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30/11/2009

UN PETIT BOULOT – IAIN LEVINSON

Pas facile, de trouver de quoi payer ses factures, ses dettes, ses bières et son abonnement au câble quant on vit dans une levinson.jpgpetite ville du Wisconsin où le principal employeur a plié bagages et est allé s'installer là où la main d'oeuvre est moins chère, moins exigeante et moins regardante sur les conditions d'emploi. Quand tout ce qui ressemble de près ou de loin à une possibilité de travail rémunéré a peu à peu disparu. Dans cette petite ville, Jake Scowran est au chômage depuis des mois. Ses indemnités fondent petit à petit. Aussi quand Ken Gardocki, le bookmaker local et trafiquant de drogue à l'occasion lui propose de tuer sa femme contre 5000 dollars, Jake n'hésite pas tant que ça. Après tout, c'est un boulot comme un autre. Suffit juste de le prendre comme ça, un boulot, rien d'autre (« Je sors du bureau et remonte dans ma voiture, pas le coeur lourd comme un homme qui vient de renoncer à toutes ses valeurs, mais euphorique comme un type qui vient de décrocher un boulot ».) Et finalement... les bons employés se voient toujours confier des tâches additionnelles, non ?

 

 

Ce court roman est savoureux, truffé d'humour noir et de petites piques acerbes qui picotent là où ça fait mal ; une petite fable grinçante à souhait, qui nous lance sur les traces d'un apprenti tueur doué sans le faire exprès, et d'une petite clique tout aussi bien croquée : du bookmaker véreux mais pas trop méchant quand même (« Dans une ville où les trois quart des hommes ont été licenciés au cours des neuf derniers mois, les affaires qui profitent du désespoir sont florissantes ») qui ne fait finalement que fournir un job à Jake, puis un autre, et encore un autre, en passant par Tommy le pompiste qui propose un vrai boulot à Jake par amitié ou Brecht, le cadre ambitieux de la world compagnie venu inspecter cette station service qui ne rapporte pas assez (« Le registre des émotions dont il dispose est limité parce que ce type est obsédé par la cupidité et la conviction qu'elle est récompensée. Je suppose qu'il réussissait plutôt bien au collège, et qu'à un certain stade de son développement personnel il a appris qu'un caractère impitoyable rapporte gros. Il a peut-être une fois eu un boulot d'été auprès d'un homme qui ne s'intéressait qu'à l'argent et en gagnait énormément, et il a écouté cet homme, il se le répétait peut-être même dans sa voiture ».).

 

Jake le tueur prend son nouveau job très au sérieux, s'applique à réussir ses missions, tout en puisant dans sa culture cinématographique les bases et la formation qui lui manquent. Un autodidacte du crime qui s'en sort finalement pas trop mal, tout en restant un brave type quand même, faut pas charrier.

 

Le tout est raconté avec cet humour détaché, très second degré qui fait toujours mouche l'air de rien, et forme avec brio un récit caustique où les modèles économiques qui piétinent les laissés pour compte et ne veillent qu'au résultat et aux actionnaires sont insolemment pointés du doigt, avec humour et beaucoup de dérision. Ce roman a beaucoup été comparé au « Couperet » de Westlake. Pour ma part, dans le ton et l'humour distillés avec une délicieuse et piquante perfidie, il me rappelle quelque part le film « The full monty »... Après tout, il faut bien vivre, non ? Et quitte à perdre ses valeurs, autant tuer ceux qui ont déjà vendu les leurs au plus offrant. Les personnages de The full monty se débarassent de leur pudeur, Jake, lui, vend son âme au diable. Du moment que ça rapporte.

 

Un petit boulot, Iain Levinson

Ed. Liana Levi, 210 pages, 2004

 

 

L'avis de Delphine que je remercie pour le prêt (yep, you made my day :) !

 

Les avis de Fashion, Polar Noir, Choco et Goelen et Dasola.

