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13/08/2010

Autant en emportent les livres 3

Souvenez vous... Dans le premier épisode de "Autant en emportent les livres", Emma a rencontré Rodolphe dans la librairie de ce dernier. Dans le second épisode, nous avions laissé Emma et Rodolphe dans la réserve de la librairie. Emma sentait des frissons la parcourir alors que Rodolphe effleurait ses jambes... Emma va-t-elle succomber ? Va-t-elle oser ?

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Autant en emportent les livres, 3.

 

Emma était enivrée. Tout en elle réclamait ardemment de s'abandonner à cette main qui remontait lentement mais imperceptiblement vers sa cuisse. Cette main ou plutôt ces doigts fins qui glissaient doucement, effleuraient avec délicatesse le galbe de sa jambe. Emma avait l’impression d’un mélange de torpeur et de picotements l’envahissait. A la fois électrifiée et tétanisée, elle ne pouvait s’empêcher de désirer que cette main remonte haut, très haut, encore plus hauuuut, toujours plus hauuutttt, tout en voulant qu’elle s’attarde encore et encore.

 

Une houle de désir de plus en plus démontée secouait le ventre d’Emma. Jamais depuis longtemps Emma n'avait ressenti un tel désir monter du plus profond d'elle même. Une vague bouillonnante était en train de l'envahir, menaçant à tout moment de faire rompre les digues qui depuis si longtemps bridaient son corps.

 

Emma ne pouvait plus parler. Elle regardait Rodolphe, qui semblait lui aussi envahi d'un trouble troublant (libre à vous de me proposer d'autres adjectifs, hein ! moi, j'aime bien "troublant"). Ses yeux rivés dans ceux de Rodolphe, Emma posa sa main sur celle de son amant. Tout en elle était désordre, tempête, attente.

 

Rodolphe s'approcha et caressa la joue d'Emma. Sa main douce enveloppait Emma, dessinait des vagues de désir que la jeune femme ne pouvait plus réprimer. Elle mordit l'index de Rodolphe et le lécha doucement. Des larmes jaillirent de ses yeux, toutes les frustrations enfouies semblaient vouloir fuir ce corps que depuis longtemps Charles avait laissé en friche comme un roman abandonné au bas d'une PAL.

 

Rodolphe lécha les larmes, embrassa doucement les yeux et la bouche d'Emma en la posant délicatement sur le sol.

 

Avec douceur, lenteur, il ouvrit un à un les boutons de la robe, révélant les dessous de soie qui protégeaient encore l'intimité grondante de la jeune femme.

 

Emma s'abandonnait et ne pensait plus à rien que ces mains, ces yeux, cette bouche qui la couvrait de baisers et de caresses. Son corps n'était plus qu'une vague déferlante qui se collait contre Rodolphe et épousait ses hanches musclées. Emma déboutonna lentement la chemise bleue, révélant un torse puissant*. La peau de Rodolphe était dorée, et au travers les muscles saillants (les livres, c’est lourd, ne put-elle s’empêcher de penser, il faut les transporter), Emma s’enivrait du mélange de force et de douceur qui émanait de l'anatomie parfaite de Rodolphe. Les mains d’Emma ne lui appartenaient plus. Elles semblaient dotées d’une vie propre et exploraient le corps de Rodolphe avec impatience, lui arrachant des soupirs rauques.

 

Leurs corps emmêlés remuaient au rythme lancinant d'une mélodie faite de joie, de bonheur et de clarté. Tout en elle n'était que stupeur et tremblements, stupeur de s'abandonner ainsi au tremblement de terre que provoquait Rodolphe en elle. Emma oubliait tout, se fondait en sensations à la fois douces et violentes, plus rien n'existait que la douloureuse et merveilleuse impression de renaître après une longue maladie. De revivre, enfin. De redevenir une femme, un être aimé, un être de chair et de sang sous les caresses expertes de Rodolphe et les yeux curieux mais un peu exorbités de cette auteure chapeautée photographiée par le fameux studio Harcourt. Emma ferma les yeux, perturbée par cette couverture de roman.

 

Emma avait la sensation d'être un astre qui explose dans une lumière éblouissante et un long cri de joie après une longue nuit noire.

 

Epuisés, les deux amants s'endormirent enfin, lovés l'un contre l'autre.

 

Rodolphe se réveilla doucement et caressa les joues encore trempées d'Emma.

 

-          Comment vas tu, mon amour ? lui chuchota-t-il ?

Emma garda les yeux fermés pour conserver encore un peu la douceur du moment. Elle sourit timidement et cala son visage contre l'épaule de Rodolphe.

-          Cela faisait longtemps, n'est ce pas ? lui demanda-t-il.

-          Longtemps ?

