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23/03/2010

Au malheur des dames – Lalie Walker

Prenez un quartier parisien largement fréquenté et symbolique de notre bonne vieille capitale, plantez y le décor de votre prochain polar : XVIIIème arrondissement, donc, marché Saint Pierre, Chez Reine, place des Abbesses, place du Tertre… Dans le temple du tissu à la découpe, imaginez des vendeuses qui disparaissent mystérieusement, des patrons endettés, des employés soupçonneux, des poupées vaudou accrochées aux portes, une jeune sociologue venue discrètement enquêter et qui se retrouve mêlée à cette sombre histoire.

 

walker.jpgCuriosité quand tu nous tiens… Je me suis procuré le roman de Lalie Walker après avoir entendu parler de cette polémique. Pour rappel, les propriétaires du Marché Saint Pierre ont demandé le retrait des exemplaires de « Au malheur des dames » et 2 millions d’euros de dommages et intérêts à l’auteur et son éditeur pour diffamation.

 


Et puis voilà… j’ai entamé le roman. Il commence comme un banal thriller : nous découvrons Violette Margelin, caissière au Marché Saint Pierre depuis plus de vingt ans, ligotée, affamée, menacée par un psychopathe qui semble avoir pour seul but de la faire maigrir : elle est à peine nourrie mais doit ingurgiter des litres de boisson diurétique. Violette connaît son agresseur (« Lui qu’elle avait si souvent croisé près du marché sans s’émouvoir de la connaître incarnait désormais l’effroi ») mais le lecteur ne peut que supposer que ce psychopathe sera un des personnages qu’il croisera dans le roman, avant qu’il soit démasqué, sans doute dans les pages finales. Procédé classique, donc, qui introduit peu à peu une galeries de personnages (Rebecca Levasseur, la jeune sociologue, Leon Witz, le simple d’esprit secrètement amoureux de Violette, les frère Michel, propriétaires du Marché, Thomas Klein, lieutenant de police passionné par sa propre psychanalyse et tenté par le suicide, Ange Perez, patron du concurrent du Marché Saint Pierre, chez Reine….)… dont chacun, mis à part Rebecca Levasseur, pourrait avoir une raison secrète de vouloir la fin du roi du tissu…

 

Voilà pour la situation et les personnages. Pas nouveau du tout, mais qui pourrait être pas mal (enfin, pas mal… tenir la route, quoi) si le style ne pêchait pas par tant de platitude. C’est mou, inodore et incolore (tout le contraire du Marché Saint Pierre donc). Fâcheux pour un roman qui de déroule dans un « paysage » aussi riche. De plus, je ne comprends pas pourquoi Lalie Walker nomme ses personnages alternativement par leur nom ou leur prénom : « … Violette sanglotait. Bien qu’elle n’en puisse plus de pleurer. C’était épuisant et terrifiant car Margelin sentait se développer en elle une force inconnue effrayante ». Désagréable procédé qui n’apporte rien au style déjà peu captivant, truffé de familiarités il ne tiendrait jamais, entouré d’une bande de connards assermentés et armés » « il était dans une merde noire et sentait que sa vie pesait de moins en moins lourd ») et d’une grande pauvreté ("Violette l’entendit sangloter, ou bien était-ce elle qui pleurait en dedans ? »).

 

Mais je voulais continuer. Curiosité, curiosité ! (enfin, pas vraiment pour connaître le meurtrier, je me rendais compte qu’au fond, je m’en fichais un peu, mais pour voir comment ce roman pouvait porter atteinte à l’image d’un quartier de Paris). Donc j’ai continué. Avec peine car mon intérêt décroissait, intérêt inversement proportionnel à mes bâillements et mes soupirs qui eux, m’envahissaient lentement mais sûrement.

 

Curiosité, curiosité, donc… Je suis arrivée péniblement au bout. Disons que l’intrigue n’a rien de neuf ni de nouveau, que le psychopathe ne m’a ni surprise ni intéressée… comme si Lalie Walker, ne sachant comment finir, avait vite fait trouvé un passé morbide à l’un des personnages et l’avait désigné coupable, affublant la fin d’un ridicule presque risible.

