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26/02/2010

SHIBUMI – TREVANIAN

Il y a six figures dans le jeu de Go chinois, six figures correspondant à une étape différente du jeu. Et c’est en six chapitres que se déroule l’intrigue de Shibumi, le Shibumi reflétant en quelque sorte l’accession ultime au Beau, à la pureté, à l’excellence même.shibumi.jpg

 

L’excellence même, ce n’est pas à vrai dire ce qu’atteignent quelques terroristes israéliens qui embarquent de Rome pour Londres dans le but de commettre un attentat de représailles sur le sol anglais. Repérés par la CIA, ils sont exécutés avant même d’avoir quitté l’Italie dans un bain de sang aéroportuaire. Tous, sauf Hanna Stern, la jeune terroriste qui va réussir à s’envoler pour Pau et se réfugier chez Niccholaï Hel, ancien tueur « à main nues », spécialisé dans l’élimination de terroristes, qui savoure une retraite méritée dans son château du Pays Basque, accompagné de sa concubine et de son ami Benat Le Cagot, amateur de spéléologie comme lui. Mais la CIA, et surtout la Mother Company, qui regroupe secrètement une sorte de consortium des grandes compagnies pétrolières et gouverne le monde économique et financier, envoient leurs sbires au Pays Basque, afin de d’éliminer Hel.

 

Je dois reconnaître que Shibumi porte bien son nom. Vraiment.

 

Après La sanction et L’expert, ma découverte des romans de Trevanian continue à me surprendre, à m’enchanter, à me ravir. Encore plus qu’avec les deux opus précédemment cités. Il serait difficile de résumer ce roman, aussi dense que passionnant. Après le prologue aéroportuaire et sanglant, donc, nous allons plonger dans une alternance de chapitres qui décrivent l’enfance de Niccholaï Hel, homme mystérieux, tueur hors normes et pourtant totalement captivant. L’homme, polyglotte, raffiné, élevé par un Colonel de l’Armée Impériale Japonaise, est devenu interprète pour les Forces Américaines après les bombardements de Hiroshima et Nagasaki, puis tueur, et enfin paisible retraité réfugié au Pays Basque (il a appris le Basque pendant une longue période de détention et de tortures). J'ai adoré ces passages, cette vie hors normes et passionnante, ce long emprisonnement, les séances de torture, les efforts de Hel pour ne pas sombrer dans la folie, tout autant que les parties de Go avec le colonel Ishigawa. La vie de Hel nous plonge dans Shangaï, au Japon, avant et après la deuxième guerre mondiale. C'est érudit et totalement passionnant.

 

En alternance, nous suivons les réunions organisées par la Cia, et notamment ses sbires Diamond (dont le frère a été assassiné par Hel), Starr, un texan bourru et Haman, un palestinien. Ne seront épargnés par Trevanian ni les économiques américaines, les modes de vie et les mentalités, voilà une bande d’agents secrets forts en gueule et totalement inaptes. S’appuyant sur l’ordinateur Fat Boy et sa gigantesque base de données, sorte de Big Brother avant l’heure, les agents américains sont fortement tancés par Trevanian : stupides dans leurs acharnements, têtus et peu scrupuleux, voilà une brochette d’agents secrets savamment écorchée par la plume aiguisée de l’auteur, et ces chapitres proposent une alternative plus amusante, plus cynique, aux passages consacrés à la vie de Hel.

 

Au fil de pages et des chapitres, l’intrigue se dénoue peu à peu, sans jamais lasser le lecteur, happé par la qualité du roman d’espionnage, bien ficelé et fichtrement captivant. Mais au-delà, et bien plus passionnant que le reste, c’est la qualité des personnages que j’ai apprécié : autant Niccholaï, esthète raffiné et détaché, que les sbires imbéciles de la Cia, sont extrêmement bien dessinés, ainsi qu’une galerie de personnages hautement attachants : Benat le Cagot, avec qui Hel pratique la spéléologie, figure haute en couleur et en jurons, indépendantiste basque convaincu, Hana la concubine de Hel, Pierre, son jardinier météorologue qui s’inspire de proverbes et de… vin rouge.

