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30/04/2009

LE PRINCE DES MAREES – PAT CONROY

" L’histoire de ma famille était une histoire d’eau salée, de bateaux et de crevettes, de larmes et de tempêtes ».

 

L’histoire de la famille Wingo est bien tout ça. C’est une histoire à la fois triste et joyeuse, amère et mélancolique, douce et rude. Elle arrache des sourires et des larmes.

Quand Tom Wingo apprend que sa sœur jumelle Savannah vient encore de se tailler les veines, il se rend à New York pour conroy.jpgrencontrer la psychiatre de Savannah. Les souvenirs affluent et nous font pénétrer au sein de la famille Wingo : le père est brutal, la mère manipulatrice, les trois enfants, Luke, Tom et Savannah, tentent de se construire envers et contre tout, se serrant corps et âmes les uns contre les autres.

Savannah est le poète de la famille, celle qui transfuse ses poèmes de toute la douleur amoncelée : « De puis sa plus tendre enfance, Savannah avait été désignée pour porter le poids de la psychose accumulée dans la famille. Sa lumineuse sensibilité la livrait à la violence et au ressentiment de toute la maison et nous faisions d’elle le réservoir où s’accumulait l’amertume d’une chronique à l’acide ». Luke, lui, est l’homme fort, celui qui porte ses frères et sœurs, leur modèle, leur roc : « à cause de sa force gigantesque, il y avait quelque chose d’indestructible dans sa présence. Il avait l’âme d’une forteresse et des yeux qui scrutaient le monde par de trop longues meurtrières… Ses blessures étaient toutes intérieures et je me demandais s’il aurait à faire un jour le compte de ses plaies ». Quant à Tom, notre narrateur, il camoufle dans une normalité apparente les faiblesses et les souffrances qu’il préfère oublier : « « Quel était mon rôle, et recelait-il des éléments de grandeur et de ruine ?... J’étais l’enfant équilibré, réquisitionné pour ses qualités de meneur, son sang-froid sous la mitraille, sa stabilité. J’étais le pays neutre, la Suisse familiale. Symbole de la vertu, je rendais hommage à la figure d’enfant irréprochable que mes parents avaient toujours désirée. »

Au fil des rencontres avec la psychiatre de Savannah, Susan Lowenstein, Tom se raconte et raconte : le Sud, la pêche, une famille où violence et rires se confondent et se succèdent. A force d’humour, les enfants tentent de combler les brèches « Nous rions quand la douleur se fait trop forte, nous rions quand la pitié  de l’humaine condition devient trop pitoyable. Nous rions quand il n’y a rien d’autre à faire ».

Susan Lowenstein conduira Tom à parler, parler encore et dire ce qu’il ne peut pas « Vous m’avez raconté toutes ces histoires, vous ne m’avez pas raconté celles qui comptent vraiment. Vous m’avez servi l’histoire de votre famille telle que vous aimeriez vous en souvenir et la conserver. Le grand père haut en couleur, la grand-mère complètement extravagante. Un papa un peu bizarre qui battait tout le monde quand il était soûl, mais une maman qui était une vraie princesse et dont l’amour assurait la cohérence de la famille. ». Alors Tom va plus loin, plus profondément dans la mémoire, et exhibe lentement, péniblement, les souvenirs soigneusement enfouis. De la douleur, de l’amour, du secret, d’une mère effroyable qui aime et détruit à la fois, d’un père incapable de mener sa famille, d’un tigre apprivoisé et de démons humains et irréels, le récit de Tom devient un fleuve qui vous entraîne dans un long voyage d’où l’on ressort à la fois épuisé et émerveillé.

Histoires de famille, de racisme ordinaire et puant, de snobismes pitoyables et pathétiques, histoires du Sud et de New-Yorkais tourmentés, je pourrais citer des phrases et des phrases, j’ai noté, annoté, recopié plusieurs passages. Je préfère vous inciter à la lire, pour plonger par vous-même dans cette superbe histoire où l’humour soulage les brûlures, où la douceur de l’amour fraternel atténue l’horreur.

