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06/06/2011

D'acier - Sylvia Avallone

acier.jpgFace à l'île d'Elbe se dressent Piombino et les barres d'immeubles de la via Stalingrado. Des immeubles où la vie s'étire avec torpeur, entre les cris des adultes, les pleurs des bébés et l'ennui des jeunes qui traînent entre les terre-pleins et la plage, à l'ombre de l'usine Fucchini, l'aciérie où travaillent la plupart des hommes de la cité.

Dans ce quotidien accablé de chaleur et de poussière vivent Francesca et Anna qui, du haut de leurs treize ans, rêvent d'un futur différent où Anna sera avocate et Francesca star de télévision. Un père violent pour l'une, un frère délinquant pour l'autre, des mères qui ont parfois baissé les bras et la plage remplie d'ordures pour seule alternative aux après midi abrutis par la télé qui beugle dans les appartements.

"Avoir été au coeur de la vie, et ne pas l'avoir su."  Silvia Avallone peint ces jeunes déboussolés, sans détours ni édulcorants, en un tableau plein d'âpreté et pourtant palpitant de vie. Si leurs parents avaient des idéaux, ils les ont oubliés, ou perdus au fil des années de chômage, de difficultés et de déceptions, de promesses jamais tenues et de mensonges savamment enrobés par la classe politique. Impossible pour la nouvelle génération de croire en un monde meilleur, alors on survit, tant bien que mal, entre petites magouilles, partie de babyfoot ou boites de nuit. Au milieu de cette grisaille, Anna et Francesca, dont la beauté suscite le désir, la jalousie et la convoitise : liées par une amitié indéfectible  elles en sont pas encore des femmes mais plus tout à fait des enfants et chacune puise en l'autre la force de croire encore en des lendemains moins sordides. Elles sont les reines de la cité, ont ce monde à leurs pieds et croient encore, peut-être, un peu, que l'avenir leur appartient.

On pourrait reprocher à l'histoire les clichés attendus ou des situations caricaturales ou parfois manichéennes (la beauté de Francesca et Anna face à la laideur des autres jeunes filles, l'histoire d'amour entre Alessio, frère de Francesca et ouvrier et Elena, la jeune fille de bonne famille qui deviendra chef du personnel à l'usine, la mère de Francesca vieillie trop tôt, l'île d'Elbe paradis inaccessible, symbole du rêve et d'une vie plus facile) mais ces défauts sont compensés par une écriture précise qui plonge immédiatement le lecteur dans cette cité industrielle de Toscane et lui fait sentir, outre les effluves de l'acier, celles des algues et des relents de la plage. On sursaute aux cris des mamas et les pleurs des bébés, on sent le soleil accabler ses épaules et on entend presque l'effritement des rêves qui se dissolvent dans la torpeur de l'ennui. Anna et Francesca sont des personnages pour lesquels on ressent une empathie immédiate : Silvia Avallone réussit à décrire sans exagération et toujours avec une grande justesse ce fil invisible, fusionnel et passionnel qui lie les adolescentes pour qui l'autre, l'Amie, devient le centre de gravité, le point d'équilibre, la bouée de secours d'existences encore fragiles. Ne serait-ce que pour ça, on pardonne le reste et on attend un deuxième roman de l'auteur, encore plus abouti.

« Tous les quatre, ils attendaient quelque chose – que le samedi après midi remplisse les rues de scooters et de jolies filles, qu'une bagarre éclate, que Francesca arrive avec des fringues à tomber, et Sonia, Jessica ou même Elena, que Mattia et Anna réapparaissent, vu que ça faisait une semaine qu'on ne les voyait plus, bref, que quelque chose se passe dans ce printemps qui commençait à peine, dans ce putain de trou. »

D'acier – Silvia Avallone / Liana Levi, 387 pages, avril 2011

09:35 Publié dans *Littérature Italienne* | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook

Commentaires

très tentant. Cela me rappelle, en moins tragique et sanglant, le film Gomorra, où il n'y a aucun futur dans un Italie laissée à l'abandon par des politiques verreux.

Écrit par : choupynette | 06/06/2011

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En effet, ça a l'air très intéressant !

Écrit par : L'Irrégulière | 06/06/2011

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Ah, l'Italie, même pauvre, même désespérée... je suis très tentée, c'est dit !

Écrit par : kathel | 06/06/2011

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Après avoir lu une très bonne critique dans Elle, ce roman m'a un temps tentée. Mais finalement, je vais attednre le suivant.

Écrit par : Valérie | 06/06/2011

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Noté et archi-surligné ! je veux le lire !

Écrit par : clara | 07/06/2011

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le côté "cliché" me faisait justement un peu peur...

Écrit par : emeraude | 07/06/2011

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Un bon roman, mais qui ne m'a pas emballée plus ça, malgré ses indéniables qualités.

Écrit par : fashion | 07/06/2011

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@ choupy : pas vu Gomorra encore :)
@ irrégulière : oui ça l'est :)
@ kathel : si tu aimes l'Italie il te plaira:)
@ valérie : il est loin d'être inintéressant quand même
@ clara : alors fonce:)
@ emeraude : il faut passer outre
@ fashion : un bon roman qui, malgré ses défauts indéniables, m'a relativement plu :)

Écrit par : amanda | 09/06/2011

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Bonjour Amanda, il paraît qu'il vient de recevoir le prix des lecteurs de l'Express 2011. Je le note pour une prochaine lecture (quand il paraîtra en poche). Bonne journée.

Écrit par : dasola | 30/06/2011

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Bonjour Amanda, il paraît qu'il vient de recevoir le prix des lecteurs de l'Express 2011. Je le note pour une prochaine lecture (quand il paraîtra en poche). Bonne journée.

Écrit par : dasola | 30/06/2011

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@ dasola : il vient effectivement d'obtenir le prix des lecteurs de l'express.

Écrit par : amanda | 01/07/2011

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Je suis en train de le lire ! et pour le moment, ça me plait bien ;o)

Écrit par : Ciboulette | 06/07/2011

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