 

Quant à cette polémique, bien que je pense que chaque auteur, du moment qu’il écrit une fiction, doit pouvoir puiser son inspiration où il le souhaite, je ne crois pas que ce roman puisse porter préjudice au fameux marché Saint Pierre, le vrai. Surtout parce que Lalie Walker aurait très bien pu planter son décor n’importe où ailleurs : dans un grand magasin boulevard Haussman, dans la galerie commerciale de la Tour Montparnasse, ou ailleurs, que sais-je ! Car en fait, de décor, il n’est est que les noms : à aucun moment, les descriptions exhalent un quelconque parfum montmartrois, une quelconque atmosphère de la Butte, une sensation de toucher, de palper des étoffes, qu’elles soient de soie ou de jersey…

 

 

Et puis cette phrase, page 103 :

 

 « Pourquoi on l’appelle Mike ?

C’est son prénom, ce qui fait une bonne raison. Vous êtes sûr d’aller bien, Klein ?

Opinant de la tête, Klein fila sans rien ajouter. Un prénom anglais, pour un crétin qui avait tout du physique de la brute élevée en Normandie ».

 

Lire ce genre de connerie me donne envie d’émigrer parmi les brutes normandes. Celles que je connais (les normandes, pas les brutes) sont bien plus intéressantes que ce roman raté.

 

 

 

 

 

Au malheur des dames, Lalie Walker

Parigramme, Noir 75, novembre 2009, 272 pages

Commentaires

Je suis explosée de rire, me voilà brute normande, tiens ! :)

J'ai toujours professé que la curiosité est une très jolie qualité, mais là tu n'as pas été récompensée, ne laisse donc pas Perette te choisir tes lectures, Amanda ;o))

Écrit par : Cuné | 23/03/2010

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Roman à ne même pas ouvrir donc! On est loin du "Bonheur des dames! "J'espère malgré tout qu'elle gagnera ce ridicule procès!

Écrit par : Mango | 23/03/2010

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Je vois que tu l'as fini malgré tout, chapeau. :-) La phrase où le personnage "pleure en dedans" est juste... abyssale : aucun prof ne laisse passer ça dans une rédac' de collégien et un éditeur l'a publiée, lui. Ô tempora, ...

Écrit par : fashion | 23/03/2010

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Ma copine Gio organise une lecture commune autour de ce titre et me suis engagée à le lire, argh. L'exemplaire est-il à toi ? Si oui, puis-je te l'emprunter ?

Écrit par : Stephie | 23/03/2010

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Je n'étais pas tentée, la polémique me faisait doucement sourire, après ton billet le chapitre est clos pour moi ( en revanche, tu me donnes envie de promenade montmartroise et d'escapade normande )

Écrit par : emmyne | 23/03/2010

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@ cuné : toi, une brute ??? J'aimerais que toutes les brutes soient comme toi alors ! (et tu as raison, Amanda va choisir le prochain, et non Perette... le Tapply peut-être !)
@ Mango : je crois qu'au final, tout ça lui fait une grosse publicité, à elle et à son livre. Qui ne le mérite pas.
@ Fashion : il y a plein d'autres phrases aussi... abyssales, je n'ai eu que l'embarras du choix... ;)
@ stephie : yep, il est à moi, j'ai été un gentil mouton qui l'achète en apprenant la polémique... je te l'envoie.
@ emmyne : idem, j'ai trés envie de retourner à Montmartre (et au Marché SP où j'ai passé plusieurs matinées il y a deux semaines, et en Normandie, aussi)... Un café montmartrois, ça te dit un de ces jours ?

Écrit par : amanda | 23/03/2010

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Je n'étais même pas au courant de la polémique autour de ce roman mais après ton billet, je ne suis pas tentée de le lire !

Écrit par : Joelle | 23/03/2010

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Et bien un billet qui a le mérite d'être clair, de là à penser que la polémique fut une excellent affaire pour un livre plus que léger ....il n'y a qu'un petit pas

Écrit par : Dominique | 23/03/2010

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Oh que oui !

Écrit par : emmyne | 23/03/2010

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Déjà pas attirée au départ, je suis ravie que ton avis me confirme cette impression !

Écrit par : kathel | 23/03/2010

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J'étais intriguée par cette polémique mais inutile de dire que ma curiosité s'arrêtera là après ton billet ;-)

Écrit par : cathe | 23/03/2010

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Finalement, autant lui faire un procès pour "roman raté" non ? ^_^ Là au moins, tu contrebalances l'effet de la polémique (enfin, en même temps, il ne m'attirait pas ce livre...).

Écrit par : Restling | 23/03/2010

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Okay, je vois que ce n'est pas fameux. je passe !