« Notre vie dans la maison au bord du fleuve avait été dangereuse et nocive, pourtant nous nous accordions à lui trouver des aspects merveilleux.  Elle avait donné en tous cas des enfants extraordinaire et vaguement étranges. Notre maison avait été un terreau pour la folie, la poésie, le courage et une loyauté à toute épreuve. ».

 

Le prince des Marées, Pat Conroy – Pocket 1070 pages

Les avis de Cuné (celle par qui tout est arrivé), Karine, Virginie, Fashion, So, Laetitia, Lily.

27/04/2009

UN TUEUR A MUNICH – ANDREA MARIA SCHENKEL

Le roman commence par l’exécution de Joseph Kalteis, un tueur en série accusé d’une série de crimes sexuels à Munich dans les schenkel.jpgannées 30. L’homme refuse de reconnaître les nombreux meurtres pour lesquels il a été arrêté. Puis nous faisons la connaissance de Kathie, une jeune provinciale montée à Munich pour trouver une place de bonne. Kathie rencontre Mitzi, qui lui fait comprendre qu’en trouvant un protecteur, elle n’aura pas besoin de travailler et pourra vivre comme une dame.

 

Le roman est construit par bribes : récit de l’arrivée de Kathie à Munich, témoignages de proches d’autres victimes, extraits d’interrogatoires de Joseph Kalteis (nous n’entendons que les réponses du meurtrier à ses interrogateurs). Tout s’alterne et les strates s’imbriquent clairement, nous comprenons que Joseph tuera Kathie (elle fut sa première victime) et suivons la jeune fille, qui rêvait de devenir une dame, se vendre pour quelque argent et finir assassinée.

 

C’est bien fait, dense et compact, tout en nous donnant un aperçu de la vie munichoise et des rêves des jeunes allemandes. Le ton est simple, relativement clinique mais réussit à faire monter une tension assez palpable. Peut-être un peu trop clinique, justement, manquant un peu d’empathie, donnant au lecteur une position de simple spectateur. Les parties relatant l’interrogatoire de Joseph sont en revanche très bien faites : l’absence des questions rend les réponses du meurtrier encore plus captivantes, nous sentons sa folie, ses divagations, son absence totale de remords.

 

Le roman est tiré d’un fait réel. Glaçant mais manquant peut-être un peu d'émotion (et une belle couverture, même si elle n'a que peu de rapport avec le contenu !).

 

 

 

Un tueur à Munich – Andrea Maria Schenkel – Actes Sud, actes noirs, 167 pages

 

 

Les avis de Cuné et Clarabel

24/04/2009

JEVIENS DE TUER MA FEMME – EMMANUEL PONS

Avis aux femmes mariées !pons.jpg

 

Si vous accablez votre auguste moitié de sarcasmes, si vous l’obligez à « se lever à sept heures du matin « pour montrer aux voisins qu’elle n’a pas épousé un fainéant », si vous le harcelez sur son taux de cholestérol, sa façon de faire les courses ou baissez le son quand il écoute du « bruit » et non pas de la musique, faites bien attention ! Votre cher et attentionné mari pourrait bien vous trucider un soir de fatigue nerveuse.

 

Voilà ce qui arrive à notre (mal)heureux héros. Un beau jour, une goutte d’eau fait déborder le vase et le voilà en route pour acheter des timbres dans sa belle région d’Yvetot pour les faire-part de décès (assassin, mais courtois).

 

Emmanuel Pons nous offre ici une jolie petite chronique, truculente à souhait, arrosée d’un humour souvent féroce. On suit les pérégrinations décalées de cet assassin passionnel pendant la semaine qui suit le meurtre, ses réflexions, ses pensées, ses grands discours faits devant le cadavre congelé de Madame. On assiste à ses rencontres avec d’autre villageois, un gentil couple tout gentil qui emmerde tout le monde à force d’être de gentils voisins, un veuf taciturne qui fera de grandes révélations, des flics pas très futés, un gourou du bien-être-bien-penser-bien-vivre à qui on couperait bien la langue, les oreilles et tout le reste, le tout est un peu dans le ton du film « L'ultime souper» ou « Very bad things… » : décalé, macabre un peu, absurde mais souvent bien vu.

