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09/07/2010

Le livre sans nom – Anonyme

anonyme.jpgÇa démarrait pourtant bien, les pages se tournaient toute seules au rythme trépidant d'une histoire totalement déjantée et au style truffé d'humour.

Ça démarrait dans la petite ville de Santa Mondega, en Amérique du Sud. A Santa Mondega, l'impunité règne pour les malfaiteurs, les voleurs, les tueurs, violeurs, égorgeurs et autres vilains. Sanchez y tient un bar un peu miteux, et si d'aventure un client vide son chargeur dans la tête d'un autre client, tout le monde reste plongé le nez dans son verre. La devise de tous, ici : ne te mêle de rien. Mais un beau soir surgit un homme encapuchonné, Sanchez lui sert d'abord un verre d'urine. Mais Bourbon Kid, puisque tel est le nom de nouvel arrivant, n'est pas né de la dernière pluie... il suffira de quelques minutes pour que l'hécatombe commence. Cinq ans plus tard, deux moines entraînés aux arts martiaux dès leur plus jeune âge quittent Hubal à la recherche de l'Oeil de la Lune, une pierre aux pouvoirs paranormaux, qui attise toutes les convoitises... Cet Oeil de la Lune serait, quelque part, à Santa Mondega, entre les mains de... de plusieurs personnes, en fait, qui la volent, la perdent, la protègent, sans forcément en connaître tous les pouvoirs.

Ça démarrait bien, donc. La première partie est une épopée cynique, cinglante, où les cadavres jonchent les pages, de plus en plus nombreux, de plus en plus sanguinolents. De l'humour bien noir, on se croirait dans un Tarantino (cité en référence dans la quatrième de couverture), il y a un peu de Kung Fu, du sang, des balles, des bars glauques, du sexe et des voleurs. Les personnages sont tous des clichés ambulants (du barman relou, aux moines ceintures noire de tous les arts martiaux qui existent, du flic paumé, du gentil couple qui veut juste gagner de l'argent, quitte à voler..) sans doute tellement stéréotypés que je les ai trouvés au final sans grande surprise et bien convenus, dans un certain sens. On va y croiser Batman, Catwoman, ELvis Presley, Buffy... et probablement d'autres que je n'ai pas reconnus, mais tout ça m'a paru lourd, très lourd, au bout d'un moment. D'autant qu'apparaissent des créatures paranormales, inrruption qui ne m'a pas convaincue du tout... mais les vampires et moi... non, ce n'est pas ma tasse de thé.

Donc, dès la deuxième partie, pour ma part, ce fut fini : lassitude, ennui, l'humour noir et déjanté ne me déplaisaient pas, mais je me suis surprise à chercher ou attendre autre chose.

Et n'ai rien vu venir.

Mais les amateurs du genre apprécieront sans aucun doute. 

 

Le livre sans nom – Anomyne

Sonatine, mai 2010, 461 pages.

 

 

Stephie a beaucoup aimé,les Inrocks aussi, le Cafard cosmique beaucoup moins.

 

28/06/2010

Manhattan Transfer - John Dos Passos

« Je crois que cette ville est pleine de gens qui veulent des choses inconcevables… »

dospassos.gifC’est particulier, Dos Passos. C’est même assez troublant. On s’y perd, on lâche le fil, on le retrouve, on essaie de ne pas se laisser distancer alors on s’accroche et on se retrouve embarqué dans un flux de personnages et d’histoires enchevêtrées, imbriquées comme une pelote de laine avec laquelle aurait joué un chat facétieux.

Et puis, de fil en aiguille, on finit par être pris dans la trame, on s’attache aux maillons, on s’accroche et on est finalement bien content d’avoir pris part au voyage.

Pour l’histoire, ou plutôt les histoires, ce sont des gens, des hommes, des femmes, des aisés, des ambitieux, des révoltés, des migrants ou des déshérités, tous obnubilés par le désir de réussir en ce début de vingtième siècle. Réussir une carrière, une affaire, une vie. En changer, aussi. Réussir et trouver ce qu’ils cherchent. Pour l’un, ce sera faire fortune, pour l’autre une carrière théâtrale, pour l’autre vivre libre, ou assurer l'avenir de son enfant, un avenir meilleur avec d'autres armes que celles que l'on a eu soi-même, pour d'autres trouver la reconnaissance, celle de soi, celle des autres.

Tous ces personnages se croisent, se rencontrent, se parlent. Ils s’aiment, se haïssent, se séparent et se retrouvent mais tous sont reliés par un même fil, celui du bonheur qu’ils cherchent tout simplement à atteindre. Un bonheur qui revêt des formes différentes et qui n’arrivera pas toujours.

New York est la ville de tous les possibles, dit-on. Elle est ici omniprésente. Dos Passos ne se perd pas en descriptions mais on palpe cette ville tentaculaire à chaque tournant de rue, chaque théâtre, chaque quai ou bateau. La ville enveloppe les personnages, les entoure d’un halo qui représente l’aboutissement d’un rêve pour certains ou un hydre à fuir pour d’autres. Elle est le terre-plein central sur lequel évoluent les personnages, leur point d’ancrage autant que leur source de désespoirs. Un paysage en arrière plan qui cristallise les fantasmes et les espoirs d'une dizaine d'hommes et de femmes et qui devient par là-même un personnage de premier plan.

Au travers une narration elliptique, fractionnée en autant de petites scènes qui viennent s’empiler, on passe d’un personnage à l’autre, on fait des sauts dans le temps, brutalement, au travers le cantique des cantiques ou d'autres citations évoquées, citées, parfois psalmodiées, on se perd dans un labyrinthe d’histoires, et on a l’impression, au final, d’être une de ces petites fourmis.

Et moi, être une petite fourmi new-yorkaise, ça me va très bien.

 

 

Manhattan Transfer, John Dos Passos

Folio, 505 pages, octobre 2009

Merci encore à Dasola !

23/06/2010

Montana 1948 – Larry Watson

montana.jpgUn jeune garçon de douze est le témoin impuissant de l’affrontement entre son père Wesley Hayden, sheriff du Montana et son oncle Franck, médecin. Nous sommes en 1948 et une jeune Indienne accuse le médecin de viol et attouchements. Dans ce comté d’Amérique, le racisme est encore présent, rampant, et la famille Hayden une famille reconnue : le grand-père été sheriff avant que son fils prenne la relève, il s’oppose à l’arrestation de son fils Franck.

 

Un roman très court qui distille en quelques pages seulement la morgue des blancs face à l’impuissance des Indiens. Un bon roman, qui condense haine, colère, mépris des lois par une famille blanche et puissante, et volonté de justice et déchirement d’un homme (Wesley), écartelé entre le respect de la loi et sa loyauté à sa famille et la crainte de son propre père.

 

Sous le regard du petit David, qui y perdra son innocence, la haine et l’arrogance affleurent chaque page (« Ta mère et moi pensions que nous aurions plus d’un petit-enfant. Rien contre Davy, mais bon Dieu, un seul enfant à vous deux ! - Tu sais bien ce qu’elle a enduré pour David. Après nous avons décidé que… - Et blancs ! rugit mon grand-père. Nous les voulons blanc ! »), tandis que la honte et la faiblesse, le déchirement de Wesley s’opposent à sa famille. C’est toute une peinture sociale, un tableau du  Montana encore, à cette époque, âpre, aux mentalités étriquées, aux clivages raciaux omniprésents qui est latent sous le récit d’une histoire sordide et, dans un certain sens, fascinante.

 

Bon roman, oui, néanmoins probablement trop court à mon goût car j’aurais aimé voir ces sentiments déployés plus longuement, moins condensés, sentir la puissance de l’histoire monter plus lentement en puissance. Mais un très bon roman quand même.

 

 

 

Montana 1948 – Larry Watson

Gallmeister Totem, avril 2010, 163 pages

Traduit de l'américain par Bernard Péguillan

 

 

Les avis de Ys "C’est un texte très fort qui sonne juste et résonne longtemps."

 

et Choco "Remarquable de justesse dans l'expression des sentiments du jeune David comme dans l'ambiance traditionnaliste d'une petite ville, Larry Watson nous offre ici un récit qui alterne entre innocence et corruption et réussit à happer le lecteur dans cette sombre histoire familiale qu'on ne lâche pas jusqu'à la fin !"

