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29/05/2009

LES ENGAGES – JOSEF LADIK

Paris, 2045. Anne Ripley, DRH de la Compagnie (société chargée de centraliser, organiser, gérer les questions de sécurité de ladik.jpgl’Etat), amorce une bombe électromagnétique près de Gorgone, le système central de sécurité où sont stockées toutes les données concernant l’ensemble de la population. L’explosion déclenche émeutes, folies, affolement, et provoque la perte de mémoire de la jeune femme.

 

Les services de sécurité ont quelques semaines à peine pour stimuler la mémoire d’Anne et remonter la piste des terroristes.

 

Dans cette société futuriste mais pas si lointaine, les dérives sécuritaires sont à leur comble : recensement et contrôle de la population grâce à une puce électromagnétique implantée dans le cerveau, les anciens attentats et émeutes ont plongé la population dans une anxiété permanente, donnant toute liberté à l’Etat d’étendre son contrôle sur le pays. Un groupe de « traqueurs », opposants à l’Etat totalitaire, va tenter de récupérer Anne et détourner les plans du gouvernement.

 

 

 

Je n’avais pas lu « Le maître des noms », le premier volet paru l’an dernier, mais quelques retours en arrière m’ont permis de me plonger sans souci dans ce deuxième volet. Et plonger est bien le terme qui convient. On y plonge, on s’y enfonce, et ne peut le lâcher avant d’avoir touché le fond, perdu le sommeil et avoir été secoué plus d’une fois par les nombreux rebondissements, étonnants et implacables.

 

 

Manipulation des masses par un état totalitaire, dirigé par un Président nerveux et colérique, (aimant les montres suisses, ça c’est pour l’anecdote) (dont seul le titre est donné, jamais son nom, le réduisant à une entité suprématiste et glaciale), psychoses sécuritaires, détournement de l’information, nous voilà dans un futur suffisamment argumenté pour être crédible, et qui, dans les dernières pages, offre un retournement de situation saisissant.

 

Un page turner diablement efficace, qui ne bouleversera peut-être pas le genre, mais fera oublier, pour quelques heures, tout le reste. Pas si mal, en fin de compte, non ?

 

 

 

Les engagés, Josef Ladik

Editions First, 413 pages, mai 2009

 

 

 

L’avis de Dda, du Biblioblog, sur le premier volet « Le maître des noms »

27/05/2009

ELLE c'est fini : papotages

Et voilà, hier avait lieu la soirée de remise des prix des lectrices ELLE 2009.

 

 

Pour l’occasion, je retrouve quelques membres du jury autour dans un salon de thé près du Salon France Amériques, où nous devons rencontrer les lauréats et assister à la soirée de cloture.

 

Peu à peu arrivent Emmyne, Clochette, Enna, Renée, Valérie, Empreinte des mots et Mathilde qui n'a pas de blog. Nous retrouverons Annie plus tard dans la soirée.

 

Nous échangeons nos impressions sur les lauréats, dont les noms nous ont été communiqués il y a quelques jours.

 

Ces lauréats, les voici :

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25/05/2009

ENVOYEZ LES COULEURS – DONALD WESTLAKE

Donald Westlake est connu pour ses policiers et surtout pour son héros gentleman cambrioleur et surtout looser, John westlake.jpgDortmunder. Ici, bien que publié chez  Rivages/Thriller, c’est un Westlake d’une toute autre veine que nous découvrons en suivant les aventures d’Oliver Abott, jeune professeur d’anglais.

 

Oliver, petit bourgeois blanc et bon fils de famille, prend ses fonctions de professeur dans le collège de Schuyler Colfax, à New York. Ce poste, il en a rêvé toute sa vie. Ou plutôt, il a seulement adhéré à la tradition familiale qui veut que les hommes de sa famille enseignent à Colfax et en deviennent le directeur après quelques années. Oliver, donc, entre à Colfax sans se poser de questions, ni sur son avenir, ni sur sa réelle vocation. Mais voilà que le jour de arrivée, les élèves se mettent en grève. En grève parce que, à Colfax, Oliver a pris la place d’un professeur noir, que 87 % des élèves sont noirs, et que ce népotisme irrite sacrément la communauté noire du quartier. Nous sommes dans les années 60 et le racisme est omniprésent. La situation va s’envenimer, le jeune homme tomber amoureux d’une enseignante noire, les clans se former : la guéguerre peut commencer.

 

Nous allons donc suivre ce candide  je serais plutôt du type bouchon, je me laisse flotter, je dérive très lentement, tout peinard au fil de l’existence »), totalement dépassé une situation qu’il a du mal à comprendre, épaulé par une jeune femme pleine d’idéaux. Le père est un imbécile de première, aveugle et prétentieux (« je me moque du nom qu’ils se donnent, ce n’est pas une communauté, c’est de la racaille »), la mère prépare des citronnades pour tous les manifestants, noirs ou blancs, tous sont entourés d’une galerie de personnages croqués avec beaucoup de malice et une formidable acuité.

 

Des allures de vaudeville, des situations burlesques et des personnages à la fois attachants et irritants, Envoyez les couleurs, titille avec malice pas mal de petit travers, de préjugés stupides, de comportements abjects. Petits racismes ordinaires, communautarisme aveugle, lâchetés et faiblesses, le tout servi sous couvert d’une jolie comédie romantique avec amour, désamour, jalousies, ruptures et retrouvailles. Et toujours cet humour cocasse, distillé l’air de rien, taquin, moqueur et toujours bien vu.

 

J’adore Westlake. De plus en plus.

 

 

Donald Westlake, Envoyez les couleurs

Rivages/Thriller, 336 pages, janvier 2009

 

 (un petit reproche à Rivages/Thriller ? Beaucoup de coquilles quand même)

 

 

Pour Jean-Marc Laherrère, c’est une « comédie à la Capra », tout à fait d’accord !

 

 

22/05/2009

MONTEDIDIO - ERRI DE LUCA

Montedidio (la Montagne de Dieu) est un quartier de Naples où grouillent les enfants, crient les vendeurs de pizza, de poulpe et deluca.jpgles pêcheurs fraîchement revenus de mer. C’est le quartier où vit le narrateur, un jeune garçon de treize ans, qui va devenir un homme.

L’enfant a quitté l’école pour travailler chez un ébéniste et couche sur papier ses journées (« J’écris en italien parce qu’il est muet, et que je peux y mettre les choses de la journée, reposées du vacarme du napolitain ».) C’est ce récit que nous suivons, parsemé d’expressions napolitaines, la langue des gens simples et du quotidien. Le jeune garçon a reçu un boumerang pour son anniversaire, et s’entraîne à le lancer, entraîne ses muscles, son corps pour maîtriser l’objet. Ce lancer auquel il s’entraîne, et qui symbolisera l’envol final vers l’âge adulte. Autour de lui, Mast’Erico, l’ébéniste plein de sagesse, son père plein de tristesse depuis que sa femme est malade, Don Rafaniello le cordonnier, un juif rescapé des camps qui veut rejoindre Jerusalem, plein de bonté et de douceur. Don Rafaniello  fabrique gratuitement des chaussures pour tous les pauvres du quartier et dit au garçon que sa bosse sur son dos abrite les ailes qui lui permettront de s’envoler pour Jerusalem.

 

Il y a aussi, Don Ciccio, le propriétaire de l’immeuble, vil, véreux, vicieux. Et surtout Maria, celle auprès de qui l’adolescent découvre l’amour, sent son corps se transformer, sa voix muer, ses sens s’éveiller.

 

Un très joli récit, servi par une langue à la fois dépouillée et très visuelle, très simple et pourtant très poétique, dans une atmosphère douillette mais pleine de vie, celle des années après guerre, où se mêlent espoirs et pauvreté, rudesse et entraide. C’est le passage à l’âge adulte, l’apprentissage de l’amour, de la force, de la sagesse, de la colère aussi, et tout en douceur, en clarté et en simplicité. Ravissant.

