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03/01/2010

Guide de l’incendiaire des maisons d’écrivains en Nouvelle-Angleterre – Brock Clarke

Si je devais mettre le feu à une maison d’écrivain, je serais bien en peine de choisir laquelle. Il faudrait d’abord que j’aie une clarke.jpgtrès bonne raison de le faire. Parce qu’il a gâché certaines soirées de mes années collège ? Parce que j’ai eu cinq sur vingt en commentaire de texte alors que je pensais avoir rendu La Copie du siècle ? Parce qu’une autre fois j’ai eu 16 à l’oral en parlant d’un auteur que j’aimais moyen, en fait ? Sam Pulsifer, lui, il a mis le feu à la maison d’Emily Dickinson. Bon, en fait, il n’a pas fait exprès. Mais le problème, c’est que, en plus de cramer la maison de la poétesse, il a causé la mort de deux guides qui profitaient du calme de la maison pour s’ébattre sur le lit de la dame. Une partie de galipettes plus chaude que prévue, soit dit en passant…

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29/12/2009

A BOUT DE COURSE – RICHARD STARK

Où nous découvrons (ou retrouvons, si on est un adepte de Stark alias Westlake) Parker le braqueur. Parker veut braquer une stark.jpgbanque, découvre que l'un des gars sur le coup est un flic, le réduit au silence, se demande comment il va faire, trouve quelques complices et le voilà qui prépare le braquage d'un convoi de fonds. A priori facile, l'affaire est dans le sac et vogue le Parker. Sauf que l'une des personnes sensées leur indiquer le bon fourgon est la femme du directeur de la banque, maîtresse d'un ancien employé lui même ancien taulard, qu'un chasseur de prime va s'en mêler, que le directeur de la banque n'est pas tout à fait idiot, qu'une jeune fliquette vient enquêter et tout ne se déroule pas aussi bien que Parker l'avait escompté. Damned, tout va mal et Parker tente de tenir la route, en bon cartésien qu'il est.

 

Il est pas mal, ce Richard Stark. Pas mal parce qu'on retrouve ce qu'on aime chez Westlake : une équipe un peu branlante, des situations cocasses et des retournements imprévus qui finissent pas partir en vrille. Pas mal parce que le style est concis, pas de circonvolutions inutiles, ça avance et Parker se retrouve évidemment dans le pétrin.

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18/12/2009

EXIT LE FANTÔME – PHILIP ROTH

Nathan Zuckerman vit reclus dans le Massachussetts depuis onze ans. Ecrivain à succès, il s’est réfugié loin de New York et vit roth.jpgprotégé du monde et de ses aléas, loin de tout, il vit libéré du monde, vit dans les livres, dans l’écriture et pour l’écriture. Des problèmes de prostate vont le conduire à New York où il va rencontrer un couple d’écrivains, une vieille dame mourante et un journaliste amateur de scoops et de biographies à scandale…

 

Comment parler de ce roman quand c’est celui qui nous a ouvert l’univers de cet auteur et que l’on est « vierge » de tous les autres ? Quand ce dernier opus semble être une suite logique dans la construction d’une œuvre à part entière ? Mais être "vierge" d’un auteur permet, peut-être, aussi, de le lire et le ressentir sans arrière pensée, en toute innocence. Allons y donc gaiement…

 

La première chose qui saute aux yeux, c’est la fluidité de lecture, le style impeccable, à la fois mordant et limpide, qui accompagne une histoire a priori simple (un écrivain impuissant va tomber amoureux d’une jeune femme, sera abordé par un journaliste désireux de révéler des secrets sur son ancien mentor, l’écrivain s’interroge sur son désir mort, sur la nécessité de révéler ces secrets). Mais derrière ces situations vont surgir des réflexions sur l’écriture, sur l’évolution du monde, sur la « santé » des Etats-Unis (le roman se passe au moment de la réélection de George W. Bush) et sur... la vie, tout court.

