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26/02/2010

SHIBUMI – TREVANIAN

Il y a six figures dans le jeu de Go chinois, six figures correspondant à une étape différente du jeu. Et c’est en six chapitres que se déroule l’intrigue de Shibumi, le Shibumi reflétant en quelque sorte l’accession ultime au Beau, à la pureté, à l’excellence même.shibumi.jpg

 

L’excellence même, ce n’est pas à vrai dire ce qu’atteignent quelques terroristes israéliens qui embarquent de Rome pour Londres dans le but de commettre un attentat de représailles sur le sol anglais. Repérés par la CIA, ils sont exécutés avant même d’avoir quitté l’Italie dans un bain de sang aéroportuaire. Tous, sauf Hanna Stern, la jeune terroriste qui va réussir à s’envoler pour Pau et se réfugier chez Niccholaï Hel, ancien tueur « à main nues », spécialisé dans l’élimination de terroristes, qui savoure une retraite méritée dans son château du Pays Basque, accompagné de sa concubine et de son ami Benat Le Cagot, amateur de spéléologie comme lui. Mais la CIA, et surtout la Mother Company, qui regroupe secrètement une sorte de consortium des grandes compagnies pétrolières et gouverne le monde économique et financier, envoient leurs sbires au Pays Basque, afin de d’éliminer Hel.

 

Je dois reconnaître que Shibumi porte bien son nom. Vraiment.

 

Après La sanction et L’expert, ma découverte des romans de Trevanian continue à me surprendre, à m’enchanter, à me ravir. Encore plus qu’avec les deux opus précédemment cités. Il serait difficile de résumer ce roman, aussi dense que passionnant. Après le prologue aéroportuaire et sanglant, donc, nous allons plonger dans une alternance de chapitres qui décrivent l’enfance de Niccholaï Hel, homme mystérieux, tueur hors normes et pourtant totalement captivant. L’homme, polyglotte, raffiné, élevé par un Colonel de l’Armée Impériale Japonaise, est devenu interprète pour les Forces Américaines après les bombardements de Hiroshima et Nagasaki, puis tueur, et enfin paisible retraité réfugié au Pays Basque (il a appris le Basque pendant une longue période de détention et de tortures). J'ai adoré ces passages, cette vie hors normes et passionnante, ce long emprisonnement, les séances de torture, les efforts de Hel pour ne pas sombrer dans la folie, tout autant que les parties de Go avec le colonel Ishigawa. La vie de Hel nous plonge dans Shangaï, au Japon, avant et après la deuxième guerre mondiale. C'est érudit et totalement passionnant.

 

En alternance, nous suivons les réunions organisées par la Cia, et notamment ses sbires Diamond (dont le frère a été assassiné par Hel), Starr, un texan bourru et Haman, un palestinien. Ne seront épargnés par Trevanian ni les économiques américaines, les modes de vie et les mentalités, voilà une bande d’agents secrets forts en gueule et totalement inaptes. S’appuyant sur l’ordinateur Fat Boy et sa gigantesque base de données, sorte de Big Brother avant l’heure, les agents américains sont fortement tancés par Trevanian : stupides dans leurs acharnements, têtus et peu scrupuleux, voilà une brochette d’agents secrets savamment écorchée par la plume aiguisée de l’auteur, et ces chapitres proposent une alternative plus amusante, plus cynique, aux passages consacrés à la vie de Hel.

 

Au fil de pages et des chapitres, l’intrigue se dénoue peu à peu, sans jamais lasser le lecteur, happé par la qualité du roman d’espionnage, bien ficelé et fichtrement captivant. Mais au-delà, et bien plus passionnant que le reste, c’est la qualité des personnages que j’ai apprécié : autant Niccholaï, esthète raffiné et détaché, que les sbires imbéciles de la Cia, sont extrêmement bien dessinés, ainsi qu’une galerie de personnages hautement attachants : Benat le Cagot, avec qui Hel pratique la spéléologie, figure haute en couleur et en jurons, indépendantiste basque convaincu, Hana la concubine de Hel, Pierre, son jardinier météorologue qui s’inspire de proverbes et de… vin rouge.

 

Des personnages, et surtout ce style, cet humour détaché, ces piques distillées au fil des pages, ces remarques lâchées l’air de rien sur les Etats-Unis et leur consumérisme, la CIA, les anglais, les français, les italiens, les Basques, aussi (mais sans doute avec beaucoup de tendresse pour ceux là, dont les ragots et la curiosité sont croqués avec énormément d’humour), oui, c’est cet humour que j’aime chez Trevanian, cette façon impeccable de nous happer dans ces histoires, de nous faire aimer (ou mépriser) intensément tous ses personnages, de nous faire rire et sourire plus d’une fois.

