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13/07/2009

LE REMEDE ET LE POISON – DIRK WITTENBORN

Je suis persuadée qu’il y a des moments adéquats pour livre un livre et d’autres qui le sont moins. Une lecture entamée un jour wittenborn.jpg« sans », un jour où l’on a envie d’autre chose, d’autres histoires, peut se révéler fade et sans saveur, ou bien fastidieuse et rebutante.

 

Quand Cuné m’a envoyé « Le remède et le poison », je l’ai commencé pleine d’entrain, puis l’ai reposé, incapable de me concentrer, l’esprit toujours ailleurs, l’attention balladeuse. Pourtant, quelque part, je savais que ce livre méritait une lecture. Je sentais que je le reprendrais plus tard, cette fois-ci plus disposée et attentive. Je sentais qu’il fallait que je le lise, que cette histoire était faite pour moi, et qu’un jour ou l’autre, nous nous rencontrerions vraiment.

 

C’est chose faite à présent. Et autant dire toute de suite que mon intuition était justifiée.

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10/07/2009

LE CHANTEUR DE GOSPEL – HARRY CREWS

Imaginez une bourgade étouffée par la chaleur dans le Sud des Etats-Unis. Nous sommes dans les années 50-60 et Willalee crews.jpgBookate le nègre vient d’être arrêté pour le viol et le meurtre de MaryBell, l’enfant chérie du village. On attend également l’arrivée imminente du Chanteur de Gospel, l’autre enfant chéri du village, l’enfant au physique et à la voix d’ange qui revient au pays entre deux tournées triomphantes.

 

Imaginez une foire aux monstres où sont exhibés à la foule voyeuriste les éclopés de la vie, les ravagés, les tordus, les « pas normaux ».

 

Imaginez une population aux préjugés immémoriaux (« Un nègre c’est comme un mulet. Ca laboure pendant vingt ans, pas un pépin, tu crois que tu as le meilleur bestiau du monde, et pis un jour il se cabre, il détache l’attelage et te décanille la tronche des épaules »), un impresario prêt à tuer pourvu que ce soit Dieu qui le lui ordonne, des fous de Dieu et des gens pour les croire…

 

Harry Crews nous plonge dans une histoire noire, celle des mentalités étriquées, ramassées sur elles même (puisqu’elles ne connaissent rien d’autre) et pathétiques, celles de fous de Dieu prédicateurs hurlant la puanteur de leur âme, celle des idolâtres bêtifiants et d’un Chanteur de Gospel dépassé par l’idolâtrie qu’il suscite et mélange vénération et perversion.

 

Un petit concentré de noirceur humaine et d'humanité noire, et une fin d’un cynisme épatant.

 

Premier Harry Crews ; dans ma PAL, Body : A découvrir vite.

 

 

 

Le chanteur de Gospel, Harry Crews (1968, The Gospel singer)

Folio Policier, 304 pages, juin 2009

 

 

Jean-Marc Lahérrere en a parlé ici.

 

25/06/2009

LE CINQUIEME EVANGILE – MICHEL FABER

Le monde du livre est en ébullition.

On a retrouvé enfoui dans un musée irakien, soigneusement caché dans une statue de femme enceinte, un manuscrit écrit en araméen. Theo Griepenkerl, universitaire et spécialiste de l'araméen, traduit le manuscrit : il s'agit des mémoires de Malchus, qui a accompagné le Christ jusqu'au Mont Golgotha, et a recueilli ses dernières paroles.faber.jpg

Le manuscrit est une bombe pour nombre de chrétiens de part le monde. Pour les musulmans et juifs aussi. Dan Brown peut aller se rhabiller avec son Da Vinci Code, en quelques semaines 28 millions d'exemplaires sont achetés par des hordes de lecteurs enflammés.

Bon. En fait, Theo est plutôt opportuniste et au fond de lui pas très convaincu de l'intérêt historique du journal de Malchus, qu'il trouve en fait « chiant, très chiant ». La minuscule maison d'édition qui édite le roman non plus, mais tous deux vont se trouver totalement dépassés par le succès et l'impact du manuscrit.

J'ai souvent ri à la lecture de ce nouveau roman de Michel Faber. Le ton est délicieusement ironique, satirique, et le petit monde de l'édition en prend pour son grade. Publier, vendre, faire vendre. Même des merdes s'il le faut, tant pis si l'on gruge le lecteur et tant mieux pour les ventes. Hilarant, aussi, le passage où Theo dévore les commentaires des internautes sur Amazon et se délecte des polémiques et âneries qui y sont déposées.

Le vague historien devient auteur à succès et prend la grosse tête. Il dépasse même Dan Brown, c'est dire (!).

En dehors de l'humour, ne pas s'attendre à une histoire crédible ou vraisemblable. J'ai peut-être regretté que l'histoire reste très superficielle et peu fouillée, et que le roman se termine quelque peu en « eau de boudin », mais il m'en reste un souvenir drôle, assez irrévérencieux et gentiment provocateur.