21/06/2010

La mise à nu des époux Ransome - Alan Bennett

Lorsque Mr et Mrs Ransome rentrent de l’opéra, ils retrouvent leur appartement vide. Entièrement vide. Tout a été cambriolé, benett.jpgdepuis l’équipement hifi de Monsieur jusqu’aux bijoux de Madame, en passant par le papier toilettes et la moquette. Il va falloir tout racheter. L’un en profitera pour se rééquiper en équipements dernier cri, l’autre découvrira les merveilles à trois sous de l’épicer du coin.

 

 

Loin d’être aussi amusant que La reine des lectrices, cette Mise à nu des époux Ransome se lit néanmoins sans déplaisir. Alan Bennett se plaît à croquer ce couple bien installé dans un confort bourgeois (Monsieur est associé dans un cabinet d’avocats, Madame a cessé de travailler), qui ne se parle pas ou peu depuis longtemps. L’homme, macho patenté, campé sur ses positions d’avoué respecté, refuse de se remettre en question tandis que Madame découvre avec une certaine naïveté que l’on peut vivre différemment, voire dialoguer avec son conjoint ou s'alimenter ailleurs que chez Mark & Spencer.

 

Si les situations et les dialogues ne sont pas aussi truculents que dans la Reine des Lectrices, on y retrouve cet humour caustique et détaché, ce second degré distillé l’air de rien, au détour du phrase ou d’une scène, qui font de cette comédie british une sympathique satyre du couple respectable : les époux Ransome apprennent que l'on peut faire du bruit en faisant l'amour, que l'on peut rire aussi, communiquer et partager. Qui va le plus apprendre ? Ou pas ?

 

Le tout n'est peut-être pas assez corrosif pour moi (j'aurais préféré un peu plus de noirceur dans cette peinture du couple) mais n'est pas désagréable.

 

 

 

La mise à nu des époux Ransome - Alan Bennett

Denoël et d’ailleurs, mai 2010, 159 pages

 

 

Les avis de :

Cuné : "Une petite fable charmante réussie de bout en bout"

 

Ekwerkwe : "Alan Bennett s'intéresse moins au triste Mr Ransome qu'au joli chemin parcouru par son épouse, et nous balade avec talent dans un roman où la froideur conjugale côtoie des scènes à la limite du merveilleux."

 

Lou : "Une jolie bluette britannique mais, si vous cherchez une idée de lecture dans le même genre, vous trouverez beaucoup mieux ailleurs."

15/06/2010

America America – Ethan Canin

canin.jpgLe narrateur, Corey Sifter est rédacteur en chef du Speaker Sentinel, un journal local dans l’état de New York. Corey assiste aux obsèques du sénateur Henry Bonwiller, ancien candidat à l’investiture du parti démocrate lors des élections présidentielles de 1972. Sa course à la Présidence a été stoppée net quand il fut impliqué dans la mort accidentelle d’une jeune femme. A l’époque, Corey, fils d’ouvrier, travaillait pour la puissante famille Metaray, qui soutenait le sénateur et lui donnait les moyens – financiers et matériels – de devenir Président des Etats-Unis. La mort de Henry Bonwiller, trente ans plus tard, donne à Corey Sifter l’occasion de revenir sur cette période.

 

 

Corey raconte son enfance dans une ville fondée par la famille Metaray (le grand-père, Eoghan, immigré irlandais, a bâti sa fortune sur les gisements de la ville). Le fils de Eoghan, Liam Metaray, repère Corey et lui donne une chance de poursuivre ses études dans une université de renom et lui offre de travailler occasionnellement dans son domaine, ainsi que pour le sénateur Bonwiller.

 

Roman ambitieux, America America trace le parcours d’un jeune homme qui découvre le milieu de la politique, l’ambition d’une famille qui décide de créer un Président : tout sera mis en œuvre pour en faire le futur candidat démocrate. Sur fond de guerre du Viet Nam, Ethan Canin dresse le portrait lucide, mélancolique parfois de toute une galerie de personnages : Liam Metaray, philanthrope convaincu partagé entre morale et stratégie politique, qui souhaite faire oublier que son père avait laissé mourir cinq mineurs pour faire plier les syndicats, Henry Bonwiller, le sénateur alcoolique obnubilé par sa victoire, Trieste, la jeune journaliste à laquelle se confie Corey trente ans plus tard, ou bien sûr Corey, jeune candide qui découvrira que politique et morale ne font pas bon ménage. Il reconnaîtra néanmoins toujours qu’il doit à la famille Metarey d’avoir fait ses études et pu s’élever au-delà de ce que ses parents auraient pu lui offrir.

