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05/12/2008

VERY IMPORTANT PENELOPE B. – ANNE SOLANGE TARDY

Un an après « La double vie de Pénélope B », Anne-Solange Tardy propose la suite des aventures de cette jeune bretonne montée à Paris, devenue « célèbre » grâce à son blog de fille, et promue écrivain depuis qu'un éditeur lui a proposé d'écrire un livre. Toute ressemblance avec des personnes…

 

Ici, Pénélope B, donc, est sur le point de sortir son premier roman, largement inspiré du blog à succès qu’elle tient depuis son arrivée dans la capitale. Pénélope file le parfait amour avec Victor L, peine à croire qu’elle est devenue Auteur et vit dans une petite bulle d’autosatisfaction,tardy.jpg matinée d’une pointe de vanité et d’un soupçon de naïveté. Elle tombera des nues en constatant que, pour vendre un livre, le trash rapporte plus que la guimauve.

 

Le premier volet était mignon, sans être follement excitant. Mais révélait une écriture assez jolie.

 

Ici, on retrouve la plume d’Anne-Solange Tardy : fluide et élégante. Le livre se lit sans déplaisir, l’auteur a indéniablement un style agréable.

 

L’autodérision m’a amusée : cette Pénélope, finalement, a un coté très tête à claques avec sa crédulité et sa candeur auxquelles elle s’accroche telle une innocente refusant d’être affranchie par les parisiennes arrogantes prêtes à tout pour conserver leur territoire, leur mec, leur position de "leadeuses" de la vie sociale et nocturne. Tête à claques avec sa crédule vanité qui croit avoir atteint le summum du must-have uniquement parce qu’elle écrit un blog à succès et sort un livre. Tête à claques parce qu’elle s’auto-congratule de recevoir plus d’un milliers de visiteurs par jour, de sortir un livre, elle. Attachante parce que têtue, capricieuse, un peu égocentrique et, quelque part, follement romantique.

 

Passons en revanche sur les circonvolutions romantico-sentimentales et allers-retours « je t’aime moi non plus », qui sont bien moins intéressants que les déboires orgueilleux de cette oie blanche découvrant le monde sans pitié de la presse people, de la presse tout court et de l'édition : pour vendre, il faut coucher (ou le faire croire). Pour attirer le chaland, mieux vaut parler sexe que grenadine.

 

Le tout est pointé avec pas mal de finesse : je bloggue, mais, contrairement aux apparences, je ne suis rien. Et la vraie vie est ailleurs. Même si je sors un livre. Cqfd.

 

Parenthèse amusante, rafraîchissante, donc.

 

 

Very Important Pénélope B, Anne-Solange Tardy, Editions First, 360 pages

 

18/11/2008

LA PETITE CLOCHE AU SON GRÊLE – PAUL VACCA

Est la prise d’antibiotiques ou la fatigue ? Est-ce tout simplement l’émotion et la douceur de ce roman qui ont fait que je l'ai refermé la larme à l'oeil ??

vacca.jpg

 

 

Toujours est-il que le roman de Paul Vacca restera longtemps, je n’en doute pas, dans la liste de mes lectures doudou. Parce qu’il y a de la douceur, de la nostalgie, de la tendresse dans ces pages écrites avec une délicatesse et une finesse toutes ciselées, une légèreté aussi subtile que soyeuse, une douceur qui vous prend à la gorge, qui vous étreint et vous arrache même quelques larmes.

 

Le narrateur, Paolo, a une douzaine d’années. Ses parents tiennent le café du village et sa vie oscille entre collège, ballades avec son copain Mouche et devoirs entouré de sa maman. Il ne lit pas, ou peu, mais sa mère voit en lui un futur écrivain. Un jour, il récupère le livre abandonné dans une prairie par Sandra Maréchal, une cantatrice dont il est secrètement amoureux. Ce livre, c’est Du coté de chez Swann…

 

