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20/10/2008

INTERIEUR NORD – MARCUS MALTE

interieur nord.jpgMusher vit dans les montagnes. Ses compagnons, ses amis : ses chiens de traîneau. Sa vie se résume à la neige, au froid, à la solitude, quelques touristes qui viennent découvrir son univers. Des gens de passage, des rencontres fugaces. Jusqu’à l’arrivée de Lauren.

 

Un père passe tous les jours devant le carrefour où son fils a été assassiné. Où son fils a croisé un destin inattendu, brutal, hasardeux et mortel. Il ne peut s’en empêcher. Passer là et se souvenir. Ne pas oublier. Surtout ne pas oublier.

 

Patrick observe sa mère boire. Il sait qui elle est, elle ne le sait pas. Il s’abreuve de sa présence, elle s’abreuve pour faire taire sa mémoire.

 

Quant à Lucien, le dernier narrateur, au crépuscule de sa vie, il se souvient. Il se souvient de sa vie de représentant, la route, les routes, les gens, les départs et les longs kilomètres avalés, seul au volant, jusqu’à ce jour où il a sonné chez Jeanne. Ces semaines extraordinaires qui ont suivi, et qui ont brutalement cessé…

 

Il y a des rencontres dans le recueil de Marcus Malte, des rencontres qui surgissent et viennent lacérer les lendemains, bouleverser des vies et déchiqueter leur monotonie. Il y a des solitudes, des hommes seuls qui, un jour, croisent un éclat de vie, un éclat de mort, et ne seront plus jamais les mêmes. La mort sera devenu part intégrante d’eux-mêmes, ils continueront à vivre en équilibre sur un fil ténu, fragile, comme des funambules avancent en se balançant sans cesse entre vie et mort.

 

La grisaille de ces vies est illuminée par la plume à la fois superbe et simple, (jamais un mot de trop), de Marcus Malte : il entoure ses personnages, hommes perdus, hommes seuls, d’un halo lumineux, serein, halo qui ne les quittera plus. Qui continuera à scintiller dans leur mémoire, comme un souvenir que l’on chéri et conserve précieusement, que l’on caresse doucement, en silence.

 

Ce recueil a reçu le prix Rotary Club de Paris.

 

Intérieur nord, Marcus Malte. Ed. Zulma, 140 pages

 

 

17/10/2008

LE VILLAGE DE L’ALLEMAND – BOUALEM SANSAL

 

Rachel et Malrich sont frères algero-allemands, émigrés en France à quelques années d’intervalle. Leurs parents (mère algérienne, père allemand) sont restés à Aïn Deb, en Algérie.

 

Les deux frères ne se parlent pas, ne se comprennent pas tellement. Trop différents, trop occupés, trop occupés à leurs propres vies. Quand ils apprennent que le GIA a décimé Aïn Deb, que leurs parents ont été égorgés, comme tous les autres habitants du village, Rachel décide de se rendre sur place. Il trouve une valise, ayant appartenu à son père. Et il découvre que celui-ci était un ancien nazi. Un SS qui a échappé à la traque anti-nazi en s’engageant dans les moujahid et en se réfugiant en Algérie…

 

Les deux journaux, celui de Malrich le gosse de la cité et celui de Rachel le modèle d’intégration, se répondent, se racontent.

 

Rachel, lui, s’enfonce dans la colère, la honte, s’enlise de plus en plus. Il se glisse dans les pas de son père et voyage. Pologne, Allemagne. Camps. Stalags. Il doit revivre, voir, entendre, ressentir la barbarie. Les mots sont acres, douloureux, le voyage de Rachel vous empoigne, vous broie. Voyage au pays de l’horreur, descente aux enfers dont la seule échappatoire est la mort. Rachel se suicide. Il veut payer pour l’horreur impunie commise par son père.

 

Malrich quant à lui se révolte et répond par la colère. Malrich, avec son inculture, ses emportements de jeune homme, s’emporte. Contre le nazisme, la terreur, la soumission. Contre l’islamisme et le fanatisme. Contre l'extrémisme. Malrich assimile nazisme et islamisme. Sa révolte est plus naïve, plus partiale.

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Que faire quand on découvre que son père était un assassin, un criminel, un bourreau, un nazi ? Comment porter ce poids et vivre avec la culpabilité, la honte, la haine, la colère ? Est-on responsable des crimes de ses parents ? Boualem Sansal nous offre un roman d’une force et d’une ampleur bouleversantes. Le dialogue entre les deux frères s’instaure enfin : un dialogue posthume, un dialogue d’amour et de haine, qui restera sans réponse. Mais quelle réponse apporter face à l’horreur ? L’un choisira la mort, l’expiation, l’autre la révolte, le dialogue, la vérité.

 

Le roman de Boualem Sansal vous bouleverse, vous émeut. Shoah, horreur, terreur, bien sûr, mais aussi les cités, les gosses qui errent, abandonnés par l’Etat, récupérés par des imans voraces et dangereux, et Algérie, GIA, extermination. Le roman est un choc. Violent, effroyable. Le récit est maîtrisé, puissant. Il vous emporte comme une vague énorme, puissante.