 

Montedidio, Erri De Luca

Folio, 230 pages – août 2007

 

L’avis de Papillon 

Extrait :

« Sur la promenade du bord de mer e long de la villa communale, nous passions à l’heure où les pêcheurs tiraient à terre le deux bouts de câble du grand filet. Il y avait six hommes à chaque bout, ils tiraient d’un coup tous ensemble, le plus vieux leur donnait le signal. Le câble tournait sur leurs épaules, les pieds croisés, ils poussaient de tout leurs corps, ils traînaient la mer à terre. Le filet s’approchait, large, avec lenteur, tandis que les deux câbles s’entassaient en anneaux sur la route. Quand il arrivait en bas, les poissons lançaient des étincelles, tout le blanc de leurs corps éclatait, ils tapaient de la queue par centaines, le sac renversait au sec tout le tas de vie volée aux vagues, papa disait : « voici le feu de la mer ». L’odeur de la mer était notre parfum, la paix d’un jour d’été une fois le soleil couché. Nous restions silencieux, serrés les uns contre les autres, ça a duré jusqu’à l’année dernière, jusqu’à l’année dernière j’étais encore un enfant. »

 

Géraldine, qui a gagné le jeu Blondel il y a quelques mois,  a eu la gentillesse de m’offrir ce livre. Un très bon choix, puisque je me promettais depuis longtemps de découvrir cet auteur. Un grand, très grand merci à vous, Géraldine.

20/05/2009

LE GOÛT ÂPRE DES KAKIS – ZOYÂ PIRZÂD

Kaki n.m : Fruit du plaqueminier, jaune oranger, à pulpe molle et sucrée (Larousse).pirzad.jpg

 

 

La plume de Zoyâ Pirzâd est comme un kaki : colorée, toute en douceur et en saveur. Jamais molle,  elle coule avec limpidité, sans effets de style superflus ni fadeur.

 

C’est une jolie découverte que cette auteure, dont j’avais entendu parler ici ou là, sans jamais avoir pris la peine d’ouvrir ses précédents ouvrages. C’est chose faite avec « Le goût âpre des kakis », recueil de cinq nouvelles dans lesquelles Zoyâ Pirzâd dresse quelques tableaux de vie, quelques portraits de femmes (mais aussi d'hommes) dans la société iranienne contemporaine.

 

Que ce soit par la hantise des tâches chez une jeune femme qui s’acharne à effacer, nettoyer, laver, astiquer, frotter, lessiver, qui oublie dans son obsession son mariage malheureux ("Les tâches", au style très économique, presque télégraphique, où les scènes se succèdent sans superflu, comme la solitude que ressent la jeune femme), que ce soit dans un appartement, qu’une jeune femme vend et que l’autre achète (l’une est ne supporte pas le poids et l’assujettissement à un mari maniaque et traditionaliste, l’autre au contraire est une femme d’intérieur accomplie, mais toutes deux sont amères et désabusées par leurs vies ("L’appartement")), chacune de ces nouvelles propose un portrait bref mais saisissant d’une société iranienne moderne (les femmes travaillent, fument, divorcent) où les traditions sont encore omniprésentes, parfois lourdes, parfois pleines de grâce (hospitalité, politesse, respect). Une jeune femme dévouée mariée à un artiste insaisissable (« Le père Lachaise), un jeune employé humble qui observe son patron marié à une mégère (« L’harmonica ») ou la solitude d’une femme que le destin a privée d’enfant (Le goût âpre des kakis ») complètent ces petits tableaux et en font une mosaïque réaliste et pleine de tendresse pour ces pans de vies iraniennes.

 

 

Des hommes et des femmes, heureux ou malheureux, une culture exquise, de frustrations et des désirs, des solitudes et des familles unies, un très joli recueil, qui se lit avec plaisir.

 

Naina en parle aussi.

 

 

Le Goût âpre des kakis, Zoyâ Pirzâd

Zulma, 219 pages, mai 2009

 

 

L’avis de Pagesapages.


 

18/05/2009

LA VOIX DU COUTEAU – PATRICK NESS

Dans un mois, Todd aura treize ans. Il deviendra un homme, conformément aux lois de Prentissville, Nouveau Monde, une planète colonisée par les humains. Sur Nouveau Monde, les humains peuvent entendre le Bruit, les pensées des autres : elles se superposent, se chevauchent. Et ce Bruit est devenu un vacarme incessant avec lequel les hommes ont appris à vivre. Les femmes, elles, ont disparu de Prentisville, décimées par un virus à l'arrivée sur Nouveau Monde. Alors que couteau.jpgTodd se promène dans les Marais, il découvre un lieu où le Bruit s’estompe jusqu’à disparaître totalement. Cette découverte sera à l’origine de sa fuite : son père adoptif lui confie quelques affaires, un couteau, le journal de sa mère et lui ordonne de fuir Prentisville, le plus vite possible, le plus loin possible. Todd s’échappe, avec son fidèle chien Manchee (les animaux parlent sur Nouveau Monde) et découvre, avec stupéfaction, une jeune fille, Viola. Une fille ? Sur Nouveau Monde ?