Comment un simple livre va bouleverser la vie de Paolo, celle de sa famille et du village par contagion. Paolo commence par caresser les pages des yeux avant de plonger peu à peu avec délices dans les mots de l’auteur. Sa mère viendra partager ces instants de bonheur, puis son père, peu à peu, lui le réfractaire, sombrera lui aussi dans la Proust-mania…

 

Un petit livre empli de nostalgie pour les ballades à vélo de notre enfance, empli des senteurs des fleurs cueillies au bord des rivières et offertes avec fierté : un petit livre qui nous donne une furieuse envie de partir illico à Cabourg et de réserver une chambre au Grand Hôtel, d’y observer la mer diaprée de nuances crépusculaires depuis sa fenêtre en songeant au temps qui passe  ; un petit livre écrit tout simplement mais perlé de douceur et de tendresse. Un petit livre qui donne envie de caresser la joue de son enfant, de dire, enfin, à sa mère qu’on l’aime, d’écrire une lettre d’amour et tout simplement de relire Proust, aussi…

 

Un petit livre à lire au coin du feu, ou confortablement installé dans son fauteuil préféré, avec une tasse de thé ou chocolat chaud, pour se laisser envahir par l’émotion et la chaleur qui en dégage. A offrir, aussi.

 

La petite cloche au on grêle, Paul Vacca, Ed. Philippe Rey, 2008, 182 pages

 

Les avis de Cuné, Cathulu, Antigone, Bellesahi, Clarabel, Moustafette, Philippe

14/11/2008

PASSAGE DU GUE – JEAN-PHILIPPE BLONDEL

Janvier 2006. Fred s’ennuie dans un magasin d’usine, affublé de ses deux ados rebelles et revêches. Fred s’ennuie et son regard heurte soudain Myriam, Myriam et Thomas.

 

Myriam et Thomas qu’il a connus, avant. Myriam qu’il aimait en silence et Thomas qui occupait la place. Myriam qui était pleine de Thomas, Myriam devenue mère, puis mère endeuillée dans les heures qui suivirent. Myriam et Thomas que Fred a tenus hors de l’eau, fidèle compagnon qui les a forcés à se relever.blondel.jpg Forcés à survivre.

 

Un drôle de ménage à trois où deux personnes s’engluent dans la souffrance et le troisième oublie sa vie pour sauver celle des autres. S'oublie dans la vie des autres. Un regard sur la vie qui nous mène là où on ne se voyait pas. Un roman sur le deuil qui fait hurler en silence. Le roman d’une reconstruction.

 

Comment parler d’un roman qui vous arrache un à un des lambeaux de peau, qui peu à peu retire lentement tout ce qui protège votre cœur et le met à nu, le dévêt, le glace, le serre, le broie, le comprime, l’enferme dans un étau de douleur ?

 

J’en suis incapable. Et du coup, je suis même incapable de dire si j’ai aimé ou pas. Aimé et haï. Parce que cette douleur, on s’en protège, on s’en tient farouchement éloigné, on s’en méfie par superstition. Ne pas regarder, ne pas voir, et donc ne pas prendre de risque. Se protéger lâchement et se dire que c’est pour les autres. Et sentir quand même quelques larmes couler, tacher le livre. Le refermer. L’ouvrir. Lire quelques lignes et les voir se brouiller.

 

Difficile à juger. Très beau et très troublant.

 

Passage du gué, Jean-Philippe Blondel – Pocket, 307 pages

 

 

Les avis de Laure, Clochette, Saxaoul, Anne, Yohan, les « Bliblioblogueurs » ("Passage du gué" etait lauréat du prix du roman Biblioblog en 2007), Florinette, Thom, Aifelle (j’espère ne pas en oublier)

06:25 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook

12/11/2008

CARNAGE CONSTELLATION – MARCUS MALTE

Cesaria n’a rien, si ce n’est la gueule d’un ange, l’âme et les fesses qui vont avec.

Clovis, lui, sort de taule. Il n’a rien mis à part la soif de vengeance, l’urgence vitale de descendre le type qui l’a vendu aux flics dix ans plus tôt.