 

27/11/2009

LA DELICATESSE – DAVID FOENKINOS

Un dimanche comme les autres, alors que Nathalie lit tranquillement un roman russe, son mari François part courir. Comme tous foenkinos.jpgles dimanches. Un dimanche comme les autres, donc, mais qui se terminera comme un dimanche fatal, celui où la vie s'arrête et prend un chemin différent : François meurt, écrasé par une voiture. Nathalie passe du statut de jeune mariée à celui de veuve d'un coup, comme ça, là, maintenant. Quelques années plus tard, Nathalie embrasse un collègue. Une impulsion imprévue, un geste irréfléchi, un baiser qui va changer sa vie, celle de Markus, l'embrassé, celle de Charles, son patron, amoureux de Nathalie.

 

 

Il est délicat, ce roman de David Foenkinos. Il est délicat et touchant par moments. Délicat parce que David Foenkinos effleure joliment, avec délicatesse, justement, ces petits moments, ces petits riens qui viennent imperceptiblement agir sur le cours des vies : un baiser, une chanson, une caresse, un plat du jour ou un tableau qui sans faire de bruit impriment leurs marques et colorent les destins. Délicat parce que les personnages sont juste touchants, juste justes : valse des hésitations, valse des sentiments, que ce soient ceux de Nathalie qui se surprend à réapprendre à aimer, Markus qui apprend justement à aimer ou Charles qui aime, désaime et réaime.

 

Le tout est très Foenkinien, bien sûr, entendons par là un style qui manie judicieusement humour et délicatesse. Foenkinien aussi parce que trop de formule tue la formule, et que certaines facilités auraient pu être évitées, certaines notes de bas de page m'ont paru totalement inutiles voire carrément gonflantes. Certaines Foenkineries un peu trop faciles, un peu trop ‘too much ». Il y a du bon et du moins bon, je me serais volontiers passée de plusieurs énumérations, de plusieurs considérations superflues annotées en bas de page (« 1. C'est étrange de s'appeler Alice et de se retrouver dans ce type de soirée pour rencontrer un homme. En général les Alice rencontrent facilement les hommes. 2. C'est étrange de s'appeler Alice et de travailler dans une pharmacie. En général les Alice travaillent dans les librairies ou des agences de voyage. 3. A ce stade, on peut s'interroger : s'appelait-elle vraiment Alice ? » : ah… heu… bon... OK, mais l’histoire, ça lui apporte quoi, ça ? Pas grand-chose, non ?).

 

Alors ? Au final ? Pas mal : de jolis moments, des personnages et des sentiments qui l'air de rien sont finement dessinés, et une histoire somme toute banale racontée avec beaucoup de sensibilité et de justesse. Malgré les envolées foenkiniennes qui m'ont paru superflues et pas toujours amusantes. Pas le roman du siècle pour moi, pas meilleur que « Qui se souvient de David Foenkinos », mieux que « Le potentiel érotique de ma femme ». Entre les deux quoi !

 

 

 

 

La délicatesse, David Foenkinos

Gallimard 200 pages, Septembre 2009

 

 

Avis entousiastes (Caro[line], bien sûr que je remercie pour le prêt, ou Fashion, ou plus réservés comme Cuné à piocher chez Bob, ou chez Bartllebooth).

25/11/2009

LE GARCON AU PYJAMA RAYE – JOH N BOYNE

Bruno a neuf ans quand son père est transféré à Auschwitz pour prendre le commandement du camp. Bruno quitte donc sa 786906896.jpggrande maison berlinoise pour une nouvelle maison, à l’orée du camp où il n’y a « pas une rue, personne qui marchait ou se hâtait… quand Bruno fermait les yeux, tout ce qu’il sentit, ce fut le froid, comme s’il se troublait dans l’endroit le plus reculé du monde. Au milieu de nulle part. ».

