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30/09/2010

Les jeux de la nuit – Jim Harrison

harrison.jpgSarah, Chien Brun, Samuel. Trois paumés, trois personnages qui vivent en dehors des normes et en marge de la société. Trois personnages, trois nouvelles d’une centaine de pages chacune, dans lesquelles Jim Harrison raconte des histoires de solitude et l’impossibilité de s’insérer pour les marginaux.

 

Sarah, la première héroïne (La fille du fermier) est ballottée depuis le déménagement de ses parents dans le Montana. Avec un père mutique, une mère bigote qui finira par quitter sa famille pour suivre un homme croisé dans un bar, Sarah se lie d’amitié avec Tim, un vieil homme de 70 ans. Elle sera violée (ou sexuellement agressée) et cherchera par tous les moyens à se venger, dût-elle y gâcher sa vie.

 

Chien Brun, le personnage de la deuxième nouvelle (Chien Brun, le retour), déjà croisé par les lecteurs de Jim Harrison, promène son obsession pour le sexe et sa marginalité au Canada. Personnage à la fois touchant (père d’une petite fille handicapée qu’il refuse de laisser dans un institut) et agaçant (obsédé, immature, alcoolique), c’est encore un personnage qui survit en dehors des tracés sociaux, et poursuit son chemin en dépit de ses problèmes.

 

Samuel, le troisième personnage (Les jeux de la nuit), a été mordu par un colibri puis par un jeune loup. Il en gardera des symptômes d’une maladie rare et souffrira de lycanthropie. Toute sa vie, il tente de vivre avec ses symptômes et s’isole à chaque pleine lune pour laisser libre cours à sa violence.

 

Des marginaux, donc, qui ont été abîmés par la vie,  brisés par les autres (Sarah), incapables de s’insérer (Chien Brun) ou qui font face à la maladie (Samuel), que Jim Harrison dépeint à la fois sobrement (pas de pathos, juste un état de fait) et avec justesse. Une certaine distance qui, loin de rendre l’empathie impossible, efface tout attendrissement inutile et rend simplement le constat lucide : l’impossibilité de vivre « comme les autres » et les difficultés à affronter la vie pour les personnes « asociales ».

 

Mais l’asociabilité n’est pas vécue comme un poids. Sarah, Chien Brun et Samuel s’efforcent d’avancer, les uns en utilisant la lecture et la musique comme un apprentissage de la vie et du monde (Sarah ou Samuel), les autres en refusant de tomber dans la norme et de satisfaire aux bienséances (Chien Brun). Autour d’eux, d’autres abîmés, d’autres marginaux qui les aideront à avancer ou les accompagneront dans leurs errances. Errances car ces personnages changent de lieu de vie, ne peuvent rester au même endroit et continuent de chercher, en voyageant, en déménageant, en allant au hasard des rencontres, un lieu où ils trouveront si ce n’est l’apaisement tout au moins un endroit où ils pourront vivre, tout simplement, en paix avec eux-mêmes ou les autres. Tous ces changements de lieu donnent l’occasion à Jim Harrison de décrire les paysages américains, du Montana, du Texas… ou européens, Samuel, le personnage des « Jeux de la nuit », voyageant à travers l’Europe.

 

Si « les jeux de la nuit » peut paraître sombre et pessimiste, il n’en garde pas moins une lueur d’espoir ou de rédemption, chacun trouvant au final un consensus avec leurs traumatismes, un moyen de vivre avec, de les surmonter et de grandir, chacun à sa façon.

 

 

 

Les jeux de la nuit, Jim Harrison

Flammarion, septembre 2010, 334 pages

 

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Billet également en ligne sur les Chroniques de la rentrée littéraire.

Commentaires

Je dois avouer moins adhérer aux nouvelles de Harrison qu'à ses récits. "Retour en terre" est un des plus beaux pour moi avec "Dalva". Mais les histoires de Chien Brun... Tu ne sembles pas non plus très enthousiaste...

Écrit par : Hélène | 30/09/2010

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Comme Hélène je suis surtout une grande admiratrice des "grands romans" de Jim Harrison mais je ne dédaigne pas ses nouvelles un jour de manque ;-)

Écrit par : cathe | 30/09/2010

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tu parles de manière fort intéressante de ce livre, mais ce livre me semble un peu sombre pour moi en ce moment

Écrit par : niki | 30/09/2010

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Je n'ai pas été très emballée par ma lecture de Dalva alors que tout le monde trouve que c'est une des meilleures oeuvres de cet auteur alors je crois que je vais passer mon tour !

Écrit par : Joelle | 30/09/2010

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Je n'ai pas encore lu Jim Harrison mais je débuterais bien avec ces nouvelles. C'est tentant.

Écrit par : Restling | 30/09/2010

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Voilà typiquement l'auteur que je suis quasiment sûr d'aimer et que je n'ai encore jamais lu. Va comprendre...

Écrit par : In Cold Blog | 30/09/2010

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Ton billet est chouette mais je sens que ce livre n'est pas fait pour moi !

Écrit par : Tamara | 30/09/2010

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Pareil que Tamara. Tout, tout pareil!

Écrit par : Karine:) | 30/09/2010

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Autant j'aime les romans autant je suis plus réservée avec les nouvelles de Harrison mais cela ne tient pas à son talent plutôt à mon goût modéré des nouvelles
et du coup je n'ai pas sauté sur ce livre.

Écrit par : Dominique | 01/10/2010

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@ hélène : j'ai aimé la première. Je crois qu'il faut bien connaître le romans de JHarrison pour connaître CHien Brun, ce n'était pas mon cas. Disons que je l'ai trouvé intéressant, bien fait, mais je n'ai pas eu un grand coup de coeur non plus.
@ tous : je pense que je m'attaquerais à Dalva un de ces jours :)

Écrit par : amanda | 01/10/2010

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Le thème ne me tente pas trop. Je passe

Écrit par : zorane | 02/10/2010

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Je n'ai jamais rien lu de cet auteur mais cela me tente bien : je note.

Écrit par : Grimmy | 03/10/2010

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