 

Des personnages, et surtout ce style, cet humour détaché, ces piques distillées au fil des pages, ces remarques lâchées l’air de rien sur les Etats-Unis et leur consumérisme, la CIA, les anglais, les français, les italiens, les Basques, aussi (mais sans doute avec beaucoup de tendresse pour ceux là, dont les ragots et la curiosité sont croqués avec énormément d’humour), oui, c’est cet humour que j’aime chez Trevanian, cette façon impeccable de nous happer dans ces histoires, de nous faire aimer (ou mépriser) intensément tous ses personnages, de nous faire rire et sourire plus d’une fois.

 

Il y a dans ses romans tout ce que j’aime : humour, dérision, action remarquablement menée qui ne se lâche pas tant qu’on n'en connaît pas la fin ; tous les éléments sont savamment dosés et distillés, le style est impeccable, les personnages truculents, drôles ou raffinés, tous bien dessinés, le tout proposant en plus quelques remarquables réflexions sur le monde et le consumérisme. Bref, vous l’aurez compris, ce Shibumi est pour moi une grande réussite.

 

 

 

Shibumi, Trevanian

Gallmeister, 443 pages, septembre 2008

 

 

 

Les avis, tout aussi convaincus, de Fashion, Emeraude, Serial Lecteur.

 

24/02/2010

LES AILES AILES DU SPHINX – ANDREA CAMILLERI

Le voilà donc, ce fameux commissaire Montalbano dont j’entends parler depuis longtemps. Une soixantaine d’années, plutôt camilleri.jpgvieux loup solitaire quoique plus ou moins fiancé avec Livia, un peu bougon et pas très loquace. Ici, Montalbano enquête sur le meurtre d’une jeune femme retrouvée assassinée, la tête emportée par un tir à bout portant. Seul moyen d’identification, un tatouage sur l’épaule représentant un papillon. Ses recherches le conduisent à une organisation – pardon : association – catholique venant en aide aux immigrées des pays de l’Est.

 

 

C’est donc un roman policier plutôt classique, on recherche le meurtrier, on pénètre dans les secrets d’une organisation catholique qui se révèlera pas si catholique que ça. Rien de très original pourrait-on dire, si ce n’est en premier lieu la langue si pittoresque de Camilleri : le tout, truffé d’expressions siciliennes et de parlé régional, est admirablement traduit par Serge Quadruppani. On pourrait au début se méprendre et se lasser de ce phrasé étrange (« La première pirsonne » « il s’était depuis longtemps fourré dans la coucourde qu’il était marié avec enfants » « il s’était fait tard et il avait un ‘pétit qui le mangeait vivant » les e remplacés par des i (« Rin à faire », « ou bien quelque chose qu’il avait pinsé pendant que Fazio téléphonait au notaire » ou bien les a en début de verbe « Picarella on aretrouva » « il adécida de s’allumer ‘ne cigarette »)) puis on s’habitue très facilement pour finir par se laisser bercer par ce langage coloré.

 

 

Le tout est souvent drôle, quelques remarques lancées par Montalbano, des piques ici et là sur la faillite du système italien, des apartés culinaires qui vous mettent souvent l’eau à la bouche, et surtout un commissaire fichtrement attachant : en bref, même si l’intrigue purement policière ne brille pas par son originalité et sa complexité, le roman est avant tout et surtout agréable pour la langue, le personnage et cette ambiance sicilienne, truculente et savoureuse.

 

 

Jolie rencontre, donc.

 

 

 

Les ailes du sphinx, Andrea Camilleri

Fleuve noir, 261 pages, janvier 2010

 

 

L’avis de Claude Le Nocher

 

 

 

Ps : j’avais en tête d’utiliser ce roman pour réaliser le challenge de Chiffonnette « A lire et à manger ». Or, il se trouve que la seule recette entièrement détaillée est celle du ‘mpanata de cochon » avec chou-fleur, saucisses, pommes de terre, huile de friture, saindoux, pâte à pain…. Pas tentée ! Je trouverai autre chose ailleurs !

