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11/04/2011

The anniversary man - RJ Ellory

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« Hell, I live in New York. Every one seems crasy to me. »

 

 

On pourra dire que des histoires de serial killer, on en a lu tant et tant que bon ben quoi, voilà, on ne voit pas pourquoi R.J. Ellory réussirait à faire de The Anniversary Man quelque chose de différent, de neuf, de mieux que untel, de plus mieux bien que tel autre etc. Ouaip. Certes. D'ailleurs, l'intrigue générale reste classique : un tueur en série joue les copycat à New York, un flic, Ray Irving, se remet difficilement de la mort de sa compagne, une jeune journaliste Karen Langley, spécialisée dans le crime, va travailler avec Irving. Le tueur manipule diaboliquement la police et les suspects ne sont jamais ceux que l'on pense.

 

Le tueur en série, le flic, la journaliste, rien de spécialement original, donc. Mais RJ Ellory travaille des personnages, les cisèle, les rend présents, palpables. Et puis il y a John Costello, qui travaille auprès de Karen comme assistant de recherche. John a réchappé de justesse, quelque vingt ans auparavant, à un serial killer, the Hammer of God. Comment refaire a vie quand on a vu, à seize ans, sa petite amie massacrée sous ses yeux ? John ne sera jamais le jeune homme insouciant qu'il était. Depuis vingt ans, il travaille au New York City Herald, connaît tous les meurtres et les affaires de tueurs en série, et c'est lui qui va reconnaître en ces divers assassinats les copies conformes de meurtres survenus des années auparavant. Chaque « copie » ayant lieu à la date anniversaire précise de son modèle, les détails, même les plus infimes (de l'âge de la ou des victimes jusqu'à ses vêtements), sont reproduits à l'identique.

 

La narration, avec des chapitres courts, se concentre sur Irving, Costello et Karen et le lecteur va suivre l'enquête de leur point de vue. Il y a dans la plume de RJ Ellory une façon très personnelle de modeler ses personnages, de créer une intimité entre le lecteur et les acteurs de ses romans, de faire entrer le lecteur dans son intimité, son passé, ses pensées. Ici, Ray Irving n'est pas seulement un flic dépassé par les événements (les meurtres ont lieu dans des districts différents de New York et il faudra que Costello éveille l'attention des policiers avant qu'ils fassent le lien entre eux).

Le flic est aussi un homme qui s'interroge sur sa vie, son enquête, sa relation avec le meurtre et les tueurs (Ellory cite d'ailleurs souvent Capote et De sang froid). Sans compter ces pages qui se tournent fébrilement, ces meurtres que l'on attend en frémissant (j'ai tremblé avec la famille Allen), ces interrogations qu'Ellory distille sans arrêt, ces fausses pistes et ces chausse trappes qu'il ouvre et ferme sans arrêt, toutes ces pages qui font et défont les pistes qu'on se prend à imaginer, créer, deviner ou plutôt croire deviner, pour repartir rapidement bredouille et tout aussi perdu. Comme Iving.

 

Un bon page turner, donc, avec une petite réserve pour la fin, pas assez étayée à mon sens, mais, bon, ne pinaillons pas, ça reste un Ellory de très bonne facture.

 

Les avis d'Amélie Bertrand, de Cuné (merci pour le prêt), de Val, de Aupolicierchinois.

 

 

 

 

The anniversary man, RJ Ellory -VO

Orionbooks, 452 pages, 2009

29/03/2011

Close your eyes – Amanda Eyre Ward

 

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Deux enfants, frère et soeur, Alex et Lauren. Une nuit étoilée, il dorment dans la cabane que leur père a construite dans le chêne de leur jardin. Izaan, leur père, et Jordan, leur mère, reçoivent des amis. La nuit est douce mais le matin sera terrible : Izaan a tué Jordan après une violente dispute.

 

Près de vingt ans après, alors que leur père purge une peine de prison et qu'Alex reste persuadé de l'innocence de son père, Lauren, elle, refuse tout contact avec ce dernier.

 

On retrouve les thèmes déjà présents dans « A perte de vue » : l'enfance brisée par un événement douloureux, la difficulté à survivre, le doute, la peur de s'engager. Comme dans son deuxième roman, un élément de la fratrie refuse de baisser les bras tandis que l'autre ne veux pas revivre le passé et préfère oublier, sans réussir à trouver la paix.

 

Amanda Eyre Ward décrit avec subtilité la douleur et l'impossibilité de survivre, de se construire après le drame. Pas de fioritures, pas de pathos, seuls les agissements de Lauren symbolisent ses freins et l'on ici retrouve ce qui fait la touche d'Amanda Eyre Ward et que j'apprécie.

 

Ici, "Close your eyes"  mélange intrigue policière et drame familial, puisque arrivera dans la deuxième partie du roman un autre personnage, Sylvia, qui pourrait apporter un nouveau regard sur le meurtre de Jordan. Sylvia dont l'enfance a été marquée par l'influence insidieuse de son amie Victoria. Sylvia a quitté son compagnon et part, enceinte, pour rejoindre Victoria, chez qui elle croit pouvoir trouver refuge.

 

L'alternance de chapitres entre les récits concernant Lauren et Sylvia donne au roman un rythme lent à démarrer, on s'ennuie un peu dans ces deux histoires qui semblent ne jamais de relier. Petit à petit néanmoins, l'éclairage se fait sur les événements et le roman devient plus touchant, les liens entre les deux personnages, Lauren et Sylvia, commencent à s'esquisser au fil de leurs vies que l'on découvre.

 

Que ce soient Lauren et sa difficulté à vivre, à s'épanouir dans une relation (elle refuse d'accepter d'épouser son ami en pensant que tout mariage finit inéluctablement par une tragédie) ou Sylvia, dont on découvre petit à petit l'enfance et ses relations difficiles avec sa meilleure amie (qui l'étouffe) ou sa difficulté à se construire par absence de repères paternels, les personnages d'Amanda Eyre Ward sont  des caractères toujours finement ciselés. Néanmoins, je suis restée indifférente à cette histoire, la trouvant touchante par moments, lassante à d'autres, et au final sans grande surprise tant la fin est attendue.

 

 

L'avis de Cuné

 

 

 

Close your eyes, Amanda Eyre Ward

Harper Press, 2011, 251 pages, VO

 

06:13 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne*, Lectures VO | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

25/03/2011

Générosité – Richard Powers

 

 

powers.jpg« Pourquoi on n'écrit pas en ligne ? Les journaux intimes c'est des blogs morts, non ? Russell s'est préparé trois jours durant à cette question. Il défend l'écriture privée contre celle destinée au premier venu armé d'un moteur de recherche. « Je veux vous voir réfléchir, ressentir, et non vous vendre. Vos écrits doivent être un repas entre intimes, pas un dîner spectacle. »

 

Il est bizarre, Richard Powers, il est bizarre car lire ses romans relève souvent d'une expérience troublante faite de j'adore, bon sang où va-t-il, ça c'est merveilleux, là je n'y comprends rien, je veux arrêter non je continue, arhh que c'est bon mais je suis perdue oh oui j'en veux encore comment mais c'est déjà fini ? Oh non s'il vous plait Monsieur Powers, encore un petit peu, pleease....

Est ce que je l'aime pour ses histoires ? Ses hypothèses ? Ses thèses montées et confrontées les unes aux autres au fil des pages ? Est ce que je l'aime parce que je suis totalement inapte à juger de ses propos scientifiques et que sa prose élève le complexe au rang d'admiration béate ?

Qui sait, mais en fait, dans le cas présent, je me fiche totalement de connaître les raisons d'un tel attachement à cet écrivain. Je l'aime pour toutes les réactions précitées je suppose, et cela me suffit.

Et toutes ces réactions, je les ai eues, toutes, une par une, en lisant Générosité.

Tout d'abord l'admiration au début, pour ces 30 premières pages où nous découvrons Russell Stone, jeune professeur d'écriture. Russell prend en main un cours dans lequel il rencontre Thassadit, une jeune femme douée de... bonheur. Oui, de bonheur, car Thassa semble traverser la vie et les épreuves dotée d'une indéfectible capacité à relativiser, à rester optimiste en toute situation, même les pires. Thassa dont la famille a été décimée en Kabylie, Thassa qui ne connait ni la rancune ni la colère.

Il y a dans l'écriture de Powers une sorte de magnétisme qui provoque une empathie profonde et viscérale pour ses personnages. Que ce soit Thassa, ou bien Russell qui a peur d'écrire, ou bien Candace, une psychologue vers qui l'envoie Russel, ou encore Thomas Kurton, qu'on va apprendre à mépriser, tous ses personnages et j'en omets plus d'un, deviennent tous des proches, des êtres presque palpables grâce à l'écriture de Powers.

Agacement (ou peur ne pas pas être à la hauteur ?) quand Powers entre dans un prose bien plus scientifique. L'aptitude au bonheur de Thassa intrigue autant qu'elle fait peur et la jeune fille va devenir phénomène de foire quand elle attire l'attention des psychologues ou, pire, de Kurton. Kurton qui prétend pouvoir modifier le génome humain. Le bonheur, une faculté génétique qui ne serait pas le fruit du vécu. Une faculté donc, un gène spécifique que Kurton aimerait isoler et... commercialiser.

Et c'est parfois difficile de ne pas se perdre dans les méandres des théories et explications touchant à la neuroscience. On doute, on s'interroge, on interroge, ceux qui comme vous, sont des adeptes, aussi, et quand on vous répond « ça vaut le coup de te forcer, je t'assure » on décide de rester avec Powers, de s'y accrocher. Après tout, on a l'habitude, on sait, au fond de nous, qu'on peut et qu'on doit lui faire confiance, il nous a déjà emmené loin avec ses précédents romans.

Alors on plonge, avec délice, on admire les théories, on les explore, on les rejette ou on les adopte. Parce qu'au delà des théories, donc, et de cette hypothèse effrayante : « le gène du bonheur peut-il être identifié, isolé, exploité pour améliorer l'être humain et la vie » il y a dans le roman de Powers une multitudes d'autres thèmes, richement exploités, sous-jacents et pourtant tout aussi présents et constants : l'écriture et le voyage intérieur face aux stimuli techniques, télévisuels, électroniques etc, l'opposition valeurs humaines / valeurs scientifiques, l'exploitation commerciale des individus, (Thassa se voit proposer trente deux mille dollars pour ses ovules), la surmédiatisation, l'exploitation outrancière des media papier et internet, des talks shows (Oona – Oprah)...

Bref, Générosité possède des strates infinies d'interprétation où chacun peut piocher la thèse et le sujet qu'il préfère pour s'y ancrer. Le tout étant recouvert d'une pellicule passionnante : l'écriture et l'impact de la fiction sur un lecteur. Et son auteur.

 

« Voici le secret le plus important d'une écriture vivante : laissez votre lecteur libre de voyager. Supprimez les poste-frontières, les déclarations en douane, les visas : laissez chaque lecteur entrer au pays de ses besoins les plus intimes. »


 

Générosité (Un perfectionnement) – Richard Powers

Traduit de l'anglais  américain) par Jean-Yves Pellegrin

Le Cherche Midi, mars 2011, 472 pages

 

 

 

 

Cuné :

« Générosité - Un perfectionnement est un excellent roman, qui dresse quelques picots pour nous empêcher de l'engloutir sans possibilité de le digérer. J'ai mis 150 pages avant qu'il m'accepte enfin en son coeur, pour ne plus pouvoir le lâcher par la suite, hérissant de cornes de plus en plus erratiques chaque page, ou presque. »

 

Keisha :

« Impossible, vraiment, de communiquer sur cette lecture sans la dénaturer. C'est Richard Powers, et pour ceux qui ne connaissent pas, sachez qu'il n'est pas homme à trancher, mais à présenter, questionner, pousser le lecteur dans ses retranchements. Le moindre paragraphe peut se révéler motif à réflexion sans fin, la moindre phrase peut receler des comparaisons ou raccourcis déconcertants. Mais, éblouissant, léger, il passe et entraîne vers d'autres chemins »

 

Clara

"Richard Powers m’a promenée, a aiguisé ma curiosité dans ce livre dense et  magistral !  J’en suis restée bouche bée…"

 

Papillon : "Avec une intelligence rare, et d'une plume dense et caustique, Richard Powers mène une réflexion sur le bonheur et analyse le monde moderne."

 

 

 

22/03/2011

Les imperfectionnistes – Tom Rachman

 

rachman.jpg« Internet est à la presse ce que le klaxon est à la musique. »

 

Et pourtant c'est un véritable concert de klaxons, d'acclamations, de hourras, qu'Internet devrait réserver, aujourd'hui, à ce roman, mais détaillons un peu le propos, quand même...