 

Pas un grand roman, mais un épisode savoureux pour qui aime le second degré, le décalé, l’absurde, tout en révélant une bonne maîtrise de la narration et un sens de la formule qui, l’air de rien, fait mouche.

 

 

Sur ce, je file acheter un gilet pare-balles, sait-on jamais…

L'avis de Laure, celui de Cuné

 

 

Je viens de tuer ma femme, Emmanuel Pons – Arlea, 167 pages

 

 

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23/04/2009

L’OMBRE EN FUITE – RICHARD POWERS

S’évader, sortir du trou et partir pour un autre univers, un univers rêvé, imaginé, métaphorique ou virtuel, voici que nous propose Richard Powers dans l’Ombre en fuite (écrit en 2000 et traduit aujourd'hui en français).powers.jpg

Adie, son domaine, c’est l’Art. Peintre en mal de reconnaissance et d'argent, elle rejoint l’équipe de Realization Lab en tant que graphiste. Sa tâche : apporter ses talents au nouveau programme de réalité virtuelle, la « Caverne », un univers entièrement virtuel, dans lequel elle pourra remodeler, refondre, recomposer les œuvres d’artistes reconnus (notamment deux de Rousseau) pour refondre un monde totalement irréel dans lequel  les joueurs pourront évoluer dans une réalité parallèle.

Taimur Martin, lui, est professeur d’anglais à Beyrouth (nous sommes dans les années 1980). Il est enlevé par un groupuscule armé et enfermé plusieurs années dans une cellule. Pendant sa captivité, Taimur se raccrochera à ses souvenirs, à ses pensées,  à une réalité subjective, pour tenter de raison garder.

Deux univers, donc, deux réalités qui se confrontent et se racontent dans ce roman. D’un coté Adie et ses amis programmeurs, informaticiens, graphistes, s’embarquent dans un projet hors normes, se consacrent à la création d’un univers virtuel basé sur la réalité (œuvres d’arts, réalités socio-économiques) pour mettre un point un programme de « seconde vie » totalement parallèle. Ce programme prend peu à peu le dessus sur leurs propres vies.

Alors qu’Adie crée une réalité virtuelle, vouée à demain et s’ancrant dans le futur, Taimur tente de ne pas sombrer, s’accroche à son imaginaire, convoque son passé, sa mémoire, pour ne pas sombrer dans la folie. Et c’est cette partie du récit à laquelle j’ai succombé, ces pages consacrées à un homme qui se forge peu à peu une autre réalité, un autre monde auquel il se raccroche.

A travers ces deux mondes parallèles, ces deux chambres/ cellules (dont l'objectif est commun : pour l'une créer un environnement secondaire qui supplante la réalité, pour l'autre, recréer un vie qui n'existe plus en dehors de ses quatre murs), Richard Powers propose de nombreuses réflexions sur l’art, l’évolution du monde, les puissances économiques et/ou guerrières, et sur la capacité humaine (la nécessité) de recréer un univers, une réalité à laquelle se raccrocher. Autant tout ce qui touche la « Caverne » ne m’a pas particulièrement touchée (même si les différentes parties révèlent parfois des propos passionnants), autant l’histoire de Taimur m’a complètement emballée. Celui-là,  je l’ai accompagné, j’y suis restée arrimée, ai éprouvé les mêmes manques, les mêmes désirs, les mêmes poussées de fièvre et les mêmes demandes me sont venues aux lèvres.

La langue de Richard Powers est précise, érudite, extrêmement documentée, elle se lit avec plaisir et coule naturellement, bien que parfois embuée de réflexions auxquelles il est difficile de s’accrocher.

Au final, un roman qui m’a plu à moitié, pourrait-on dire : Adie et la « Caverne » ne m’ont pas touchée, Taimur m’a étonnée, embarquée, rivée à lui.

 

L’ombre en fuite, Richard Powers – Cherche Midi, lot 49, 431 pages

 

Les avis de Cuné, Keisha, Anna Blume et Leiloona.

 

Extraits :

P254

« En l’absence de livre, vous vous fabriquez le votre. Vous ressuscitez celui que vous avez toujours préféré. Les détails vous reviennent en bloc, par paquets grenus. L’exercice se parfait avec le temps. Vous vous adossez au mur, aussi loin du radiateur que le permet votre bout de chaîne. Glacé de torpeur tout l »hiver, le métal revient maintenant à lui, impatient d’ajouter ses joules à l’enfer de l’été. Vous fermez les yeux, et, par la force de votre volonté, vous vous transportez sous un autre climat. Le volume prend corps dans vos mains, vous sentez son poids, le soupez, éprouvez la résistance de la reliure. Sans relâche, vous manipulez ce trésor, en arrêtez les moindres détails, jusqu’aux insignes de l’éditeur sur le dos de l’ouvrage. Derrière vos paupières closes, vous examinez la couverture et l’illustration. Lisez les blurbs sur la quatrième, l’accroche, l’ISBN, tous ces précieux repères que vous gaspilliez avec une telle prodigalité du temps où vous pouviez vous permettre de les dilapider.

Une à une, les pages liminaire glissent sous vos doigts sentinelles. Jouer avec la raideur du papier peut suffire à dissiper quelques heures, avant la première ligne principale. Lord Jim, annoncent au public sentencieux, dont vous êtes l’unique représentant, les caractères gras en quarante-quatre points de la police Garamond. Et puis de nouveau – superflu, merveilleux – en trente-six points, sur le folio suivant. Ou bien : Les grandes espérances. A elles seules, chacune des lettres au menu tient lieu de banquet où vous pourriez passer l’éternité à manger gratis. Vous parvenez à l’incipit, nouveau départ de tous les possibles. Modeste dans son infinitude, la phrase salue, fait son entrée au centre de la première page de droite. Vous vous calez contre le mur du paradis, votre oreiller. Vous vous transformez en instrument passif….. Comme je m’appelle Philip…. Non. Comme le nom de famille de mon père était Pirrip, c’est sous le nom de Pip que je me désignai….. Vous reconnaissez l’orphelin des bas quartiers venu tracer son sillon dans un monde d’indifférence… 

P 303

« Qu’est ce que tu y trouves, dans ces livres. Qu’est ce que tu y apprends ?

Comment lui expliquer ? Dans l’urgence de chaque page, dans chaque livre né du besoin de l’homme, aussi insipide aussi puéril, futile ou faux soit-il, au moins une phrase de l’écrivain dépasse l’auteur, une phrase qui s’affranchit de ses fixations pesantes et mortes, délaisse sa prose de plomb, une phrase qui se souvient du prisonnier dans sa cellule, bouclé dans le néant, victime des échecs partagés du monde, et qui supplie qu’on lui donne la lecture. « J’y apprends, j’y apprends à ne plus être moi. Pendant une heure. Un jour. On me lamine, Mohamed. J’ai besoin d’un endroit où aller. De quelque chose à penser. Quelqu’un d’autre, autre part… »

« Il y a un proverbe de chez nous. Tout dans la vie est imagination. Mais en fait, c’est la réalité. Celui qui le sait n’a plus besoin de rien. »

 

 

 

 

07:10 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (22) | |  Facebook

15/04/2009

L’ARBRE D’EBENE – FADELA HEBBADJ

Nasser a six ans quand lui et sa mère quittent le Mali pour entrer clandestinement en France. Le voyage en pirogue, les squats, hebbadj.jpgles traques de la police, les expulsions, Nasser raconte, avec ses mots d’enfant qui apprend à lire, à écrire, à s’émanciper, se libérer et grandir, quelques années de sa vie.

 

Voilà un roman dont le fond est profond, sincère, juste, mais auquel je suis restée hermétique. Le style est un parler naïf, souvent parsemé de réflexions d’adulte (même si Nasser ne peut que mûrir beaucoup plus vite dans des conditions difficiles, elles m’ont semblé sonner faux). L’histoire sensible, touche un sujet épineux et particulièrement révoltant, mais son traitement à travers la voix d’un enfant ne m’a pas touchée.

 

Nasser s’émancipera en lisant beaucoup (il rencontrera une jeune bouquiniste qui lui fournira des lectures) : cet aspect là m’a davantage intéressée, l’enfant parvenant à s’ouvrir, grandir, s’affranchir, grâce à la lecture, c'est bien dessiné.