 

Fichtre, quelle agréable trouvaille ce roman jeunesse ! Quelle trouvaille pour moi qui ne suis pas une habituée du genre et encore moins fan de science fiction ! Mais ici, la science fiction est de toute façon très légèrement présente, jamais pesante. On n’est pas sur Terre, d’accord, nous croiserons quelques créatures non humaines (les Spackles, anciens habitants de Nouveau Monde), mais tout reste parfaitement accessible et lisible pour une réfractaire comme moi, même s’il m’a fallu quelques pages pour m’habituer à la syntaxe grammaticale parfois défaillissante et aux fautes d’otorgrafes de Todd : il est le narrateur de l’histoire.

 

Nous allons donc suivre ce jeune garçon dans sa fuite affolée, comprendre peu à peu, avec lui, comment les hommes ont colonisé cette planète, leur volonté initiale de créer un Nouveau Monde sur de nouvelles bases Quand cherche-t-on un nouvel endroit pour vivre ? Quand l’endroit où tu vis, c’est plus la peine d’y rester. Vieux Monde c’est dégoûtant, violent et surpeuplé. Ca se déchiraille en plein de morceaux avec des gens qui se détestent et s’entreptripent, et personne n’est heureux tant que tout le monde n’est pas malheureux à  mourir. En tout cas, c’était comme ça avant. »). Mais les hommes sont ce qu’ils sont et ne restent pas toujours bienveillants…

 

Todd et Viola tentent d’échapper à des hommes (re)devenus barbares : ils ont sombré dans un obscurantisme primaire. Les fugitifs rencontrent d’autres colonies bâties selon des préceptes différents de Prentisville, et, tout au long de cette fuite, nous voilà plongés dans un très bon roman jeunesse, roman d’initiation (Todd doit devenir un homme et  nous comprendrons ce que Homme veut dire dans la bouche des habitants de Prentisville), un roman porteur de valeurs de tolérance et respect entre individus (nous croiserons quelques Spakles et comprendrons comment ils ont été colonisés et souvent décimés), des valeurs d’amitié, de fidélité, de liberté de choix et d’affranchissement de l’individu de toute sorte de fanatisme. Le tout se lisant avec avidité, le suspens est entier et terriblement bien ficelé, et la fin ne donne qu’une envie, que la suite paraisse bientôt, « La voix du couteau » étant le premier volet d’une trilogie « Chaos en marche ».

 

Prix Guardian 2008, Booktrust Teenage Prize 2008.

 

 

La voix du couteau, Patrick Ness

Gallimard Jeunesse, 440 pages, avril 2009

 

Les avis de Lily, Cathulu, Fashion, Lael, Hambre,

 

15/05/2009

ONZE HISTOIRES DE SOLITUDE – RICHARD YATES

Onze histoires de solitudes, onze histoires de tristesse ou d’isolement, onze façons d’être délaissé, sur la carreau d’une société ou de s’enfermer sur soi, Richard Yates promène dans ces nouvelles son regard attendri et lucide sur la middle-classe américaine des années 50-60.

 

yates.jpgCe sont onze solitudes que nous propose ces petites histoires douces amères. Des histoires d’enfance : un petit garçon dans une nouvelle école, isolé par ses camarades parce que différent, qui souffre de la cruauté involontaire des autres enfants (« Docteur Jeu de Quilles », pleine de tendresse), des petites jalousies et envies dans une autre école, pour une maîtresse plus jolie, plus enviée, mâtinées de honte et de petites lâchetés enfantines (« Une petite fête pour Noël »).

 

Des histoires de femmes : la honte et la douleur d’une jeune femme, condamnée à rendre visite à son mari tuberculeux une fois par semaine, qui voit sa jeunesse lui filer entre les doigts et culpabilise de tromper ce mari devenu un poids (« Absolument sans douleur »)

 

Des histoires de couple : un jeune couple qui se marie par conformisme et tait cette petite voix moqueuse qui lui susurre de ne pas le faire (« Tout le bonheur du monde »).