-          Depuis que ton mari est mort, n'est ce pas ? Je l'ai senti. J'avais tellement peur de te blesser, de te décevoir. Que tu me compares à lui. Quand tu es venue hier à la librairie, j'ai senti que tu étais perdue. Seule. J'aurais voulu t'enlever ici là, t'emmener au loin et t'épouser sur le champ.

 

 

Emma se sentit traversée par un nouveau tremblement. Tout son être était bouleversé par les paroles de Rodolphe. Bouleversé et paniqué. Comment lui dire que Charles – Léon – n'était pas mort ? Que son mariage battait de l'aile depuis longtemps et qu'elle – elle venait de le décider fermement – allait le quitter immédiatement ? Comment se sortir de ce mensonge ? Emma sentait en elle monter d'autres mensonges, se sentait incapable de lui avouer la vérité quelques instants à peine après qu'ils se soient offerts l'un à l'autre dans l'abandon et la sincérité la plus totale.

 

 

-          Ne pleure pas, non, ne pleure pas. Je ne te demande rien, lui dit Rodolphe en la serrant contre lui.

Les larmes avaient recommencé de couler sans qu'elle s'en aperçoive.

-          N'en parlons plus, rajouta-t-il. Je veux juste vivre cet instant avec toi, lui dit-il à l'oreille, en caressant sa cuisse d'un main indiscrète.

 

 

Mais Emma ne pouvait plus s'abandonner. Tout son être bouillonnait de honte, de peur, de regrets.  Elle se leva et se rhabilla, puis prétexta que la librairie devait rouvrir pour s'en aller.

 

Emma et Rodolphe remontèrent dans la boutique dans un silence pesant. Rodolphe semblait pétrifié par son erreur et suivait Emma d'un pas lourd.

 

Emma se retourna, lui caressa la joue et déposa sur ses lèvres un baiser humide.

 

-          Ce n'est rien. Laisse moi un peu de temps. Tout ça est tellement rapide. Je ne sais plus où j'en suis.

 

Et ça, Emma ne l'inventa pas. Elle ouvrit la porte et s'en alla sans se retourner.

 

Emma rejoignit Noville en se demandant comment faire pour annoncer à Charles qu'elle le quittait. Qu'elle ne pouvait plus vivre dans un simulacre de mariage et faire semblant de se contenter de cette sordide comédie de couple qui l'usait insidieusement au fil des mois. Si seulement un enfant était venu compléter leur famille, peut-être aurait-elle vu d'un autre oeil la morne succession de jours sans gaîté dans laquelle elle s'était enfoncée depuis six ans ? Peu après son mariage, Emma s'était elle même enfermée dans une routine lénifiante et insipide.

 

Mais la rencontre avec Rodolphe avait tout changé. Emma était décidée à ne pas laisser passer cette chance de vivre enfin libérée du joug d'un mariage dont l'amour ne faisait plus partie depuis longtemps. Emma allait reprendre son activité, retrouver des contrats, même s'il fallait pour ce faire devenir traductrice de romans à l'eau de rose.

 

 

La scène fut difficile, mais Charles ne put que s'incliner et quitta le domicile pour s'installer à l'hôtel. Emma dormit à peine. Elle se sentait à la fois libérée et prisonnière de ce mensonge stupide qu'elle avait proféré. Emma avait peur d'avouer à Rodolphe qu'elle avait menti. Qu'elle n'avait pas réfléchi et se sentait à présent stupide, lâche et hypocrite.

 

Rodolphe la détesterait pour cela et ne voudrait plus jamais la revoir. Emma se promit de lui rendre visite dès le lendemain.

 

 

Après une nuit courte et agitée, Emma conduisit nerveusement jusqu'à Rouen. Elle attendit devant la devanture que Rodolphe arrive enfin.

 

-          Bonjour Emma, entendit elle doucement. Rodolphe était derrière elle, n'osant la prendre dans ses bras.

 

Emma se retourna et le regarda. Son regard plongea dans les yeux de Rodolphe. Il ne fallait pas laisser le malentendu s’installer. Il fallait tout dire, au risque de le perdre. Il fallait avouer ou devenir comme ces héroïnes stupides qui gâchaient tout par orgueil. Emma se fichait des préjugés et vivrait son amour librement.

 

D'un coup, les vannes s'ouvrirent et, tel un déferlement inextinguible, Emma lui avoua tout. Charles, et non pas Léon. Le mariage, le mensonge venu d'un coup, la honte, le regret, l'impossible mensonge qui la rendait folle de peur, folle de peur qu'il la quitte et ne veuille plus jamais la revoir.

 

Rodolphe l'écoutait, blême et silencieux. Ses yeux avaient revêtu la couleur d'un glacier inaccessible. Figé, rigide et glacial, il écoutait Emma.

