda la cigarette qui rougeoyait au bout de sa main.

 

Cette cigarette dont elle ne savait plus que faire. Cette cigarette dont la cendre voletait au travers la passerelle. S’effilochait dans l’air, survolant le camion, le tuyau, l’avion, les soldats…

 

Cette cigarette qui la condamnait. L’acculait. La faisait plonger dans ses affres de honte et de regret. Lui faisait comprendre la menace, le danger, l’inconscience.

 

Enfin, une hôtesse aussi aimable qu’un prédicateur devant satan, lui tendit un cendrier. Ecarlate et morte de honte, elle écrasa donc maladroitement sa cigarette et rentra tête baissée dans l’avion. Sous les imprécations et menaces des soldats auxquelles elle ne comprenait toujours rien, sauf le sens général. Et ce n’était pas beau à entendre.

 

Perette se jura d’arrêter de fumer illico, promesse qu’elle tint fermement jusqu’à la prochaine escale à Dakkah, Bangladesh. Mais elle attendit d’être à l’aéroport pour cela. (Il lui arriva bien entendu une nouvelle aventure, mais, peut-être vous la racontera-t-elle un jour prochain).

 

Moralité : il n’y en a pas. Perette fait juste ici un coming out, décidant s’assumer sa stupidité. Et se félicite tous les jours des campagnes anti-tabac. Et de la décision de faire figurer Air Bangladesh sur les listes noires des compagnies aériennes. Ils accueillent vraiment n’importe qui dans ces avions. Un jour, ils finiront par avoir un problème.

 

***

 

 

 

Aider les enfants du Népal : Les amis de Laprak

 

 

 

06:31 Publié dans Brune dehors blonde dedans | Lien permanent | Commentaires (21) | |  Facebook

Commentaires

Ouf quel suspens et bien tu l'as échappé belle !

Écrit par : anjelica | 29/10/2008

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Et au jour d'aujourd'hui tu fumes toujours ?

Écrit par : Aifelle | 29/10/2008

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On te l'a pourtant bien répété que le tabac est un nuit grave !:)

Écrit par : cathulu | 29/10/2008

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Ah la la... mais quand on ne sait pas... :-)

Écrit par : Jo Ann v. | 29/10/2008

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Tes trois derniers phrases sont parfaites !
Je comprends le sentiment de solitude qui a dû t'envahir. Et c'est vrai que pour un baptême de l'air, tu as fait fort !

Écrit par : erzébeth | 29/10/2008

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Et bien, jolie frayeur !!!

Écrit par : bladelor | 29/10/2008

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et ben Perette a eu chaud dis donc!!Mon baptême de l'air aussi a été épique mais pas pour les mêmes raisons. Un voyage Paris-Newcastle avec escale, où j'ai eu le droit à un retour expresse sur Paris quelques minutes après le décollage suite à un problème technique (on n'a jamais su lequel). Les minutes les plus longues et les plus flippantes de ma vie...

Écrit par : goelen | 29/10/2008

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Air Bangladesh!!!

moi qui hurle de frayeur rien qu'à l'idée de quitter air france ou la lufthansa...

Écrit par : Mo | 29/10/2008

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La jeunesse est inconsciente. Jadis, je prenais l'avion sans réfléchir, parfois même en urgence, hop un billet, hop dans l'avion. L'âge aidant j'en suis à faire suer le peuple pour prendre train+voiture pour faire 1000 km... En vieillissant, j'ai peur. Ne parlons même pas de Air Bangladesh ou d'aller faire un tour au Népal. :)))

Écrit par : fashion | 29/10/2008

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Un grand moment de solitude, en effet...

Écrit par : maijo | 29/10/2008

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My. God. Air Bangladesh?? Jaaaamais j'aurais osé!!! Et tu as dû avoir la peur de ta vie (c'est certain que les mitraillettes y était peut être un peu pour quelque chose, j'avoue!!!)

J'ai visité Versailles avec une terroriste... j'aurais dû m'en douter, étant donné l'aisance avec laquelle tu t'es livrée du crime lèse-majesté du cellulaire derrière une colonne!!!

Écrit par : Karine :) | 29/10/2008

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Ahlàlà, je comprends la peur que tu as dû avoir et heureusement que ça s’est arrêté là, car ils auraient pu t'accuser de tout, surtout avec un nom pareil "=Air Bangladesh" ! Tu n'es pas prête d'oublier cette aventure ! ;-)

Écrit par : Florinette | 29/10/2008

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@anjelica : franchement, avec le recul, je ne sais pas qui l'a échappé belle...
@ aifelle : oui, mais avec des longues pauses parfois...
@ cathulu : pa'don m'adame :)
@ jo ann v : on peut ne pas savoir, mais on peut deviner aussi ...
@ erzebeth : mmmm;)
@ bladelor : pour eux ou moi ?!
@ goelen : diantre ! et ça ne t'a pas dégouté ad vitam aeternam ?
@ mo : c'était l'époque où on prenait n'importe quoi pourvu que ça ne soit pas cher... maintenant, j'évite jusqu'aux charters ;)
@ fashion : à part ça, le Nepal est fabuleux
@ maijo : un grand moment de bétise, oui ;)
@ karine : fichtre, tu as tout vu... j'aurais du me douter et paraitre plus obéissante des lois devant toi ::))
@ florinette : et notre escale à Dakkah... un grand moment, aussi :)

Écrit par : amanda | 29/10/2008

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Tout simplement excellentissime :)

Écrit par : Carine | 29/10/2008

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C'est ce qu'on appelle une entrée en matière plutôt "fumeuse" ;o)

Écrit par : In Cold Blog | 29/10/2008

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@carine : avec le recul, oui ;)
@ ICB : tu trouves ?!!

Écrit par : amanda | 30/10/2008

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Mais le Népal, finalement ? C'était comment ?

Écrit par : praline | 01/11/2008

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Moralité : Perette devrait arrêter de fumer. :-)

(J'adore toujours autant Perette ! Même si elle fume !)

Écrit par : Caro[line] | 04/11/2008

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@praline : fatiguant :)
@ caro[line] : you're right :)

Écrit par : amanda | 04/11/2008

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Ce n'est vraiment pas des blagues quand on dit que le tabac nuit gravement à la santé (de ceux qui fument et des autres !). Et comme Fashion, je prenais l'avion sans aucune peur et maintenant, pfff, c'est l'angoisse (même si je le prends quand même ... mais je n'oserai jamais prendre une telle compagnie ... c'est tout juste si je ne demande pas de faire le tour de l'avion pour tout vérifier moi-même ! mdr !)

Écrit par : Joelle | 08/11/2008

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@ joelle : ben oui mais à l'époque nous n'avions pas le choix avec nos amis... depuis j'ai pris d'autres compagnies aussi douteuses,... et aujourd'hui je refuse de monter ds un charter. Trop peur :)

Écrit par : amanda | 09/11/2008

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