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01/03/2010

LE PAQUET – PHILIPE CLAUDEL

C’est un homme seul qui entre en scène. Il traîne derrière lui paquet. Qu’il y a-t-il dans ce paquet ? On n’en sait rien quand l’homme surgit. Un corps peut-être, comme sa forme le porte à croire ? L’homme entame alors un long monologue, mélopée de paquet stock.jpgsouvenirs, de déclarations contradictoires, de réflexions sur son passé. Etait-il un homme d’affaires affairé ? Un garagiste qui a épousé la plus belle femme du quartier ? Un autodidacte qui a réussi comme employé de banque ? On ne sait pas trop. Les souvenirs s’égrènent, « Je ne suis pas seul. Ne croyez pas ça. Non, non, j’ai beaucoup d’amis ». L’homme raconte : sa popularité, son aura qui attirent l’amitié et les honneurs, les privilèges, les protections, dans la vie comme à l’armée. On ne sait si l’homme ment ou s’il a perdu tout ce qu’il possédait et se souvient seulement du temps béni de sa popularité, du temps béni où il avait des amis, un entourage, des proches.

 

Au fil de ce long monologue, le ton change, l’homme évoque sa femme : « Elle s’est approchée de moi. J’ai senti son parfum, musc et citron, légère fragrance boisée, notes de chèvrefeuille, sa chevelure m’a frôlé le visage et elle m’a dit : Milles excuses je voudrais valider. Ce furent ses premiers mots. ». L’ ‘homme change de ton, de sujet, d’humeur. Il triture sans cesse son paquet, le tient, le serre, l’ignore. Tourne autour.

 

On ne sait pas ce qu’il contient, on se contente d’imaginer, de supposer, en se laissant bercer par le récit décousu de cet homme étrange.

 

Etrange, oui.

 

C’est bien le mot qui me vient à l’esprit pour qualifier cette pièce. La plume de Philippe Claudel oscille entre poésie et sombre réalisme. D’un coté certains passages sont très justes et vont montrer du doigt la futilité de la société, nous plonger dans un réalisme triste et mélancolique (« Ma femme aimait beaucoup les supermarchés. Nous y allions environ tous les samedis. Je pense que c’est l’ambiance qui lui plaisait, les lumières, les belles musiques diffusées dans les haut-parleurs d’une remarquable qualité stéréophonique, les sourires des hôtesses de caisse, la prestance des vigiles, souvent de superbes Africains à la peau d’ébène et aux dents d’ivoire, sanglés dans d’élégants costumes croisés en viscose, et qui portaient , par nostalgie sans doute, des cravates ornées de palmiers et de régimes de bananes »), d’une autre coté, d’autres réflexions de l’homme m’ont semblé faciles, attendues, regroupant de grandes généralités sans originalité (« Nous mourrons de trop posséder. Nous possédons trop. Trop d’argent. Trop de choses ». « Nous sommes vraiment un très petit pays dirigé par un tout petit homme. Nous méritons d’être devenus ce que nous sommes devenus. C'est-à-dire rien. Rien du tout. Un peuple fatigué et arrogant. Oublieux. Sans reconnaissance. »).

 

En fait, je crois qu’il manque à cette pièce l’étincelle qui accrochera le lecteur, un scintillement discret mais bien présent, caché sous le monologue de cet homme, que j’ai attendu en vain tout au long de ma lecture. Le discours de l’homme est volontairement incohérent, décousu, mais il s’arrête sans avoir donné beaucoup de réponses ni terminé par un coup de théâtre une révélation ou une réflexion quelconque chez moi.

 

Je reste sur ma faim, et j’espère que la pièce, qui est jouée à Paris en ce moment avec Gérard Jugnot, donnera aux spectateurs qui la verront plus de plaisir ou d’émotions. C’est un bon rôle pour un comédien, comme peuvent l’être les monologues, et Gérard Jugnot y est employé... non pas en contre-emploi, comme je l’ai lu ici et là. Jouer un personnage triste quand on est habitué des rôles comiques est souvent attendu et quelque part un virage logique. Le clown se transforme en clown triste et le tour est joué, les spectateurs ébahis. Beaucoup de comédiens l’ont fait, de Coluche à Jacques Villeret, ils étaient certes très bons, mais le truc est connu maintenant et devient une facilité pour les comédiens dits comiques voulant acquérir une crédibilité plus "sérieuse". Jugnot joue certainement très bien, mais, à mon humble (et très humble) avis, il pourrait jouer un personnage méchant, cynique, épouvantablement détestable : là, ce serait vraiment du contre-emploi et une vraie performance. Ceci dit, je n'ai pas vu la pièce, il y est peut-être (et probablement, du moins d'après certaines critiques lues) très bon. Ce ne sont ici que des réflexions que je me fais.