Écrit par : Emilie | 23/03/2010

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Je ne connaissais ni le livre, ni la polemique mais apres ce billet, je passerai mon chemin...trop de bonnes choses a lire ailleurs !

Écrit par : L'Ogresse | 23/03/2010

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Hmm, ça n'a pas l'air de voler haut ! Et rien que pour utiliser un titre détourné de mon auteur préféré, je boycotte :)

Écrit par : Kikine (Carine) | 23/03/2010

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Bon... passons! Mais j'adore ton billet, par contre!!!

Écrit par : Karine:) | 23/03/2010

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Je viens de l'offrir à ma souris,
tu n'aurai pas pu mettre ce commentaire hier !

Écrit par : Michel | 23/03/2010

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@ tous : raté, oui ! et une polémique qui lui profite, à mon avis...
@ michel : ahh.. mais je n'ai rédigé mon billet que lundi soir... tu me diras ce qu'en a pensé ta souris ?
@ emmyne : yep, on se "maile" ;)

Écrit par : amanda | 24/03/2010

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Excellente cette chute !!
Cette polémique ne semble guère gêner les affaires du quartier, car j'y étais samedi après-midi et la foule habituelle également.
Merci pour cette lecture. Je le lirai si je tombe par hasard en bib dessus.

Écrit par : uncoindeblog | 24/03/2010

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J'ai oublié le 'Je le lirai "uniquement"... et, sans me forcer vu ton avis :) Je sais je suis folle, mais surtout encore plus curieuse que toi et cela me coûtera cher en grognements après ce livre ! (je le sens d'avance)

Écrit par : uncoindeblog | 24/03/2010

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Merci de l'avoir lu pour nous !

PS : cette histoire de prénom anglo-saxon est vraiment débile...
Par exemple, il y a George : entre Pompidou ou Clooney, il y a un fossé, et pourtant, ils ont le même prénom...

Écrit par : Tamara | 25/03/2010

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Oups, je m'étais dit que ce serait pas mal de le lire mais là, l'envie m'est passée. Dommage, la couverture était pas mal (ben oui, je suis encore à ce stade)

Écrit par : Manu | 25/03/2010

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les brutes de Normandie, c'est excellent :) J'aurais sans doute été très tentée par le sujet, et par la couverture alléchée, mais je note dans un coin de ma petite tête qu'il est à proscrire !

Écrit par : Lou | 27/03/2010

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il y a très longtemps j'ai habité Paris et j'adorais aller me promener dans ce quartier et ces magasins de tissus :)

Écrit par : anjelica | 28/03/2010

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@ uncoindeblog : j'espère bien que cette polémique ne touche pas les affaires du quartier (et le contraire m'aurait étonnée)
@ Tamara : il y a un fossé entre Pompidou et Clooney.. ça doit venir du "S" en français qui n'existe pas ds le prénom anglais.. ;)
@ manu : l'habit ne fait pas le moine...
@ lou : si tu veux essayer qd même, il est chez Stephie...
@ anjelica : moi aussi (mais je peux encore y aller ;)

Écrit par : amanda | 28/03/2010

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Après t'avoir lue, je me dis que la polémique autour de ce bouquin est un coup de pub aussi providentiel qu'immérité. En attendant l'issue du procès (que je trouve tout de même totalement surréaliste), quelques exemplaires supplémentaires auront été vendus.
Ah, oui, au fait : si un habitant du quartier des Batignolles veut me faire un procès à cause de mon dernier roman, je suis preneur.

Écrit par : Seb | 30/03/2010

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@ seb : j'ai vécu quelques années du coté des Batignolles (rue Dautancourt)... mais de là à te faire un procès ;)))

Écrit par : amanda | 30/03/2010

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Ca c'est fait! Je me contenterai donc de retourner chiner dans les rayons du marché!! :-)

Écrit par : chiffonnette | 31/03/2010

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@ chiff : tu fais bien !

J'ai vu hier que son nouveau roman est édité par Actes Sud Actes Noirs... je l'ai à peine feuilleté, bof... mais avis sur seulement quelques courtes pages. Je ne prends pas le risque de l'acheter.

Écrit par : amanda | 31/03/2010

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Billet en ligne chez moi. J'ai peiné à le lire et à écrire le billet. je file me coucher. Merci encore ;)

Écrit par : Stephie | 01/06/2010

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@ stephie : you're welcome :)

Écrit par : amanda | 02/06/2010

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