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18/01/2010

ZOLA JACKSON – GILLES LEROY

C’est à La Nouvelle Orléans en plein ouragan Katrina que nous transporte Gilles Leroy dans son nouveau roman (après Alabama Song). Zola Jackson est leroy.jpgprisonnière des eaux et se terre dans sa maison avec sa chienne Lady. Prisonnière des eaux et des pensées qui l’assaillent, Zola refuse tout secours et se souvient : son fils Caryl, ses élèves (Zola fut institutrice), la ville, les hommes et femmes qui peuplent cette cité américaine et pourtant si différente des autres villes du pays…

 

 

« Mais on ne quitte pas La Nouvelle Orléans. On y naît. On y crève. C’est comme ça. »

 

On ne quitte pas La Nouvelle Orléans, on y reste donc, on y reste avec Zola et ses souvenirs, à la fois oppressants et ensorcelants, les souvenirs d’une femme aux prises avec le deuil, les regrets, la culpabilité de n’avoir pas su aimer son fils décédé. Pas su aimer ou trop aimé.

 

Qui était-il, ce Caryl, ce fils adoré mais qu’elle a maladroitement aimé, ce fils qu’elle avait peur de perdre lui aussi, comme son mari décédé, ce fils né 40 ans auparavant pendant un autre ouragan ? Ce fils prodigue, doué, dont elle acceptait l’homosexualité, parce que l’amour maternel est au dessus de ça, tout en refusant d’aimer son compagnon ? Caryl est mort depuis 10 ans et Zola, dans la solitude et l’effondrement de la cité, pense à son enfant, à sa vie, à la douleur des pertes, et ce souvenir illumine la nuit de son enfer (« Caryl a éclaté de rire. Quant il rit, mon fils, l’espace se modifie, l’air vibre, la lumière s’irise et les contours cèdent : comme si la face du monde même s’était mise à sourire, tout s’évase et s’illumine, la cuisine devient un palais, la courette un jardin de maître et mon cœur une étoile en suspens. »).

 

Zola est un personnage que l’on ne peut qu’aimer : son regard sur la ville, ses habitants, sur sa couleur de peau sont lucides et tranchants. C’est une femme de tête et de cœur, une femme résolue qui observe la tempête et ses dégâts, dans l’attente d’une accalmie ou de la mort, en se disant qu’enfin elle va connaître la paix et quitter ce monde vidé de sa substance. Parce que Zola ne veut pas quitter Lady, elle refuse les secours, ceux des voisins qui quittent la ville (« Je voulais des voix, des klaxons, des musiques, des disputes. Je voulais au moins des nouvelles de l’exode, de ces foules à pied ou en voiture qui espéraient fuir la calamité : je voulais savoir si j’avais raison ou tort de ne pas abandonner ma maison. On aime savoir ce genre de choses, se féliciter ou s’accabler de ses choix. Et aussi – car je n’ai pas toujours bon fond, je peux être cruelle - , je me serais peut-être réjouie de les savoir  immobilisés sur les ponts ou bouclés dans des stades couverts, tandis que la chaleur, la moiteur et la nuit grandissaient. »), ou ceux des célébrités venues apporter leur secours, cernées par la presse avide de sensationnel (« L’acteur cerné devenu rouge, les veines à son cou et tempes se sont engorgées. « Est-ce que je ne peux pas être un homme ? hurlait-il, la gamine toujours dans ses bras, effarée. Est-ce que je n’ai pas aujourd’hui le droit d’être un homme comme les autres ? un homme qui vient en aide à son prochain ? Foutez-moi la paix ! » Il commença à proférer des menaces mais s’arrêta au milieu de sa phrase, comme écrasé de fatigue »).

 

Au fil des pages et de l’eau qui monte inexorablement, tandis qu’autour de la maison flottent les cadavres, Zola reste là : « Je pourrais fuir, si seulement j’en avais envie. O pourrait se trisser, Lady, on en a les moyens, tu sais ? J’ai mes écono-croques à la banque, de quoi nous laisser vieillir toutes les deux. On pourrait s’inventer une autre vie sous des ciels tempérés. On pourrait…. Sauf qu’on ne quitte pas cette ville. On y est né, on y a souffert à peu près tout ce qu’une créature du Seigneur peut encaisser, et on y reste. Ce n’est pas le goût du malheur, non, et pas faute d’imagination. C’est juste qu’on a personne d’autre où aller. ».

 

C’est un roman qui porte en lui une mélodie douloureuse et, malgré les eaux putrides du lac Pontchartrain qui montent inexorablement, malgré la mélancolie qui s’en dégage, on s’y enfonce comme dans la brume, en tâtonnant (les souvenirs sont décousus, le ton changeant), mais on y reste rivé, troublé et ému. Touché par cette femme seule avec son chien pour unique et dernier compagnon, touché par ce texte très musical et particulièrement envoûtant.