 

Pour ma part, je n’irai pas voir cette pièce là. J’attendrais un autre rôle et une autre pièce. Dans l’intervalle, je relirais avec plaisir « Le rapport de Brodeck » ou reverrais avec joie « Il y a longtemps que je t’aime », de Philippe Claudel, que je préfère pour l'instant en tant qu'auteur ou réalisateur.

 

 

 

 

Le paquet, Philippe Claudel

Théâtre Stock, janvier 2010, 87 pages

 

 paquetjugnot.jpg

Le Paquet », mise en scène Philippe Claudel, avec Gérard Jugnot, Petit Théâtre de Paris ,mar-sam 21h, dim 15h, 15 Rue Blanche, Paris 9e, m° Trinité, 30 euros.

Commentaires

Une fin ouverte est supposée donner au spectateur toute liberté mais peut être utilisée comme un artifice pour donner de la profondeur à ce qui reste assez superficiel...

Écrit par : cathulu | 01/03/2010

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Je suis souvent assez mitigée quand je lis cet auteur. J'essaierai peut-être de découvrir son théâtre.

Écrit par : Stephie | 01/03/2010

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@ cathulu : ah mais on comprend bien à la fin (plus ou moins) ce qu'il est, et l'on sait ce qu'il y a ds ce paquet.. mais ce ne fut pas assez "éloquent" pour moi, plutôt bavard et pas assez convaincant.Une belle intention, mais pas aboutie.
@ stephie : ah que tu me déçois... quoi ?? tu n'as pas aimé Le rapport de Brodeck ? La petite fille de monsieur Linh ?? ahrdhh... je les ai tellement aimés, ceux là. Il a écrit une autre pièce l'an dernier il me semble, mais je ne l'ai ni lue ni vue..

Écrit par : amanda | 01/03/2010

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Claudel est mon auteur préféré absolu, c'est le seul qui arrive vraiment me toucher mais j'avoue que ce n'est pas dans le théâtre que je le préfère...
Je n'ai pas encore lu celle-ci.

Écrit par : **Fleur** | 02/03/2010

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J'ai lu et entendu de bonnes choses sur cette pièce même si Jugnot est tout seul en scène. Un texte qui a l'air ciselé... mais je ne connais pas du tout Claudel.

Écrit par : La Plume et la Page | 02/03/2010

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@ fleur : j'aime aussi beucoup Claudel. Il a écrit une autre pièce l'an dernier mais je ne l'ai pas lu.
@ la plume et la page : pour ma part, j'aime bien quand un seul personnage est en scène. C'est extrêmement difficile pour un comédien, il faut énormément d'énergie pour tout tenir sur ses épaules. Je pense que Jugnot en a la force et la capacité. C'est le texte en lui-même qui m'a laissée sur ma faim.

Écrit par : amanda | 03/03/2010

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J'ai vu le livre de Philippe Claudel, mais je ne savais pas que la pièce était jouée par Gérard Jugnot ... J'avoue que je n'ai pas acheté l'ouvrage parce que la 4ème de couverture n'a pas réussi à me convaincre ! Je pense que j'ai bien fait en lisant ton billet, même s'il y a quelques passages intéressants. En général, j'apprécie beaucoup les monologues qui sont les plus difficiles à interpréter. Il m'a manqué quelque chose pour aller plus loin que de la simple curiosité. Et puis, j'ai "Le rapport de Brodeck" qui attend dans ma PAL !

Écrit par : Nanne | 08/03/2010

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@ nanne : j'avais bcp aimé Le rapport de Brodeck, c'est très différent, évidemment.

Écrit par : amanda | 09/03/2010

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j'ai eu la chance de voir ce texte interprété par Monsieur Jugnot avant hier et j'ai adoré !!! je me commande de ce pas le livre.

Écrit par : lucie | 10/01/2011

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