 

Quelque temps plus tard, Bruno rencontre Schmuel, un autre garçon de neuf ans, qui vit de l’autre coté de la barrière, celle qui  sépare la nouvelle maison de Bruno de cet endroit sinistre où les gens portent tous le même pyjama rayé. Le mauvais coté. Une amitié improbable va se nouer entre les deux enfants.

 

 

S’il faut juger ce livre, il faut sans doute se mettre dans la peau d’un jeune lecteur. Ce « conte » (bien que je répugne à associer le mot conte à ce récit là) est sans doute une histoire touchante qui permettra au jeune lecteur d’aborder un sujet ardu. En revanche, en tant qu’adulte, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur certains points qui m’ont perturbée : un enfant allemand de neuf ans, qui plus est fils de commandant SS ne devait-il pas, à son age et vu son statut, être déjà largement embrigadé par la propagande et surtout ses parents ?  Aurait-il le droit de lire le roman de Stevenson l’anglais quand les lectures imposées étaient celles qui glorifiaient le nationalisme ? (si un professeur d’histoire peut m’éclairer sur le sujet…).

 

Bruno me semble bien ignorant de ce qui se passe de l’autre coté, tout comme sa sœur Gretel, 12 ans, quand ils arrivent à Auschwitz. Quant à la fin, j’ai l’ai vue arriver rapidement, en me disant « noon, allons, préparons nos mouchoirs…. ».

Je pinaille, je rechigne, c’est sûr, mais c’est ainsi. Pour le reste, il n’en reste pas moins que c’est une intention touchante de mettre des mots accessibles aux enfants sur cette période de l’histoire.

 

Avec ça, on est bien avancés hein ? En tant qu’adulte, je n’ai pas particulièrement été touchée. Mais je l’envoie à mon filleul de 13 ans pour connaître son avis. Je verrai bien ce qu’il en pense.

 

Le garçon au pyjama rayé, John Boyne

Gallimard Jeunesse, septembre 2009, 188 pages

 

 

Les avis de Clochette, Enna, Celsmoon,  Theoma, Tamara, Ys, Laure, Karine, Fashion, Canel et sans doute plein d’autres…

06:05 Publié dans *Littérature Jeunesse* | Lien permanent | Commentaires (32) | |  Facebook

23/11/2009

VILLE NOIRE VILLE BLANCHE – RICHARD PRICE

Nous sommes à Amstrong, Dempsy, une banlieue de New York où vit une grande communauté noire. Brenda Martin erre dans la cité et se price.jpgrend à l’hôpital. Brenda vient de Gannon, la cité « blanche » d’à coté. On a volé sa voiture dans laquelle dormait son fils Cody, quatre ans. C’est l’inspecteur  Lorenzo Council, un flic noir habitué à la cité, connu et apprécié de la communauté qui va enquêter. D’un autre coté, une jeune journaliste blanche, Jesse, tente de couvrir l’affaire, décidée à faire ici ses preuves et récolter le scoop qui lancera sa carrière, tandis la tension monte entre les deux communautés.

 

Richard Price est un peintre du concret, un peintre qui balaie de coups de pinceaux précis, nets et tranchants les stigmatisations raciales, les haines communautaires et les violences sourdes de la grande banlieue New Yorkaise. Au-delà de l’affaire elle-même, de la disparition du petit garçon, de la personnalité trouble de cette mère assommée qui semble vivre la disparition de son fils de façon trop détachée, engourdie par la souffrance ou l’indifférence, c’est toute la violence latente qui rampe entre les deux communautés qu’il met en exergue. D’un coté, la communauté blanche à l’abri dans sa cité, de l’autre, un ghetto noir. Au milieu, un parc, ligne de séparation entre les deux clans, une limite infranchissable qui sera bafouée et piétinée. Au loin, Manhattan et la richesse qui semblent narguer la cité.