 

21/02/2010

LES AMOURS DE LOLA – AMANDA EYRE WARD

« J’ai presque oublié qui je voulais devenir. »

 

Ce sont des jeunes femmes qui sont au centre des douze nouvelles du recueil* d’Amanda Eyre Ward : des jeunes femmes américaines, plus ou moins trentenaires, blanches, toutes au seuil de la maternité : l’une refuse de procréer par peur d’une amours loca.jpgattaque chimique sur les Etats Unis (« Dois-je avoir peur ? »), l’autre vient de perdre son bébé (« Les étoiles brillent au Texas), une autre tente désespérément d’être enceinte (« Shakespeare.com »). Le ton d’Amanda Eyre Ward est juste, elle raconte simplement le quotidien de ces jeunes américaines en proie au doute, qui ont peur de s’engager, que ce soit dans l’amour ou la maternité. J'ai trouvé les six premières nouvelles  moins réussies que les six dernières, elles m’ont moins touchée (avec une exception pour la nouvelle « Sur le lac Messalonksee », où Lizzy, jeune ballerine, renonce à sa carrière pour se consacrer à son enfant : rêves brisés volontairement mais frustration certaine et impuissance de son mari à la rendre heureuse).

 

L’histoire de Lola, elle, nous est racontée à travers six autres nouvelles, toutes  saisissant une brève période de sa vie : du mariage de son petit ami avec Miss Montana, d’un aparté sur les parents de Lola (« Nan et Claude », émouvante et très juste), au mariage de Lola, sa vie d’expatriée en Arabie Saoudite, sa maternité, enfin, et son retour aux Etats-Unis. C’est à travers ces nouvelles là, ces instantannés esquissés avec finesse, que je retrouve avec plaisir la plume sincère et toujours juste d’Amanda Eyre Ward. En capturant des brefs moments d’intimité, en soulevant quelques pans de vie, Amanda Eyre Ward réussit à livrer tous les doutes, les interrogations lancinantes ou les regrets qui hantent l’esprit de ces jeunes femmes.

 

Quelle est l’importance des rêves d’enfances, comment se réaliser, comment ne pas devenir ce dont on a peur, comment ne pas renoncer à ses rêves ou à soi-même ? Avec des nouvelles elliptiques qui éclairent quelques tranches de vie pour les replonger dans l'anonymat d'une vie qui s'écoule, Amanda Eyre Ward trace le portrait de femmes ordinaires et universelles, des femmes qui doutent, qui hésitent, renoncent pour mieux revenir, plus tard, à leurs désirs. Ou pas.

 

 

 

* Je trouve que les titres tant français qu'originaux (Love stories in this little town) sont peu évocateurs de l'intérieur du recueil. L'éditeur français aurait hésité, d'après mon libraire, avec "Les incertitudes de Lola". Pas mieux, à mon avis.

 

 

 

Les amours de Loloa, Amanda Eyre Ward

Buchet Chastel, février 2010, 178 pages

19/02/2010

LES POISSONS NE CONNAISSENT PAS L’ADULTERE – CARL ADERHOLD

A quarante ans, caissière, mariée, mère de famille, Valérie (ou Valoche pour son mari) n’est ni heureuse ni malheureuse. Bof aderhold.jpgquoi. La fille en pleine crise d’ado, le mari pas franchement passionné ni très fin, le boulot pas franchement passionnant, les kilos un peu superflus, le look un peu négligé, bref, Valérie est plus une ménagère qu’une femme fatale. Mais comme ses copines sont sympas, elles lui offrent pour son anniversaire un relooking. Valérie est donc transformée par une spécialiste, recoiffée, maquillée : une nouvelle femme est née.

 

Nouveau look, nouvelle femme, donc, elle décide sur un coup de tête de prendre le premier train pour Toulouse et y rencontre une galerie de personnages loufoques et attendrissants… En trois heures de voyage, leurs vies vont changer.