 

Avidité du pouvoir, vanité, luxure, America America est un roman ambitieux et passionnant. Impossible de ne pas repenser à Ted Kennedy et à l’affaire de Chappaquidick, le parallèle est là mais nous sommes dans une fiction et une toute autre histoire, où culpabilité et morale se heurtent aux ambitions nationales, nous sommes dans les coulisses de la politique, où journalistes et hommes de réseau sont choyés, où les discours sont soigneusement pensés (y compris dans leurs temps morts), où gratitude et loyauté se heurtent au cynisme et aux manipulations.

 

« J’étudie encore aujourd’hui la politique, et je suis toujours surpris de voir que les journalistes, les hommes politiques et tous ceux tout ceux que ma profession appelle désormais les faiseurs d’opinion peuvent encore se laisser influencer si on leur offre les bons cadeaux et les bons voyages, les bons alcools, les bons chanteurs et les noms appropriés, et que les citoyens, à leur tour, par millions, peuvent encore se ranger derrière eux. »

 

Roman également sur la transmission familiale, car il oppose le sens de la dynastie, représenté par la famille Metarey, qui veut transmettre sa puissance pour faire oublier l’immigration difficile et les premières années tâchées de honte, à l’éducation que donnera Corey Sifter à des propres enfants. 

 

« Tu sais, on élève ses enfants en fonction de ce que l’on connaît. On prend ce que ses parents ont fait, on essaie d’apporter ses propres corrections – en enlevant les choses blessantes, les injustices et tout le reste -  et on tente d’ouvrir au monde ces objets sacrés de façon à ce que celui-ci leur fasse le moins de mal possible. Du moins pas trop tôt. Et puis on s’aperçoit qu’ils ne sont pas si différents… disons… des animaux sauvages. L’un est féroce, peut-être. L’autre est calme, mais sans doute parce qu’il est effrayé. Un autre encore a toujours les yeux fixés sur  l’horizon… Un jour, on se rend compte à quel point on a été bête. Il n’y a rien à faire, à part les laisser partir. Tout ce qu’on peut faire de son coté, c’est prier. Je ne suis pas croyant, loin de là, Corey. Mais je prie quand même. Pour mes enfants ; c’est tout. Tous les parents le font. »

 

 

C’est un constat amer que dresse Corey Sifter, trente ans plus tard. Un constat amer, désabusé, jamais cynique mais lucide.

 

Un très, très bon roman.

 

« Si j’ai appris une chose durant le temps passé avec Henry Bonwiller, c’est que la politique de masse est avant tout une lutte émotionnelle, une bataille primale dans laquelle le charisme et l’instinct l’emportent sur l’éthique et la raison … j’eus l’intuition – qui dépassait largement l’entendement que je pouvais avoir à cet âge là – que la chute à laquelle j’assistais n’était pas celle d’un politicien isolé. »

 

 

America America, Ethan Canin

Editions des Deux Terres, avril 2010, 553 pages

09/06/2010

Brooklyn – Colm Toíbín

Irlande, années 50. Eilis est une jeune fille comme les autres. Elle vit avec sa mère et sa soeur Rose alors que leur père est brooklyn.jpgdécédé et leurs frères partis vivre leur vie en Angleterre. C’est Rose qui lui offre l'opportunité de partir vivre à Brooklyn où elle pourra travailler et étudier la comptabilité. Après une traversée en bateau, Eilis a le mal du pays mais s'intègre peu à peu et rencontre d'autres jeunes filles logées comme elle dans une pension de famille. Eilis est bénévole dans la paroisse locale, employée dans un magasin de vêtements et fréquente les communautés irlandaises et italiennes très présentes dans ce coin de New York. Elle rencontre Tony, fils d’immigrés italiens.