 

Ecoeurant, hypnotisant, indispensable.

 

 

Le village de l’Allemand, Boualem Sansal – Gallimard 272 pages

 

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009

 

 

Les avis d’Antigone et Anna Blume

16/10/2008

JUKE BOX – JEAN-PHILIPPE BLONDEL

Si je devais revenir sur ma vie, mon hit-parade personnel ne serait pas très éloigné de celui de Yoann.

 

 

blondel.jpgCar c’est en rythmant son roman des succès de vieux hits parades que Jean-Philippe Blondel nous entraîne dans le roman de Yoann. De son enfance, ballottée entre copains, Let the Sunshine, un père absent, Claude François, un grand frère indifférent et Nino Ferré, de son adolescence, premières amours, premiers émois, premières boums, à sa vie d’adulte, chaque court chapitre est intitulé du titre d’un vieux succès.

 

Des mélodies qui imprègnent le récit. Les airs gais de l’enfance cèdent leur place à d’autres mélopées plus mélancoliques, l’enfant devient adulte et découvre l’amour, l’amertume. La bombe humaine devient le symbole des tourments de l’adolescence. Voyage Voyage… le jeune homme s’en va, à la recherche de lui-même. Fuite en avant, il ne sait plus qui il est.

 

Il reviendra, se construira, se déconstruira.

 

C’est le parcours d’un homme, son chemin de vie rythmé par RTL, chaque note évoque une époque, un style, un devenir, une absence, un désir.

 

Yoann se demande qui il est. Sans arrêt. On ne peut s’empêcher de se le demander aussi. De se souvenir des chansons qui ont marqué notre enfance ou tout simplement notre vie. Je pourrais dire « t’en va pas Papa », je pourrais fredonner « Cendrillon, pour ses vingt ans...», je pourrais chantonner « Aimer (Roméo et Juliette) » et pleurer là, d’un coup, devant mon bébé dans son landau parce qu’une bande sonore de grande surface m’a renversée… mais il ne s’agit pas de moi. Il s’agit de Yoann, de son regard sur la vie, un regard empli de sagesse et de lucidité.

 

Il s’agit d’un auteur qui décidément me touche à chaque fois.

 

 

Les avis de Laurence, Papillon, Tamara, Florinette, Laure, Marie, et le superbe billet de In Cold Blog (qui me fait regretter son absence, encore une fois….)

06:15 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook

14/10/2008

TOUTE LA NUIT DEVANT NOUS – MARCUS MALTE

Un enfant qui s'enlise dans l’irréel pendant une colonie de vacances. D’autres enfants désespérés par la marche du monde, une bande de gamins qui vivent au travers une équipe de foot ; l’univers du petit recueil de nouvelles de Marcus Malte est rempli d’un charme à la fois vénéneux et troublant.malte.jpg

 

Mestrel, le narrateur de la première nouvelle (Le fils de l’étoile) découvre le monde impitoyable des colonies de vacances et la muflerie des adolescents. Sa rencontre avec le taciturne François l’entraînera dans une spirale trouble, sombre, torsade d’événements qui bouleversera sa vie à tout jamais.

 

Iris, Lys, Rose et Chardon Ardent, les enfants de la deuxième nouvelle (Des noms de fleurs) veulent se persuader que seul un « coup de grâce » peut changer la marche d’un monde qui les dégoûte :  seul un sacrifice influera le déclin de leur planète. Prêts à tout, même au sacrifice ultime.

 

Le dernier narrateur (Le père à Francis) raconte la cité, l’OM, le foot comme seule riposte à une vie sans avenir, seule échappatoire dans un univers désenchanté, désoeuvré.

 

Trois nouvelles donc, et trois univers très différents, avec pour point commun et fil conducteur les désillusions, l’espoir, les rêves évanouis, avalés par un avenir obscur.

 

Que l’on s’oublie dans les rêves, que l’on se réfugie dans un univers parallèle et protecteur, que l’on aille jusqu’au bout par conviction ou désespoir, que l’on voie ses rêve brisés net par un quotidien trop livide, rattrapés par la perspective de lendemains sans espoir, les personnages de Marcus Malte sont touchants, parfois grinçants mais toujours justement dessinés. Le style, différent dans les trois nouvelles, est toujours juste et prenant.

 

Un petit recueil qui sait laisser son empreinte.

 

Belle lecture, donc.

 

 

 

Toute la nuit devant nous, Marcus Malte – Ed. Zulma, 126 pages

 

 

 

 

13/10/2008

Une jolie fille rien que pour moi - Aurélie Antolini

Je n’ai plus 32 ans, je n’ai plus 36 ans, je n’ai plus 28 ans, j’en ai onze.

