Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« LE CHANTEUR DE GOSPEL – HARRY CREWS | Page d'accueil | WHATEVER WORKS – WOODY ALLEN »

13/07/2009

LE REMEDE ET LE POISON – DIRK WITTENBORN

Je suis persuadée qu’il y a des moments adéquats pour livre un livre et d’autres qui le sont moins. Une lecture entamée un jour wittenborn.jpg« sans », un jour où l’on a envie d’autre chose, d’autres histoires, peut se révéler fade et sans saveur, ou bien fastidieuse et rebutante.

 

Quand Cuné m’a envoyé « Le remède et le poison », je l’ai commencé pleine d’entrain, puis l’ai reposé, incapable de me concentrer, l’esprit toujours ailleurs, l’attention balladeuse. Pourtant, quelque part, je savais que ce livre méritait une lecture. Je sentais que je le reprendrais plus tard, cette fois-ci plus disposée et attentive. Je sentais qu’il fallait que je le lise, que cette histoire était faite pour moi, et qu’un jour ou l’autre, nous nous rencontrerions vraiment.

 

C’est chose faite à présent. Et autant dire toute de suite que mon intuition était justifiée.


Des années 50 à la fin des années 90, Dirk Wittenborn retrace l’histoire de la famille Friedrich, une famille dont la vie sera pulvérisée par un drame qui hantera chacun de ses membres, qu’ils soient nés ou à naître.

 

Au début des années 50, Will Friedrich est psychologue et chercheur. Ses recherches portent sur un nouveau psychotrope, le GKD, dont les principes actifs sont issus d’une plante de Nouvelle Guinée, le kwina. Friedrich et le docteur Winton sont persuadés de tenir là un anti-dépresseur efficace et les premiers tests et observations sont tous positifs : les » testeurs » manifestent des signes tangibles d’amélioration de leurs comportements sociaux, professionnels et familiaux. Mais parmi ces cobayes se trouve un jeune homme qualifié d’instable, de maniaco-dépressif : Casper Padrak, doté d’un QI hors normes. Après des premiers résultats probants, c’est lui qui réduira en bouillie toutes les recherches et anéantira la vie de Friedrich par la même occasion.

 

Une histoire de famille, donc, où chacun des membres sera frappé par la tragédie et tentera de se reconstruire et de vivre avec ses fantômes. Le père, Will, abandonne ses recherches sur le GKD et devient consultant auprès de laboratoires pharmaceutiques, tout en publiant régulièrement et devenant une sommité dans son domaine. La mère Nora après de longues années de prostration, se réveille brusquement et devient l’assistante indispensable de son mari. Les quatre enfants (dont Zach, né après le drame) cherchent leur voie et grandissent dans l’ombre de Casper, l’étudiant interné, le fou, le dangereux. Casper a marqué au fer rouge cette famille, sa présence hante leurs journées et déterminera jusqu'à  leur avenir.

 

Outre l’impossibilité de se reconstruire après un drame, Dirk Wittenborn aborde aussi la difficulté de se trouver quand on grandit dans l’ombre d’un père brillant, mondialement connu et reconnu, qui veut le meilleur pour ses enfants, entendez des études aussi brillantes que les siennes, voire supérieures. La difficulté pour des enfants de trouver leur place dans une famille où le couple parental est fusionnel, totalement absorbé par son métier ou autocentré sur sa souffrance, selon les moments ; la difficulté pour chaque enfant de trouver sa place, sa voie, sa propre identité et d’apprendre à voler de ses propres ailes, en s'affranchissant de la figure paternelle, aussi imparfaite soit-elle.

 

Difficultés qui peuvent se franchir à coup de caractère, de volonté, ou de drogues, qu’elles soient légales ou illégales : c’est aussi, en filigrane, un des sujets récurrents du roman : GKD, anti-dépresseurs, alcool, marijuana, cocaïne, … … l’histoire s’étale sur un demi siècle et l’évolution des drogues, l’apparition de nouvelles substances autrement plus dangereuses, ne fait que coller à la demande et au besoin qu’ont les hommes d’échapper à la mélancolie, d’être quelqu’un d’autre ou, pour certains, d’être enfin eux-mêmes, ou du moins d'y croire. Prozac ou cocaïne, chacun cherche un bonheur factice et les laboratoires ne font que répondre à la demande.

 

 

C’est une histoire douce amère, écrite avec sensibilité et humour, cet humour détaché des personnages qui gardent leur lucidité et préfèrent rire des choses tristes pour ne pas s’enfoncer dans les marécages de leurs souvenirs.

 

 

Brillant et  réussi.

 

 

Le remède et le poison, Dirk Wittenborn

Seuil, 417 pages, avril 2009

 

 

L'avis de Cuné donc qui le trouve "tout à fait réussi" (merci encore!) et celui de Brize : "C'est exactement le genre de roman qu'elle aime". Moi aussi.

 

 

 

Commentaires

Que voici un billet qui fait grand plaisir !! :-D

Écrit par : Cuné | 13/07/2009

Répondre à ce commentaire

3e billet sur les blogs mais beaucoup dans la presse, ce livre a l'air très bien... mais j'ai fait ma liste pour les vacances, ce que je prends et je ne suis même pas sûre de trouver un carton à la bonne taille, enfin un qui rentre dans le coffre puisqu'il parait qu'il faut aussi des habits, des draps, des chaussures...

Écrit par : Ys | 13/07/2009

Répondre à ce commentaire

Sûr, ça fait plaisir de lire un tel enthousiasme ! (ça sera pareil avec "Le professeur de piano", tu verras...)
Par contre, de mon côté, ça me confirme que ce n'est pas un livre qui pourrait me plaire...

Écrit par : erzébeth | 13/07/2009

Répondre à ce commentaire

3ème avis plus que positif : comment ne pas le noter (en plus la couverture a le mérite d'être jolie.)

Écrit par : Leiloona | 13/07/2009

Répondre à ce commentaire

@ cuné : :))
@ Ys : tiens, on a le même problème !
@ erzebeth : j'avoue : avec le Remède et le poison, j'avais vraiment le sentiment que le livre était pr moi, même quand je l'ai reposé la première fois. Je n'ai pas cette intuition avec le Professeur de piano, mais je vais persévérer quand même :)
@ leiloona : c'est très américain, si tu aimes cette littérature, tu devrais aimer ;)

Écrit par : amanda | 13/07/2009

Répondre à ce commentaire

Ca a l'air vraiment intéressant tout ça. Mais je comprends qu'il faille attendre le bon moment pour lire ce livre.

Écrit par : zarline | 13/07/2009

Répondre à ce commentaire

Je l'ai noté chez Cuné et je vais certainement le garder noté après ton billet! J'aime bien les trucs américains, normalement!

Écrit par : Karine :) | 13/07/2009

Répondre à ce commentaire

@ zarline : je te connais peu, donc je ne saurais te dire si tu aimeras :)
@ karine : tu devrais aimer !

Écrit par : amanda | 14/07/2009

Répondre à ce commentaire

je viens de l'acheter alors ça me rassure que tu l'aimes car il a l'air quand même un peu étrange ce roman.

Écrit par : valérie | 17/07/2009

Répondre à ce commentaire

TRES contente que tu l'aies toi aussi apprécié !

Écrit par : Brize | 06/08/2009

Répondre à ce commentaire