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22/12/2008

LA CHAMBRE AUX ECHOS – RICHARD POWERS

« Je ne suis Personneechos.jpg

mais ce Soir sur la North Line

DIEU me conduit jusqu’à toi

pour que tu puisses Vivre

et ramener quelqu’un d’autre. »

 

Ce billet est trouvé posé près de Mark, après que ce dernier ait été opéré suite à un accident de voiture. Qui l’a déposé ? Que s’est-il passé ? Comment son camion a-t-il basculé dans le fossé, laissant Mark dans le coma ?

 

Quand Mark se réveille, il n’est plus le même. Syndrome de Capgras. Il reconnaît sa sœur, mais ce n’est pas elle. Cette femme est une imitation, une imposture, un robot. Envoyée là pour l’épier, l’espionner. Paranoïa, délire, incapacité à accepter la réalité, déformée par son cerveau atteint. Karine, déboussolée, perdue, fait appel à Gérald Weber, un célèbre neurochirurgien connu pour ses travaux.

 

Huit jours pour lire ce roman. Huit jours pendant lesquels j’ai peiné, mais jamais souffert.

 

Peiné parce que le roman est dense, touffu, ardu. Jamais souffert parce que j’ai plongé dans ces 470 pages, ai accompagné ses personnages sans jamais songer à leur fausser compagnie ou les laisser se débrouiller entre eux. Besoin de faire des pauses, mais nécessité d’y retourner.

 

Mark et ses délires et obsessions, à la fois crispantes et fascinantes.

Karin et son dévouement teinté de culpabilité.

Weber et ses doutes, son incapacité à mettre de la distance entre lui et ce patient.

 

Le tout est difficile, donc. Difficile parce que le vocabulaire est souvent technique, parce que le descriptions du cerveau et de ses connexions rendent parfois le récit laborieux, qu’il faut se concentrer. On est en immersion dans les méandres de l’esprit, attentif, fasciné. A la fois capté et happé.

 

Happé par l’observation d’une paisible et petite bourgade perdue dans le Nebraska, où les grues font halte pendant leur migration. Seule attraction touristique dans ce coin paumé des Etats-Unis. Happé par ses habitants, si loin des grandes villes, où le travail est rare et les loisirs réduits. Happé par l’observation des grues et de leur migration (très belles pages), et de l’attitude de l’homme, destructeur et cynique, de son incapacité à protéger la nature, l’eau : intérêts pécuniaires avant tout. Happé par l’introspection de Weber et ses réflexion sur la science et la pratique scientifique. Happé par l’évolution des personnages, leurs doutes, leurs craintes, leurs peurs et leurs hésitations. Happé par les descriptions des processus neurologiques, des introspections des personnages. Interpellé, forcément, plus d'une fois.  Pourquoi et comment agissons nous ? Par quels réflexes, pulsions, où se situe la part d'inconscient, comment notre conscience est-elle dirigée ?

 

Un roman touffu, donc, certainement complexe, mais, au final, que je qualifierai de remarquable dans sa construction. Difficile, mais accessible, les personnages et l'histoire étant tout à fait attachants.

 

A lire en faisant des pauses sous peine d’asphyxie, mais, définitivement, à lire.

 

 

 

La Chambre aux échos, Richard Powers - Éd. Cherche-Midi, 470 pages

 

 Les avis de Cuné, Clochette, Anna Blume

 

 

 

06:47 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook

12/12/2008

DOPE - SARA GRAN

dope.jpgJoséphine est clean depuis deux ans. Deux ans sans dope, deux ans à lutter contre le manque, l’envie, le besoin. Fini les trips, les passes ici et là pour payer ses doses, fini.

Pour survivre, elle pique ici et là dans les magasins un bracelet, un collier, qu’elle revend. Jusqu’au jour où un couple de riche New Yorkais lui demande de retrouver leur fille camée. Mille dollars d’avance, mille après. Comment refuser ? Joséphine se lance sur les traces de Nadine dans les bas-fonds de New York. Qu’elle connaît comme sa poche. Le problème, c’est qu’un dealer est retrouvé assassiné, et que Joséphine est très vite désignée coupable idéale.