 

Sur une aire d’autoroute, Clovis va croiser la route de Cesaria. Cesaria va plonger son regard dans celui de Clovis et ces deux là ne seront plus qu’un. A la vie à la mort.constellation.gif

 

J’ai oublié de vous dire que Cesaria est un travesti.

 

Stupéfiante, cette façon qu’a Marcus Malte de nous emmener là où on n’irait sans doute jamais, ou avec méfiance, ou réticence. Enivrant, ce chemin où il nous emmène, où il nous perd, où il nous promène. Cesaria, celui que Dieu a un peu raté, celle que Dieu a mal façonnée. Cesaria la femme dans la peau d’un garçon mais qui n’en a rien de plus. Cesaria et son âme pure et blanche, Cesaria la belle qui se vend. Que voulez vous qu’elle fasse d’autre ?

 

Et Clovis, le dur, le cœur de fer, de plomb de bronze, qui ne peut que s’oublier, se fondre, se dissoudre dans le regard et la bouche de Cesaria. Oui la bouche.

 

Ces deux là se retrouvent comme deux aimants, la soif de vengeance de l’un devient la brûlure de l’autre. Unis pour la vie et dans la mort à donner. L’union de la fragilité et de la force, de la pureté et de la noirceur.

 

Jamais vulgaire, jamais odieux, jamais sale. Une scène incroyable, quand Cesaria et Clovis sont dans la voiture, quand Clovis a ramassé Cesaria sur l’autoroute, une scène d'un érotisme stupéfiant de… non pas poésie, mais … d’émotion. Oui, voilà, d’émotion. Difficile de décrire la précision de mots et la force des phrases qui en ressortent. Troublant, sans aucun doute.

 

Oubliez les a priori puritains et les réactions préjugées. Allez faire leur connaissance et un bout de chemin avec eux. Et dites moi si vous ne les aimez pas, ces deux là.

 

 

Un immense merci à Caro[line] qui m'a offert ce livre après avoir rencontré Marcus Malte.

 

 

Carnage, constellation, Marcus Malte – Folio Policier, 265 pages

 

 

Le site de l’auteur 

11/11/2008

MARYLIN ET JFK - FRANCOIS FORESTIER

Une grosse déception ! L’histoire de Marilyn et John, nous la connaissons tous.

 

La Belle et la Bête, la Star et le Président, la femme-enfant et l’homme à femmes, tout  déjà été écrit, ressassé, rabâché sur ce couple mythique.

 

François Forestier, après un prologue certes trépidant et nerveux nous ramenant à ce 22 novembre 1963 à Dallas, retrace, par à coups, la légende du coup (qui ne fut pas de foudre) et la liaison qu’entretinrent Marilyn et John pendant plusieurs années.forestier.jpg

 

J’accorde crédit à François Forestier de ne pas édulcorer les personnages :

 

Marilyn y est toxicomane, droguée aux amphétamines, somnifères, antidépresseurs et autre pilules miracles, alcoolique, affreusement sale (détail qui, s’il est vrai, m’a étonnée : l’icône ne se lavait pas, ou peu, et était affreusement négligée voire répugnante en privé), à forte tendance schizophrène et totalement délabrée à la fin de sa vie.

 

JFK y est comme nous le savons tous : faible, manipulé, égocentrique, plus-speedy-gonzales-au-lit-que-lui-tu-meurs, obsédé sexuel,, mais aussi totalement inapte et influençable.

 

Robert Kennedy y est manipulateur, extrémiste, ambitieux et incompétent.

 

François Forestier nous raconte le sordide, le vicieux, le pourri et les dessous tordus d’un milieu ravagé et rongé par la corruption et un mélange politique/cinéma/star peu ragoûtant. Dépravation, sexe, drogues, alcools, le mélange sexe-politique, la défiance, les écoutes, tout le monde épie tout le monde et tout le monde fait chanter tout le monde. Ce portrait consternant a le mérite d’écorcher le mythe et de ne pas bercer le lecteur dans un portrait trop mièvre et mielleux de ces deux icônes.