 

 

Le postulat de départ est intéressant, quoique pas forcément très original. Des vies qui basculent après un mini événement, la crise de la quarantaine et la remise en question ont déjà été largement traitées, rien de neuf là-dedans. Carl Aderhold n’apporte rien de nouveau dans ce roman léger qui ne m’a pas franchement convaincue. Les personnages qui entourent Valérie (qui se rebaptise Julia, pour... Julia Roberts) sont caricaturaux et peu crédibles (la vieille dame Colette, éternelle amoureuse qui cumule les amants et pratique l’amour libre voire libertin), Vincent l’universitaire malheureux en ménage qui va tomber amoureux de Julia, Germinal (Germinal !!) le contrôleur révolutionnaire et trotskiste qui rêve de changer le monde et finit par raconter sa vie dans le haut parleur du train, la bande de choristes, le commercial dragueur et sa femme trompée… cette petite galerie chamarrée va soudainement bousculer ses habitudes et découvrir, le temps d’un voyage, que la vie mérite d’être vécue et qu’il faut savoir s’affranchir pour être heureux. Yep. Je vais me teindre en blonde (ou en rousse), m'habiller sexy, prendre le train pour la ville rose, me faire appeler... heu... Kate ? Julianne ?, et voir ce qui m'arrive. A mon avis, rien, mais bon, après tout, tout ça c'est du roman, il faudrait peut-être que je sois moins cartésienne pour y prendre du plaisir.

 

Suffit-il de changer de coupe de cheveux et de soutien-gorge pour devenir une autre et oser enfin changer de vie ? Ni le style ni l’histoire ne m’ont passionnée, je passe à autre chose.

 

 

 

Les poissons ne connaissent pas l’adultère, Carl Aderhold

JC Lattès, janvier 2010, 320 pages

 

Cathulu et Lily et Tamara l’ont lu également (et ont réussi à l'apprécier) Malice, comme moi, reste dubitative.

 

16/02/2010

CADRES NOIRS – PIERRE LEMAITRE

Les RH, c’est son métier, à Alain Delambre.

 

Enfin c’était. Parce que depuis quatre ans, il est au chômage, grappille quelques petites centaines d’euros ici et là avec des petits jobs (petits jobs = manutention avec coups de pieds au fesses, pas de consulting ou de missions ici et là ; ça, c’est fini aussi depuis belle lurette). A cinquante-sept ans, ses illusions se sont envolées depuis longtemps. Le Cadre qui montait a repris l’ascenseur social, mais dans l’autre sens.

 

Pourtant, les RH, c’est son truc, à Alain. Ressources Humaines. Relations Humaines. Aussi, quand il apprend qu’il est sélectionné lemaitre.jpgpar une grande entreprise pour un test grandeur nature, où il lui faudra évaluer certains cadres de ladite entreprise et en sélectionner le meilleur, c'est à dire le plus à même de virer 2600 personnes, de les mener à la même mort que lui, celui qui saura conduire cette mission en résistant au stress, en se montrant inflexible ET loyal, efficace dans la tuerie, Alain décide de tenter le tout pour le tout. Au risque de perdre l’estime de sa femme et de ses filles. A bon entendeur salut, Alain prépare le terrain en bon spécialiste des ressources humaines. Jusqu’au jour où il apprend qu’en fait de recrutement, il s’est fait b….. comme les autres. Les jeux sont faits depuis longtemps. Les illusions, pourtant, disparaissent vite quand on bosse dans les RH. IL faut croire qu'il avait perdu la main, en quatre années de chômage... Où que le monde de l'entreprise est encore plus pourri et vérolé que du temps où il exerçait.

 

Sacrément efficace, le roman de Pierre Lemaître ne se lâche pas. On entre dans la vie de ce quinqua obsolète, qui se fait botter les fesses par un contremaître bas du plafond, lui rend un coup de boule sur un coup de tête et tout bascule. Chômage, pressurisation des cadres (et des non cadres), simulation de prise d’otage par une multinationale prête à tous les simulacres pour trouver le meilleur killer de ses troupes, on rencontrera au fil des pages des salariés consciencieux et aveuglés, des dents longues prêtes à tout, des frustrés enragés et des patrons pourris. On pourrait dire « rien de neuf » sous le soleil, ou plutôt sous les néons des salles de réunion, on pourrait dire que parfois ça manque un poil de crédibilité, et pourtant Pierre Lemaître maîtrise son intrigue, réussit à nous enfermer dans ce simulacre infernal qui va tourner au massacre humain. Ce même massacre humain que l’Entreprise programme en se disant que cela ne sera qu’une ligne à renseigner dans son compte de résultats. Et coté bilan, passif humain égale actif financier, tout le monde le sait. Sauf que Alain saura aller chercher dans les comptes de la Société de quoi la faire tourner en bourrique et lui faire frôler le scandale, à défaut de la faillite.

 

Oscillant entre thriller psychologique et financier, Cadres noirs est un très bon roman, ni très moral (Alain Delambre n’est pas exempt de toute noirceur, et ne donne pas particulièrement envie de le serrer dans ses bras non plus, hein, on se dit même qu’il l’a bien cherché, la m……… dans laquelle il s’est fichu), ni très optimiste, mais bon, là n’est pas la question : en ces temps difficiles, il exprime parfaitement le malaise des salariés, des chômeurs et surtout des seniors.

 

Cadres noirs, Pierre Lemaître

Calmann-Levy, février 2010, 350 pages

 

 

 

Les avis de :

 

Pimprenelle :

 

"Des Alain Delambre, il en existe, et si ce roman fait si froid dans le dos, c'est qu'on se dit que tout ceci est terriblement réel."

 

Cuné, qui a aimé la première partie " Ce roman m'a collé aux doigts dès les premières pages : C'est retors et très prenant" et un peu moins la fin : " parfois la règle du "plus c'est gros et plus ça passe", justement, ça coince un peu. L'épilogue est un poil longuet, et à mon sens décevant."

  

 

Celui de Lasardine :

"Je garderais de ce roman, au delà du moment passé à sa lecture, qui m'a fait frissonner, tourner chaque page avec de plus en plus de curiosité, les notions d'espoir, de courage et d'entraide que j'ai ressenties très présentes ainsi qu'un vrai coup de coeur pour un personnage en particulier, celui de Charles!!"

 

 

Celui de Moisson noire :

"On est véritablement happé dans la machine mise au point par Lemaitre, qui décidément s'y entend en intrigues bien ficelées."

 

L'avis de Stephie

 

 

14/02/2010

SYLVIA – LEONARD MICHAELS

C’est une histoire d’amour et de haine que raconte Leonard Michaels. Une histoire d’amour entamée sans qu’ils s’en sylvia.jpgaperçoivent, quand Leonard et Sylvia font l’amour quelques heures après s’être rencontrés (« Cette histoire a commencé sans début. Nous avons fait l’amour de l’après-midi au crépuscule, du crépuscule à la nuit. »).

 

 

Une histoire d’amour et de haine, donc, entre Leonard le jeune nouvelliste et l’étudiante en lettre classiques. Amour sex & rock’nroll en ce début des années 60, dans un New York protestataire et rebelle, où substances illicites et discussions sans fin sur la littérature occupent les nuits de ce couple à la relation fusionnelle. Leonard est fasciné par Sylvia, Sylvia est hystérique, s’enfonce de plus en plus dans des délires passionnels sous le regard impuissant de Leonard (« Il aurait été facile de quitter Sylvia. Si cela avait été difficile, je l’aurais peut-être fait. »). C’est toute une époque, toute une atmosphère dans lesquelles nous plonge Leonard Michaels, celles des intellectuels new yorkais des années 60, faite d’alcool, de marijuana, de benzedrine et de littérature. C’est toute une ville, tout un quartier (Greenwich Village), que dessine Leonard Michaels avec une plume simple et fluide : il raconte simplement, sans effets de style ni de manchette, cette relation dangereuse, cet amour sans espoir ni issue (Sylvia se suicidera) qui a marqué sa vie et sa jeunesse. Une relation dangereuse à la « je t’aime moi non plus », fort simplement narrée, avec distance, recul, comprenant quelque extraits de son journal, mais qui réussit à nous plonger dans une époque et une atmosphère un peu mélancolique. Un joli roman.

 

« Sylvia pouvait se monter joyeuse et drôle, mais il est plus facile de se rappeler les moments difficiles. Ils sont plus sensationnels ; il est également moins douloureux de se souvenir d’eux que de se remémorer les choses que j’aimais. Il nous arrivait de nous regarder, assis à quelques mètres l’un de l’autre dans une rame bondée du métro, chacun à un bout de la pièce lors d’une fête ou au milieu d’une conversation amortie par la drogue avec quatre autres personnes dans notre salon, l’aube grise éclairant petit à petit les fenêtres, et nos yeux se souriaient, comme gênés par tant de chance, celle d’être ensemble . »

 

 

 

Sylvia, Michaels Leonard

Christian Bourgois, janvier 2010, 150 pages

 

L’avis de Esmeraldae et celui de Dasola.

