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20/03/2009

MONNAIE DE SINGE – WILLIAM FAULKNER

Dans le train qui les ramène dans une petite ville du sud des Etats-Unis, quelques soldats, ivres morts, reviennent au pays après faulkner.jpgavoir combattu sur le front français pendant la première guerre mondiale. Ils rencontrent un soldat apathique, défiguré par une balafre. C’est Donald Mahon, lieutenant qui rentre chez lui alors que son père, un pasteur épiscopalien, le croit mort. Mrs Powers, elle-même veuve de guerre, décide de prendre soin de lui et de l’accompagner, avec le soldat Gilligan, jusque chez lui.

 

Le retour du héros, ou comment la guerre agit sur une poignée de personnages, dont certains n’en ont pas vu la moindre bataille mais sont imprégnés, tout entièrement tournés vers l’aura de l’héroïsme des hommes partis se battre.

 

Le roman est assez court (368 pages) mais nous imprègne dès les premières pages. Le style de WF est à la fois narratif (on suit les personnages, les scènes se succèdent sans temps mort, en alternant parfois les époques) et descriptif (« La nuit était tombée. Les rainettes, au souvenir des pluies de la nuit précédente, recommencèrent à égrener les perles de leurs notes liquides. Le gazon de la pelouse, les feuilles des arbres abandonnaient leurs formes solides pour emprunter des formes sonore : c’était le soupir paisible de la terre, du sol qui se prépare au sommeil. Les fleurs, du jour jaillissement de couleur, devenaient la nuit jaillissement de senteurs. »).

 

Ce retour du « héros », personne ne l’attendait plus. Le père de Donald, pasteur, croyait son fils mort et pleurait l’enfant disparu trop tôt. Sa fiancée, Cecily, s’accommodait finalement du décès de ce jeune homme très rapidement aimé puis parti. Cecily est une jeune femme, très jeune, obnubilée par le plaisir de plaire et de flirter. Emmy, la servante, qui a aimé le fils de famille, pleure l’amant disparu.

 

Le retour transforme donc la vie de ces personnages et de la petite ville : l’homme est défiguré, aveugle, ne se souvient de rien. Et voilà que cet infirme, ce fantôme de soldat, stigmatise les convoitises, les petites rancoeurs, les jalousies : Cecily est dégoûtée par le visage de Donald, aime ailleurs depuis son départ, mais ne peut se résoudre à abandonner le statut potentiel de femme de héros. La perspective de gloire qui rejaillira sur elle est plus forte que le dégoût que Donald lui inspire et les promesses qu’elle a faites à d’autres prétendants. Emmy, amoureuse silencieuse, observe et se tait en espérant que le jeune homme retrouvera la mémoire et se souviendra de leur nuit passée ensemble. Mrs Powers, elle, s’occupe fidèlement de l’infirme qui est cloîtré dans son silence.

 

Autour d’eux, un homme lubrique, rongé par la convoitise sexuelle (Jones), un soldat (Gilligan) ami de Donald et amoureux de Mrs Powers, un enfant irrésistiblement fasciné par le héros (Robert, le jeune frère de Cecily) ou un jeune cadet envieux de son aura  (« Mais que représentait la mort pour le cadet Lowe, sinon quelque chose de vrai, de grand, de triste ? Il vit une tombe –ouverte – et lui-même dedans, avec bottes et ceinturon, des ailes de pilote sur la poitrine, et le chevron des blessés…. Que peut-on demander de plus au destin ? »), le pasteur qui refuse aveuglément d’ouvrir les yeux sur l’état de son fils, qui veut balayer par un mariage les conséquences inéluctables de la guerre. Tous ces personnages évoluent tragiquement : valse amoureuse autour de Donald (les trois femmes se disputent le droit de l’aimer et de l’épouser) ou autour de Cecily (qui suscite la convoitise des hommes et est incapable de renoncer à sa cour).