 

Je ne conteste en rien les dénonciations faites dans le roman (expulsions aléatoires, conditions d’immigration) mais le roman est pour moi raconté sur un style trop naïf et j’y suis restée insensible.

 

Laurence a un avis totalement divergent du mien. Bab’s, Cuné et Papillon aussi.  

 

A priori, je suis la seule à être restée de glace.

07:17 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Facebook

14/04/2009

COEUR COUSU – CAROLE MARTINEZ

Le cœur cousu, c’est le cœur que Frasquita Carasco a brodé pour la Vierge Marie lors d’une fête religieuse en Espagne. Frasquita coeur cousu.jpga reçu le don de coudre, le don de broder les couleurs et les vies. Du fil et de la soie, Frasquita fait des merveilles, des bonheurs et des rêves. C’est un don que se transmettent les femmes de sa famille, et elle-même transmettra à son tour un don à chacune de ses filles. Frasquita vit dans un petit village espagnol, où les langues se délient à la tombée du jour, où les superstitions gouvernent le jugement, où les regards crachent ce que les bouches ne veulent pas dire. Frasquita dont les gens ont peur, dont les gens se méfient, épouse José le charron, l’homme taciturne qui va laisser la folie grignoter son esprit. José le charron joue sa femme au combat de coq et la perd. Frasquita quitte alors le village et part dans le désert,  suivie par une guirlande d’enfants, auréolée et portée par son amour pour eux.

 

Chacune des filles de Frasquita recevra elle aussi un don : Anita celui de conter, de dire les histoires et d’envoûter par ses récits, Angèla celui de transporter les âmes avec ses chants, ceux qui baiseront Martirio goûteront la mort, Clara sera la lumineuse, l’astre, le soleil. Pedro, le fils, dessinera, fera naître l’univers sous sa craie, et sera combattant pour obéir à son père. Quant à Soledad, la dernière, la solitaire, recevra les mots qui s’écrivent, se tissent pour laisser une trace. C’est la narratrice du roman.

 

Cœur cousu est un roman somptueux. D’une écriture poétique, sensuelle, superbement colorée et sensible, Carole Martinez nous emmène sur les pas de Frasquita, dans un voyage qui mêle conte et tristesse, amours et douleurs. L’histoire est mêlée de conte, auréolée de mysticisme et de croyances. Mêlant le rêve et le réel, le voyage de Frasquita est un récit superbe.

 

Le conte magnifique est aussi une peinture à la fois lumineuse et douloureuse, un tableau fascinant, celui d’un village étriqué, enfermé, où la femme est porteuse de mal, sorcière si elle est différente. Il y a des femmes qui souffrent en enfantant, d'autres qui les aident ou font naître les anges, il y a des croyances, des rêves, de la magie qui se transmet. L’absurdité des hommes et des révoltes aussi, l’idéalisme des guerriers et leur cruauté, parfois, tout est là, dans le voyage de Frasquita, tout est là et pourtant le roman porte haut les couleurs de l’amour, celui des mères, celui des filles, celui qui fait avancer et refuser de fléchir.

 

Il est difficile d’en parler, d’autres l’ont beaucoup mieux fait. Que dire, alors ? Juste que c’est superbe, incroyablement poétique et doux, renversant de beauté. Ce roman m'a fait frissonner, je l'ai refermé l'oeil humide et la gorge sèche. Il s’agit du premier roman de Carole Martinez. Une auteure à suivre, assurément.

 

 

 

Cœur cousu, Carole Marinez – Folio 440 pages

 

 

Les avis de Dda (Biblioblog), Chiffonette, Sylvie, du Buzz littéraire, Bellesahi, Aifelle, Karine, Fashion, Yohan et sans doute plein d’autres encore à trouver chez eux.

12/04/2009

ELLE ET MOI : c'est fini

L’aventure du Prix ELLE se termine.

29 livres reçus, lus, absorbés, aimés ou pas, et bientôt le verdict final.

