Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Alex – Pierre Lemaître | Page d'accueil | Le caveau de famille – Katarina Mazetti »

15/03/2011

Comment je suis devenu un écrivain célèbre – Steve Hely

 

hely.jpgPete Tarslaw aimerait bien gagner de l'argent mais son petit boulot ne lui rapporte pas grand chose : il réécrit des lettres de candidatures pour des candidats prêts à payer pour qu'on leur rédige une belle lettre qui les fera entrer dans les meilleures universités / meilleures sociétés. Il est sympa, Pete, un peu râleur, un peu buveur, un peu glandeur. Doué pour écrire ou en tous cas aligner des mots correctement.

 

Il faut l'invitation au mariage de son ex et une interview, à la télé, d'un écrivain à l'écriture à forts potentiels lacrimal et commercial qui met le feu aux poudres de son imagination : Pete va écrire un roman. Un roman qui se vendra, et pour ça, il épluche une par une toutes les méthodes marketing et se lance dans la grande aventure littéraire, heu, commerciale

 


 

 

Autant dire que le monde de l'édition et les affres des auteurs passent à la moulinette dans ce très sympathique roman qui ne serait qu'un énième pamphlet s'il n'était pas souvent hilarant et plus encore. C'est drôle, ça pique là où ça fait mal, ça titille pas mal de tics d'écritures d'auteurs dits purement commerciaux. Steve Hely s'amuse à croquer son gentil bonhomme de héros avec finalement beaucoup de tendresse. Parce qu'il aussi très candide, notre auteur en herbe, et semble bien naïf dans son aventure.

 

Néanmoins, il parvient quand même à écrire son roman en tirant sur toutes les grosses ficelles qui font vendre : ne pas gaspiller d'énergie à faire un bon livre, il faut qu'il soit populaire, inclure un meurtre, inclure un club, de secrets / missions mystérieuses, des personnages dont la vie est changée soudainement, des histoires d'amours surprenantes, des femmes qui ont renoncé à l'amour mais se révèlent splendides, évoquer une troublante tristesse à la fin,..., libérer le personnage principal d'un boulot minable, inclure un maximum de scènes se déroulant dans des villes pleines de lecteurs, offrir au lecteur un reflet de lui-même dans lequel on aura insufflé une dose supplémentaire de classe internationale, et j'en passe.

 

Une fois le roman écrit et édité (parce qu'un éditeur opportuniste aura flairé le filon) vivent la surveillance des ventes sur amazon, le stress des critiques (ou pas), des blogs et les efforts déployés par le service marketing de la maison d'édition, aux abois évidemment, pour un passage télé. Ou encore mieux, pour une adaptation cinématographie ou télévisuelle.

 

On s'y amuse, donc, dans ce roman gentiment satyrique et un brin narquois, on s'attache à cet anti-héros qu'on apprend à aimer, on se délecte à de nombreux moments (comme la liste et les pitches des best-sellers du moment, hilarante) ou les extraits d'autres romans d'auteurs bankable que Steve Hely insère parfois en tête de chapitre.

 

Mais tout ça ne serait qu'une énième farce sur le monde de l'édition si Steve Hely n'avait pas insufflé à son personnage cette candeur qui fait de lui davantage un naïf qui se brûle les ailes qu'un vrai méchant. Car si le roman marche, notre écrivaillon n'y gagne pas forcément ce qu'il voulait ; il y a au final une certaine nostalgie de la vraie bonne littérature et quelques passages sur Hemingway, Twain, Fitzgerald et quelques autres : eux, ils n'avaient pas besoin de recettes à suivre à la lettre pour écrire.

 

 

 

Comment je suis devenu un écrivain célèbre, Steve Hely

Sonatine, mars 2011, 370 pages

 

 

 

Pour finir, il fallait bien que je cite un extrait, et forcément, ce sera celui-ci (Pete rencontre un scénariste, Miller, qui pourrait adapter son roman) :

 

« T'es un petit mec intelligent, t'as écrit un bon bouquin. Laisse moi te dire un truc. Dans une génération, les romans, ce sera du passé. Le cinéma est le théâtre du XXe siècle. Il deviendra l'écriture du XXIe siècle. C'est Ridley Scott qui a dit ça.Il est bien placé pour le savoir – t'as déjà lu un bouquin qui t'a autant remué qu'Alien ?... Pour moi, la moitié  d'entre eux (les romanciers), c'étaient déjà des scénaristes ! Dickens, Tolstoï, Twain, Dreiser : ces types écrivaient de montages cut, des ouvertures à froid, des panoramiques, des scènes de bataille.... Imagine ce qu'aurait pu faire Shakespeare s'il avait connu Brando. Ou Dickens avec Julianne Moore. … Si cs salopards étaient en vie, je vivrais dans un bled paumé et je bosserais dans un video club. Combien connais tu de romanciers qui ont deux putains de piscines ?