 

Un long silence finit par s'installer entre eux. Emma était comme magnétisée par ce regard haineux qu'il gardait sur elle, pénétrée par le gel autant que par le mépris qui semblait jaillir de Rodolphe.

 

Rodolphe finit par se détourner et ouvrir la librairie sans un regard pour Emma.

 

-           Rodolphe ! s’écria Emma… que vais-je devenir ?

 

Rodolphe se retourna brusquement. Son regard noir la pétrifia. Emma sentit une souffle glacé la statufier sur place quand il lui jeta un dédaigneux :

 

 « Franchement, ma chère, je m’en fiche comme d’une guigne** ».

 

 à suivre...

 

* (puisqu'il faut du torse nu dans un Harlequin parait-il)

 

** copieur !

Commentaires

Mais pourquoi tant de haine???
Je n'en peux plus!
Vite, la suite!
Sinon : ah qu'elle est bien réussie, LA scène... J'ai relevé que tu manies la métaphore marine (les vagues, les digues, la houle), le clin d'oeil à Amélie N. et même à ce cher Rhett.
Aaaah c'est bien mieux qu'un vrai harlequin!

Écrit par : keisha | 13/08/2010

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Pauvre Emma, à nouveau abandonnée comme un livre au bas d'une PAL mais au moins on a eu droit à La Scène! Comblée je suis!

Écrit par : mango | 13/08/2010

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Je ne sais pas quoi dire, je savoure :)

Écrit par : Cuné | 13/08/2010

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Amanda, tu manies l'utilisation des adjectifs, des comparaisons et des métaphores filées à merveilles!! :-D

Écrit par : Laurence | 13/08/2010

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"comme un roman abandonné en bas d'une PAL : arrêtez-la, elle va nous tuer, j'en pleure de rire ! Et le coup du libraire musclé car il porte ses livres, j'adore aussi !
Merci de nous avoir donné si vite le 3e épisode. Surtout ne perds pas le rythme !!

Écrit par : Stephie | 13/08/2010

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quelle journée atroce je vais passer à présent :D
vite la suite !

Écrit par : niki | 13/08/2010

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Et bien, quelle histoire ! Je suis scotchée ! (beacoup aimé la PAL, stupeurs et tremblements ...). Grandiose ma chère !

Écrit par : patacaisse | 13/08/2010

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Et dire que je suis au bureau, sensée me concentrer sur mes dossiers, alors que j'étouffe de rire. !!!!!!!!!!!!

Écrit par : papillon | 13/08/2010

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MAIS IL ME FAUT LA SUITE MAINTENANT !!!
VIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIITE !!! :-)

Écrit par : Caro[line] | 13/08/2010

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Que c'est bon d'avoir cette suite si rapidement! mais il ne faudrait pas trop tarder pour la suite!!!
Sinon, la jeune femmme délaissée "comme un roman abandonné au bas d'une PAL", j'ai cru mourir de rire!!! Et ce torse, comme il doit être musclé à porter tous ces livres!!!!
Je suis une de tes plus grandes fans, mais tu ne pourras pas t'arrêter à ce coup d'essai!!!

Écrit par : lancellau | 13/08/2010

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Comment peux-tu nous abandonner comme ça ? Bon, au moins, on a eu la scène :P

Écrit par : Manu | 14/08/2010

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OMG!!! Je suis morte de rire!

Écrit par : zorane | 14/08/2010

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@ toutes : wou.. merci beaucoup... vous me touchez... mais tout ça n'est qu'une vaste joke, vous savez ? La suite est écrite, j'arrête de la retoucher sans arrêt (le mieux est l'ennemi du bien, dit-on :)) et je programme mon billet :)

Écrit par : amanda | 15/08/2010

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ah j'ai bien fait de lire en retard, au moins j'ai la suite tout de suite !

Écrit par : liliba | 15/08/2010

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Encore excellent!!!!! Super la dernière réplique ;) !

Écrit par : Romanza | 15/08/2010

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J'adooooore ton utilisation de la dernière phrase! Je ne me souvenais plus de la traduction française! Encore, encore!!!

Écrit par : Karine:) | 16/08/2010

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ça vient !

Écrit par : amanda | 16/08/2010

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MDR

Écrit par : uncoindeblog | 17/08/2010

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Trop drôle !!! Mais dis moi... les dernières lignes sont épouvantables... Quel suspense !!!

Écrit par : L'or des chambres | 17/08/2010

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"Les livres c'est lourd" : je confirme !! ;-)

Écrit par : emeraude | 18/08/2010

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"l'intimité grondante" m'a tuerrr... :-) Vraiment très bon. Je vais lire la suite et fin pour la peine.

Écrit par : Melanie B | 31/08/2010

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