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30/04/2008

LES AVENTURES DE CE FABULEUX VAGIN - MOIRA SAUVAGE

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Minou ? Chattoune? Mistrigri ? Paquerette ?  Boîte à malice ? Mimi ? Foufoune ?

 

Vous lui donnez un nom, vous, à votre vagin ? Vous l’étudiez, allongée sur votre lit un miroir à la main ? Non ? Vous laissez ça à la délicieuse Katie Bates dans « Beignets de tomates vertes » ? Et bien vous devriez peut-être.

Ou, si vous n’osez pas, ou craignez le lumbago, ou avez égaré votre miroir, profitez de l’une des nombreuses représentations des Monologues du vagin, la pièce d’Eve Ensler. Allez la découvrir. Créée en 1996, elle a permis à Eve Ensler de fonder en 1998 le mouvement V-Day, qui lutte contre toutes les formes de violences faites aux femmes, sur toute la planète. Et sachez qu’il y en a, des violences.

Dix ans de lutte, de travaux, d’événements d’une féministe convaincue et convaincante, passionnée et passionnante, indéniablement charismatique et capable de soulever des montagnes.

 

C’est à ce parcours étonnant que la journaliste Moira Sauvage, qui a été pendant six ans responsable de la Commission Femmes d'Amnesty International, s’est intéressée. Dans son livre « Les aventures de ce fabuleux vagin », elle retrace le parcours de cette femme hors du commun et la naissance du mouvement V-Day, créé suite au succès rencontré par la pièce et entièrement consacré à la lutte contre les violences faites aux femmes : viols, excisions, femmes battues, assassinées...

 

La journaliste a rencontré Eve Ensler, l’a accompagnée dans ses voyages, s’est rendue dans plusieurs pays pour rencontrer les responsables du mouvement, des bénévoles qui l’animent, et d’autres, des comédiennes professionnelles, amateurs, ou simples partisanes qui interprètent les Monologues et versent les recettes à des associations de lutte contre la violence faite aux femmes.

Très documenté, l’ouvrage présente d’abord la personnalité d’Eve Ensler, elle-même victime de violence dans son enfance. Dramaturge et militante convaincue des droits de la Femme, elle écrit son premier monologue (le bouleversant Mon vagin, mon village) à son retour de Zagreb, bouleversée par les récits des viols endurés par les femmes bosniaques pendant la guerre.

C’est le début d’une longue aventure, d’un parcours assez fascinant que celui de cette femme volontaire et obstinée, et du mouvement qu'elle a créé. C’est aussi l’aventure de centaines de bénévoles, partisans, qu’ils soient célèbres, fortunés, anonymes ou plus démunis. De Jane Fonda aux agricultrices bretonnes, des centaines de femmes convaincues se lancent dans l'aventure du V-Day et contribuent avec leurs propres moyens, leur conviction, à la cause d'Eve Ensler.

De l’Afghanistan au Congo, en passant par les Philippines ou le Mexique, Moïra Sauvage relate dix années de combat, réunit des témoignages et des archives qui résument le combat du V-Day. Elle s’est elle-même rendue en Inde, au Pérou, en Haïti ou aux Etats-Unis pour recueillir des témoignages. Elle a interviewé des activistes du mouvement en Irak, Ex-Yougoslavie ou au Guatemala.

Moira Sauvage n’omet pas de mentionner les critiques dont fait l’objet Eve Ensler, parfois considérée comme trop féministe, trop communautariste ou célébrant le vagin au lieu du cerveau de la femme.

 

D’une rencontre avec une femme bosniaque à la naissance d’un mouvement mondial qui fête donc cette année ses dix ans, c'est l'histoire étonnante et souvent bouleversante, que nous raconte Moira Sauvage.

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18/04/2008

LE CHATEAU DE VERRE – JEANNETTE WALLS

204755709.jpgComment peut-on se construire quand ses propres parents considèrent que les blessures (toutes, quelles qu'elles soient, même les plus graves) immunisent, les pleurs et les peurs ne font qu'affaiblir, que l’on peut se nourrir des jours durant de pop-corn, voire de rien et que faire les poubelles pour manger, c’est rejeter la société de consommation et son gaspillage honteux ?

Jeannette Walls, journaliste et chroniqueuse, écrit ici un document édifiant. Edifiant parce qu’elle y raconte sans fausse pudeur la vie de sa famille et l’enfance qu’elle a eu avant d’arriver à New York. Un père alcoolique et rêvant de construire une maison qui utiliserait l’énergie solaire (son château de verre), une mère artiste (ou qui se voulait comme telle) qui rejetait toute forme d’autorité et laissait ses enfants s’élever tous seuls. Pas d'argent, pas de règles, pas de limites.

Elle dit les fuites nocturnes pour échapper aux huissiers, les hôpitaux quittés en douce et surtout en vitesse, les fins de mois qui arrivaient dès le début du mois, les hardes rapiécées qui les ont habillés, elle et ses frères et sœurs, les nuits à la belle étoile, les repas sans nourriture, la crasse, la veulerie, la poignante solidité de ces enfants trop aimants, trop fascinés par leurs parents fantasques, marginaux, trop égoistes pour accepter de changer de vie. Ces parents dont l’un boit ou joue le peu d’argent du ménage et l’autre préfère les sensations fortes, s’arrime à ses rêves d’artiste et refuse toute responsabilité.