 

Deux populations qui ne se mélangent pas mais qui semblent attendre le détonateur qui déclenchera l’affrontement. La disparition de Cody, l’acharnement de la presse à accuser la communauté noire (Brenda dit que son agresseur était un noir), l’empressement de la police blanche de Gannon à envahir Armstrong et harceler la population, tout se met peu à  peu en place pour que l’implosion survienne, dans une atmosphère étouffante de canicule. Lorenzo le flic aguerri sent que l’inévitable se produira mais ne peut que tout faire pour le retarder. Jesse, la journaliste, observe, infiltre et devient la confidente de Brenda, femme complexe, perdue, victime autant que coupable d’une société sans pitié. D’un coté l’expérience du sage, de l’autre l’impulsivité de la jeunesse, tous deux entourés de personnages complexes (jeunes désoeuvrés, laissés pour compte des cités, pasteurs haranguant la foule, associations d'aide aux démunis, associations de mères), forment un portrait étouffant des communautés, des ghettos de banlieue, de cette société qui étouffe et ne laisse que la haine pour monnaie d’échange, haine qui ne demande qu’à exploser, surgir et libérer enfin les rancoeurs et les frustrations.

 

On n’est pas dans un thriller où l’essentiel est de retrouver l’enfant, que l’on retrouvera d’ailleurs aux trois quarts du roman mais dont la « résolution » ne servira qu’à enclencher la suite des événements, on est dans une spirale à la fois glauque et hypnotisante, absorbés dans ce tableau âcre et amer où le noir et le blanc forment un mélange trouble et envoûtant, le tableau d'une société en péril qui ne peut s'exprimer autrement que par la violence.

 

Envoûtant, c’est le mot. Edifiant, aussi. Passionnant, en tous cas.

 

 

 

Ville noire, ville blanche, Richard Price

10/18, septembre 2009, 620 pages

 

 

L‘avis de Papillon : « C’est le genre de gros roman qui tient en haleine jusqu’à la dernière ligne et nous laisse hébété face à ce monde bicolore et à ce constat forcément décevant : tout le monde a plus ou moins tort dans cette histoire, autant ceux qui pensent que les Noirs sont tous coupables que ceux qui sont convaincus qu’ils sont tous victimes ».

 

Celui de Polar Noir : « Ville Noire Ville Blanche est un de ces romans dont on sait dès les premières lignes qu'il vous en restera quelque chose ».

18/11/2009

DANS LES LIMBES – JACK O’CONNELL

Dans les limbes, dans un état incertain, vague, flou, un état dont les contours resteront nébuleux et jamais définis, voilà l’état connell.jpgdans lequel je termine le roman de Jack O’Connell. Avec pourtant la certitude, la conviction profonde d’avoir lu là un roman que je relirais et relirais sans aucun doute.

 

Parce que sous l’apparence, l’appellation « Thriller » se cache autre chose que le simple roman à suspens plus ou moins saupoudré de fantastique qu’évoque la quatrième de couverture.

 

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16/11/2009

L’ENFER DES REVES – THEODORE ROSZAK

Deirdre est une Guetteuse. Elle a la possibilité de s’introduire dans le rêve des gens, d’écouter, de voir, d’entendre, mais aussi, roszak.jpget surtout, de manipuler leurs rêves. Traumatisée par la mort violente de ses enfants et de son mari, Deirdre officie désormais auprès du docteur Devane, dans sa clinque de psychiatrie. A la fois patiente et soignante, elle pénètre dans les rêves des patients, manipule les esprits et les inconscients. Sa prochaine mission consistera à aider Sœur Constancia, une religieuse pressentie pour le Prix Nobel de la Paix. Constancia refuse les phases de sommeil qui la terrorisent de plus en plus. Deirdre va découvrir que la clinique Devane n’est pas uniquement un centre de soins médicaux, mais au cœur d’une entreprise gouvernementale peu recommandable. Et qu’elle n’est pas la seule Guetteuse. D’autres Guetteurs, moins bien intentionnés, vont croiser son chemin.

 

 

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13/11/2009

HUNGER GAMES – SUZANNE COLLINS

Vous vous souvenez du film « Le prix du danger » de Yves Boisset, il y a quelques longues années, où des candidats pouvaient participer à un jeu hungergames.jpgtélévisé de type téléréalité dans lequel les candidats devaient tout simplement s’entretuer et le vainqueur gagnait une somme très substantielle ? Ici, nous sommes un peu dans ce jeu là, sauf que nous sommes en Amérique du Nord dans un futur plus ou moins lointain, que les candidats sont tirés au sort, ne peuvent se soustraire au jeu et qu’ils sont âgés de 12 à 18 ans.

 

Katniss a seize ans quand le nom de sa petite sœur Prim est tiré au sort. Prim a 12 ans, c’est sa première Moisson (tirage au sort donc, et participation potentielle). Katniss est habituée au braconnage (le pouvoir du Capitole, ou gouvernement, affame volontairement ses citoyens pour mieux les soumettre à son régime totalitaire), elle a l’habitude d’aller chasser en forêt, est plutôt futée et débrouillarde avec un arc et des flèches. Comme la loi l’y autorise, elle se porte volontaire en remplacement de Prim et prend la route pour l’Arène, où sa prestation face à vingt trois autres Tributs (deux candidats garçon / fille pour chacun des douze districts du pays) sera filmée vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

 

Vingt-quatre candidats, un seul survivant. A coté de ça, Koh Lanta ressemble à une animation à l’orgue de barbarie pour maison de retraite…

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12/11/2009

SIX HEURES PLUS TARD – DONALD HARSTAD

C’est officiel, mes amis, je passerai mes prochaines vacances dans l’Iowa. En plus, en amérindien, Iowa veut dire « Beau pays ». harstad.jpgSi si. J’ai envie d’y aller. D’y aller pour rencontrer Carl Houseman, le shérif adjoint du comté de Nation (ceci dit je n’ai rien trouvé sur Nation sur le site touristique de l’Iowa, ni sur la ville de Maitland, mais bon…).

 

Mmmmm. Ceci dit, l’Iowa c’est loin. Et puis c'est un peu perdu perdu au fond de la pampa aussi...Alors j’irai d’abord à Londres, puisque c’est à Londres que se déroule la nouvelle enquête de Carl Houseman, shérif adjoint du comté de Nation, Iowa, donc.

 

SI Carl est envoyé à Londres c'est parce qu'une jeune fille de Maitland, Emma Schiller, a disparu. Etudiante dans la capitale anglaise, Emma ne donne aucune nouvelle depuis plusieurs jours. Ses colocataires, Vicky et Jane (la fille de Carl) sont inquiètes. Carl est envoyé sur place pour observer, assister éventuellement la police britannique, bien qu’il n’aura sur place aucune autorité légale. Et se retrouve mêlé à une sombre histoire de terrorisme islamique, espionnage, histoires de mœurs, journalisme à sensation…

 

Ce que je trouve vraiment intéressant, dans ces enquêtes de Carl Houseman, c’est que nous sommes loin d’un thriller à suspens implacablement tissé*, loin des méchants patibulaires et intelligents, loin des standards des enquêtes habituelles de certains romans policiers ou d'espionnage. Ici, Carl Houseman et New Scotland Yard sont aux trousses d’une espèce de groupement idéaliste islamique, farouchement convaincus et prêts à tout, y compris à se faire sauter, certes, mais, comment dire… très naïfs. Donc manipulés par des plus méchants encore.

 

Question suspens, c’est pareil : alors que nous saurons très vite ce qu’il advient d’Emma Schiller, Donald Harstad réussit à nous river à son intrigue. Ce qui importe, ce n’est plus le sort d’Emma, mais la façon dont Houseman va réussir à mener son enquête, traquer les ravisseurs (qui ont des airs de Pieds Nickelés façon Dalton), et remonter la piste d’un réseau de terrorisme prêt à passer à l’action le jour où le Président Bush est en visite à Buckingham.

