Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22/05/2009

MONTEDIDIO - ERRI DE LUCA

Montedidio (la Montagne de Dieu) est un quartier de Naples où grouillent les enfants, crient les vendeurs de pizza, de poulpe et deluca.jpgles pêcheurs fraîchement revenus de mer. C’est le quartier où vit le narrateur, un jeune garçon de treize ans, qui va devenir un homme.

L’enfant a quitté l’école pour travailler chez un ébéniste et couche sur papier ses journées (« J’écris en italien parce qu’il est muet, et que je peux y mettre les choses de la journée, reposées du vacarme du napolitain ».) C’est ce récit que nous suivons, parsemé d’expressions napolitaines, la langue des gens simples et du quotidien. Le jeune garçon a reçu un boumerang pour son anniversaire, et s’entraîne à le lancer, entraîne ses muscles, son corps pour maîtriser l’objet. Ce lancer auquel il s’entraîne, et qui symbolisera l’envol final vers l’âge adulte. Autour de lui, Mast’Erico, l’ébéniste plein de sagesse, son père plein de tristesse depuis que sa femme est malade, Don Rafaniello le cordonnier, un juif rescapé des camps qui veut rejoindre Jerusalem, plein de bonté et de douceur. Don Rafaniello  fabrique gratuitement des chaussures pour tous les pauvres du quartier et dit au garçon que sa bosse sur son dos abrite les ailes qui lui permettront de s’envoler pour Jerusalem.

 

Il y a aussi, Don Ciccio, le propriétaire de l’immeuble, vil, véreux, vicieux. Et surtout Maria, celle auprès de qui l’adolescent découvre l’amour, sent son corps se transformer, sa voix muer, ses sens s’éveiller.

 

Un très joli récit, servi par une langue à la fois dépouillée et très visuelle, très simple et pourtant très poétique, dans une atmosphère douillette mais pleine de vie, celle des années après guerre, où se mêlent espoirs et pauvreté, rudesse et entraide. C’est le passage à l’âge adulte, l’apprentissage de l’amour, de la force, de la sagesse, de la colère aussi, et tout en douceur, en clarté et en simplicité. Ravissant.

 

Montedidio, Erri De Luca

Folio, 230 pages – août 2007

 

L’avis de Papillon 

Extrait :

« Sur la promenade du bord de mer e long de la villa communale, nous passions à l’heure où les pêcheurs tiraient à terre le deux bouts de câble du grand filet. Il y avait six hommes à chaque bout, ils tiraient d’un coup tous ensemble, le plus vieux leur donnait le signal. Le câble tournait sur leurs épaules, les pieds croisés, ils poussaient de tout leurs corps, ils traînaient la mer à terre. Le filet s’approchait, large, avec lenteur, tandis que les deux câbles s’entassaient en anneaux sur la route. Quand il arrivait en bas, les poissons lançaient des étincelles, tout le blanc de leurs corps éclatait, ils tapaient de la queue par centaines, le sac renversait au sec tout le tas de vie volée aux vagues, papa disait : « voici le feu de la mer ». L’odeur de la mer était notre parfum, la paix d’un jour d’été une fois le soleil couché. Nous restions silencieux, serrés les uns contre les autres, ça a duré jusqu’à l’année dernière, jusqu’à l’année dernière j’étais encore un enfant. »

 

Géraldine, qui a gagné le jeu Blondel il y a quelques mois,  a eu la gentillesse de m’offrir ce livre. Un très bon choix, puisque je me promettais depuis longtemps de découvrir cet auteur. Un grand, très grand merci à vous, Géraldine.

11/05/2009

AVEC LES OLIVES – ANDREA VITALI

Nous sommes dans le petit village de Bellano au bord du lac de Côme, dans les années 30. La vieille Fioravanti meurt paisiblement vitali.jpgdans son sommeil. Ce qui est tout à fait normal, peuchère, elle avait 93 ans ! Rien d’anormal, donc, pour le docteur Lesti qui signe le certificat de décès sans examiner la dépouille. Mais on apprendra rapidement que tout n’est pas si simple, et que, dans ce petit village bien tranquille, les habitants ont bien des ressources, bien des aventures, et surtout bien des soucis !