 

« Zola Jackson, tu fus une bonne mère, peut-être. Maintenant tu es pour sûr une vieille enquiquineuse et un héritage embarrassant. Tu es si noire, Zola Louisiane Jackson, et ton fils café au lait, ton fils mulâtre aux merveilleux yeux verts a ces traits fins qui répondent aux canons de la beauté blanche suprême – si noire, vieux pruneau sec, bien sûr que ton fils a honte de toi ! Bien sûr il te fuit ! Tu n’iras jamais dans les hauteurs vertes et fraîches de Buckhead ; les grandes demeures de vieil Atlanta ? Et pourquoi pas le bal annuel du gouverneur ! Ne rêve pas ma fille, jamais tu n’y entreras, sauf à ramper sous la porte de service. Tu n’es qu’un boulet de charbon. ».

 

 

 

Zola Jackson, Gilles Leroy

Mercure de France, 140 pages, janvier 2010

Commentaires

Je devrais m'y mettre prochainement - j'attends mon exemplaire. A suivre donc!

Écrit par : Daniel Fattore | 18/01/2010

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Ce roman m'intéresse, il n'y a pas eu énormément d'écrits traduits sur Katrina, dans un genre proche je pense je te recommande Lark et Termite chez christian bourgois qui m'a beaucoup plu

Écrit par : Dominique | 18/01/2010

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Ah, tu l'as lu... Je l'ai mis sur ma LAL et ce que tu en dis me conforte dans ma décision de lire prochainement. Gilles Leroy est un auteur que j'aime beaucoup et qui, jusqu'à présent, ne m'a jamais déçu.

Écrit par : In Cold Blog | 18/01/2010

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Je note. Et comme Dominique, ton résumé me fait penser à Lark et Termite.

Écrit par : zarline | 18/01/2010

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Ce titre m'a tentée. Me tente toujours d'ailleurs, et vient de s'ajouter à ma lal

Écrit par : virginie | 18/01/2010

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Il est en bonne place dans ma LAL, plutôt pour le thème que pour l'auteur, que je ne connais pas du tout.

Écrit par : kathel | 18/01/2010

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un livre qui devrait s'ajouter trés vite à ma PAL... merci pour cette critique qui m'a enfin décidée...
Et un blog trés bien fait, au passage !
Bonne continuation,

Écrit par : Nina | 18/01/2010

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Encore 2-3 avis comme le tien et je m'y mettrais ! :)

Écrit par : Choco | 18/01/2010

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@ daniel : à suivre, oui :)
@ dominique : merci pr le conseil, je vais me renseigner sur ce Lark et Termite
@ ICB : à mon avis il te plaira :)
@ zarline : même réponse qu'à Dominique alors !
@ virginie : note !
@ kathel : il y a deux ans j'avais bien aimé Alabama Song.. pour moi, donc, essai conclu :)
@ nina : merci
@ choco : tu craques au bout de combien ?!

Écrit par : amanda | 19/01/2010

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ça dépendra de la qualité des avis ;)

Écrit par : Choco | 19/01/2010

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Beaucoup entendu parler de ce livre déjà ! Surtout dans les magazines. Je vais attendre de lire encore quelques avis de blogueuses. J'aime beaucoup tes billets... Bonne journée Amanda

Écrit par : L'or des chambres | 19/01/2010

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@ l'or des chambres : merci et belle journée à toi aussi (ou soirée, plutôt)

Écrit par : amanda | 19/01/2010

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Je ne suis pas du tout attirée par ce roman. Même si cela ressemble à un bon roman, il ne me fait pas tiquer. :(

Écrit par : béné | 19/01/2010

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On vient de me le prêter, je ne lis donc pas ta critique ce soir. I'll be back !

Écrit par : Stephie | 20/01/2010

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Je l'ai noté lors du passage à la télé de l'auteur (mais je ne sais plus quand !). Ton billet me conforte donc dans ma décision :) Et comme je suis de passage ici, je te souhaite une bonne et heureuse année 2010 !

Écrit par : Joelle | 21/01/2010

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@ béné : comme tu le sens... mais tu as tort !!!
@ stephie : j'attends ton avis, j'espère que tu aimeras :)
@ joelle : très belle année à toi aussi !

Écrit par : amanda | 22/01/2010

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J'avais beaucopu aimé Alabama Song alors je note celui-ci. Il faut juste que j'attende qu'il finisse par apparaître dans les librairies de chez nous!

Écrit par : Karine:) | 23/01/2010

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'ai aimé Alabama Song, comme Karine:) et j'ai assez hâte de retrouver la plume de Leroy! D'autant que les échos sont plutôt bons!

Écrit par : chiffonnette | 24/01/2010

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@ karine, chiffonnette : vous devriez l'aimer si vous avez aimé Alabama Song:)

Écrit par : amanda | 25/01/2010

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J'étais passée à côté de ce billet ... bon, je risque fort de l'emporter à la mater', celui-ci ! :))

Écrit par : Leiloona | 28/01/2010

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@ leiloona : toujours là ?!

Écrit par : amanda | 29/01/2010

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