 

 

Il y a des romans qui sont dans l'action, qui déroulent les vies de leurs personnages en les argumentant à coups de rebondissements et d'événements sensés signifier chaque étape importante de ces vies. Il y a d'autres romans qui tissent leurs histoires sur des petits faits et gestes, des pensées disséquées et n'en sont que plus passionnants. Brooklyn est de ceux là.

 

Pourtant, les choses n'étaient pas gagnées pour moi dans la première partie et, contrairement à Cuné, lire Brooklyn en anglais m'a au début laissée dans une position d’observatrice plus ou moins indifférente si ce n’est légèrement ennuyée. Tout est pourtant parfaitement compréhensible, la langue et le style sont tout à fait abordables. C'est petit à petit, lentement mais sûrement, que je me suis laissée happer par Eilis et suis entrée en totale empathie avec elle.

 

Parce que Colm Toíbín, l'air de rien, détaille avec une précision quasi entomologique les moeurs de ces jeunes filles qui acceptent ce que les années 50 leur réservent : travailler, un peu, puis se marier, fonder une famille et s'y consacrer ; quelques bals, quelques amourettes dont la seule finalité est de rentrer dans la norme en fondant un foyer.

 

Eilis ne conteste en rien ce futur, elle s'y prépare en toute quiétude, sans se poser de questions ni chercher à précipiter les choses. Mais cette nouvelle indépendance, loin de sa mère et de sa soeur, vont lui donner l'occasion de s'émanciper quelque peu et surtout de commencer à imaginer une autre vie, où elle pourrait travailler, tout en élevant des enfants.

 

Le destin tout tracé, le poids des conventions forment un mur auquel va se heurter Eilis. Sans arrêt partagée entre désirs intimes qu'elle peine à identifier voire à assumer, ses ambitions (qui sont pourtant bien raisonnables : préparer un diplôme pour ne pas rester vendeuse, éventuellement continuer à travailler à mi-temps si elle a des enfants) et les conventions qui sont imposées par le seul poids de l'éducation et des habitudes (personne n’empêche Eilis d’étudier, personne ne lui impose une mariage), Eilis est un personnage troublant.

 

Troublant car elle est écrasée par sa propre faiblesse et pas son incapacité à exprimer ses sentiments ou points de vue. Eilis est une jeune femme qui subit, observe et se tait, incapable de s'affirmer, par faiblesse ou par peur de blesser. Mais éduquait-on les jeunes filles pour qu'elles pensent par elles-même autrement que selon un moule tout tracé ? ? A cette époque, une jeune fille ployait volontairement sous le joug des conventions sans chercher à les remettre en question.

 

On peut la trouver lâche, quelque part manipulatrice dans ses mensonges par omission, je l'ai trouvée touchante, jusque dans ses faiblesses.

 

Un roman tout en finesse, qui rappelle effectivement Richard Yates et ces auteurs anglo-saxons qui savent disséquer, explorer des pans de sociétés ou de moeurs sans inutilement se perdre dans des intrigues complexes : un tableau social dressé avec une retenue très gracieuse ; les peurs, les doutes, la complexité des sentiments y sont livrés avec une discrétion ciselée, une grande délicatesse et beaucoup d'intensité, au final. Et si dans La fenêtre panoramique de Richard Yates April Wheler était une femme de tête qui prenait des décisions, ici Eilis est faible, lâche souvent, mais toujours touchante.

 

 

 

 

Brooklyn, Colm Toíbín

Penguin, 2009, 252 pages

 

 

 

Merci à L'ogresse d'avoir partagé ce roman, et à Cuné de l'avoir fait suivre.

 

 

Et, puisqu'il s'agit d'un livre en anglais, j'en profite pour réaliser un peu du challenge de Bladelor, Lire en VO, auquel je ne suis pas inscrite, mais quand même !

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« She wrote once more to Rose, using her sister’s office address and told her how far things had gone ; she attempted to describe Tony, but it was difficult without making him sound too boyish or silly or giddy. She mentioned that he never used bad language or curse words because she thought it was important for Rose… she had made it sound as tough she were pleading for him, instead of merely trying to explain that he was special and that she was not staying with him simply because he was the first man she had met.”