 

Nathan Zuckerman revient au monde (à New York), redécouvre une ville qui grouille, une ville où l’on ne se parle plus qu’à travers des téléphone portables, où la communication est devenue virtuelle, volage, futile. Redécouvre un pays envahi par la bêtise et gouverné par un imbécile adulé des réactionnaires. Lui qui s’excluait de la petitesse du monde revient à celui-ci par nécessité physique… mais cette nécessité est-elle vraiment ... nécessaire ? Que recherche-t-il ? Un simple confort « prostatique » ? La rencontre avec Jamie, de trente ans sa cadette, va réveiller des désirs endormis et faire renaître des velléités sexuelles que la maladie avait éloignées… L’homme revient parmi les vivants mais que rapporte de vivre à nouveau dans un monde devenu encore plus vain ? Ne vaut-il pas mieux rêver et se plonger dans la fiction, protégé des autres et de soi-même ? Sans cesse, Nathan oscille entre fiction et vie réelle, il rencontre Jamie, Amy, Billy et réécrit des dialogues imaginaires qui comblent ses fantasmes et ses envies. Réécrit le réel pour plonger dans une fiction où la vacuité du monde serait comblée. Et faut-il vraiment révéler les secrets cachés d'un écrivain ? Son oeuvre ne prime-t-elle pas sur l'homme ? 

 

Etait-il nécessaire que le fantôme sorte de l’ombre et retourne dans le monde ? Non, nous dit Philip Roth, mais pour la beauté du livre, oui…

 

Exit le fantôme, Philip Roth

Gallimard 327 pages, Octobre 2009

 

 

Bartllebooth a aimé aussi, tout comme Dominique et Cathe. Aussi lu par Lapinoursette et LVE.

 

Et en prime, un extrait (parmi de nombreux autres) que je livre à votre réflexion (à propos des critiques littéraires) :

 

« Si j’avais le pouvoir s’un Staline, je ne le gaspillerais pas à réduire au silence les romanciers. Je réduirais au silence ceux qui écrivent sur les romanciers. J’interdirais toute discussion publique sur la littérature dans les journaux, les magazines et les revues spécialisées. J’interdirais l’enseignement de la littérature dans tous les établissements scolaires, du primaire au supérieur en passant par le secondaire. Je prohiberais les groupes de lecture et les chats de discussion sur les livres sur Internet, et je mettrais sous surveillance les librairies pour vérifier qu’aucun vendeur ne parle de livres avec un client, et que les clients n’osent pas se parler entre eux. Je laisserais les lecteurs seuls avec les livres, pour qu’ils puissent en faire ce qu’ils veulent en toute liberté. »

 

 

06:00 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : écriture, fiction, new york | |  Facebook

04/12/2009

LA SANCTION – TREVANIAN

trevanian.jpgQuand les grands espaces se marient à une intrigue ficelée serrée bien comme il faut, quand les pages nature grignotent sans lasser un écheveau corsé mêlant espionnage, tueur à gage et suspens, quand on se plonge dans un livre sans voir les heures passer, même s’il est deux heures du matin, que l’on rentre d’une soirée et que l’on y retourne quand même, parce que c’est ainsi, il le faut, on est en présence d’un bon, très bon roman.

 

J’ai découvert Jonathan Hemlock, alpiniste / amateur d’art / tueur à gages avec « L’expert », tout en regrettant de ne pas avoir lu d’abord le premier volume de ses aventures. C’est chose faite et autant dire tout de suite que l’expérience fut à la hauteur de mes attentes.

 

Jonathan, ancien alpiniste, sportif émérite et grand amateur d’art, travaille donc occasionnellement pour la section contre assassinat du CII, organisation qui ressemble plus ou moins à la CIA. Non que l’homme soit un tueur dans l’âme, mais il faut bien qu’il financer les toiles pour assouvir sa passion. Sa prochaine mission : assassiner un homme au cours de l’escalade du Mont Eiger, le mont infranchissable des Alpes Suisses. Le seul souci, c’est que le CII est incapable de désigner qui des trois hommes qui accompagneront Jonathan est l’agent à éliminer. A lui donc de découvrir lequel des trois est lui aussi un tueur à gages. Lequel des trois est l’homme à sanctionner.

 

Grands espaces, donc, avec de très belles pages sur les montagnes alpines qui ne sont jamais lourdes ni trop emphatiques, un personnage principal particulièrement piquant (l’homme est rempli de paradoxes, sans aucune morale, sans conscience, tout en ayant des principes bien arrêtés sur l’amitié, la fidélité et la vengeance, cultivé, raffiné et sportif, séducteur impénitent au cœur de glace), un style précis qui ne néglige jamais un humour à la fois détaché et corrosif (« La vague sensation de tension et d’impatience qu’éprouvait Jonathan se trouva exacerbée par le sentiment de dépression que lui inspirait toujours la Suisse. Il considérait la localisation géographique des Alpes dans ce pays sans âme comme un des caprices malveillants de la nature. En déambulant sans but autour de l’hôtel,  il tomba sur un groupe d’oiseaux de l’Eiger de bas étage, occupés à jouer au jeu de la fondue, du kirsch et du baiser en ricanant bêtement. Il regagna sa chambre, écoeuré. Personne n’aime vraiment la Suisse, sauf ceux qui préfèrent l’hygiène à la vie, songea-t-il. D’ailleurs quiconque voudrait vivre en Suisse voudrait vivre en Scandinavie »), c’est avec brio que Trevanian marie ces ingrédients dans une intrigue bien corsée.

 

L’humour rivalise avec la nature, les personnages sont bien croqués (que ce soient les agents du CII, souvent écorchés par des petites piques bien senties sur leur amateurisme, ou les curieux qui affluent au bas de l’Eiger pour assouvir leur voyeurisme et leur goût du sensationnel (tomberont ? tomberont pas ? réussiront ? mourront ?)), l’intrigue elle-même n’est pas le centre du roman et pourtant les pages finales ont été pour moi une surprise de taille.

 

Une réussite donc, qui me donne plus envie encore de découvrir Shibumi, un autre roman de l’auteur.

 

 

 

 

La sanction, Trevanian

Gallmeister, 342 pages

 

 

Les avis de Moisson Noire, Choco, et Jean-Marc Laherrère.

30/11/2009

UN PETIT BOULOT – IAIN LEVINSON

Pas facile, de trouver de quoi payer ses factures, ses dettes, ses bières et son abonnement au câble quant on vit dans une levinson.jpgpetite ville du Wisconsin où le principal employeur a plié bagages et est allé s'installer là où la main d'oeuvre est moins chère, moins exigeante et moins regardante sur les conditions d'emploi. Quand tout ce qui ressemble de près ou de loin à une possibilité de travail rémunéré a peu à peu disparu. Dans cette petite ville, Jake Scowran est au chômage depuis des mois. Ses indemnités fondent petit à petit. Aussi quand Ken Gardocki, le bookmaker local et trafiquant de drogue à l'occasion lui propose de tuer sa femme contre 5000 dollars, Jake n'hésite pas tant que ça. Après tout, c'est un boulot comme un autre. Suffit juste de le prendre comme ça, un boulot, rien d'autre (« Je sors du bureau et remonte dans ma voiture, pas le coeur lourd comme un homme qui vient de renoncer à toutes ses valeurs, mais euphorique comme un type qui vient de décrocher un boulot ».) Et finalement... les bons employés se voient toujours confier des tâches additionnelles, non ?

 

 

Ce court roman est savoureux, truffé d'humour noir et de petites piques acerbes qui picotent là où ça fait mal ; une petite fable grinçante à souhait, qui nous lance sur les traces d'un apprenti tueur doué sans le faire exprès, et d'une petite clique tout aussi bien croquée : du bookmaker véreux mais pas trop méchant quand même (« Dans une ville où les trois quart des hommes ont été licenciés au cours des neuf derniers mois, les affaires qui profitent du désespoir sont florissantes ») qui ne fait finalement que fournir un job à Jake, puis un autre, et encore un autre, en passant par Tommy le pompiste qui propose un vrai boulot à Jake par amitié ou Brecht, le cadre ambitieux de la world compagnie venu inspecter cette station service qui ne rapporte pas assez (« Le registre des émotions dont il dispose est limité parce que ce type est obsédé par la cupidité et la conviction qu'elle est récompensée. Je suppose qu'il réussissait plutôt bien au collège, et qu'à un certain stade de son développement personnel il a appris qu'un caractère impitoyable rapporte gros. Il a peut-être une fois eu un boulot d'été auprès d'un homme qui ne s'intéressait qu'à l'argent et en gagnait énormément, et il a écouté cet homme, il se le répétait peut-être même dans sa voiture ».).

 

Jake le tueur prend son nouveau job très au sérieux, s'applique à réussir ses missions, tout en puisant dans sa culture cinématographique les bases et la formation qui lui manquent. Un autodidacte du crime qui s'en sort finalement pas trop mal, tout en restant un brave type quand même, faut pas charrier.

 

Le tout est raconté avec cet humour détaché, très second degré qui fait toujours mouche l'air de rien, et forme avec brio un récit caustique où les modèles économiques qui piétinent les laissés pour compte et ne veillent qu'au résultat et aux actionnaires sont insolemment pointés du doigt, avec humour et beaucoup de dérision. Ce roman a beaucoup été comparé au « Couperet » de Westlake. Pour ma part, dans le ton et l'humour distillés avec une délicieuse et piquante perfidie, il me rappelle quelque part le film « The full monty »... Après tout, il faut bien vivre, non ? Et quitte à perdre ses valeurs, autant tuer ceux qui ont déjà vendu les leurs au plus offrant. Les personnages de The full monty se débarassent de leur pudeur, Jake, lui, vend son âme au diable. Du moment que ça rapporte.

