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30/06/2008

L'AFFAIRE DE ROAD HILL HOUSE - KATE SUMMERSCALE

rioadhill.jpgLe 30 juin 1860 Elizabeth Dough, la gouvernante des Kent, s’aperçoit que le petit Saville, 3 ans, n’est plus dans son lit. Elle pense qu’il est avec sa mère et se recouche. Le lendemain, on cherchera le petit garçon dans Road Hill House, où il vit avec ses parents et nombreux frères et sœurs, ainsi qu’une armée de domestiques, jusqu’à ce qu’il soit retrouvé sauvagement assassiné dans les latrines du personnel.

 

Vengeance ? Jalousie ? Crime crapuleux ?

 

 

Cette affaire a passionné l’Angleterre victorienne et déchaîné les passions, nourri la presse à scandale autant que la presse régulière, inspiré Poe, Collins ou Dickens.

 

Kate Summerscale s’est plongée dans les archives et propose un document passionnant sur cette affaire qui a forgé et inspiré la plupart des écrivains anglais du 19ème siècle.

 

L’affaire de Road Hill House nous plonge dans l’Angleterre victorienne, dans les demeures fermées de la bourgeoisie, les secrets nauséabonds sous les façades vernies de bonne morale. L’inspecteur Jack Whitcher fut chargé de l’affaire.

Nous découvrons les prémices des enquêtes policières à une époque où, clivage des classes sociales oblige, les témoignages de moralité faisaient souvent office de preuves, les tâtonnements des raisonnements souvent aléatoires, l’incursion de la presse excitée, affamée de faits divers. L’inspecteur Whitcher fut cloué au pilori par une population fébrile, des journalistes avides et une justice hésitante.

 

Ce document passionnant se lit comme un roman policier puisque nous découvrons l’affaire en même temps, ses multiples rebondissements. Chacun y va de son avis, les détectives amateurs surgissent et s’incrustent, la famille Kent est stigmatisée, que ce soit le père, Samuel Kent, ou la mère, Mary, ancienne gouvernante devenue seconde épouse. La sœur aînée de Saville sera arrêtée puis relâchée. Le dénouement de l’affaire n’aura lieu que cinq ans plus tard.

 

 

Portrait imposant de la justice victorienne, de l’avidité des populations pour des faits divers sordides, revue des théories plus que vaseuses dont s’emparent presse et juges, policiers et populace, le livre de Kate Summerscale, (arbre généalogique, plans de Road Hill House, notes détaillées et photos à l’appui) est un très très bon ouvrage, à la fois polar et document.

 

Le détective Whitcher a inspiré la plupart des romanciers anglais et fut le modèle plus ou moins avoué des futurs personnages de Dickens, Wilkie Collins ou  Henry James.

 

Le livre ne pêche que par une chose : son prix (25 euros).

 

 L'affaire de Road Hill House, Kate Summerscale - Christian Bourgois Editeur, 496 pages

27/06/2008

LA COULEUR POURPRE – ALICE WALKER

pourpre.jpgCelie et Nettie sont sœurs. Un bicoque en guise de maison, une mère malade, un père brutal et incestueux. Nous sommes en Georgie au début du siècle dernier. Les Noirs sont libres mais vivent encore en marge de la société blanche. L'esclavage a été aboli, mais son empreinte est encore profondement ancrée dans les esprits. L’argent manque, l’éducation est considérée comme superflue dans cette communauté où l’alcool et la violence sont le lot quotidien. Celie, à qui on a arraché ses deux enfants nés d’un inceste, est mariée à Mr… tandis que Nettie, l’instruite, celle qui a toujours préféré apprendre à lire ou écrire, s’enfuit du foyer pour échapper à l’inceste.

 

Celie écrit. Tous les jours, elle raconte son quotidien. Son mari qui la bat, parce que c’est normal, il la bat parce qu’elle ne fait pas ce qu’il faut, ou comme ça, juste pour se rappeler qu’un mari doit se faire obéir. Elle raconte les enfants trop nombreux, le regard des Blancs, la ségrégation, les violences quotidiennes, la misère et l’espoir qui depuis longtemps a quitté cette communauté. Elle écrit avec ses mots, ses mots d’analphabète, s’adresse au Bon Dieu en espérant qu’il l’écoute, elle ne sait pas où est Nettie. Elle raconte Shug, l’amie de son mari. Shug qui chante, qui est belle, libre et libertine. Le désir qu’elle éprouve, elle, une femme, pour une autre femme. Celie n'a pas de culture, pas de connaissances mais écrit avec son coeur, ses tripes, ses yeux de femme résignée et simple.

Nettie, elle, partira en Afrique, en tant que missionnaire. Nettie écrit à sa sœur. Nettie raconte l’Afrique, le Libéria, les indigènes qui les regardent avec méfiance. Elle raconte la vie dans un village Olinka, la scolarisation des enfants garçons – les filles ne peuvent apprendre à lire – le réticences des femmes, soumises, asservies à se confier à ces missionnaires. Elle raconte la colonisation, les expropriations, les routes construites, les villages rasés pour installer des plantations d’hévéas ou de cacaotiers. Elle raconte les rites tribaux, les excisions, les scarifications.

 

 

Roman épistolaire, roman d'amour entre deux sœurs, roman sur l’Amérique encore sudiste et pleine de préjugés, roman sur l’oppression des femmes noires, sur l’Afrique, la colonisation, les thèmes sont nombreux dans le roman d’Alice Walker. Pendant plus de trente ans, Celie et Nettie se confient dans leurs lettres.

ALice Walker nous plonge dans deux univers totalement différents mais dans lesquels la condition des femmes est la même : racisme, oppression, ségrégation, violences et misères mais aussi tendresse, amour, refus de céder aux pressions des hommes, Alce Walker écrit ici un magnifique roman sur la condition des femmes noires, un roman poignant, parfois bouleversant, émouvant.

 

Le livre a remporté le Prix Pulitzer et l’American Book Award en 1983. Il a été porté à l’écran par Steven Spielberg.

A lire absolument.

 

La couleur pourpre, Alice Walker – Pavillon Poche, 344 pages.

06:16 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (22) | |  Facebook

25/06/2008

L’ANGE SUR LE TOIT - RUSSELL BANKS

ange.jpgAvec Russell Banks, nous sommes loin de l’Amérique clinquante et scintillante. Nous sommes loin des grandes villes et des fortunes, loin des nantis, loin des banlieues bourgeoises et calibrées, loin des analystes surpayés et des écoles privées hors de prix.

 

Les personnages de Russell Banks sont des gens simples, des Américains moyens, "de base". Les femmes essayent de s’en sortir, les enfants observent leurs parents sans illusions, les hommes boivent pour adoucir des journées sans espoir. On communique peu, ou plus, ou mal. On essaye de s'en sortir. Le quotidien a effiloché les vies, les relations.

 

Dans l’Ange sur le toit, nous suivons ces Américains là. Des personnages blessés, usés,  las, des hommes et des femmes qui vivent simplement. Avec leurs regrets, leurs blessures, leurs usures. Des personnages dont la vie peut prendre des chemins surprenants, inattendus.

 

Dans chaque nouvelle, c’est un moment qui dérape, un moment M où la fissure, la fêlure qui étaient présentes, lancinantes, souterraines, vont brusquement céder. Un événement anodin, et la vie prend un chemin inattendu. Une rencontre accidentelle, et le passé ressurgit, vous envahit. Un accident, un dérapage et un couple se défait, une enfant part sans se retourner, et ne reviendra pas. Le passé, les regrets, l’amertume, la nostalgie sont le fil conducteur de ces nouvelles, comme un constat amer, désabusé.

Comme toujours, le style de Russell Banks vous étreint le cœur. J’ai néanmoins été un peu moins touchée qu’avec l’autre recueil de nouvelles « Histoires de réussir ». (Dont l’une des nouvelles est reprise dans ce recueil, en guise de préambule).

 

Les avis de Cuné et Laurence et Thom.

06:34 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne*, *Nouvelles* | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook

18/06/2008

UGLIES - SCOTT WESTERFELD

uglies.jpgDans trois mois, Tally aura seize ans. Elle pourra alors rejoindre son ami Peris dans New Pretty Town. Dieu, qu’elle a hâte, Tally, d’avoir seize ans et de pouvoir enfin devenir une Pretty ! Dans trois mois, elle subira enfin l’Opération. L’Opération qu’elle attend, impatiemment, fébrilement, fiévreusement depuis qu’elle a été admise à Uglyville.

Car Tallis, comme ses amis moches, pourra enfin subir l’opération de chirurgie esthétique qui la rendra conforme aux critères de beauté en vigueur. Elle pourra enfin vivre dans à New Pretty Town et faire la fête avec ses nouveaux amis. On lui broiera les os pour les remodeler, sa graisse sera aspirée (sur certains, on en injecte pour qu’ils atteignent la masse corporelle idéale), sa peau sera entièrement poncée pour en recevoir une nouvelle (parfaite), les cartilages de son nez et ses pommettes seront remplacés par du plastique programmable, ses yeux passés au laser. Car Tallis se trouve moche, et ce depuis toujours. Mais Tallis rencontre Shay, qui aura elle aussi bientôt seize ans. Et, contrairement à Tallis, Shay ne veut pas devenir une Pretty. Shay prétend même que Tallis est très bien comme ça !! Tallis ne la croit pas une seule seconde, mais elle écoute quand même cette nouvelle amie qui lui parle de La Fumée, cet endroit où vivent en cachette les Uglies qui préfèrent rester moches et vivent dans la clandestinité.

Ça donne froid dans le dos, non ? Ça donne envie de vomir ? Mais, vous-même, n’avez-vous pas, un jour, peut-être, eu secrètement envie de pouvoir modifier, même légèrement, un petit truc chez vous ? N’avez-vous pas envié secrètement les modèles de perfection que nous apprennent à envier les magazines de mode et beauté ? Dans Uglies, nous sommes dans une société totalitaire où la norme est devenue la beauté. La médecine a réussi à gommer les imperfections, petit à petit, et la beauté est devenue normative. Est devenue un dû aussi. Et, de fil en aiguille, les mochesvivent et sont élevés dans la certitude qu’ils ne pourront être heureux s’ils ne se fondent pas dans la masse et ne deviennent pas eux aussi des Pretty.

Mais la beauté n’est pas seule en cause. A grand renfort de bourrage de crâne, de manipulations perverses, les Autorités ont réussi à rendre les populations parfaitement malléables, soumises, obéissantes. Trop contents d’êtres enfin beaux (on les a tellement persuadés qu’ils étaient moches), les nouveaux Pretty ne songent pas un instant à s’interroger, et encore moins à se rebeller. De toute façon, ils sont trop occupés à faire la fête.

Voici donc un roman jeunesse fort agréable, où on parle de manipulation des masses, de crédulité, de soumission. Où l’on évoque aussi ce passé lointain où les Rouillés, ceux d’il y a longtemps, utilisaient trop de métal ! Ils en mettaient partout, dans leurs immeubles, leurs voitures, et d’ailleurs, ils avaient plein de problèmes, les Rouillés ! Les guerres, les différences, l’épuisement des ressources, les jalousies ! A force de lire des magazines où la beauté était sans cesse vantée, ils vivaient dans le mal-être, le malaise ! On enviait les beaux, on raillait les moches, certaines filles avaient même cette maladie du « non-manger » (incroyable !) ! Ouf, à présent, grâce à l’Opération, tout le monde devient Pretty à seize ans, et du coup, personne ne songe à se rebeller, parce que tout le monde est pareil. Des personnes parfaites dans un monde parfait.

Un roman fort agréable plutôt captivant, donc, qui se lit avec plaisir, qui n’est pas dénué d’humour et suscite quelques bonnes questions. A lire pour soi, et à lire par nos ados aussi.

Les avis de Fashion (merci pour le prêt !), Solenn, Martin sur le Blog des livres, Virginiesur Chrestomanci, Emmyne

 

 

 

17/06/2008

RENCONTRES A MANHATTAN – CATHLEEN SCHINE

schine.jpgPolly, Everett, George, Simon, Jody sont célibataires. Trentenaires, ils vivent à Manhattan, prés de Central Park. Un quartier calme, ni trop branché ni trop populaire, où ils supportent leurs solitudes, leurs errances, leurs routines. Polly adopte un chien, Jody recueille un chiot. Et c’est en promenant leurs animaux qu’ils vont se rencontrer, se croiser, se retrouver et bâtir un réseau amical.

Doris, elle, supporte tant bien que mal son mari Harvey, et encore moins les chiens. Déjections, saletés, traces, tout est sujet à tracts et manigances pour faire interdire ces canidés qui l'insupportent. Elle place dans cette lutte toute sa rancœur et son aigreur, confond les causes et se cherche elle–même.

De relations amicales en idylles naissantes, de ruptures en séparations, Cathleen Schine évoque la solitude des grandes villes, l’indifférence et l’isolement. Les chiens comblent les vides, prennent une place de plus en plus grande dans la vie de leurs maîtres, remplacent le compagnon inexistant, ou parti. Ils prétextent les rencontres, fortuites ou provoquées, incitent aux retrouvailles dans Central Park où chacun viendra partager un moment d’intimité, d’amitié. C’est le portrait de solitaires, à la recherche d’un peu de chaleur humaine, de complicité, d’échanges.

Ceci dit, malgré la sincérité des personnages, leurs solitudes touchantes, au bout d’un moment, le roman commence à stagner et le lecteur à bailler. On se perd dans ses relations finalement assez plates, ces histoires de cœur parfois touchantes parfois surfaites.

A réserver aux amateurs de New York et Central Park (que l’auteur décrit joliment) et aux amoureux des chiens.

 Rencontres à Manhattan, C. Schine - Mercure de France, 366 pages

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06/06/2008

AMERICAN DARLING - RUSSELL BANKS

darling.jpgRussell Banks semble aimer les personnages complexes, torturés, qui empruntent des chemins de vie difficile et dont les choix peuvent paraître obscurs, choquants, ou hors de portée de notre compréhension. Et avec ses personnages, il trace des destins hors normes, révèle les dessous d’un pays, d’une situation sociale ou politique.

Ici, c’est la vie d’Hannah Musgrave que nous découvrons, au fil des chapitres. Avec répulsion parfois, avec empathie, mais toujours avec une sorte de fascination avide.

 

 

Hannah est une jeune fille de bonne famille, issue de ces classes aisées qui remplissent l’Amérique des années 60-70. Et comme souvent les jeunes nantis de cette période, Hannah se proclame révolutionnaire. Elle exècre son milieu social, rejoint les militants anti-racismes, anti-guerre du Viet-Nam, intègre un groupuscule terroriste et devra fuir les Etats-Unis où le FBI la recherche. Après un séjour au Ghana, elle rejoint le Libéria où elle s’intègre rapidement, épouse un membre du gouvernement, devient mère de famille et s’occupe d'une clinique de chimpanzés. Jusqu’à ce que la situation politique du pays se fissure pour finir par exploser : la guerre civile se propagera avec une violence inouïe.

 

 

Ce pourrait être seulement un destin peu banal que nous raconte Russell Banks, s’il n’avait cette façon magistrale et époustouflante de nous faire vivre, aux cotés d’Hannah, l’histoire du Libéria, celles des jeunes américains engagés aux cotés du Weather Underground, s’il ne nous immergeait pas dans les profondeurs et les dessous d’une guerre civile, ethnique, politique et sociale.

 

 

Son personnage central Hannah, raconte sa vie. Sans fausse pudeur, sans passion, avec la lucidité d’une femme qui a vécu plusieurs vies, trop de vies, Hannah (ou Dawn, selon les fausses identités qu’elle utilise) évoque son passé de militante, ses relations avec un père pédiatre renommé, une mère bourgeoise trop consensuelle et narcissique pour comprendre l’engagement politique et idéologique de sa fille.

 

 

Hannah, quant elle épouse un ministre du gouvernement libérien, se case, se range, mais n’éprouve plus l’exaltation et la rage qui ont guidé sa vie. Elle aura trois enfants, qu’elle appréciera, qu’elle élèvera, mais à qui elle sera incapable de fournir le moindre amour maternel, ou alors un amour tronqué, rongé, distant et poli.

 

 

Hannah en revanche se dévoue pour ses chimpanzés ; la seule espèce avec laquelle elle arrive à communier, oui à communier. Par le regard, par le silence, Hannah découvre avec ses « rêveurs » une relation qu’elle n’a jamais établie avec personne.

 

 

C’est un personnage peu sympathique, mais plutôt fascinant. Fascinant dans le sens où cette jeune femme, que tout portait à devenir une américaine normale, symbole d’une bourgeoisie aisée, dominante, va piétiner les conventions sociales inculquées par ses parents, briser leur rêve. De petites entorses en grandes révoltes, Hannah va perdre petit à petit sa capacité à s’émouvoir, à se laisser aller. Robotisée, obnubilée par les causes qu’elle s’acharne à défendre, elle avance dans la vie comme une guerrière avance, toujours fidèle à ses convictions et sans regarder derrière elle.

 

Mais avant tout, Russell Banks dessine un portrait passionnant du Libéria : les politiques africaines, la corruption, la violence,  les arrangements avec la morale et l’éthique, l’influence des Etats-Unis qui tirent les ficelles des les guerres civiles et soutiennent de façon souterraine les groupuscules révolutionnaires. Les guerres ethniques, les épurations, la pauvreté, les inégalités sociales et culturelles, Russell Banks nous plonge dans ce pays, comme il nous enfonce dans sa chaleur, sa moiteur.

 

On transpire, on est captivé, on tremble, mais on ne peut rester indifférent à ce roman magistral. Époustouflant.

L'excellent billet de In Cold Blog,

Les avis de Flo, DDA du Biblioblog, Frisette, Sylire, Cuné, Goelen, Jo Ann V.

Et ici, une interview de Russell Banks réalisée par l'équipe du Biblioblog.

 

 

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