 

Qu’en tirer après 10 mois ? D’abord, les autres membres du jury rencontrés (virtuellement) sur les blogs ou par mail : Renée (et ses posts hilarants sur sa non-rencontre avec Jacqueline Gérard, directrice du Prix Elle), Enna, Anna, Emmyne, Antigone, Marie, Annie, Clochette, Odilette. Des mails échangés, des avis confrontés : nous avons pu constater au fil de nos résumés ou mails que nos avis divergeaient parfois, se retrouvaient à d’autres moments. Je crois que, au-delà des découvertes littéraires, ces rencontres humaines sont ce que j’aurai préféré dans cette aventure.

  

 

Le prix ELLE, c’est une rencontre organisée au Salon du Livre à laquelle je n’ai pu me rendre.

Une prochaine rencontre, prévue, soigneusement notée, le jour de l’annonce des résultats, et un rendez-vous fixé en amont pour nous toutes, qui nous rencontrerons un peu avant. Histoire de faire connaissance tranquillement.

 

Le prix ELLE, ce sont 29 livres reçus, donc. Impressionnant en y pensant, mais, avec le recul, pas si difficile que ça : 3 livres par mois, ce n’est pas la mer à boire mais juste un océan de mots à déguster.

 

Je faisais partie du jury d’octobre : début juillet, j’ai reçu les 7 livres de la sélection : 3 romans, 2 policiers, 2 documents. 6 semaines pour les lire, ça tombe bien ce sont les vacances. Je rends ma copie fin août, les livres lus, commentés, notés, le tout a été un bon prétexte pour m’avachir sur un transat et ne rien faire. « Tu viens faire une ballade à vélo ? Non, je dois finir ce livre. Tu viens visiter ce monument ? Non, ce document est dur à lire (tu parles !). Tu as préparé le dîner ? Heu… pas encore, tu comprends, celui-là, il est tellement absorbant que je n’ai pas vu l’heure passer… Je prends mon rôle très au sérieux, tu comprends ? Ouais, c’est ça, lis, je vais faire des pâtes. Merci mon cœur ! »

 

Pas facile de mettre une note sur 20, surtout au début, quand on n’a pas de point de repère, aucun élément de comparaison. Tant pis, on laisse notre goût dicter la mesure. De cette sélection seront distingués le roman, le document et le policier les mieux notés qui seront envoyés aux autres jurys. La méthode est simple et nous donne l’impression d’être bien rodée (même si, parfois, la déception est là quand nous nous apercevons que l’un de nos favoris n’a pas été sélectionné).

 

 

Puis, dès le mois de septembre, les livres arrivent à raison de 3 par mois : les roman, policier et document qui auront été les mieux notés des jurés des autres mois (et, s’il y a des ex-aequo, deux policiers, deux documents ou deux romans).

 

Chaque début de mois, l’enveloppe est reçue avec joie, avec un soupir d’autres fois (je me souviens d’une sélection qui ne comportait que des grooos livres) mais, dans l’ensemble, l’expérience est d’une part tout à fait faisable, et d’autre part, très enrichissante : des auteurs découverts, des perles dégustées, des romans passionnants et des documents particulièrement intéressants.

 

Mais, au final, nos ne saurons que fin mai quelle est la sélection définitive : à ce stade, seuls nos pronostics nous permettent de parier sur l’un ou l’autre des livres reçus.

 

Voici donc mes livres préférés (et je ne dis pas favoris, puisque mon pronostic est différent).

 

Catégorie Roman : belezi.jpgC’était notre terre, de Mathieu Belezi. Un auteur que je ne connaissais pas, une découverte que je ne regrette pas.

 

En deuxième position, je note un livre reçu dans la sélection d’octobre, mais qui n’a pas passé le stade de cette sélection : Le journal de l’Allemand, de Boualem Sensal. Une merveille que ce livre, une claque, une gifle. Mais j’avoue ne pas avoir été étonnée en constatant que mes « co-jurés » ne l’avaient pas retenu et avaient préféré « Des papillons sous la pluie » de Mira Magen, qui est par ailleurs un fort joli roman.

 

 

 

Catégorie Policier : zulu.jpgZulu, de Caryl Ferey. Pour moi incontestablement le meilleur policier lu, de loin le meilleur. Je le recommande chaudement à toutes et tous.