 

 

 

 

11/02/2010

LA DIAGONALE DU TRAITRE – HERVE HAMON

Traître : dangereux, déloyal, déserteur, espion, félon, fourbe, infidèle, judas, lâche, mouchard, parjure, perfide, renégat, hamon.pngsournois, transfuge, trompeur, vendu. (source l’internaute)

 

Il y a plusieurs sortes de traîtrise, donc, au vu des synonymes que l’on trouve au mot traître. Plusieurs sortes, plusieurs façons, plus ou moins délibérées, plus ou moins malintentionnées, de trahir. La jeune interne qui tient tête au Grand Professeur, l’espion qui joue l’agent double devant un autre agent double (doublera bien qui doublera le dernier), le scénariste qui refuse de concéder quoique ce soit, l’amie qui vole la vedette sans l’avoir voulu, le politique (bien sûr, le politique, tellement vrai) et tant d’autres.

 

Des petites trahisons, des espérances déçues, des trajectoires déchues, il y a dans les douze nouvelles de Hervé Hamon des petites tranches de vies et des instants fugaces, des trahisons éphémères comme des plus violentes, plus latentes, plus vicelardes, celles qui abîment, qui vous bouffent et vous salissent, et puis celles qui sauvent, aussi. Il est talentueux, ce Hervé Hamon, talentueux parce qu’en racontant ces douze petites histoires, presque anecdotiques pour certaines, il maîtrise parfaitement l’art de faire frissonner (la dernière nouvelle « Un Judas pareil » est tout bonnement formidable) et de brosser l’âme humaine avec une sacrée finesse. Et puis, face aux traîtres, il y a les faux amis, ceux qui campent sur leurs positions, leurs acquis, leurs convictions. Ceux qui ne dérogent pas à la règle et n’en trahissent pas moins les autres. Ceux qui confondent fidélité et lâcheté, ceux qui mélangent conviction et compromission, ceux qui ne trahissent pas, soit disant. Tu parles…

 

 

La diagonale du traître, Hervé Hamon

Editions Diagonales, janvier 2010, 172 pages

 

 

Merci à Cuné pour le prêt J

 

 

 

 

06:11 Publié dans *Litterature Française*, *Nouvelles* | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : nouvelles, trahison, lâchetés, faiblesses | |  Facebook

10/02/2010

LES TEMPS DIFFICILES - EDOUARD BOURDET

La famille Antonin-Faure est issue de la grande bourgeoisie de province, à la tête d’une entreprise familiale florissante qui assure bourdet.jpgle train de vie (très confortable) de la famille depuis des générations. Mais après la crise de 1929, la situation devient périlleuse et les banques et associés commencent à donner des signes de désengagement. Pour éviter la ruine et ne pas perdre le contrôle de l’entreprise, Jérôme Antonin-Faure, à la tête de l’établissement familial, reprend contact avec son frère Marcel à qui il offre de revenir au sein du Conseil d’Administration. Marcel, qui a quitté sa famille des années auparavant pour épouser une comédienne et vivre plus modestement à Bois-Colombes, a besoin d’argent : poussé par sa femme, il va donc s’installer chez Madame Antonin-Faure avec sa femme et ses enfants. Mais la crise perdure et la faillite devient inévitable.

 

Parc chance, Bob Laroche, fils de Mélanie et voisin des Antonin-Faure, tombe amoureux de la jeune Anne-Marie, fille de Marcel. La famille Laroche est extrêmement riche, une alliance Antonin-Faure / Laroche redonnera confiance aux banquiers et sauvera la famille de la ruine. Anne-Marie, fascinée par l’argent des Laroche, accepte l’arrangement et épouse Bob, malgré sa déficience mentale due aux nombreux mariages consanguins de sa famille.

 

L’argent arrivera-t-il à sauver la famille de la ruine ? Ces grands bourgeois veulent à tout prix maintenir leur train de vie, sauver les apparences, quel qu’en soit le prix à payer.