 

On commence le roman donc, on se régale à suivre Houseman, toujours aussi placide et terre à terre, un peu plus touché quand même parce que cette fois sa fille Jane est embarquée bien malgré elle dans cette histoire, on aime toujours autant les personnages secondaires savamment travaillés(la journaliste prête à tout pour un scoop, bienvenue au pays des tabloïds !, les agents du MI5 anglais, le professeur roublard, vicelard et pas très malin, au final, et aussi, et surtout, les jeunes apprentis terroristes très bêtes, et donc tout autant dangereux), on apprécie toujours autant le style direct et les dialogues, le tout va droit au but et on se retrouve, six heures plus tard, le roman refermé et le sourire aux lèvres.

 

 

* d'ailleurs, Ys m'a fait noter par la suite une coquille / incohérence qui m'avait totalement échapé (et que son oeil averti a immédiatement remarqué) absorbée que j'étais par le récit.

Cuné, Ys, et Cathulu sont conquises aussi. Un charter pour l'Iowa, girls ?!

 

 

Six heures plus tard, Donald Harstad

Le cherche midi, Novembre 2009, 343 pages

10/11/2009

LA VAINE ATTENTE – NADEEM ASLAM

Je ne vais pas y aller par quatre chemins et dire tout de suite que j'ai vainement attendu d'être vraiment passionnée par ce roman. vainettente.jpgPourtant, je l'ai lu jusqu'au bout et n'ai jamais eu envie de l'abandonner.

 

Paradoxal, mais essayons d'expliquer pourquoi.

 

L'histoire d'abord. Nous sommes à Usha, petite ville située au nord de l'Afghanistan. Dans la maison de Marcus, médecin anglais converti à l'Islam par amour, plusieurs personnes vont se croiser, des personnes meurtries, abimées, chacune portant son poids de malheurs et de douleurs : Marcus, dont la femme Qatrina a été lapidée pour cause de mariage non valide (une femme a marié Marcus et Qatrina), est à la recherche de son petit fils. La fille de Marcus et Qatrina a été assassinée il y a quelques années  par les talibans. David, un ancien agent de la CIA est à la recherche de Casa, un jeune terroriste, tandis que Lara, une jeune femme russe, est à la recherche de son frère disparu depuis l'invasion de l'Afghanistan par l'armée russe. Une maison isolée, où les livres sont cloués au plafond, où les murs sont recouverts de fresques  et de peintures, qui abrite dans son sous-sol une tête de bouddha soigneusement enfouie.

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06/11/2009

LA LUMIERE ET L’OUBLI – SERGE MESTRE

C’est à travers les vies de Esther et Julia que nous plongeons dans une page sombre de l’histoire de l’Espagne, période  dont les mestre.jpgravages ont marqué aussi bien physiquement que psychiquement les personnages principaux de « La lumière et l’oubli ». En août 1953, Esther et Julia parviennent à s’échapper d’un convoi ferroviaire et aux religieuses qui les escortent pour un autre couvent. Quelques années plus tard, Julia est journaliste à Paris, et va replonger dans son passé, découvrant au fil des jours et des souvenirs qui resurgissent des pans entiers de son histoire.

 

Alternant les récits et les époques, Serge Mestre propose une fresque historique foisonnante : exactions, sévices, résistants, tortures et mise en place d’une Nouvelle Inquisition par le Clergé Franquiste. C’est souvent édifiant (« Sans prêter attention à son disciple occasionnel qu’il considère devoir se tenir à la disposition de l’Eglise, un point c’est tout, le curé reprend : Je parlais d’une Inquisition différente ; je disais différente ; je pensais aussi im-pi-toy-able, in-flexible ; à la fois savante, prudente ; une Inquisition capable de faire obstacle à l’empoisonnement littéraire des masses, à la diffusion des idées antipatriotiques, à la ruine définitive de l’esprit de notre Hispanité. »), c’est parfois difficile et certaines scènes sont difficiles.

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15:36 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook