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25/03/2011

Générosité – Richard Powers

 

 

powers.jpg« Pourquoi on n'écrit pas en ligne ? Les journaux intimes c'est des blogs morts, non ? Russell s'est préparé trois jours durant à cette question. Il défend l'écriture privée contre celle destinée au premier venu armé d'un moteur de recherche. « Je veux vous voir réfléchir, ressentir, et non vous vendre. Vos écrits doivent être un repas entre intimes, pas un dîner spectacle. »

 

Il est bizarre, Richard Powers, il est bizarre car lire ses romans relève souvent d'une expérience troublante faite de j'adore, bon sang où va-t-il, ça c'est merveilleux, là je n'y comprends rien, je veux arrêter non je continue, arhh que c'est bon mais je suis perdue oh oui j'en veux encore comment mais c'est déjà fini ? Oh non s'il vous plait Monsieur Powers, encore un petit peu, pleease....

Est ce que je l'aime pour ses histoires ? Ses hypothèses ? Ses thèses montées et confrontées les unes aux autres au fil des pages ? Est ce que je l'aime parce que je suis totalement inapte à juger de ses propos scientifiques et que sa prose élève le complexe au rang d'admiration béate ?

Qui sait, mais en fait, dans le cas présent, je me fiche totalement de connaître les raisons d'un tel attachement à cet écrivain. Je l'aime pour toutes les réactions précitées je suppose, et cela me suffit.

Et toutes ces réactions, je les ai eues, toutes, une par une, en lisant Générosité.

Tout d'abord l'admiration au début, pour ces 30 premières pages où nous découvrons Russell Stone, jeune professeur d'écriture. Russell prend en main un cours dans lequel il rencontre Thassadit, une jeune femme douée de... bonheur. Oui, de bonheur, car Thassa semble traverser la vie et les épreuves dotée d'une indéfectible capacité à relativiser, à rester optimiste en toute situation, même les pires. Thassa dont la famille a été décimée en Kabylie, Thassa qui ne connait ni la rancune ni la colère.

Il y a dans l'écriture de Powers une sorte de magnétisme qui provoque une empathie profonde et viscérale pour ses personnages. Que ce soit Thassa, ou bien Russell qui a peur d'écrire, ou bien Candace, une psychologue vers qui l'envoie Russel, ou encore Thomas Kurton, qu'on va apprendre à mépriser, tous ses personnages et j'en omets plus d'un, deviennent tous des proches, des êtres presque palpables grâce à l'écriture de Powers.

Agacement (ou peur ne pas pas être à la hauteur ?) quand Powers entre dans un prose bien plus scientifique. L'aptitude au bonheur de Thassa intrigue autant qu'elle fait peur et la jeune fille va devenir phénomène de foire quand elle attire l'attention des psychologues ou, pire, de Kurton. Kurton qui prétend pouvoir modifier le génome humain. Le bonheur, une faculté génétique qui ne serait pas le fruit du vécu. Une faculté donc, un gène spécifique que Kurton aimerait isoler et... commercialiser.

Et c'est parfois difficile de ne pas se perdre dans les méandres des théories et explications touchant à la neuroscience. On doute, on s'interroge, on interroge, ceux qui comme vous, sont des adeptes, aussi, et quand on vous répond « ça vaut le coup de te forcer, je t'assure » on décide de rester avec Powers, de s'y accrocher. Après tout, on a l'habitude, on sait, au fond de nous, qu'on peut et qu'on doit lui faire confiance, il nous a déjà emmené loin avec ses précédents romans.

Alors on plonge, avec délice, on admire les théories, on les explore, on les rejette ou on les adopte. Parce qu'au delà des théories, donc, et de cette hypothèse effrayante : « le gène du bonheur peut-il être identifié, isolé, exploité pour améliorer l'être humain et la vie » il y a dans le roman de Powers une multitudes d'autres thèmes, richement exploités, sous-jacents et pourtant tout aussi présents et constants : l'écriture et le voyage intérieur face aux stimuli techniques, télévisuels, électroniques etc, l'opposition valeurs humaines / valeurs scientifiques, l'exploitation commerciale des individus, (Thassa se voit proposer trente deux mille dollars pour ses ovules), la surmédiatisation, l'exploitation outrancière des media papier et internet, des talks shows (Oona – Oprah)...

Bref, Générosité possède des strates infinies d'interprétation où chacun peut piocher la thèse et le sujet qu'il préfère pour s'y ancrer. Le tout étant recouvert d'une pellicule passionnante : l'écriture et l'impact de la fiction sur un lecteur. Et son auteur.

 

« Voici le secret le plus important d'une écriture vivante : laissez votre lecteur libre de voyager. Supprimez les poste-frontières, les déclarations en douane, les visas : laissez chaque lecteur entrer au pays de ses besoins les plus intimes. »


 

Générosité (Un perfectionnement) – Richard Powers

Traduit de l'anglais  américain) par Jean-Yves Pellegrin

Le Cherche Midi, mars 2011, 472 pages

 

 

 

 

Cuné :

« Générosité - Un perfectionnement est un excellent roman, qui dresse quelques picots pour nous empêcher de l'engloutir sans possibilité de le digérer. J'ai mis 150 pages avant qu'il m'accepte enfin en son coeur, pour ne plus pouvoir le lâcher par la suite, hérissant de cornes de plus en plus erratiques chaque page, ou presque. »

 

Keisha :

« Impossible, vraiment, de communiquer sur cette lecture sans la dénaturer. C'est Richard Powers, et pour ceux qui ne connaissent pas, sachez qu'il n'est pas homme à trancher, mais à présenter, questionner, pousser le lecteur dans ses retranchements. Le moindre paragraphe peut se révéler motif à réflexion sans fin, la moindre phrase peut receler des comparaisons ou raccourcis déconcertants. Mais, éblouissant, léger, il passe et entraîne vers d'autres chemins »

 

Clara

"Richard Powers m’a promenée, a aiguisé ma curiosité dans ce livre dense et  magistral !  J’en suis restée bouche bée…"

 

Papillon : "Avec une intelligence rare, et d'une plume dense et caustique, Richard Powers mène une réflexion sur le bonheur et analyse le monde moderne."

 

 

 

Commentaires

Quel joli billet ! Je cautionne à 200 % :)

Écrit par : Cuné | 25/03/2011

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Mais comment vais-je pouvoir résister ? Vous ne m'aidez pas, là !

Écrit par : Stephie | 25/03/2011

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Deuxième billet que je lis dessus ce matin ... il me hurle "lis-moi", ce livre ;) Et avec ton billet, il est encore plus tentant !

Écrit par : Joelle | 25/03/2011

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Beau billet ! Le thème est attirant mais j'avoue avoir été échaudée avec "L'ombre en fuite", qui m'avait donné une certaine impression de confusion (en clair : pas tout compris, je crois !).

Écrit par : Brize | 25/03/2011

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Très joli billet, qui me rend tout le bonheur que j'ai eu avec ce roman. Ce que j'aime chez Powers, c'est la complexité de ses histoires, et la façon qu'il a de pousser son lecteur à réfléchir, à sa faire sa propre opinion. Et quelle plume !

Écrit par : Papillon | 25/03/2011

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Superbe billet, tu as tout dit ... !

Écrit par : clara | 25/03/2011

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J'aime ton billet...
Je sens que nos avis de blogueuses vont en faire craquer (nfin, on l'espère). Ce Powers fait bosser nos p'tits neurones, il agace, mais il est addictif

Écrit par : keisha | 25/03/2011

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rhaaa, il est dans ma PAL, je m'y mets bientôt !

Écrit par : Irrégulière | 25/03/2011

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@ cuné : :)
@ stéphie, joelle : ne résistez pas :)
@ brize : c'est peut être l'occasion de refaire une tentative ? il est différent de l'ombre en fuite, les personnages sont bcp plus attachants et les thèmes "accessibles", donc tu peux, cette fois ci, accrocher d'avantage.
@ papillon : tout à fait d'accord :)
@ clara : merci :)
@ keisha : addictif, c'est le mot :)
@ irrégulière : j'espère que tu aimeras :)

Écrit par : amanda | 26/03/2011

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Quel beau billet ! J'aime beaucoup ton premier paragraphe, c'est pour toutes ces réactions et son style, ses histoires, qui creusent si profond, qui font beaucoup réfléchir, que j'avais eu un coup de coeur pour La chambre aux échos... Bref, tu me confirmes encore un peu plus que je ne pourrai jamais attendre la sortie de celui-ci chez 10-18 !! :)

Écrit par : Morgouille | 26/03/2011

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Dans ce billet, je retrouve les émotions qui m'ont traversée lorsque j'ai lu son précédent roman. Celui-ci est en bonne place dans ma PAL, même si celle-ci prend des allures de long serpent ...

Sinon, rien à voir, mais pour le livre de Gallay, penses-tu l'avoir lu d'ici un mois ? (Sinon je t'envoie l'adresse de la blogueuse suivante.)

Écrit par : Leiloona | 27/03/2011

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Tu sembles plus enthousiaste que pour L'ombre en fuite... Allez, je lui donnerai encore une chance !

Écrit par : kathel | 27/03/2011

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Je suis vachement fière, tu t'en doutes, de défendre un tel livre !

Écrit par : Solène | 28/03/2011

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Je suis vachement fière, tu t'en doutes, de défendre un tel livre !

Écrit par : Solène | 28/03/2011

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Je devrais le lire bientôt, il vient juste de rejoindre ma pile. J'aime Powers avec ses théories alors ça devrait me plaire. Mais je vais attendre un peu d'être davantage dans une période "lecture" pour mieux l'apprécier.

Écrit par : Karine:) | 28/03/2011

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@ morgouille : merci :) tu aimeras certainement:)
@ leiloona : tu aimeras aussi (t'ai envoyé un mail)
@ kathel : il est plus "accessible" que l'ombre en fuite (j'avais bcp aimé la partie concernant l'otage)
@ solène : tu peux être fière !
@ karine : attends d'être dispose pour le lire, il a besoin d'attention :)

Écrit par : amanda | 28/03/2011

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Ah non, là, ce n'est plus possible! Déjà que la couverture me plait beaucoup mais avec tous ces avis en plus, comment résister?

Écrit par : Valérie | 30/03/2011

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@ valérie : eh bien... ne résiste pas :)

Écrit par : amanda | 31/03/2011

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