… Un jour, je vais déjeuner avec Sam Mendes. On se met à bavarder, et il me dit... »Il y a un livre auquel je brûle de m'attaquer et je voudrais que tu l'adaptes ». C'est Madame Bovary. Je pars à Vancouver une quinzaine de jours histoire de regarder la chose. Je souligne des passages, j'extrais des scènes, j'esquisse des dialogues. Sam n'a rien dit, mais je sais qu'il voudrait donner le rôle à Kate – Winslet. Alors il me semble que j'ai un angle d'attaque. On a de l'adultère, de la chirurgie bâclée, Paris, la mort, ça fait de la matière. J'ai commencé à écrire. Mais il y a un hic. J'arrive à « Intérieur – la ferme des Rouault, nord de la France, années 1850, etc, il opère la jambe cassée, Emma entre. » Et là je réalise que je n'ai rien du tout. Car le problème est le suivant : il faut que ce soit interne. On ne peut pas dramatiser tout. Il n'y a aucune actrice, même pas Kate Winslet, qui soit suffisamment bonne. Il n'y en aura jamais. On peut regarder un film. Mais on ne peut pas le vivre. Et Madame Bovary, il faut le vivre. Alors j'appelle Sam, je lui explique que j'ai tenté le coup mais que je n'ai pas réussi à trouver l'entrée. … Pour me vider la tête, j'ai écrit un film sur un voleur de voiture métis qui se fait prendre dans une guette des gangs en prison. …

 

Tu sais, j'aurais sans doute pu le faire, Madame Bovary . J'aurais pu bidouiller un truc, Sam et Kate auraient fait passer la pilule à merveille. Mais tu sais quoi ? Ca n'aurait pas été vrai. Je n'aurais pas été capable de rendre ça vrai. .. Mais je n'ai pas pu me résoudre à transformer Madame Bovary en mensonge. Flaubert. Ce mec là, il aurait mérité deux piscines. »

 

 

 

L'avis d'Emeraude 

 

 

 

Commentaires

Emeraude m'avait donné envie, tu enfonces le clou :)

Écrit par : Cuné | 15/03/2011

Répondre à ce commentaire

Le thème me tente vraiment beaucoup et je l'avais déjà repéré chez Emeraude mais l'extrait que tu mets me fait un peu douter ! Ce n'est pas que ce n'est pas intéressant mais c'est assez saccadé avec ces phrases courtes et du coup, je ne trouve pas que c'est très facile à lire !

Écrit par : Joelle | 15/03/2011

Répondre à ce commentaire

noté depuis le billet d'Emeraude, ça a l'air bien fait.

Écrit par : choupynette | 15/03/2011

Répondre à ce commentaire

Bon deux billets (même trois mais je ne retourve pas le 3ème) positifs, ça devient dur de résister. J'aime l'idée donc je note. Ca a quand même l'air d'un livre qui va vite dater non? Raison de plus qu'il ne traine pas trop dans ma LAL/PAL.

Écrit par : zarline | 15/03/2011

Répondre à ce commentaire

un livre parfait pour nous ça :-))) et qui doit être amusant, allez je note (on ne sait jamais)

Écrit par : yueyin | 15/03/2011

Répondre à ce commentaire

ah oui, ça donne envie, ça! Ne serait-ce que pour rire un peu!

Écrit par : Karine:) | 15/03/2011

Répondre à ce commentaire

Il m'a l'air très intéressant et je pense que beaucoup beaucoup de plumitifs (j'ai pas dit écrivains hein ?) devraient s'y reconnaître !! je le note bien volontiers, en plus il y a de l'humour et de l'auto-dérision, c'est parfait !!

Écrit par : Asphodèle | 16/03/2011

Répondre à ce commentaire

Ma collègue Marie dit qu'il est génial. Mais là pour le moment c'est Powers...

Écrit par : Solène | 16/03/2011

Répondre à ce commentaire

Ma collègue Marie dit qu'il est génial. Mais là pour le moment c'est Powers...

Écrit par : Solène | 16/03/2011

Répondre à ce commentaire

@ cuné : tu vas aimer je pense :)
@ joëlle : dans cet extrait, c'est un scénariste qui parle, pas le narrateur principal (Pete Tarslaw) mais la narration est quand même un peu décousue, très parlée, j'en conviens. Pour ma part cela ne m'a pas dérangée du tout :)
@ choupynette : oui, ça l'est !
@ zarline : dater je ne sais pas... il y a derrière un certain respect pour quelques "grands auteurs", même si le narrateur n'y comprends rien, à cette littérature. Et puis certaines ficelles sont et seront toujours là.
@ yueyin : note :)
@ karine : et il fait rire, oui :)
@ asphodèle : on y reconnaîtra beaucoup de grosses ficelles utilisées par certains, oui :) et oui, beaucoup d'humour et d'auto dérision, la fin étant aussi bien trouvée d'ailleurs :)
@ solène : tu aimeras miss, pas commencé le Powers, mais c'est pour très vite :)

Écrit par : amanda | 16/03/2011

Répondre à ce commentaire

un billet et un extrait qui donne bien envie !!!

Écrit par : Theoma | 17/03/2011

Répondre à ce commentaire

@ theoma : ah je pense qu'il te plaira :)

Écrit par : amanda | 17/03/2011

Répondre à ce commentaire

Je me méfie souvent de livres qui parlent d'écrivains, mais là ça a l'air bien fait et amusant, alors ça donne envie de le lire ! Je note je note !

Écrit par : Cryssilda | 31/03/2011

Répondre à ce commentaire

@ cryssilda : note :)

Écrit par : amanda | 05/04/2011

Répondre à ce commentaire