 

Et puis il y a des hommes, jeunes ou vieux, prêts à bêler avec des idiots pour ne pas rester seuls, dépendants du regard d’autrui, empêtrés dans leurs illusions, qui laissent exploser leurs frustrations ou leurs colères (« Le mitrailleur » « Un pianiste de jazz formidable ») d’autres hommes enfermés dans leurs convictions, emplis de certitudes, sourds aux conseils des autres (« Contre le requins », « Les bâtisseurs » (certainement ma préférée)), des vieux malades qui unissent leurs solitudes dans un hôpital (« Fini l’an ‘ieux, ‘ive l’an neuf », très réussie).

 

 

Bref, des êtres maladroits, tristes, amers, des laissés pour compte ou des loosers, des personnages ordinaires, avec leurs failles et leurs désirs de réussir, de rentrer dans la norme. Ce recueil est différent de « la fenêtre panoramique », les sentiments et frustrations n’y sont pas finement distillées et décomposés. Ici, onze fenêtres s’entrouvrent et se referment sur des pans de vie américains.

 

 

 

Onze histoires de solitude, Richard Yates

Pavillon poche, 364 pages – Mai 2009

 

 

 

Pour les anglophones, les curieux, les patients (40 mn) Richard Yates lit ici la nouvelle « The best of everything » (tout le bonheur du monde) (cliquez sur Audio of Yates reading « the best of everything »).

12/05/2009

CE QUI ETAIT PERDU – CATHERINE O’FLYNN

Kate est une petite fille qui préfère jouer aux détectives plutôt qu’à la poupée. Elle observe, étudie, surveille, les activités des oflynn.jpgpassants dans un centre commercial près de chez elle, aidée par son fidèle assistant, Mickey l’ours en peluche. Un jour, Kate disparaît.

 

Vingt ans plus tard, dans le même centre commercial, Kurt, l’agent de sécurité, aperçoit sur les bandes vidéos la silhouette d’une fillette. Lisa, une disquaire, trouve un ours en peluche dans une partie réservée au personnel.

 

 

Nous suivons donc Kate dans la première partie du roman : comme elle est touchante, cette petite fille, innocente et naïve qui s’évade à travers ses enquêtes ! Le ton est particulièrement juste, et, le regard innocent de Kate nous sert à observer cette bourgade d’Angleterre dont les petits commerçants sont en train d’étouffer face au gigantesque centre commercial. Les mentalités sont étriquées, les perspectives d’avenir tout autant.

 

Dans la seconde partie, nous voilà dans les coulisses du centre commercial, devenu un monstre d’inhumanité, paradis du dimanche pour travailleurs éreintés. Kurt, Lisa, et les autres employés du centre vivent, mangent et dorment pour le centre. Intéressant, édifiant, mais moins touchant pour moi. Un rythme peut-être qui se ralentit, une atmosphère à la fois pesante et monotone. Sans m’y ennuyer, j’ai lu cette seconde partie avec un certain manque d’entrain. Quand nous retournons en 1984 sur la fin et apprenons enfin ce qui est arrivé, on ne peut qu’être émue… même si on s’attendait à autre chose.

 

L’avis de Cathulu que je remercie pour le prêt.

 

 

Ce qui était perdu, Catherine O'Flynn - Editions Jacqueline Chambon, 341 pages, mars 2009

 

11/05/2009

AVEC LES OLIVES – ANDREA VITALI

Nous sommes dans le petit village de Bellano au bord du lac de Côme, dans les années 30. La vieille Fioravanti meurt paisiblement vitali.jpgdans son sommeil. Ce qui est tout à fait normal, peuchère, elle avait 93 ans ! Rien d’anormal, donc, pour le docteur Lesti qui signe le certificat de décès sans examiner la dépouille. Mais on apprendra rapidement que tout n’est pas si simple, et que, dans ce petit village bien tranquille, les habitants ont bien des ressources, bien des aventures, et surtout bien des soucis !

 

Nous sommes plongés dans une savoureuse comédie à l’italienne, avons l’impression d’être attablé à la terrasse d’une trattoria et de contempler et déguster une délicieuse chronique, où les habitants du villages sont tous loufoques, attendrissants, complètement barrés et persuadés d’être dans leurs bons droits, qu’ils voient l’avenir dans les lignes de la main ou ne supportent pas le mariage de leur sœur avec un camarade, disons… bâti différemment.