Au début des années 50, Internet n'était seulement qu'une vague idée, un germe pas encore éclos quand Cyrus Ott crée un quotidien international, dont les bureaux sont basés à Rome. Un quotidien dont le lecteur de ces « Imperfectionnistes » va suivre l'évolution à travers onze de ses collaborateurs (ou lecteur), et ce sur une cinquantaine d'années.

 

Onze personnes, qu'ils soient grand reporter, correcteur, secrétaire de rédaction, rédacteur en chef, pigiste ou encore une lectrice fidèle. Onze histoires qui sont autant de petits bijoux bourrés d'humanité, ciselés avec la précision et la délicatesse de l'auteur, ancien journaliste.

 

Il y a Lloyd Burko, le correspondant à Paris ex grand reporter grand séducteur, à présent vide d'inspiration et cocu, véritable has been qui ne peut plus vendre un seul papier, prêt à inventer un scoop pour pouvoir écrire. Il y a Hardy, la reporter du service économique, anorexique et paumée. Il y a Winston le nouveau pigiste naïf qui ne connait rien au métier et se fera rouler par un vieux briscard, ou encore Ruby, la secrétaire de rédaction aigrie, seule et pathétique, Graig le rédac-chef adjoint qui déteste son métier, Kathleen la rédac-chef de tête castratrice...

 

Ces onze histoires pourraient presque se lire indépendamment, elles s'attachent tour à tour à chacun des personnages, chacun à une époque différente de la vie du journal. Entre chacune d'elles, un intermède sur l'évolution du quotidien à travers les ans. On retrouve dans chaque histoire un ou des personnages que l'on a précédemment rencontrés, le tout brosse tableau très humain et complet des différent acteurs du journal et place le tout dans un contexte très humain, bourré d'empathie pour ces bras cassés aussi pathétiques que touchants.

 

Car ce sont tous plus ou moins des bras cassés, des anti-héros, aux prises avec le doute, la peur, la douleur. Journalistes, rédacteurs ou acteurs à différents niveaux d'un journal, il n'en sont pas moins humains et fragiles, touchants, parfois agaçants, parfois désolants. Jusqu'à cette lectrice de la première heure, lectrice dans le sens premier du terme, lectrice avide et assidue, mais en retard d'un demi siècle sur son temps.

 

Humain, drôle, touchant, attendrissant, parfois révoltant et toujours d'une incroyable justesse, Les imperfectionnistes se lit avec avidité et tendresse. On se réjouit de recroiser Lloyd ou Ruby, ou un autre quelques années plus tard, on s'attache à tous les personnages secondaires (tous aussi finement croqués que les principaux), on aimerait que le journal soit toujours publié et ne souffre pas de l'effondrement du nombre de lecteurs, on aimerait que les capitaux entrent, que.... bref, on aimerait que le roman ne s'arrête pas, ou que Brad Pitt, qui en a acheté les droits, réussisse à en faire un film à la hauteur de la beauté du roman.

 

 

Il a en tous cas une base solide. Pour le reste, j'ai hâte de voir le résultat.

 

 

 

Les imperfectionnistes, Tom Rachman

Grasset, janvier 2011, 390 pages.

 

L'avis de Cuné, qui m'a donné envie de me précipiter sur ce roman,

 

Et une interview de l'auteur sur Culture-Café.


 

15/03/2011

Comment je suis devenu un écrivain célèbre – Steve Hely

 

hely.jpgPete Tarslaw aimerait bien gagner de l'argent mais son petit boulot ne lui rapporte pas grand chose : il réécrit des lettres de candidatures pour des candidats prêts à payer pour qu'on leur rédige une belle lettre qui les fera entrer dans les meilleures universités / meilleures sociétés. Il est sympa, Pete, un peu râleur, un peu buveur, un peu glandeur. Doué pour écrire ou en tous cas aligner des mots correctement.

 

Il faut l'invitation au mariage de son ex et une interview, à la télé, d'un écrivain à l'écriture à forts potentiels lacrimal et commercial qui met le feu aux poudres de son imagination : Pete va écrire un roman. Un roman qui se vendra, et pour ça, il épluche une par une toutes les méthodes marketing et se lance dans la grande aventure littéraire, heu, commerciale

 

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03/01/2011

Blonde – Joyce Carol Oates

 

« Rappelle toi, Norma Jeane, … meurs au bon moment ».