 

Voici les bases d’un polar auxquelles rien ne manque pour être solides : univers glauque, une ex-camée repentie, une sombre affaire de règlement de comptes entre dealers, une machination, des meurtres…

 

Mais que sont les bases d’un bon policier si le traitement de celui-ci est tout à fait bancal ? Le style est plat, sans aucun relief et d’une monotonie lénifiante.

 

La crédibilité de l’héroïne me laisse très dubitative : ancienne droguée, ex femme d’un dealer, Joséphine a trente-six ans et l’air d’en avoir vingt-deux. Elle semble réussir à pénétrer les cercles fermés des riches new-yorkais sans que ceux-ci s’interrogent sur sa légitimité (ancienne école huppée de Nadine ou personne ne lui demande pourquoi elle recherche la jeune fille, riche avocat dont les secrétaires successives lui ouvrent la porte sans « barrage », …). De même, cette jeune femme de trente-six ans, qui a certes grandi dans Hell’s Kitchen, le quartier maudit, n’a jamais vu de télévision « à part dans les magasins » . « C’était incroyable, comme au cinéma, là, dans sa maison, à part que l’image était réduite et floue… ») : cette anecdote n’apporte rien et enlève beaucoup de crédibilité au personnage.

 

Alors oui, dès que les recherches de Joséphine évoluent et que l’on comprend qu’elle est elle-même manipulée, on continue à lire, pour savoir et comprendre. Curiosité donc.

 

Curiosité qui sera certes satisfaite à la fin du livre, mais encore une fois malheureusement déçue : le dénouement, ici aussi, semble tiré par les cheveux, téléphoné et trop peu crédible.

 

Mauvaise pioche, donc. Dommage.

 

 

DOPE, Sara Gran, Editions Sonatine, 213 pages

 

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009, Catégorie Policiers

Le bookomaton n'est pas du même avis que moi ! Anna Blume et Antigone et Annie ont aussi été déçues.

10/12/2008

LE TEMPS OU NOUS CHANTIONS – RICHARD POWERS

Quand David Storm, émigré juif, physicien de génie, rencontre Delia Daley à Whasington en 1939, il ne se pose aucune question. Entre eux, c’est le coup de foudre total, une fusion totale de deux êtres réunis par la même passion : la musique.

Ces deux là se marient et font fi des préjugés : Delia est noire, mélomane. David est blanc. Ils élèveront leurs trois enfants dans un cocon hermétique, cloisonné, protégé. Ni blancs, ni noirs, ni métisses, juste une famille unie dont la vie est rythmée par le seul moteur qu’il connaissent : la musique.powers.jpg

 

Que dire de ce roman qui surclasse à lui seul une grande partie des romans contemporains américains ? A travers ses 1046 pages nous survolons un demi-siècle d’histoire américaine.

 

En fait, nous ne nous contentons pas de survoler, nous plongeons littéralement au plus profond de l’Amérique ségrégationniste, grégaire :  les blancs et les noirs ne se mélangent pas. Chacun reste de son coté et tolère (ou pas) l’existence des autres. David et Delia commettent l’impensable : l’union d’un blanc et d’une noire, union qui plus est féconde : trois enfants naîtront de ce mariage : Jonah qui dés son enfance révèle un talent rare, un don unique : sa voix, qui fera de lui un ténor mondialement connu. Joseph, son frère, et narrateur de cette histoire, vivra dans l’ombre de son aîné et l’accompagnera dans ses tournées. Quant à Ruth, la petite dernière, elle se révoltera devenue grande et intègrera les Black Panthers.

 

A travers les destins de ces enfants, de leurs parents, c’est un magnifique et envoûtant panorama que nous a offert Richard Powers : une vue sans égale sur l’Amérique encore raciste, gonflée de préjugés et de haine, un regard plein d’empathie pour ces trois enfants voués à se chercher toute leur vie. Se chercher et chercher qui ils sont, à la fois noirs et blancs, mélomanes passionnés et passionnants.

 

C’est un roman long, certes, mais tellement passionnant et foisonnant qu’il vous submerge. Qui vous fait traverser les années troubles de la ségrégation, les émeutes raciales et les bouleversements sociaux sur une cinquantaine d’années, qui vous emporte dans un tourbillon et vous laisse béat d’admiration. Le tout au rythme de la musique, omniprésente. La musique qui protège, entoure, enveloppe cette famille, refuge et abri contre le reste du monde.

 

Une pure merveille, tout simplement.

 

 

Le temps où nous chantions, Richard Powers - 10/18, 1046 pages

 

 

 

Les avis de Cuné, Papillon, Kathel, Karine, In Cold Blog, Chimère

10:09 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (31) | Tags : ce roman est un pur chef d'euvre | |  Facebook

08/12/2008

AUSTRALIA UNDERGROUND – ANDREW McGAHAN

underground.jpgImaginez un futur où la lutte anti-terrorisme est arrivée à son paroxysme. Après que Canberra (Australie) ait été rayée de la carte par une bombe nucléaire, le gouvernement australien, sous couvert de menace contre l’état et la sécurité nationale, a déclaré l’Islam ennemi national. L’immigration est interdite, la contestation soigneusement brimée, la population strictement sous contrôle.

 

Nous sommes en 2010 et Leo James, le frère du Premier Ministre, est enlevé par un groupuscule terroriste. Et libéré peu après par un autre groupuscule, Australia Underground, groupe que rejoignent peu à peu les opposants au régime.

 

L’Australie vue par Andrew McGahan est édifiante. La lutte contre le terrorisme sert de prétexte à la mise en place d’un régime totalitaire : opposition soigneusement muselée, état omniprésent et manipulation des populations. La Citoyenneté est préservée, les médias sous contrôle, les citoyens doivent renouveler leurs papiers tous les ans, être, comme il se doit, en règle et répondre correctement, en cas de doute, à un questionnaire précis sur l’Identité Nationale : questionnaire qui porte autant sur les résultats sportifs des héros australiens, les poèmes des poètes nationaux ou l’hymne national.

 

Les musulmans qui n’ont pas quitté le pays sont parqués dans des guettos où ils peuvent vivre sans se mêler au reste de la population.

 

Australia Underground, réseau d'opposition souterrain, œuvre en silence et en secret pour le retour aux libertés : de juger, de vivre, de penser, de parler.

 

Australia Underground se lit avec une attention toujours croissante. Le rythme est rapide, voire saccadé à certains moments de la fuite de Leo et ses acolytes. Le ton est résolument direct, nerveux. Leo James est le narrateur, il relate sa fuite, depuis son enlèvement jusqu’à sa séquestration. Par qui ? Nous l’apprendrons à la fin du roman. En alternant son récit (lucide et narquois à souhait) avec des retours en arrière où il retrace l’évolution de son pays vers un régime totalitaire, pays qui a rapidement basculé de démocratie à dictature. Et ce avec l’assentiment d’une population trop heureuse d’échapper à la menace islamiste.

 

C’est là que réside le principal intérêt du roman : comment faire monter l’intolérance et la peur, comment obtenir l’absolution d’une population en faisant miroiter le spectre de la terreur. Comment stigmatiser une religion en la rendant responsable de tous les maux. Manipulation des masses, allégeance aux superpuissances économiques, montée de l’intolérance. Un roman de fiction (voire d’anticipation) politique tout à fait crédible (même si la fin m'a laissée néanmoins perplexe) qui se lit presque d’une traite.

 

A lire, donc ! (avec en prime une très belle couverture).

 

 

Australia Underground, Andrew McGahan, Actes Sud collection Actes Noirs, 303 pages

 

 

Les avis d’Emeraude qui m'a donné envie de le lire.

06/12/2008

Toutes les familles sont psychotiques - Douglas Coupland

copland.jpgVous êtes névrosé ? Avez le sida ? Une hépatite ? Un membre en moins ? Vous êtes un ancien taulard ? Enceinte ? Paumé ? Hippie ? Baba Cool ? Maniaque ? Forcené du ciboulot ?

