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05/09/2011

Des vies d'oiseaux - Véronique Ovaldé

des vies d'oiseaux.jpg« Mon Dieu, il me semble être bien vivante dans ma tombe ». Elle est vivante, Vida, ou plutôt elle tente de l'être, dans sa grande maison de Villanueva. Une grande maison que, au retour de vacances, elle et son mari Gustavo ne retrouvent pas cambriolée mais presque. Il n'y manque rien, mais on y et venu. On y est venu, on y a vécu, on en est parti. L'inspecteur Taibo va enquêter sur ses squatteurs qui occupent les riches maisons quand elles sont vides. Et partent sans rien emporter.

 

Ce n'est pas un polar, évidemment, même si l'intrigue repose sur cette enquête menée par Taibo. Ce n'est pas un polar car on devinera rapidement qui sont ces squatteurs. Pas un polar, non, mais bien encore une fois un roman très ovaldien, où les mots et les phrases forment des bulles de couleurs qui éclatent sur la page et forment un tableau coloré et onctueux. Coloré comme cette Amérique du Sud où se situe l'intrigue (Amérique du Sud où se situait déjà, approximativement, Ce que je sais de Vera Candida), onctueux comme l'atmosphère éthérée et mélancolique qui nimbe l'histoire et vient lentement envelopper le lecteur.

 

L'intrigue, pourtant, est aussi légère qu'un souffle : une femme, Vida, s'ennuie dans sa maison avec son mari riche. Ce n'est pas qu'elle ne l'aime plus, mais elle est mélancolique. Gustavo est riche et Vida vient d'Irigoy, une ville pauvre du centre du pays. Leur fille Paloma est partie, elle a fui avec son amant Adolfo et Vida ne l'a plus vue depuis longtemps. L'inspecteur Taibo, que sa femme a quitté, va tomber amoureux de Vida. Voilà. Rien de plus, on pourrait regretter l'absence de fond du roman, ou plutôt l'absence d'intrigue plus travaillée, plus élaborée, plus palpitante. Oui, peut être, et j'avoue l'avoir pensé au milieu du roman. Mais peu importe cette légèreté de l'histoire, elle est comblée, oui, comblée, par le style ovaldien que, pour ma part, je continue à aimer. Il y a des mots qui flottent dans l'espace, y ondoient, y scintillent, s'arrêtent un instant pour mieux repartir et voguer au fil des images qu'ils suscitent.

 

« Quand elle l'interroge, il lui fait une réponse bizarre, il lui dit que ce qu'il veut, c'est rester auprès d'elle parce qu'elle est comme un ensemble de molécules dans un vent stellaire et qu'il a peur qu'elle ne s'éparpille dans l'espace. »

 

Au delà de l'intrigue et de sa légèreté il y a les mots donc, et les images qu'ils suscitent. Des images où se dessinent les personnages, chacun avec leurs forces et leurs faiblesses. Ici c'est de mélancolie et de regrets qu'il s'agit. Pour combattre cette mélancolie les personnages partent, s'envolent, vers de nouveau horizons parce que pour vivre il faut partir. Pour aimer il faut partir ; à son tour prendre son envol. Quitter le nid. C'est ce que raconte Véronique Ovaldé, avec sa plume, sa grâce, et son talent de conteuse. Même si Des vies d'oiseaux manque - un peu - de contenu, il n'en reste pas moins un joli conte où les mots ont la part belle et les images continuent de flotter bien après la dernière page tournée.