 

En deuxième position, je mettrais « Les ténébreuses » de Karin Altvegen.

 

 

 

 

Catégorie document : mari.jpgSans blessure apparente, de Jean-Paul Mari. Que je ferais suivre par « L’affaire de Road Hill House »

 

 

 

 

 

 

 

 

Et mes pronostics sont différents. Je ne suis pas sure que mes goûts soient représentatifs de la majorité et je pense que le prix reviendra à :

 

Roman : Le déferlantes, de Claudie Gally

Policier : Zulu ou bien « La femme de Carnegie » de Stéphane Michaka

Document : Séraphine de Flraçoise Cloarec ou Sans blessure apparente.

 

Le suspens reste entier !

17:21 Publié dans Prix des lectrices ELLE 2009 | Lien permanent | Commentaires (21) | |  Facebook

11/04/2009

1 + 3 - ? = ?

Il se passe des choses bizarres en ce moment dans les blogolivres… Des livres sont donnés, d’autres sont pris, échangés, transmis, offerts. Une chaîne circule en ce moment : un blogueur propose trois titres de sa PAL, le but étant de faire baisser les piles astronomiques (parfois) qui s’élèvent chez les uns et les autres.

 

Rose a récemment proposé trois livres dans la chaîne initiée par Loula : Un garçon d’Italie, de Philippe Besson, Vendredi soir d’Emmanuèle Bernheim et Les Emmurés de Serge Brussolo. N’ayant jamais lu Philippe Besson, j’ai profité de l’occasion et demandé l’exemplaire.

 

 

Et, le but étant de faire baisser sa pile à lire, il me revient à présent de proposer trois livres.

 

Les voici :

 

Jane Austen – Raisons et sentiments

RAISONSETSENTIMENTS.jpgJe ne l’ai toujours pas lu, il m’ a été offert par Hydromielle  lors du swap Saint Valentin, or il figurait déjà dans ma bibliothèque. Ayant entendu parler ici et là, d’un certain challenge où l’on peut débusquer des hommes en chemise mouillée à travers les pages de cette jeune auteure, je me dis que certaines seront peut-être intéressées… (irais-je moi-même tenter de trouver quelques pectoraux délicieusement caressés par une soie transparente qui les sublimera ?)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Finnigan et moi, de Sonya Hartnett.

 

Livre reçu qui, je l’avoue, ne me tente pas (en ce moment mon cœur tressaille ailleurs). Laurence affirme sans hésiter ce, s’il ne hartnett.jpgfaut lire qu’un auteur australien cette année, ce doit être celui-ci.

Quelqu’un a envie ?

 

 

 

 

 

 

 

 Et pour finir,

 

L’affaire de Road Hill House, de Kate Summerscale.

 

 

SUMMERSCALE.jpg

Un très bon document dont j’avais parlé ici, qui figure en deuxième sur mes favoris pour le prix Elle 2009 catégorie document. Il se lit comme un roman, est excellemment documenté, passionnant, je l’ai reçu pour le prix Elle alors que je l’avais déjà lu et conservé précieusement dans ma bibliothèque.

Si vous avez envie de tenter l’aventure, dites le !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Premier arrivé premier servi. Dites moi dans les commentaires si l'un des titres vous tente et n'oubliez pas qu'en échange d'un livre, vous vous engagez à proposer à votre tour trois livres sur votre blog :)

 

 Et, parce que c'est ma nouvelle marotte, je vous propose un anagramme, dans lequel il faut trouver le titre d'un roman :

 

EMU NOEL VIENT PAR SAINT CLOUD.

 

Il n'y a rien à gagner :) (et je le trouve trop facile, mais bon, c'est moi qui l'ai fait). 

Edit : la réponse est : LUNE CAPTIVE DANS UN OEIL MORT

07:18 Publié dans Bric à blog | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Facebook

10/04/2009

LA VIEILLE ANGLAISE ET LE CONTINENT – JEANNE-A DEBATS

Ann Kelvin, a consacré sa vie aux recherches transmnésiques (transplantation de l’esprit dans un autre corps). Alors qu’elle debats.jpgattend de succomber au cancer, Marc Sénac, son ancien élève – amant, lui propose de réaliser une dernière mission, un baroud d’honneur qui leur permettra de mettre fin aux massacres des cétacés. Pour ce faire, l’esprit d’Ann sera transplanté dans le corps d’un cachalot.

