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04/10/2007

CANTIQUE DES PLAINES - NANCY HUSTON

70d399bfc68a20213f621b2e25922e75.jpgJ'essaie de lire ton manuscrit. La grande majorité des pages sont indéchiffrables. La page de titre contient cinquante titres provisoires, dont le seul non barré est suivi et précédé de points d'interrogation : En temps normal.»

Ce dont dispose Paula pour retracer la vie de Paddon, son grand-père, ce sont des bribes de souvenirs, quelques notes presque illisibles et son amour pour lui. Sa vie fut ordinaire, rythmée par les hivers âpres et les étés canadiens écrasants. »

A partir du manuscrit inachevé et désordonné retrouvé dans le grenier de son grand-père, Paula tente de redonner vie à cet homme qu’elle a peu connu, en écrivant à son tour le livre qu’il n’a jamais fini.

Fils d’immigrants au Canada, Paddon grandit entre un père alcoolique et une mère croyante qui se réfugie dans une religiosité maladive et quasi mystique. Ecrivain raté, enseignant frustré, il épousera une solide jeune femme qui lui donnera 3 enfants et fermera les yeux sur sa liaison avec une métisse passionnée et révoltée.

Le récit de Paula n’est pas chronologique. Elle raconte l’enfance de Paddon, la naissance de ses enfants, s’en va vers Paddon vieil homme, retourne vers Paddon jeune marié. Tous ces allers retours lèvent peu à peu le voile sur la vie de cet homme dépossédé de ses rêves, qu’une vie trop rude et les espoirs déçus ont rempli d’amertume et de fiel.

En racontant chaque pan de la vie de Paddon, Nancy Huston évoque l’histoire d’une famille sur trois générations. Les conditions de vie des immigrants canadiens, leurs rêves d’une vie meilleure évaporés par la famine, le froid, la solitude ; l’oubli, qu’il soit dans l’alcool ou dans la religion, qui permet de fermer les yeux sur un avenir obscur et miséreux.

La seconde génération, celle de Paddon, ne vit pas mieux. Paddon devient violent et bat ses enfants, ainsi il ne voit plus dans leurs yeux le froid, la faim et les reproches. C’est un moyen sans doute de se sentir encore un peu respecté, à défaut d’être aimé.

A travers le récit de la passion dévorante qui unit Paddon à Miranda, sa maîtresse métisse, Nancy Huston évoque le sacrifice du peuple indien, l’alcoolisation forcenée, l’évangélisation fanatique qui ont aboutit à sa mise en cage et à sa disparition progressive.

Le style de Nancy Huston est très singulier. Ses phrases sont aussi longues que ses virgules sont rares, et pourtant elles se déroulent comme un fil dont on n’a pas envie de voir le bout. Elle manie avec talent les mots et les images. Son récit est comme une lente litanie, qui, loin d’être monotone, embarque son lecteur dans un voyage saisissant, dont il ressort un peu sonné, certes, mais heureux d’avoir accompagné Paula dans cet hommage douloureux et pourtant plein d’amour.

21:30 Publié dans *Litterature Canadienne* | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook

02/10/2007

LE CHEMIN DES AMES – JOSEPH BOYDEN

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1919. Nord de l'Ontario. Niska, une vieille Indienne Cree, attend sur un quai de gare le retour d'un soldat qui a survécu à la guerre. Pourtant, l'homme qui descend du train n'est pas Elijah, mais son neveu Xavier qu'elle croyait disparu, ou plutôt son ombre malade et méconnaissable. Trois jours durant, à bord du canoë qui les ramène chez eux, Xavier, entre la vie et la mort, replonge dans les eaux sombres de son passé. En 1914, Xavier et Elijah, son meilleur ami, s'étaient engagés dans l'armée canadienne, certains l'un et l'autre de vivre l'aventure de leur vie. Mais sur les champs de bataille français, l'enfer les attendait...

L’alternance des récits de Niska et Xavier transportent au gré des chapitres le lecteur de l’enfer des tranchées aux existences sauvages et rudes des Indiens du Canada.

Niska se remémore son passé, son enfance, et nous voici dans les sombres forêts du Canada. Les rituels indiens, les croyances et les traditions ancestrales  décrivent les vies âpres et primitives des tribus indiennes, l’arrivée des Hommes Blancs, la résistance qu’un peuple essaie en vain d’opposer mais qui finira par ployer. Niska observe les hommes de son peuple, raconte froidement, sans juger, la chute d’un peuple et le reniement de ses croyances.

Elijah et Xavier, de leur coté, se sont engagés dans la guerre comme on part en croisade. Soif d’aventure, de découvertes  les ont poussés à partir en Europe. Leurs illusions et espoirs se liquéfieront rapidement dans la barbarie des tranchées.  L’auteur décrit les conditions de survie pendant la première guerre. Le récit est souvent difficile, néanmoins je me suis prise à aimer ces soldats, leur tentatives désespérées de garder un peu d’humanité, de chaleur humaine, alors que tout autour d’eux n’était que boucherie. Elijah et Xavier, anciens chasseurs,  sont désignés comme tireurs d’élite. L’horreur, la mort qui arrache leurs compagnons vont les transformer, mais, alors que l’un tentera d’effacer sa peur de mourir en prenant cruellement plaisir à la donner, l’autre essaiera de résister et de conserver son âme intacte.

C’est un roman magnifique, particulièrement bien écrit. Il pose un regard plein de sagesse et de sensibilité sur  une époque pourtant effroyablement barbare.

L'avis de Chimère et celui de Joëlle

 

14:25 Publié dans *Litterature Canadienne* | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook