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04/11/2008

RITOURNELLE DE LA FAIM – JMG LE CLEZIO

Ethel a dix ans quand elle accompagne son grand-oncle à l’exposition universelle de Paris. Elle en a un peu plus de vingt quand elle quitte la France pour s’installer au Canada. Entre les deux, une guerre, une fuite, la perte de ses rêves et ses idéaux, et le clezio.jpgsurtout la perte de son enfance.

 

1931, la bourgeoisie parisienne rêve encore, les petites filles s‘accrochent à la main de leur parents et font rouler leurs cerceaux. Innocence et gaieté, foi en l’avenir, même si de plus en plus on entend la voix du nouveau chancelier allemand aboyer de l'autre coté du Rhin. Ethel découvre l’amitié, s’entiche de Xenia, son icône, son modèle, Xenia la princesse déchue, l’exilée dépossédée, la petite fille russe, Xenia qui « manie très bien l’offense et la caresse ». Ethel l’admire, la dévore, hypnotisée par la fierté, la liberté de celle qui n’a plus rien. Dans l’appartement où Justine et Alexandre, les parents d’Ethel tiennent salon tous les dimanches, les amis, parents, viennent partager, parader, cancaner, fustiger, dénoncer, railler.

 

Le grand oncle Salomon meurt et lègue tout à Ethel, toute sa fortune, y compris le pavillon mauve qu’il a acheté pour Ethel lors de l’Exposition Universelle. Et tout sera perdu, vendu, bradé, monnayé, dilapidé. Envolé parce qu’Alexandre ne sait pas faire, évaporé parce que Justine baisse les bras. La chute, la fuite, la Cote d’Azur où se réfugie la bourgeoisie, affamée, épuisée, en attendant que se termine la guerre.  (« Pendant toutes ces années ils avaient tenu le haut du pavé, ils s’étaient pavanés à leurs tribunes, ils avaient gardé le crachoir, avec leurs discours anti-juifs, anti-nègres, anti-arabes, leurs rodomontades et leurs airs de justiciers et de matamores. Tous ceux qui, comme Alexandre Brun, tremblaient pour leurs privilèges, attendaient le Grand Soir, la révolution bolcheviste, les complot des anarchistes….ceux qui riaient en voyant dans les journaux les dessins de Carb : « Oust ! La France n’est plus une patrie pour les sans-patrie !... Maintenant, leur monde s’était écroulé, émietté, il avait été réduit à une eau de canal. Maintenant, ils étaient condamnés à errer comme des ombres, à leur tour, sans rien espérer, sans autre nourriture que les épluchures et les racines verdies, comme s’ils mangeaient la terre, le charbon et le fer, dans cet hiver interminable… Ils n’avaient rien vu venir ».)

 

 

Ritournelle de la faim pourrait être seulement le destin d’une jeune fille, née entre deux guerres, protégée, privilégiée puis acculée à la fuite au-delà de la ligne de démarcation. Ca l’est, d’ailleurs, en quelque sorte. Mais Ritournelle de la faim est aussi, à travers le portrait d’Ethel, celui de toute une bourgeoisie nantie, protégée, cuirassée dans ses convictions. Une France encore coloniale et remplie de certitudes, une génération où les enfants grandissent brutalement et mûrissent tels des fruits brutalement exposés au soleil. Il suffira qu'Ethel perde tout (argent, illusions, confiance) pour que le papillon sorte de sa larve enfantine.

 

La langue de JMG Le Clezio est  limpide et suave. Et cette limpidité, qui fait la force et la beauté du roman, entraîne le lecteur dans le sillage d’Ethel, son innocence, sa naïveté, sa force qui l’aidera à supporter la ruine et la faim. 

 

Le roman est ouvert et clôturé par deux courts et superbes chapitres où JMG Le Clezio évoque la faim, celle qu’il a connu, enfant, quand il courait après les chars américains tout juste débarqués, et la faim (de colère, d’absolu, de vivre) transformée sous les notes du Bolero de Ravel en litanie envoûtante.

 

 

Ritournelle de la faim,  J.M.G. LE CLEZIO. Gallimard, 208 p

 

 

07:08 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (20) | |  Facebook

Commentaires

Je compte bien le lire, j'attendrai le poche.