 

Une tragi-comédie cynique et sarcastique qui fustige la grande bourgeoisie farouchement agrippée à ses avantages et fermement décidée à ne pas sombrer dans la ruine. Certains sont aveugles et ne peuvent imaginer que l’argent cesse subitement "d'être là, comme il l'a toujours été", s’imaginant au dessus de route contingence matérielle et naturellement protégés, d’autres complotent avec calcul et vanité. 

 

Hypocrisie, lâchetés, veuleries ne sont jamais loin des sourires et des convenances soigneusement affichées. Jusqu’à la sœur Lucy, fille handicapée de Madame Antonin-Faure, que l’on cache soigneusement dans un coin de la maison familiale. L’argent fait-il le bonheur ? Quand tout s’écroule et que la ruine devient inévitable, seuls certains sauront tomber avec panache et dignité, d’autres choisiront un autre miroir aux alouettes (le cinéma) allant de perdre dans d’autres mirages.

 

Une belle pièce, à lire autant qu’à voir, écrite par l’auteur de Fric Frac, qui fut administrateur de la Comédie Française entre 1936 et 1940.

 

 

Les temps difficiles, Edouard Bourdet

L’avant scène théâtre, 220 pages, octobre 2004

07/02/2010

LES LIEUX SOMBRES – GILLIAN FLYNN

Libby Day est l’unique rescapée du drame qui a causé la mort de sa mère et ses deux sœurs lorsqu’elle avait sept ans : son frère flynn.jpgBen purge une peine de prison à perpétuité pour ce triple meurtre. Depuis, Libby vit de l’usufruit des très nombreux dons qu’elle a reçus après le drame et se complait paresseusement dans son rôle de pauvre petite fille traumatisée. Mais, vingt-quatre ans après le drame, l’argent commence à manquer : d’autres tragédies suscitent la générosité des donateurs. Libby est alors contactée par une organisation qui regroupe des amateurs persuadés de l’innocence de Ben. Attirée par l’argent promis en échange de souvenirs ou renseignements, Libby accepte de les rencontrer et se décide enfin à revenir sur cette triste nuit du 3 janvier 1985.

 

La construction est habile, alternant les passages consacrés à Libby et ses recherches, et ceux qui retracent les événements de la nuit de l’assassinat. Gillian Flynn propose ici un personnage principal attachant sans jamais faire tomber le lecteur dans l’apitoiement aveugle : Libby, l’enfant qui a survécu au drame, a assisté au massacre de sa mère et ses soeurs, se complait dans une attitude de victimisation et de paresse. Un personnage que l’on a envie de plaindre et de secouer en même temps. Une enfant dont l’enfance a été saccagée, qui grandit dans l’assistanat et attend toujours chez les autres de la compassion, de la pitié, et ne fait pas le moindre effort pour sortir de sa situation.

 

Autour d’elle, une organisation d’amateurs enquêtant sur les crimes célèbres et se targuant d’être aussi voire plus efficace que la police, des profiteurs du malheur qui écrivent des biographies voyeuristes et racoleuses. L’univers que dépeint Gillian Flynn est cynique, le voyeurisme et le fanatisme de certains, fascinés par l’affaire, qui sont prêts à tout pour acquérir un objet appartenant aux victimes, est glaçant (« …beaucoup de collectionneurs seront présents, alors apportez n’importe quel souvenir, heu, n’importe quel objet de votre enfance que vous désirez vendre. Vous pourriez facilement repartir avec deux mille dollars en poche. Plus c’est personnel, mieux c’est évidemment. Tout ce qui se rapproche de la période des meurtres, le 3 janvier 1985. » Il a décliné la date, comme s’il l’avait dite souvent. «  En particulier tout ce qui peut venir de votre mère. Les gens sont vraiment… fascinés par elle. » Ca a toujours été le cas. Les gens voulaient toujours savoir : quel genre de femme se fait assassiner par son propre fils ? »).

 

Gillian Flyyn pose son intrigue dans un Middle West fatigué et ravagé par la crise agricole : une ferme laborieusement gérée par une mère épuisée par sa progéniture, des enfants qui s’élèvent presque seuls et en perdent tout repère. Le manque d’argent, le travail éreintant et l’alcoolisme du père ont pulvérisé mariage et vie de famille.