 

Au-delà des trios amoureux, (dont on se fiche totalement de savoir qui gagnera, quelque part, captivés par le regard que porte Faulkner sur cette société provinciale) c’est autour de Donald, personnage omniprésent et en même temps « absent » (il se complait dans le silence, attendant que la mort inévitable le délivre, Faulkner ne le fait que très peu parler) que tourne le roman : désillusions des jeunes gens revenus de la guerre, héros  brisés qui subissent une parodie de vie : comédie sociale, joutes orales, rivalités. Il y a ceux qui ont vécu la guerre, ont perdu leur innocence et ceux qui la subliment, l’idéalisent et n’en voient pas les ravages. («Le deuil de Mrs Burney était soigné et complètement imperméable à l’air.  Propre comme un sou neuf, elle marchait péniblement dans la rue, maudissant la chaleur et la bénissant tout à la fois à cause de ses rhumatismes. Elle allait en visite. Quand elle songeait à ce qu’elle était devenue, à sa situation si changée dans la ville, elle éprouvait, par dessus la douleur maussade et incontrôlable, un certain orgueil.  Le coup du Destin qui l’avait frappée, avait fait d’elle une dame de la société. Les Mrs Worthington, les Mrs Saunders, toutes la considéraient à présent comme l’une des leurs, comme si elle aussi roulait en voiture et achetait une douzaine de robe chaque année. C’est à son garçon qu’elle devait cela. Son absence avait réalisé ce que sa présence n’avait jamais réalisé, n’aurait jamais réalisé. »). Et cette guerre est elle-aussi omniprésente, bien que très peu de passages lui soient directement consacrés.

 

Le Sud après la guerre, et les âmes perdues, les unes directement abattues par les balles du front, les autres par ricochet (mais ne l’étaient elles pas déjà ?). J’ai beaucoup aimé.

 

 

Monnaie de singe, William Faulkner – GF Flammarion, 381 p

 

 

Les avis de Sandrounette et de Thom chez les Aristochats

 

 

06:44 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Facebook

Commentaires

Décidément, Faulkner est à la mode. :)) Je ne l'ai pas lu celui-ci!

Écrit par : fashion | 20/03/2009

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Je ne connais pas ce premier roman mais l'oubli va être réparé grâce à ce billet merci

Écrit par : Dominique | 20/03/2009

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J'en connais un qui doit jubiler ;o)

Ton billet me donne envie de me jeter sur ce titre. J'hésitais beaucoup, étant donné que c'est le premier roman de l'auteur, mais là c'est irrésistible.

Écrit par : Lilly | 20/03/2009

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D'abord Thom, puis Lilly, puis maintenant toi. Il va vraiment falloir que j'efface le mauvais souvenir que m'avaient laissé "Les palmiers sauvages" quand j'étais étudiant pour redécouvrir Faulkner. Tous vos billets me font très très envie.

Écrit par : In Cold Blog | 20/03/2009

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@ fashion : hum... faut que je me remette à niveau modesque :) c'est le premier Faulkner que je lis (j'ai voulu commencer par le premier !)
@ dominique : la novice "faulknérienne" que je suis t'en prir !!
@ lilly : ben... peut-être, ou pas ?!! Moi, ignorante que je suis du style faulknérien, j'ai bcp aimé (mais je crois que les autres sont encore meilleurs et peut-être plu difficiles ??)
@ ICB : voir mes réponses plus haut. Pour moi, une jolie découverte.. que j'ai envie de poursuivre

Écrit par : amanda | 20/03/2009

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Connaissant très peu et très mal Faulkner, je note ce titre qui est aussi son premier roman, car je suis intriguée par le sujet abordé ! Belle découverte, j'ai l'impression en lisant ton billet ...

Écrit par : Nanne | 21/03/2009

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@ nanne : oui, belle découverte :)

Écrit par : amanda | 23/03/2009

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jamais lu cet auteur qui manque à ma culture. un jour...

Écrit par : Stéphanie | 24/03/2009

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@ stéphanie : ah, la belle au bois dormant s'est réveillée :))

Écrit par : amanda | 24/03/2009

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Ca me plaît bien même si je ne suis pas trop fan de Faulkner. Je note le titre !

Écrit par : freude | 25/03/2009

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J'ai plusieurs Faulkner dans ma PAL. Pas celui-ci. Je note, merci !

Écrit par : Theoma | 25/03/2009

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@ freude : lesquels as tu lus ? (il me semble qu'il est différent des autres d'après ce que j'ai lu ici ou là)
@ theoma : je t'en prie!

Écrit par : amanda | 26/03/2009

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de Faulkner je n'ai lu que Sanctuaire que j'ai trouvé remarquable. C'était il y a longtemps et il faudrait que j'en lise d'autres. Ce que tu écris à propos de celui-ci me tente vraiment beaucoup sur le fond et la forme.

Écrit par : Cécile de Quoide9 | 26/03/2009

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@ cécile : et, pour ma part, je note Sanctuaire

Écrit par : amanda | 27/03/2009

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