Écrit par : Aifelle | 04/11/2008

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J'ai aussi beaucoup aimé cette lecture, ce qui m'a réconcilié avec l'auteur.

Écrit par : Alex, Couassous | 04/11/2008

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(Me suis ennuyée, et donc j'ai lâché. Chut ! ;o))

Écrit par : Cuné | 04/11/2008

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et tu avais déjà lu du Le Clezio avant celui là ?

Écrit par : Emeraude | 04/11/2008

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Vu mon expérience passée avec JMG, je risque d'être comme Cuné, donc je passe...

Écrit par : fashion | 04/11/2008

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J'aimerais bien découvrir cet auteur, mais je ne sais pas quel titre est le plus accessible...

Écrit par : kathel | 04/11/2008

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@ aifelle : j'espère que tu aimeras ;)
@ alex : pourquoi réconcilié ?
@ cuné : (ok chuutt :))
@ emeraude : je ne crois pas. Je pensais que oui, mais je crois que je confonds avec un livre lu il y a trèèès longtemps chez mon père, un livre de François de Clozets :)
@ fashion : quelle expérience ?
@ kathel : je n'en ai pas lu d'autre, difficile pour moi de te répondre, donc. Mais celui ci est très accessible

Écrit par : amanda | 04/11/2008

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Je compte le lire également ! ;-)

Écrit par : Florinette | 04/11/2008

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J'aime beaucoup cet auteur, je trouve que son prix Nobel est tout à fait mérité !

Écrit par : Maguy | 04/11/2008

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Pas encore lu Leclezio en version pour grand (pour enfant oui !) et je ne sais trop à quoi m'attendre...

Écrit par : yueyin | 04/11/2008

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Je n'ai jamais lu Le Clézio moi non plus... en fait, avant qu'il gagne le nobel, je pensais qu'il écrivait des romans "de gare"... honte à moi!!! L'histoire de celui-ci semble bien... je vais fouiner dans sa biblio pour voir!!

Écrit par : Karine :) | 05/11/2008

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J'ai lu "la ronde et autres faits divers", "lullaby" et "désert". Rien ne m'a plu. Je n'aime pas son style.

Écrit par : fashion | 05/11/2008

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@forinette : tu devrais aimer je crois
@ yueyin : le clezio version enfants ? j'ignorais :)
@ karine : pas tout à fait des romans de gare :) une jolie écriture classique, très plaisante :)
@ fashion : ah bah ça ne m'aide pas à choisir un autre titre pour creuser ma connaissance de l'auteur ;)

Écrit par : amanda | 05/11/2008

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Vous m'ouvrez les yeux: à voir le titre, je croyais que c'était un remake d'un livre de Jean Ziegler... Merci!

Pour le reste, je suppose que vous avez vu mon récent billet sur "Ourania", ici:

http://fattorius.over-blog.com/article-23966370.html

A bientôt!

Écrit par : Daniel Fattore | 05/11/2008

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Moi je te conseille l'Africain : il évoque son père, onitsha livre très accessible et magnifique sur l'enfance en afrique.
Le Chercheur d'or : l'enfance, livre d'aventure.
Un petit bijoux au petit mercure :
Le Jour où Beaumont fit connaissance avec sa douleur
voir mon billet ici :
http://livresdemalice.blogspot.com/2008/10/jean-marie-gustave-le-clzio-prix-nobel.html

Écrit par : Alice | 05/11/2008

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Ah tiens, en lisant le com de Malice, je me rends compte que j'ai aussi lu "Onitsha" et "le chercheur d'or" : pourquoi ai-je lu tant de romans d'un auteur que je n'aime pas ???? Le mystère reste entier.

Écrit par : fashion | 05/11/2008

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@ daniel : vous me tentez avec Ourania ;)
@ (m)alice : oups que de titres à noter alors, merci
@ fashion : souvent femme varie…. Ou n’est pas logique ;)

Écrit par : amanda | 06/11/2008

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Appréciant Le Clézio j'avais l'intention de le lire, mais là, je suis complétement convaincue!

Écrit par : chiffonnette | 07/11/2008

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@chiffonnette : je te l'apporte next time

Écrit par : amanda | 09/11/2008

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J'ai lu (enfin commencé à lire) "la ronde et autres faits divers) et vraiment je n'ai pas accroché. je vais peut être en retenter un ....

Écrit par : Isa | 25/11/2008

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