 

En revanche, le style m’a particulièrement rebutée. François Forestier ne se contente malheureusement pas de décrire avec la neutralité d’observateur l’époque et la relation. Il ne peut s’empêcher d’intercéder, interpréter et évoquer les pensées des personnages, leur donner une épaisseur trop romanesque, le récit est gâché par des effets de style malvenus à mon avis dans un document.

 

On n’apprendra pas grand-chose : Marilyn a été probablement assassinée, JFK victime de la CIA, ou le FBI, ou la Mafia. Marilyn se voyait Première Dame, JFK se fichait d’elle.

 

Rien de neuf, donc…

Marylin et JFK, François Forestier - Albin Michel,298 pages

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009, Catégorie Documents

L'avis d' Antigone

05/11/2008

UN MILLIARD ET DES POUSIERES – BERTRAND LATOUR

Je suis milliardaire et je descends toujours dans les palaces. De préférence place Vendôme. The only one.

 

Où que j’aille, quelle que soit l’heure, le concierge me fournit un chauffeur, une limousine, l’un et l’autre sont à mon service, à ma disposition, j’en fais ce que je veux, où quand comment c’est moi qui décide vu que c’est moi qu’ai l’oseille. Si j’ai envie delatour.jpg fumer du shit, de sniffer, de me piquer, de picoler, de baiser, le chauffeur ne dira rien.  C’est moi qu’ai l’oseille vous dis-je. Et ce pauvre mec, avec son costard-cravate et son sourire de niais hypocrite prêt à lécher mes Berlutti pour un pourboire, il peut que rêver à tout ce qu’il n’a pas, il fera ma serpillière si je lui demande.

 

Voici l’histoire de Jules, chauffeur de son état. Limousine, smartphone, Jules travaille au bon vouloir des riches clients du palace qui l’emploie. Riches américains, putes botoxées des pays de l’Est ayant eu la bonne idée d’épouser un nouveau riche, nouveaux patrons du CAC 40, stars saupoudrées de coke, chefs d’états, tortionnaires de pays de l’Est ou japonais vuittonisés, Jules voit tout, entend tout. Son quotidien, l’univers feutré des palaces, le fric qui coule et son objectif : le pourboire. 30 euros : radin, 50 euros bof, 100 euros ça va, 500 ça roule. Jules, il veut gagner beaucoup, vite, pour pouvoir épouser sa Paula et lui faire le mioche qu’elle réclame. Gagner beaucoup, c’est beaucoup, pas un salaire de cadre minable dans un PME de province, on s’est compris, hein ?

 

Ca, c’est pour le fonds du roman : univers dépravé des fortunés, envers de la médaille très vomitif, un style qui peut être mordant parfois, voire sacrément cynique. Quelques bonnes répliques, oui. Et un chauffeur prêt à se vendre – âme et corps – pour amasser quelques miettes. Il avale toutes les pilules, même les bleues qui font décoler.

 

La forme à présent : détestable. Détestable, parce que l’humour vachard, la plume virile deviennent vite lassants et carrément vulgaires. Détestable, parce que finalement le tout est finalement d'une vacuité sans fond. Un peu ça va, beaucoup, ça révulse. Répétitif, soûlant, gonflant.

 

Mijaurée, moi ? Sans doute ! Mais les descriptions de parties fines, les partouzes tellement détaillées qu’on a l’impression d’y être et de s'y ennuyer, les apartés sibyllins du chauffeur, tout ça n’est pas ma came. Pas du tout du tout.

 

J’aurais aimé qu’il se passe autre chose que ces trajets, ces descriptions de fric, oseille, luxe et gaudrioles. Rien de plus, malheureusement. Jules conduit, Jules fait chanter, Jules s’interroge. Jules perd la tête. Jules tourne en rond autant que son roman. Le tout dans une longue logorrhée verbale aussi cynique que vulgaire.

 

Aucun intérêt, donc.

 

Un milliard et des poussières, Bertrand Latour - Hachette Littératures, 400 pages

 

On en parle chez Culture Café

 

 

 

05:24 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (45) | |  Facebook