 

« Taibo sentait les cascades et les marécages, la mangrove et la roche rouge du désert, il sentait la selle des chevaux, il sentait Liberty Valance et la tristesse chilienne, il sentait les pays que l'on quitte et le cuir patiné....cet homme avait la possibilité d'être tout près de vous et très loin à la fois, c'était une sorte de qualité mélancolique, de qualité tragique, son absence était palpable et douce, Vida aurait pu embrasser l'absence de cet homme...cette avidité, cette maladresse ont fait place à l'étonnement de découvrir leur intimité dévoilée, ces gestes qu'on ne devinait pas, ces caresses amorcées qu'on ne soupçonnait pas chez l'autre, et il s'est remis à pleuvoir, elle a entendu la pluie qui tambourinait contre les volets et qui plicploquait au grenier pendant qu'elle était sous cet homme et que le sexe de cet homme dont elle était en train de devenir très amoureuse (ce sont ces histoires d'ocytocine et d'on ne sait quoi qui la rendaient si triste et aimante à la fois), pendant que le sexe de cet homme était en elle, elle se fichait de ce que le docteur Kuckart aurait dit (quelque chose comme, « Méfiez vous de la passion amoureuse, cette maladie mentale ») elle voulait juste que cet homme la complétât et la soulevât, dramatiquement, qu'il pressât sa queue dans sa bouche, que sa nudité fut complète et augmentée, et depuis combien d'années n'avait-elle pas mis la queue d'un homme dans sa bouche, la peau si lisse et tendue, sa texture et son sel ? ».

 

Véronique Ovaldé, Des vies d'oiseaux

Editions de l'Olivier, 236 pages, aot 2011


Lu pour les Chroniques de la Rentrée Littéraire

chroniques1.jpg 

 

 

 

Véronique Ovaldé a gentiment accepté de répondre à mes questions sur "Des vies d'oiseaux". Cet interview est ici (et merci à Abeline Majorel de m'avoir guidée et épaulée pour cet interview). 

 

Les avis de Clara, Cuné

 

 


Commentaires

Je reste persuadée que le style importe finalement plus que l'histoire... Mais bien sûr c'est une opinion personnelle... Qu'il me semble que tu partages...
En tout cas ce roman là fera sans doute parti de mes choix pour la rentrée littéraire, j'avais beaucoup aimé "Ce que je sais de Véra Candida" Bonnes lectures Amanda

Écrit par : L'or des chambres | 05/09/2011

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Comme L'or des chambres, j'avais bien aimé "Ce que je sais de Véra Candida" et j'avais donc continué avec cette auteure en lisant "Et mon coeur transparent" mais j'avais beaucoup moins accroché. D'après ton article, ce nouveau roman est plus proche de "Ce que je sais de Vera Candida" et me semble même mieux ; les côtés conte et intrigue ont l'air d'être plus approfondis. Ceux sont deux ingrédients que j'aime beaucoup dans mes lectures.

Écrit par : Anne(De poche en poche) | 05/09/2011

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Tu en parles très bien et j'aime également beaucoup le style de Véronique Ovaldé. Le manque de fond ne m'empêchera pas découvrir ce nouveau roman.

Écrit par : Titine | 05/09/2011

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Ton billet est aussi beau que le livre !
Comme tu le dis, l'histoire est simple ( un homme riche, sa femme qui s'ennuie dans sa prison dorée, leur fille partie pour plusieurs raisons) mais quelle écriture aérienne et si belle ! Les mots s'envolent et touchent le lecteur, l'englobent dans une "bulle" façonnée par l'auteure...

Écrit par : clara | 06/09/2011

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Il est dans ma liste de rentrée...

Écrit par : L'Irrégulière | 06/09/2011

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Je ne sais pas ce qu'il se passe avec cette rentrée littéraire, mais vraiment j'la sens pas :((...

Écrit par : LVE | 07/09/2011

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Ma première rencontre avec le style de cette auteure m'avait charmée, vraiment ! Elle a une patte bien à elle, je vais sûrement me laisser tenter par son petit dernier !