 

Une novella très courte qui se lit d’une traite, et dont le premier abord, qui paraîtrait plutôt loufoque, voire totalement absurde au lecteur récalcitrant, réfractaire à tout ce qui ne s’ancre pas dans une réalité bien tangible (j’en suis), disparaît totalement d’une part sous la plume alerte et fluide, et d’autre part sous le message écologique (condamnation des massacres de cétacés, irrespect de l’environnement, notamment sous marin). Au début.

 

Pourtant, le texte étant particulièrement court, il manque à mon sens d’une part de précision (on apprendra vaguement ce que sont les recherches transmnésiques  ou quels ont été les travaux auxquels s’est consacrée Ann (et qui lui ont valu, comprendra-t-on, de sévères critiques). Il faut donc tout imaginer, supposer. Et moi qui suis en général hermétique à tout ce qui touche science fiction, fantasy, j’aurais peut-être préféré plus de détails ou d’explications pour accepter de plonger. Autant la première partie, qui relate le voyage d’Ann et sa découverte des fonds marins  est un très joli moment de lecture, autant la seconde partie, (attention je vais spoiler) qui aborde une sombre histoire de cadavres radioactifs balancés en mer (et que Ann et son nouvel ami 2x2x2 (un cachalot, donc) s’empressent de faire remonter à la surface) m’ont paru abracadabrantesques et peu vraisemblables (j'essayais de les imaginer se démenant avec leurs caudales... pas facile pour moi) : le récit, s’il était resté sur un plan purement écologique, n’aurait pas vu son message se diluer sous une histoire de clones volés à laquelle j'ai beaucoup moins adhéré.

 

Au final, qu’en reste-t-il ? Je n’ai pas détesté, loin de là, je l’ai même lue avec plaisir, mais j’y ai sans doute trouvé trop de choses mises pêle-mêle dans trop peu de texte.

 

 

La vieille anglaise et le continent - Jeanne-A Debats - Griffe d'encre - 70 pages

 

 

Les avis de Fashion (merci pour le prêt), Chiffonette, Laurence, Lucile, Chimère, Brize, Delphine, toutes enthousiastes.

 

Lu pour le prix Biblioblog.biblioblog.jpg

08/04/2009

MUSC – PERCY KEMP

Monsieur Eme, à soixante-dix ans bien sonnés, est ce qu’on pourrait appeler quelqu’un bien de sa personne. Il attache une kemp.jpgimportance toute particulière à sa mise, choisit ses vêtements avec soin, ne sort que soigneusement vêtu et parfumé. Parfumé avec la même fragrance depuis moult années, cette fragrance appelée Musc conçue dans une parfumerie de Grasse. Un beau matin, la maîtresse de Monsieur Eme lui fait remarquer que son odeur a changé, très discrètement, très légèrement, mais a changé tout de même.

 

 

C’est la plume si personnelle, à la fois exigeante et totalement séduisante que l’on retrouve ici. Nous suivons Monsieur Eme et son rapport à Musc (le parfum devient un personnage intégral de l’histoire) son rapport à lui-même, aussi, aux autres, aux femmes, à la vie (sa vie étant toute conditionnée à son odeur, à ce qu’il émet), à la fois fascinés par le personnage et son besoin vital, essentiel, de retrouver SON parfum. Difficile de la décrire, difficile de préciser exactement pourquoi le roman est un bijou, parce que tout est dans le style, la façon si fluide dont Percy Kemp arrive à nous happer, nous chopper avec son sexagénaire jamais ridicule (et pourtant !) souffrant d’une obsession olfactive et prêt à tout pour retrouver ces effluves, en être à nouveau imprégné. Pe'rcy Kemp nous coince, nous enchaîne à son histoire, jamais dénuée d’un humour distant et pourtant bien présent.

 

Un vrai petit régal, donc.

 

 

Cuné a senti la même chose.