 

C’est vraiment un bon roman, habilement construit : les chapitres alternent présent et passé, le lecteur passe des recherches de Libby qui se penche enfin sur le passé et découvre peu à peu que tout n’est pas si limpide que la police a bien voulu le croire ; dans les autres parties, Gillian Flynn remonte la chronologie de la nuit du drame en maintenant une tension indéniable et brouillant les pistes efficacement ; nous suivons tour à tout Patty Day, la mère de Libby, et Ben, le frère accusé de meurtre, au fil des heures de cette journée fatidique jusqu’au cœur de la nuit et aux meurtres mêmes. Un récit indéniablement tendu, avec des personnages impeccablement campés.

 

Au final, est-ce inoubliable ? Je suis partagée : certains faits m’ont paru trop artificiels ou peu crédibles, certaines avancées dans les recherches de Libby trop commodes (elle retrouve des protagonistes disparus depuis un quart de siècle avec une facilité déconcertante), comme dans le récit final de cette fameuse nuit qui m’a semblé un peu tiré par les cheveux.

 

Mais je pinaille pour le plaisir de pinailler, là, car il n’empêche que j’ai lu ce roman non pas d’une traite mais en deux jours, ne voulant pas le lâcher avant d’en connaître la fin, et que l’ambiance, le style, l’histoire, m’ont happée rapidement.

 

Un bon thriller, donc, qui ne restera peut-être pas dans mes annales, mais n’en reste pas moins fichtrement bien fait et que j'ai lu avec avidité.

 

Les avis de Emeraude, Stephie et Pimprenelle

 

Les lieux sombres, Gillian Flynn

Sonatines, Janvier 2010, 483 pages

 

 

05/02/2010

L’ABSENCE D’OISEAUX D’EAU – EMMANUELLE PAGANO

Ça commence comme un jeu, un défi, ou un exercice littéraire tenté à deux. Deux écrivains décident d’écrire une histoire pagano.jpgd’amour à deux mains. Un roman épistolaire imaginé chacun de son coté, la femme écrivant les lettres de l’amante, l’homme celles de l’amant. Mais l’homme, l’écrivain, s’est retiré du jeu. Il est sorti sur la pointe des pieds et a laissé seule sa partenaire, devenue entre temps son amante.

 

Exercice purement littéraire ou auto-fiction, quelle que soit la vérité, restent ici les lettres envoyées par la Femme. Celle qui s’est prise au jeu, a aimé avec force et intensité et a jeté sur papier, avec douleur, violence et fébrilité ses émotions et ses sentiments. Une mise à nu souvent déchirante, une impudeur folle qui étonne, les lettres de cette femme sont autant de cris et de larmes versées.

 

L’échange commence par des lettres d’amour imaginées, un amour virtuel que deux écrivains inventent et s’amusent à voir éclore entre leurs deux personnages (« Je suis ta meilleure lectrice et tu le sais. Ces lettres sont un brouillon de nous. Là, nous sommes en plein dedans. Dans l’écriture, dans les nœuds. Si tous tes baisers sont faux, tes caresses, tes mains me serrant fort, ça me brisera peut-être, mais ce n’est pas grave, je te l’ai dit. »), et peu à peu le roman envahit et supplante le réel, les deux écrivains entament une liaison douloureuse, passionnelle, charnelle. Le ton devient plus sourd, la violence des sentiments contenue dans les lettres est sous jacente, mise en exergue par une écriture sensuelle, impudique mais jamais vulgaire. Mais l’homme partira et laissera une femme brisée, délaissée, seule avec ses mots, sa plume et quelques pages.

 

 

Reste l’exercice littéraire, ces lettres qui semblent rester sans réponse, comme des cris lancés dans le néant. Des réponses, il y en a eu, pourtant, mais leur absence ici résonne terriblement et donne encore plus de force et d'écho aux mots d’Emmanuelle Pagano. Des mots magnifiques, que j’ai souvent lus à haute voix pour mieux m’en imprégner.

 

 

 

L’absence d’oiseaux d’eau, Emmanuelle Pagano

Editions POL, 291 pages, janvier 2010

 

 

Merci à Abeline pour ce roman, lu dans le cadre des Chroniques de la Rentrée Littéraire. Les premières pages du roman sont en ligne ici.

 

 

L’avis de Antigone