 

Nous sommes plongés dans une savoureuse comédie à l’italienne, avons l’impression d’être attablé à la terrasse d’une trattoria et de contempler et déguster une délicieuse chronique, où les habitants du villages sont tous loufoques, attendrissants, complètement barrés et persuadés d’être dans leurs bons droits, qu’ils voient l’avenir dans les lignes de la main ou ne supportent pas le mariage de leur sœur avec un camarade, disons… bâti différemment.

 

Un curé de village résigné à entendre des confessions étonnantes ou subir des extrêmes onctions inattendues, d’un podestat (maire) de village dépassé par les événements, un capitaine des carabiniers dévoué et interloqué, une épouse qui voit des ressuscités partout, une prostituée pressée, une bande de jeunes gars imbéciles qui grandiront finalement, la galerie de personnages est truculente, touche au grand guignol parfois, mais est agréablement pittoresque.

 

Un grand roman ? Non. Non, parce que le style est souvent très facile, les phrases très courtes et les points de suspension trop utilisés pour passer d’un chapitre à l’autre, les allers-retours dans le passé / présent / et même avenir parfois déconcertants, le nombre de personnages un peu perturbant au début (heu, lui, c’est qui ? il a fait quoi déjà ?), et surtout le fond de l’intrigue finalement très léger, donc non, pas un grand roman. Juste un roman détente, qui vous transporte dans une époque révolue, avec un petit air de Don Camillo et Peppone, vous donne envie de commander un risotto alla milanese, un peu de bresaola ou une bruschetta tout en sirotant un verre de Franciacorta…. Avec les olives :)

 

 

 

Avec les olives, Andrea Vitali – Buchet Chastel 490 pages, mai 2009

06/11/2008

CHAOS CALME - SANDRO VERONESI

veronesi.jpgPietro et son frère Carlo sauvent la vie de deux jeunes femmes. Ils ont plongé sans hésiter, ramené les jeunes femmes sur la plage. Pietro est un héros ? Oui, peut-être. Personne ne le remercie. Pietro s’en va et Pietro rentre chez lui, pour apprendre que Lara, sa femme, est décédée d’une brutale rupture d’anévrisme pendant qu’il jouait les sauveurs.

 

Incapable de s’effondrer, incapable de ressentir ou d’exprimer son chagrin, anesthésié, Pietro passe ses journées dans sa voiture, devant l’école de Claudia. Pietro vit dans sa voiture, Pietro travaille dans sa voiture, Pietro reçoit dans sa voiture. Une, deux, trois visites, puis quatre, puis cinq. Le dernier salon où l’on cause, c’est chez Pietro. Comprenez dans sa voiture.

 

C’est un roman que j’aurai du mal à définir. Savoureux, ennuyeux ? En fait un peu le deux. L’incessant va et vient des amis, famille, voisins, connaissances de Pietro qui défilent dans sa voiture, qui pour s’épancher, qui pour s’inquiéter, qui pour « voir », est un régal. Chacun appréhende le deuil à sa façon, l’absence d’effondrement de Pietro, ou son absence de manifestation apparente de désespoir provoque peu à peu les confessions, les petites histoires et les grands rêves confiés. Que de sourires dans cette lecture ! Mais d’un autre coté, le livre est long, traîne un peu en longueurs par moments.

 

Mais il n’en reste pas moins un bon roman sur le temps qui passe, les rapports humains, les petites tendresses et les grands dégoûts. Parce que la vie, c’est justement ça, ces petits trucs qui font qu’elle a du goût, de la saveur, et que même sous l’insipidité de certains jours, elle est remplie de petits bonheurs. Il suffit d’ouvrir les yeux.

 

C’est souvent drôle, loufoque, attendrissant. Attachant, doux. Un roman sur nos vies et nos choix, parsemé de désirs et de regrets. Un roman à lire avec plaisir, malgré les longueurs.

 

Chaos calme, Sandro Veronesi – Grasset 505 pages

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009

 

 

Les avis de Anne, Antigone, Cuné,  LVE.  Bellesahi s’est ennuyée ferme.