 

blonde.jpgEst elle morte au bon moment, Norma Jean Baker Mortensen Monroe ? Est elle morte avant de devenir l'ombre de son ombre, gavée de somnifères, de Nembutal, de Benzedrine, d'alcool, ou avant de devenir totalement folle, totalement aliénée, totalement dépendante des hommes, des autres, d'elle-même ou de l'image, cette image qui la regardait dans le miroir, cette autre Elle devenue l'Amie dans le miroir, la seule à laquelle elle pouvait se confier ? Est elle morte avant d'avoir pu vivre vraiment ?

 

« Rappelle toi, Norma Jeane, … meurs au bon moment ». Ces mots que lui a confiés sa mère, Gladys Mortensen, semblent prophétiques quand on connait la vie de Norma Jeane. Norma Jeane devenue Marylin, mais Norma Jeane l'héroïne du roman de Joyce Carol Oates.

 

Norma Jeane qui, sous la plume de Joyce Carol Oates, devient vivante, palpite, respire, prend forme et renaît pleinement. Je dis renaître car la star, elle, la Marylin, je ne la connaissais qu'à travers ses films et la légende qui l'entourait. Le reste, pour moi, était une nébuleuse faite de mythe et de faits avérés.

 

JCO s'est emparée du mythe pour dessiner le portrait et esquisser la vie d'une simple femme. De l'enfance de Norma Jeane, baptisée ainsi en hommage à Norma Thalmadge et Jean Harlow, deux stars que sa mère admirait. Sa mère qui travaillait dans les studios d'Hollywood, sa mère schizophrène, sa mère qui oubliait dans l'alcool et les médicaments les tourments et les peurs. Sa mère qui l'élevait seule, sa mère qui a toujours caché à sa fille la véritable identité de son père, son père qu'elle a cherché toute sa vie, appelant ses maris "Papa".

De l'enfance, chaotique, tourmentée (Norma Jean fut confiée à un orphelinat puis une famille d'accueil après que sa mère Gladys eut été internée), aux premières photos de pin-up, aux premiers pas à Hollywood, en passant par un premier mariage, au statut de star, de bombe sexuelle, de scandaleuse, de victime, de tas de viande salement exhibé et exploité, de fantasme ambulant entièrement fabriqué par les studios, Joyce Carol Oates s'empare du mythe et lui érige un piedestal fascinant sous forme d'une biographie romancée. Part du vrai ? Part du faux ? Le vrai, la vérité, celle qu'on connait, sert de fondations à un roman extrêmement fouillé où la star n'est plus qu'une femme, l'héroïne d'un somptueux roman qui ne se quitte pas.

SI Joyce Carol Oates excelle à forger des portraits de femmes brisées (Ariah dans Les Chutes, Genna dans « Fille noire, fille blanche »), la vie de Marylin devient sous sa plume un matériau qu'elle pétrit inlassablement pour en extraire un suc dense et palpitant.

Joyce Carol Oates écrit nerveusement, de façon saccadée pour souligner la vie en soubresauts de l'Actrice blonde. Son style énergique, parfois lancinant, parfois obsédant, magnifie son existence bousculée et la narration toute en brisures met en exergue les fêlures de la femme fatale, victime à la fois consentante et manipulée, méprisable et fascinante, obsédante et idéalisée.

Le regard de JCO se porte sur la vie d'une femme faite de contradictions, une femme faite et défaite au fil des ans et des rencontres. Des initiales ou des simples surnoms désignent les personnages qui entourent Marylin (l'Ancien Sportif pour Joe Di Maggio, le Dramaturge pour Henri Miller, H. pour John Huston, W pour Billie Wilder ou C. pour Tony Curtis) : ainsi ces personnages mythiques ne sont plus que des ombres secondaires qui entourent la Femme emblématique, petite fille brisée, broyée par une machine infernale qu'elle rêvait de quitter mais qui n'a pas jamais su s'échapper de la cage dans laquelle elle avait été enfermée.