 

Un petit boulot, Iain Levinson

Ed. Liana Levi, 210 pages, 2004

 

 

L'avis de Delphine que je remercie pour le prêt (yep, you made my day :) !

 

Les avis de Fashion, Polar Noir, Choco et Goelen et Dasola.

 

23/11/2009

VILLE NOIRE VILLE BLANCHE – RICHARD PRICE

Nous sommes à Amstrong, Dempsy, une banlieue de New York où vit une grande communauté noire. Brenda Martin erre dans la cité et se price.jpgrend à l’hôpital. Brenda vient de Gannon, la cité « blanche » d’à coté. On a volé sa voiture dans laquelle dormait son fils Cody, quatre ans. C’est l’inspecteur  Lorenzo Council, un flic noir habitué à la cité, connu et apprécié de la communauté qui va enquêter. D’un autre coté, une jeune journaliste blanche, Jesse, tente de couvrir l’affaire, décidée à faire ici ses preuves et récolter le scoop qui lancera sa carrière, tandis la tension monte entre les deux communautés.

 

Richard Price est un peintre du concret, un peintre qui balaie de coups de pinceaux précis, nets et tranchants les stigmatisations raciales, les haines communautaires et les violences sourdes de la grande banlieue New Yorkaise. Au-delà de l’affaire elle-même, de la disparition du petit garçon, de la personnalité trouble de cette mère assommée qui semble vivre la disparition de son fils de façon trop détachée, engourdie par la souffrance ou l’indifférence, c’est toute la violence latente qui rampe entre les deux communautés qu’il met en exergue. D’un coté, la communauté blanche à l’abri dans sa cité, de l’autre, un ghetto noir. Au milieu, un parc, ligne de séparation entre les deux clans, une limite infranchissable qui sera bafouée et piétinée. Au loin, Manhattan et la richesse qui semblent narguer la cité.

 

Deux populations qui ne se mélangent pas mais qui semblent attendre le détonateur qui déclenchera l’affrontement. La disparition de Cody, l’acharnement de la presse à accuser la communauté noire (Brenda dit que son agresseur était un noir), l’empressement de la police blanche de Gannon à envahir Armstrong et harceler la population, tout se met peu à  peu en place pour que l’implosion survienne, dans une atmosphère étouffante de canicule. Lorenzo le flic aguerri sent que l’inévitable se produira mais ne peut que tout faire pour le retarder. Jesse, la journaliste, observe, infiltre et devient la confidente de Brenda, femme complexe, perdue, victime autant que coupable d’une société sans pitié. D’un coté l’expérience du sage, de l’autre l’impulsivité de la jeunesse, tous deux entourés de personnages complexes (jeunes désoeuvrés, laissés pour compte des cités, pasteurs haranguant la foule, associations d'aide aux démunis, associations de mères), forment un portrait étouffant des communautés, des ghettos de banlieue, de cette société qui étouffe et ne laisse que la haine pour monnaie d’échange, haine qui ne demande qu’à exploser, surgir et libérer enfin les rancoeurs et les frustrations.

 

On n’est pas dans un thriller où l’essentiel est de retrouver l’enfant, que l’on retrouvera d’ailleurs aux trois quarts du roman mais dont la « résolution » ne servira qu’à enclencher la suite des événements, on est dans une spirale à la fois glauque et hypnotisante, absorbés dans ce tableau âcre et amer où le noir et le blanc forment un mélange trouble et envoûtant, le tableau d'une société en péril qui ne peut s'exprimer autrement que par la violence.

 

Envoûtant, c’est le mot. Edifiant, aussi. Passionnant, en tous cas.

 

 

 

Ville noire, ville blanche, Richard Price

10/18, septembre 2009, 620 pages

 

 

L‘avis de Papillon : « C’est le genre de gros roman qui tient en haleine jusqu’à la dernière ligne et nous laisse hébété face à ce monde bicolore et à ce constat forcément décevant : tout le monde a plus ou moins tort dans cette histoire, autant ceux qui pensent que les Noirs sont tous coupables que ceux qui sont convaincus qu’ils sont tous victimes ».

 

Celui de Polar Noir : « Ville Noire Ville Blanche est un de ces romans dont on sait dès les premières lignes qu'il vous en restera quelque chose ».