Écrit par : Noukette | 07/09/2011

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Mon billet paraît demain, mais j'ai lu ce livre dès sa sortie, et ma chronique n'a fait qu'être repoussée avec cette rentrée scolaire. ;)

Je l'ai donc lu avec l'envie de replonger dans cet univers si particulier que l'auteur sait créer. Alors bien entendu cela fonctionne, car elle a un talent de conteuse certain, mais je n'ai pas non plus voyagé plus que ça dans ce livre. Il y manque quelque chose, de la profondeur, oui, des racines ...

Écrit par : Leiloona | 07/09/2011

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J'ai hâte de le lire !!!

Écrit par : Stephie | 11/09/2011

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ah il me tente celui là !

Écrit par : lucie | 11/09/2011

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Des images qui restent malgré une intrigue très légère... ça me rend très curieuse, ça...

Écrit par : Karine:) | 13/09/2011

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Je fais partie du jury du Goncours des lycéens , nous sommes donc la seule classe de paca a y participer, j'ai choisis d lire l'ouvrage de Véronique Ovaldé en premier car j'ai vu tous le bien que tu en disais . je pense vraiment que se livre serat dans ma sélection finale ,ce n'est pas une histoire qui m'a prise au tripe ou qui ma touchée mais j'apprécie grandement le style et la facon de l'ecriture ; je pense que se n'est pas le meilleur ouvrage qu'elle est sortis mais je vais grandement me pencher sur son style ;)

Écrit par : ophélie | 13/09/2011

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J'ai une belle compagnie de perdreaux, à côté de chez moi !

Écrit par : Tietie007 | 18/09/2011

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@ l'or des chambres : tout dépend... parfois le style prime, d'autre pas... je pense que le tout doit former un genre homogène, j'attends que le style épouse l'"histoire, la transcende (je n'aime ce mot trop fort), qu'ils se fondent... Disons qu'ici le tout est moins fort que dans Ce que je sais de Vera Candida
@ anne : il devrait te plaire, donc. L'histoire de Lancelot était vraiment très différente. Mais attention, l'aspect conte est beaucoup moins présent
@ titine, l'irrégulière, stephie, lucie : bonne lecture donc
@ clara : merci... et ton commentaire est aussi beau, tu sais :)
@ LVE : tout pareil:)
@ noukette : n'hésites pas si tu aimes son style
@ leiloona : un chouya en dessous, oui, mais ce style, quand même...:)
@ karine : il faut essayer alors:)
@ ophélie : une seule classe en PACA ? la région est trop peu représentée, tiens... bonnes lecures et surtout profitez de cette belle expérience :)

Écrit par : amanda | 23/09/2011

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je me suis permis de faire un lien depuis notre blog vers votre billet

Écrit par : cedric | 07/10/2011

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J'ai commencé ce roman, tout à fait d'accord avec toi pour l'écriture, une petite merveille. Seulement, bah, cela manque un peu de nerf côté histoire, et j'ai abandonné , lisant quand même la fin, pour savoir.
La malédiction des romans français a encore frappé, pourtant là Taibo me plaisait bien, l'ambiance, le style...

Écrit par : keisha | 09/10/2011

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Bonjour Amanda
j'avais beaucoup aime Vera candida et j'attendais impatiemment ces vies d'oiseaux. J'ai été immensément déçue. Certes l'écriture est belle mais il n'y a pas l'émotion que j'ai ressentie pour Vera candida. je me suis un peu ennuyée et la fin n'en est pas vraiment une. Certains thèmes sont déjà évoques dans Vera candida ( la peur de perdre un enfant, le temps qui passe..) mais en moins bien. Ça a un goût de déjà vu. Dommage...
J'aime bien tes conseils lecture. Continues à nous en donner plein.

Écrit par : Lorine | 20/10/2011

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je vais avoir la chance de pouvoir la rencontrer début novembre, je vais me laisser tenter par ce roman je pense.

Écrit par : lucie | 29/10/2011

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je vais avoir la chance de pouvoir la rencontrer début novembre, je vais me laisser tenter par ce roman je pense.

Écrit par : lucie | 29/10/2011

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