 

Candeur sexuelle ou innocence perverse ? Qui était Norma Jean Mortensen Baker Monroe ? Nul ne le saura vraiment, mais JCO réussit à la perfection dans un exercice ô combien périlleux, ô combien dangereux. Sa plume correspond parfaitement à l'héroïne mythique : brûlante, acérée, saccadée, elle magnifie Norma Jean et la rend sublime, humaine, à la fois méprisable et infiniment émouvante.

 

 

Blonde, Joyce Carol Oates

Traduit de l'anglais (américain) par Claude Seban

Stock, 981 pages, juin 2010

Première parution 2005

Livre de poche (mai 2002)

 

 

Les avis de Restling

"J’ai adoré découvrir cette femme charismatique accompagnée de la plume de Joyce Carol Oates et si vous n’avez pas peur des pavés, je vous recommande chaudement ce roman."

 de Magda

"Oates pénètre les tourments et les espoirs de Marilyn mieux que n’importe quel écrivain l’a fait avant elle, et nous raconte une histoire dont il est impossible de décrocher. "

de Cathulu :

"Joyce carol Oates s'empare de la vie de Marylin Monroe , la sculpte, la brasse à sa guise et la transforme en une fiction fascinante qui distille un sourd malheur."



 

« Le trac. Cette peur animale. Le cauchemar de l'acteur. Une décharge d'adrénaline si forte qu'elle peut vous projeter à terre & votre coeur bat à toute vitesse & un tel afflux de sang dans ce coeur qu'on se dit avec terreur qu'il va éclater & et les doigts des mains et des pieds glacés & plus de forces dans les jambes & la langue engourdie, plus de voix. Un acteur est sa voix & sans voix il n'existe plus. Souvent il y a des vomissements. Epuisants et spasmodiques. Le trac est un mystère qui peut frapper n'importe quel acteur n'importe quand. Même un acteur chevronné. Un acteur à succès. Laurence Olivier, par exemple. Olivier a été incapable de jouer sur une scène pendant cinq ans au faîte de sa carrière. Olivier ! Et Monroe, touchée par le trac à la trentaine, durement touchée, devant des caméras & même devant des spectateurs en chair & en os. Pourquoi ? On explique toujours que le trac doit être une simple peur de la mort & de l'anéantissement mais pourquoi ? pourquoi une peur aussi générale frapperait-elle de façon aussi erratique ? pourquoi spécifiquement l'acteur & pourquoi si paralysante ? pourquoi cette panique à ce moment là, pourquoi ? vos membres vont-ils être déchiquetés, pourquoi ? vos yeux arrachés, pourquoi ? ventre percé, pourquoi ? êtes vous un enfant, un nourrisson sur le point d'être dévoré, pourquoi, pourquoi, pourquoi ?

 

Le trac. Parce qu'elle ne pouvait pas exprimer de colère. Parce qu'elle savait exprimer magnifiquement & subtilement toutes les émotions à l'exception de la colère. Parce qu'elle pouvait exprimer la déception, le désarroi, la crainte & la douleur mais ne pouvait se présenter de manière convaincante comme l'instrument de telles réactions chez d'autres. Pas sur scène. Sa faiblesse, le chevrotement de sa voix si elle l'élevait pour exprimer la colère. La protestation, la rage. Non, c'était impossible !.... L'homme qui était son amant ou qui avait souhaité être son amant, comme tous ses amants un homme pénétré de la certitude d'être le seul homme à détenir le secret du puzzle, de l'énigme, de la malédiction de Monroe, lui avait dit qu'elle devait apprendre à exprimer la colère sur scène & qu'elle deviendrait alors une grande actrice ou aurait au moins une chance de devenir une grande actrice & il la guiderait dans sa carrière, il choisirait ses rôles & il la dirigerait, & il ferait d'elle une grande actrice de théâtre ; disant, taquin et grondeur même quand il lui faisait l'amour ( de cette curieuse façon lente & étonnée & presque abstraite sans jamais cesser de parler sauf au moment de l'orgasme & encore à peine un court instant, comme dans une parenthèse) que lui savait pourquoi elle était incapable d'exprimer de la colère et elle ? & elle secoua la tête en silence, non, & il dit Parce que tu veux que nous t'aimions, Marylin, tu veux que le monde entier t'aime & ne t'anéantisse pas, comme toi tu aimerais anéantir le monde & tu as peur que l'on découvre ton secret je me trompe ? & elle avait fui. »