Si vous faites partie de ces catégories là, vous avez une chance d’être issu de la génération Drummond.

Elle est sympa, cette famille Drummond. A la fois Pieds Nickelés et Dalton, Simpsons ou Pierrafeu, tous ses membres ont un pet de travers. Enfin, un truc quoi. La mère se demande que faire de sa vie, son ex-mari était violent et coureur, son fils est suicidaire, son autre fils séropositif, sa fille pilote des navettes spatiales, les brus sont totalement folles, l’une est quasiment hamish, l’autre hippie-révoltée-décidée-à-ne-pas-céder-à-la-modernité-pourrie-des-sociétés-modernes.

C’est déjanté, c’est loufoque. Toute la famille se retrouve en Floride pour assister au départ de Sarah la fille spationaute, et va se retrouver plongée dans des aventures abracadabrantesques. Ca fuse, ça gicle, on s’amuse.

Ceci dit, au bout d’un moment, même si on devine la satire des familles américaines, la noirceur de ces paumés qui cherchent à supporter la maladie, la souffrance, qui cherchent tout simplement un peu d’espoir (même si c’est au moyen d’une fausse lettre du Prince Willliam à sa mère, d’un bébé vendu à un millionnaire…) au bout d’un moment, le tout devient un peu lassant. On a hâte que ça se termine.

Bien aimé, donc, bien ri, mais voilà, sans plus, au final.

19:32 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook

03/12/2008

UN ENFANT DE DIEU – CORMAC McCARTHY

Parfois, on se plonge dans un roman d’espionnage histoire de se dire que le temps passera vite et que l’on va se détendre, oublier le reste et basta.

 

Et puis le roman d’espionnage en question a vite un goût de déjà vu, alors on le pose, tant pis, on ne le finira pas et l’on se tourne vers un autre livre avide de sensations différentes.

 

Et voilà que cet autre livre distille dès les premières pages un goût onctueux, suave, dont on garde longtemps la saveur, malgré sa noirceur. enfantdedieu.jpg

 

Un enfant de Dieu est l’histoire de Ballard Lester. Mi homme mi bête, Ballard est un marginal qui survit quelque part dans un coin paumé de cette Amérique si chère à Cormac Mc Carthy. Ballard a été dépossédé de sa terre quelques années auparavant. Ballard erre dans la vie autant que dans les paysages abrupts des montagnes.

 

L’homme se transforme en animal, dépossédé de tout raisonnement qui nous paraîtrait sensé, ou humain : il sombre dans une logique absurde, amorale. Solitaire, sauvage, l’homme de dépouille peu à peu de tout sens moral, uniquement mû par pulsions. L’isolement mène à la folie, une folie meurtrière menée par une logique implacable : tuer, vivre avec ses cadavres, se repaître de leur compagnie. Sombrer par isolement, solitude. L’acte est primitif, l’homme est revenu à l’état sauvage. Bête parmi les bêtes, puisque les hommes l’ont rejeté.

 

Le portrait et l’errance de cet homme sont dépeints en plans successifs, très visuels et décrits avec un langage dont la puissance esthétique tient sans doute à l’économie de mots et de métaphores. Tout est abrupt et pourtant d’une grande richesse visuelle. La plume de Cormac McCarthy nous renvoie à la nature humaine, ce qu’elle est en train de devenir – de redevenir : animale, barbare. Le récit est sec, dépouillé, l’homme se fond dans la nature –omniprésente. L’homme s’y enfonce comme il s’enfonce dans la régression, la violence en étant le signe apparent. La menace latente.

 

Ce n’est pas seulement l’histoire de Lester Ballard, c’est l’histoire de l’homme, de la civilisation en voie de pourriture, de déliquescence, que raconte McCarthy. Et, comme d’habitude, c’est très bien fait.

 

 

Un enfant de Dieu, Cormac McCarthy – Points, 170 pages

16:09 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Facebook