 

Un curé de village résigné à entendre des confessions étonnantes ou subir des extrêmes onctions inattendues, d’un podestat (maire) de village dépassé par les événements, un capitaine des carabiniers dévoué et interloqué, une épouse qui voit des ressuscités partout, une prostituée pressée, une bande de jeunes gars imbéciles qui grandiront finalement, la galerie de personnages est truculente, touche au grand guignol parfois, mais est agréablement pittoresque.

 

Un grand roman ? Non. Non, parce que le style est souvent très facile, les phrases très courtes et les points de suspension trop utilisés pour passer d’un chapitre à l’autre, les allers-retours dans le passé / présent / et même avenir parfois déconcertants, le nombre de personnages un peu perturbant au début (heu, lui, c’est qui ? il a fait quoi déjà ?), et surtout le fond de l’intrigue finalement très léger, donc non, pas un grand roman. Juste un roman détente, qui vous transporte dans une époque révolue, avec un petit air de Don Camillo et Peppone, vous donne envie de commander un risotto alla milanese, un peu de bresaola ou une bruschetta tout en sirotant un verre de Franciacorta…. Avec les olives :)

 

 

 

Avec les olives, Andrea Vitali – Buchet Chastel 490 pages, mai 2009

07/05/2009

NUEVA KONIGSBERG – PAUL VACCA

Jean-Baptiste Botul, un philosophe méconnu (1896-1947), se rend au Paraguay à la demande de son vieil ennemi, Bouginski. vacca.jpgBouginski a informé Botul de la création de Nueva Königsberg, où les disciples de Kant vivent et triment à la mode de Kant : application stricte des préceptes kantiens, reproduction des règles de vie du philosophe, et donc, principe de chasteté unanimement observé. Mais comment faire survivre une communauté sans espoir de la voir perdurer ? Bouginski pense que Botul seul pourra les aider à éclairer leur lanterne : « To fuck or not to fuck ? That is the question”.

Voilà donc notre philosophe embarqué en direction du Paraguay, accompagné d’un jeune zazou, Sébastien. Aussitôt débarqués, il découvrent Nueva Königsberg, réplique à l’identique de Königsberg, patrie de Kant.

Loin, très loin de « La petite cloche au son grêle » (mais néanmoins deux allusions à Proust dont la notion de syndrôme de Swann, hilarante)  le nouveau roman de Paul Vacca n’en est pas moins savoureux. Truffé de jeux de mots, de références à Kant bien sûr, au botulisme non pas charcutier mais philosophique, nous voilà plongés dans une farce qui pourrait tenir au seul canular si elle n’était pas supportée par deux personnages naïfs, Sébastien et la jeune Sofia, institutrice de Nueva Königsberg. Ces deux là, tandis que le philosophe tente dans des « causeries » de faire réfléchir les colons à leur avenir, vont bien évidemment découvrir pour chacun un style de vie et de pensée totalement nouveaux. Aimer est-il égoïste ? Aimer est-il dangereux ? Pourquoi offrir des fleurs alors qu'elles poussent dans le jardin ? N’aime-t-on que soi quand on croit aimer l’autre ?  Est-on plus libre en ne voulant pas de liberté ? N’y a-t-il que les oignons qui font pleurer les femmes ? Peut-on se reproduire par coït interromptus ?

Un exercice réjouissant bourré d’humour, des titres et sous-titres de chapitres truculents, incluant un scénario sur la vie de Kant écrit par Sébastien, le tout servi par des personnages attachants. Deuxième roman, deuxième essai. Doublé gagnant.

 

Nueva Köngsberg, Paul Vacca – Philippe Rey 215 pages, mai 2009

 Les avis de Bellesahi, Keisha, Lily, Cathulu, Clarabel,

PS : Jean-Baptiste Botul  est méconnu car adepte de la tradition orale, il a laissé peu de trace écrite de ses travaux. Il a néanmoins écrit "La vie sexuelle d'Emmanuel Kant", "Landru, précurseur du féminisme" ou " Nietszche et le démon de midi". Il fut par ailleurs un des tous premiers taxitérapeuthes en pratiquant l’analyse tarifée pendant des courses en taxi, qu’il transforma plus tard en « courses magistrales » en donnant des cours magistraux de philosophie à des étudiant tout en les conduisant à travers Paris. Je vous incite à en découvrir plus sur cet homme en cliquant ici