Sympathique, donc, divertissant, mais largement en dessous de « La rose pourpre et le lys » (avec lequel de toute façon il n'est comparable ni pour le style ni pour l 'histoire).

 

Le cinquième évangile, Michel Faber,

Editions de l'Olivier, 197 pages, juin 2009

 

L'avis de Cuné que je remercie pour le prêt.

 

 

 

15/06/2009

AU DELA DU MAL – SHANE STEVENS

C’est Cuné qui m’a alertée sur la sortie de ce roman paru en 1979 en Etats-Unis et enfin traduit en français. Moult hésitations, décision d’attendre sagement sa sortie poche, envie pressante de le lire, il a suffit d’une virée chez Gibert en compagnie de la dame pour le trouver et me décider.stevens.jpg

 

De quoi s’agit-il donc ? D’un roman qualifié comme un roman fondateur du thème du sérial killer, roman qui aurait initié le Silences des Agneaux ou le Dalhia noir, pour ne citer qu’eux.

 

Un sérial killer, nous en avons un. Thomas Bishop, dont l’enfance a été saccagée par une mère brutale, dérangée, qui confondait baisers et coups de fouet. Le père est une minable petit voleur qui n’a réussi qu’à se faire buter par ses propres complices lors d’un braquage raté. A moins que ce ne soit Caryl Chessman, violeur récidiviste, dont Sara Bishop prétend avoir été l’une de ses victimes. Un enfant brisé donc, qui se repaît de rêves d’immortalité et se croit le fils d’un héros assassiné par l’état (Chessman fut exécuté en 1960, après onze ans dans le couloir de la mort, et avoir fait l’objet de plusieurs débats contre la peine de mort : Chessman a été exécuté alors qu’il n’a jamais tué.  A noter que Caryl Chessman est un personnage réel, dont Shane Stevens se sert ici pour élaborer la base de son intrigue). Bishop s’évade de l’asile psychiatrique où il est enfermé après avoir tué sa mère à l’âge de 10 ans et entame une course folle à travers les Etats-Unis et commence son « œuvre » : il assassine et mutile toutes les femmes qui croisent sa route.

 

Pour le trouver, policiers, politiciens, journalistes (et notamment Adam Kenton, journaliste d’investigation qui se consacrera entièrement à Bishop), sans oublier la pègre, se lancent sur ses traces.

 

C’est à la fois glacial (le style est froid, détaché) et prenant. Après un début un tantinet longuet dans lequel l’enfance de Bishop est narrée, les bases de sa folie expliquées, sa fuite marque le début d’une partie plus rythmée dans laquelle nous apprenons à mieux connaître le tueur et les personnages qui le traquent. Stevens attaque la presse, vouée au sensationnalisme et dévoreuse de scoops, la politique et ses candidats au triomphe électoral (le sénateur Stoner) prompts à se jeter sur toute cause servant avant tout leurs propres intérêts, la pègre et ses ramifications avec la presse et la police ; un roman long, assez fouillé, d’une densité à la fois compacte et fluide (le tout se lit sans essoufflement). L’intrigue est bien bâtie (mais, en prêtant attention aux détails, on comprendra rapidement que, quelque part, un retournement se produira, et je dois dire que je ne vois pas le pourquoi de ce retournement. Je l’avais compris, je l’attendais, mais je ne vois pas son utilité si ce n’est celle de susciter des questions et ne pas totalement fermer le roman (avait-il l’intention d’en écrire une suite ?)) ; l’intérêt ne faiblit pas (il y a quand même quelques longueurs) et à aucun moment je n’ai voulu abandonner ma lecture. Quant à la fin proprement dite du tueur... eh bien, je ne la trouve guère originale, voire carrément banale et facile.

 

Au final, malgré les indéniables qualités du roman, je reste légèrement sur ma faim. J’attendais, je l’avoue, les mêmes émotions qu’ont suscité en moi « De sang froid » (dont on peut rapprocher ici le style plutôt froid et analytique) ou « Le silence des agneaux » (qui rappellera quant à lui la traque d’un serial killer particulièrement intelligent et démoniaque). Mais, avec ces deux là, j'ai passé des nuits blanches : d'admiration avec Capote, d'angoisse et de tremblements inextinguibles avec Harris. Ici, seule la curiosité pour un travail bien fait, certes, mais pas "ébouriffant" m'a poussée à aller jusqu'au bout.

 

 

Définitivement, ma préférence va à Capote et Harris, pourtant totalement différents l’un de l’autre, mais bien plus passionnants.

 

 

 

Au-delà du mal, Shane Stevens

Sonatine, 760 pages, mars 2009

 

 

Quelques informations sur Caryl Chessman (merci Bladelor !) :

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=CAF91031363

 

http://www.13emerue.fr/dossiers/affaire-caryl-chessman/3.htm

 

04/06/2009

LITTLE BIRD – CRAIG JOHNSON

Après la série William G. Tapply, son personnage récurrent Stoney Calhoun et ses paysages somptueux du Maine, voici chez Gallmeister un nouveau Nature Writing Polar. littlebird.jpg

 

Ici, ce n’est pas un pêcheur énigmatique et charismatique que nous accompagnons dans les magnifiques paysages du Maine mais Walter Longmire, le shérif du comté de Absakora, dans le Wyoming. Un jeune homme est assassiné alors qu’il terminait une peine de prison avec sursis après le viol collectif de Melissa Little Bird, une jeune Indienne. Walter, assisté de Vic, son adjointe, de son ami Henry Little Bird, patron du bar local et oncle de Melissa, songent à une vengeance et partent à la recherche des trois comparses de Cody Pritchard, le jeune homme assassiné. Pour les sauver. Ou pour les arrêter ?

 

 

Je suis décidément admirative de ces auteurs qui manient avec brio une intrigue particulièrement bien ficelée (Johnson est très habile pour distiller tout au long des 400 pages différents indices ou chausse-trappes qui feront soupçonner au lecteur plusieurs coupables possibles) et situent leur roman dans une nature exceptionnelle, décrite dans un style élégant mais jamais surchargé. Outre ces qualités là, nous avons ici un personnage principal (que l’on retrouvera dans d’autres enquêtes, l’auteur en a écrit quatre), un veuf un peu bourru, un peu inbibé par la bière mais bougrement sympathique. Les dialogues sont percutants, avec cet humour distancié qui l’air de rien, paf, fait souvent rire au détour d’une phrase ou d’une réplique ; ajoutez une culture et quelques croyances  amérindiennes savamment décrites, des personnages tous bien croqués, les montagnes du Wyoming en plein blizzard, quelques canettes de bière, un grand thermos de café chaud pour compenser le froid glacial, une intrigue très bien ficelée, toujours crédible et jamais lassante, le tout fait un polar très bien réussi.

 

Amateurs de Tapply ou de Nature Writing, Little Bird ne devrait pas vous déplaire !

 

 

Little Bird, Craig Johnson

Gallmeister Collection Noire, 416 pages, mai 2009

 

 

 

L’avis de Moisson Noire

25/05/2009

ENVOYEZ LES COULEURS – DONALD WESTLAKE

Donald Westlake est connu pour ses policiers et surtout pour son héros gentleman cambrioleur et surtout looser, John westlake.jpgDortmunder. Ici, bien que publié chez  Rivages/Thriller, c’est un Westlake d’une toute autre veine que nous découvrons en suivant les aventures d’Oliver Abott, jeune professeur d’anglais.

 

Oliver, petit bourgeois blanc et bon fils de famille, prend ses fonctions de professeur dans le collège de Schuyler Colfax, à New York. Ce poste, il en a rêvé toute sa vie. Ou plutôt, il a seulement adhéré à la tradition familiale qui veut que les hommes de sa famille enseignent à Colfax et en deviennent le directeur après quelques années. Oliver, donc, entre à Colfax sans se poser de questions, ni sur son avenir, ni sur sa réelle vocation. Mais voilà que le jour de arrivée, les élèves se mettent en grève. En grève parce que, à Colfax, Oliver a pris la place d’un professeur noir, que 87 % des élèves sont noirs, et que ce népotisme irrite sacrément la communauté noire du quartier. Nous sommes dans les années 60 et le racisme est omniprésent. La situation va s’envenimer, le jeune homme tomber amoureux d’une enseignante noire, les clans se former : la guéguerre peut commencer.

 

Nous allons donc suivre ce candide  je serais plutôt du type bouchon, je me laisse flotter, je dérive très lentement, tout peinard au fil de l’existence »), totalement dépassé une situation qu’il a du mal à comprendre, épaulé par une jeune femme pleine d’idéaux. Le père est un imbécile de première, aveugle et prétentieux (« je me moque du nom qu’ils se donnent, ce n’est pas une communauté, c’est de la racaille »), la mère prépare des citronnades pour tous les manifestants, noirs ou blancs, tous sont entourés d’une galerie de personnages croqués avec beaucoup de malice et une formidable acuité.

 

Des allures de vaudeville, des situations burlesques et des personnages à la fois attachants et irritants, Envoyez les couleurs, titille avec malice pas mal de petit travers, de préjugés stupides, de comportements abjects. Petits racismes ordinaires, communautarisme aveugle, lâchetés et faiblesses, le tout servi sous couvert d’une jolie comédie romantique avec amour, désamour, jalousies, ruptures et retrouvailles. Et toujours cet humour cocasse, distillé l’air de rien, taquin, moqueur et toujours bien vu.

 

J’adore Westlake. De plus en plus.

 

 

Donald Westlake, Envoyez les couleurs

Rivages/Thriller, 336 pages, janvier 2009

 

 (un petit reproche à Rivages/Thriller ? Beaucoup de coquilles quand même)

 

 

Pour Jean-Marc Laherrère, c’est une « comédie à la Capra », tout à fait d’accord !