 

J’en ai onze et je suis le narrateur de ce joli petit livre qui se déguste en vitesse, en souriant, en s’émouvant parfois.antolini.jpg

 

Le narrateur, donc, a onze ans. Il vit avec sa mère. Son père, il ne sait pas où il est. Il est parti. Du moins c’est ce que sa mère lui a dit. Alors le narrateur vit avec elle, observe le va et vient des hommes qui traversent la vie de sa mère, jusqu’à ce que l’un d’eux finisse par rester. Puis c’est Minoucha qui surgit dans sa vie. Minoucha et ses onze ans, Minoucha qui transforme le gosse en amoureux transi, en éponge à sentiments…

 

J’avoue qu’en lisant la quatrième de couverture j’ai eu peur :

 

« Notre prof principale nous a demandé de remplir une petite fiche qui racontait notre vie. Comme si tout ce bordel pouvait rentrer dans un bristol.

« Père : vendeur de slips chez Eminence

Père intérimaire : pêcheur de mérous

Mère : représentante en gros nichons

Moi : amoureux de Minouche

Rêve : déménager dans la maison du Sud

Ambitions : avoir des plumes au cul… »

 

Et bien finalement, non, il suffit de se laisser aller à cette plume naïve, gaie et souvent mordante. Aurélie Antolini manie avec finesse et précision le style d’un enfant de onze ans, dessine un joli tableau sur l’enfance, ses désirs, ses peurs, ses rêves secrets, saupoudre ça et là quelques pincées de sucre ou de sel.

 

C’est le roman d’un enfant qui découvre l’amour, l’amitié avec ses yeux encore innocents et tellement lucides.

 

C’est le constat d’un enfant qui grandit et découvre que les adultes peuvent si bien mentir à leurs enfants. Par bêtise, par humeur, par colère ou par ignorance. Un enfant qui hésite entre candeur et maturité.

 

On y découvre une famille et ses petits travers, les premières amours, leurs premières douleurs, avec des yeux tout neufs, encore innocents et tellement lucides.

 

Un bien joli roman, donc, à lire par nos ados et aussi par nous !

 

Une jolie fille rien que pour moi, Aurélie Antolini

Editions Intervista : Les mues.

Pour les 12 ans et +, 174 pages

Les avis de Laurence du Biblioblog, et Joëlle

06/10/2008

JEUX CROISES – MARIE SIZUN

Il y a Marthe. Marthe qui n’a pas voulu d’enfant, que son mari quitte, et qui n’arrive pas à exprimer sa souffrance.

 

Il y a Alice. Alice qui est mère mais ne l’a pas voulu. Alice qui porte sa maternité comme on porte un fardeau. Trop jeune, trop seule, trop empêtrée dans ses problèmes de mère célibataire pour regarder son fils autrement qu’un poids encombrant, qu’une gêne, qu’une erreur.

 

jeux croises.jpgEt puis, un jour, Marthe aperçoit Ludo, l’enfant d’Alice. Ludo seul dans son caddie alors que sa mère papote, papote, avec un ex, se plait à plaire, se plait à être autre chose qu’une mère, retrouve l’impression d’être une jeune femme, séduisante, libre. Alors Marthe prend le caddie, paye, et s’en va avec Ludo…. Alice, en découvrant que son fils a disparu, hésite, pèse le pour et le contre ; et si, finalement, c’était ça, la solution ?

 

Marie Sizun, après « La femme de l’Allemand »où elle explorait les liens filiaux et maternels, trace ici le portrait de deux femmes face à la maternité. Un moment de déraison, un « coup de folie » qui entraîne ces deux femmes face à elles-mêmes.

 

Marthe, au cours de ces quelques jours avec Ludo, se souviendra de son enfance, de son sentiment d’abandon, quand sa mère est partie en la laissant à sa grand-mère.

 

Alice, soupçonnée d’avoir tué son enfant, décrétée coupable avant même d’avoir compris qu’elle l’était vraiment, mais sous une autre forme, se surprendra à éprouver le manque. Le manque de la peau de Ludo, son odeur, ses sourires.

 

La plume est à la fois simple et fluide. On retrouve le style de Marie Sizun, où tout est évoqué, à peine effleuré mais très bien suggéré : la souffrance, la honte, la peur, l’angoisse de ces deux femmes. Le personnage de Marthe m’a paru ceci dit moins crédible ; aucune empathie pour cette femme qui craque subitement et commet l’irréparable. Il n’y a chez elle aucune culpabilité, juste ce sentiment d’urgence à partir, à voler l’enfant d’une autre, à se découvrir elle aussi mère, pour prouver aux autres, à son ex-mari surtout, à elle-même, qu’elle peut être mère. Elle m’a beaucoup moins touchée qu’Alice.

 

Alice, elle, m’a estomaquée. J’ai aimé cette jeune maman débordée, seule, qui d’un coup, se demande si laisser son enfant ne serait pas une bonne idée. J’ai aimé cette fille perdue se sentir exister sous le regard des journalistes, se sentir ETRE quelqu’un. Elle ne comprend pas qu’on la juge coupable. Elle veut seulement, pour une fois, qu’on s’intéresse à elle, à ELLE en tant que personne, et non plus en seulement tant que mère, que ventre.

 

Un bon roman, donc, mais qui aurait pu être plus poussé, s’attacher davantage à Alice et sa personne, à mon avis.

 

 

 

Jeux croisés, Marie Sizun - Éditions Arléa, Collection 1er mille. 249 pages

 

L’avis de Marie.

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