 

Il y a dans ses romans tout ce que j’aime : humour, dérision, action remarquablement menée qui ne se lâche pas tant qu’on n'en connaît pas la fin ; tous les éléments sont savamment dosés et distillés, le style est impeccable, les personnages truculents, drôles ou raffinés, tous bien dessinés, le tout proposant en plus quelques remarquables réflexions sur le monde et le consumérisme. Bref, vous l’aurez compris, ce Shibumi est pour moi une grande réussite.

 

 

 

Shibumi, Trevanian

Gallmeister, 443 pages, septembre 2008

 

 

 

Les avis, tout aussi convaincus, de Fashion, Emeraude, Serial Lecteur.

 

Commentaires

Il m'intrigue ce Trevanian. Je note les titres !

Écrit par : freude | 26/02/2010

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Voilà qui donne envie de découvrir ce Trévanian. Merci pour ce billet Amanda !

Écrit par : Stephie | 26/02/2010

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Non contente de noter celui-ci, il faut que je vérifie que j'ai bien noté les précédents titres de cet auteur ! Tsst, ces visites ne sont vraiment pas rentables pour ma LAL ;)

Écrit par : Joelle | 26/02/2010

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Emeraude, je crois, en avait parlé en (très) bien.. tu confirmes... allez, un de plus sur la lal *soupir*

Écrit par : choupynette | 26/02/2010

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Après avoir adoré la sancion, je ne peux qu'adorer celui-là qui tend en plus vers le japon !

Écrit par : Choco | 27/02/2010

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tu as raison, je devrai rechercher les autres, car je n'en ai lu qu'un
merci pour le lien

Écrit par : Michel | 28/02/2010

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Je savais que ça te plairait. Ce polar est tout simplement excellent !

Écrit par : Emeraude | 28/02/2010

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à tous : oui il est excellent, oui, il faut noter:)

Écrit par : amanda | 01/03/2010

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Je n’avais jamais entendu parler de cet auteur (et encore moins des 3 romans que tu cites). Merci pour cette découverte. Il y a un truc qui transparait dans ta critique qui me gêne beaucoup (mais je me trompe peut-être) : à savoir l’apparent manichéisme du livre qui semble croquer des agents de la CIA bêtes et antipathiques et des anciens tueurs basques attachants et plein d’humour. Oui, vraiment, ça me gêne.

Écrit par : Cécile de Quoide9 | 04/03/2010

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Je voulais poser la même question que Cécile. Ton enthousiasme me tente, mais... il y a ce côté (apparemment) gentil/méchant. En tout cas, je retiens le nom! ^_^

Écrit par : Lucile | 04/03/2010

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@ cécile, lucile : oui, on peut trouver ça manichéen.. mais c'est croqué avec humour (et la CIA, dans ses autres romans, est croquée de la même façon)

Écrit par : amanda | 04/03/2010

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Disons-le clairement, si ce type n'etait pas un tueur parfait capable de m'occire avec une carte de credit ou un magazine roule, je le gifflerai. Avec son air ne tout savoir mieux que tout le monde et de considerer les autres comme les derniers crétins vivant sur terre, comment peut-on s'attacher a un tel personnage ?
Non, je plaisante, je l'adore... comme on pourrait aimer Hannibal Lecter...

Écrit par : rod | 02/06/2010

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@ rod : oui, quelque part vous avez raison ;) Mais connaissez vous beaucoup de personnages gentils, respectueux etc.. que l'on aime aimer ? Personnellement, j'aime beaucoup les salauds :)

Écrit par : amanda | 03/06/2010

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j ai acheté "La sanction" l année dernière,c est clint eastwood qui par le film du même nom m a fait découvrir Trevanian.Donc j ai acheté "l expert" et le meilleur pour la fin"SHIBUMI" Ce fut un choc littéraire énorme,c est devenu "MON LIVRE"...Je suis un grand lecteur et c est le livre que je retiens et d ailleurs je l ai lu 3 fois sans me lasser de la prose franche et culturelle de Trévanian. En plus le mysticisme de l auteur,le mystère qui règne autours de lui m intrigue au plus au point. Nicholai Hel est l anti-héros,le gentil-méchant ,d une intelligence atypique et d une froideur attachante. L aspect manichéen que l on retrouve dans beaucoup de romans d espionnage est totalement inversé et pour une fois ,la C.I.A ne sauve pas le monde et ça fait du bien car à l époque ou Trévanian a écrit SHIBUMI,c était la guerre froide. Bref,un livre culte. Anthony de rouen

Écrit par : nietzsche76 | 05/11/2010

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@ nietzsche76 / Anthony : bienvenue ici :) Je suis entièrement d'accord avec vous :)

Écrit par : amanda | 05/11/2010

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