 

Les parents de Jeannette Walls n’ont pas donné à leurs enfants ce qu’ils considéraient comme futile (un toit, des repas réguliers, une relative sécurité). Ils leurs ont offert des étoiles, des rêves, des promesses qui ne furent presque jamais tenues, et une autre forme d’éducation : celle de la débrouille d’abord, certes, mais surtout la confiance, la volonté de réaliser ses rêves, de croire en eux et en leur capacités.

Ils aimèrent leurs enfants à leur manière, sans doute, et leurs enfants les aimèrent de façon désespérée, entière.

Jeannette Walls témoigne ici du farouche amour qu’elle portait à son père (aujourd’hui décédé), de celui qu’elle porte à sa mère même si la rancœur semble parfois plus forte de ce coté là. Elle a réussi à se bâtir une vie sur des bases qui peuvent sembler les plus fragiles, les plus bancales mais les valeurs que lui ont inculqué ses parents lui ont donné des armes bien plus solides et fortes.

J’ai été assez fascinée par ce livre, et me suis demandé si aimer ce livre équivalait à du voyeurisme. Mais je crois que, finalement, en dessous du coté sordide, miséreux, crasseux de l’enfance de Jeannette Walls, il y a en fait une grande richesse, celle qui est importante : les valeurs, la famille, le courage et la volonté.

 Jeannette Walls et sa mère en parlent ici.

Merci à Stéphanie de me l’avoir prêté, son avis ici.

01/04/2008

100 ROMANS DE PREMIERE URGENCE

 

2129957282.2.jpg(pour presque tout soigner)

Vous êtes fatigué, harcelé, déprimé, malade ? Stéphanie Janicot vous propose pour chaque symptôme un livre-remède.

L’hypocondriaque lira « la conjuration des imbéciles », celui qui aime une femme plus âgée lira « Chéri » de Colette, ceux qui n‘ont pas de chance liront « la vingt-cinquième heure » de Virgil Gheorghiu…

Ben voyons.

A grand renfort de pictogrammes pour définir les symptômes, les remèdes, les posologies, Stéphanie Janicot prescrit pour chaque mal (imaginaire ou pas), une solution, un roman.

L’idée aurait pu être bonne, elle l’est même peut-être, mais la forme et le fond ne sont pas des plus pertinents.

Certains « symptômes » sont drôles, amusants (Je suis moche, je n’ai envie de rien…) et les romans proposés sont amusants. Jusque là, on sourit.

En revanche, d’autres cas ne méritent pas d’être abordés avec autant de légèreté. Vous avez été violée ? Jetez vous sur « Lucky », d’Alice Sebold ou sur « Inceste » de Claire Castillon. Vous êtes handicapé ? Un long dimanche de fiançailles est pour vous. Vous êtes aveugle ? La symphonie pastorale. (mais Stéphanie Janicot ne précise pas où trouver la version Braille).

Certains romans sont résumés avec un peu trop de légèreté. Par exemple : vous souffrez de l’absence de votre frère/sœur. Ce manque vous étouffe. Lisez La trilogie des jumeaux d’Agota Kristof. Stéphanie Janicot termine sa « prescription » par « bien sûr, si vous souffrez d’une absence, vous me répondrez qu’on n’en guérit jamais vraiment. Certes et pourtant je suis prête à vous garantir une nette amélioration après la lecture d’Agota Kristof ». Un peu léger, non ? Pour qui a lu cette trilogie, cette approche rapide, superficielle ne peut que surprendre désagréablement.

Terre des oublis est résumé de façon un peu bâclée. Vous n’aimez pas votre mari ? Lisez le et vous trouverez le courage de le plaquer. Je souhaite bon courage aux femmes dubitatives... Terre des oublis ne se lit pas comme ça, juste parce qu'on a envie de plaquer monsieur...

Vous êtes hypocondriaque ? Ne lisez pas Le malade imaginaire puisque "Molière est mort en interprétant le personnage". Faux. Il est mort après la représentation. Non mais.

Bon, j’ai trouvé cet essai trop superficiel.

Je ne reviendrai pas sur le lapsus "Marc Darcy / Fitzwilliam Darcy"... à ce niveau là, je trouve que ce n'est pas une coquille, mais plutôt une bourde. N'allons quand même pas confondre Helen Fielding et Jane Austen...

Ceci dit, j’ai quand même noté plusieurs titres qui vont allonger ma LAL. Parce que, même si les résumés sont un peu légers, ils m’ont quand même donné envie de lire certains livres. Vraiment. Ils sont notés, mémorisés, et je les lirais (eh non, je ne vous dirais pas quels symptômes m'ont interpellée !!).

Si c’était le but de cet essai, alors je dirais qu’il a partiellement réussi. Et au final, je dirais que le livre est à lire au second degré. Juste comme un catalogue amusant. Rien de plus. Surtout rien de plus.

Clarabel a bien aimé, Ysppadden beaucoup moins.

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