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03/10/2008

1979 – Jean-Philippe BLONDEL

Dans une paisible petite ville, les habitants se réveillent un matin et constatent que le mur d’une des maisons rue Brossolette a été tagué. Pas un dessin, pas un slogan, par une revendication, non, juste une date : 1979. Une seule date qui va réveiller en chacun des protagonistes des souvenirs, des réflexions, qui les ramènent en arrière, en cette année 1979. Certains étaient nés, d’autres pas encore, certains se sont mariés, d’autres ont souffert cette année là.

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Comme dans « Accès direct à la plage », Jean-Philippe Blondel compose ici un tableau à plusieurs voix. Mais il n’est point ici question de nostalgie ou de douceur. Ici, une simple inscription à la peinture rouge va effriter lentement mais sûrement les remparts que chacun a soigneusement érigés contre la mémoire ou la douleur. Ici, dans chaque monologue, dans chaque phrase, dans chaque chapitre se glissent de la noirceur, du regret, de la honte ou de la hantise.

 

Les protagonistes se réunissent, se retrouvent, le canevas de l’histoire et de leurs histoires se tisse peu à peu pour révéler au final un tableau fait de blessures secrètes, de cicatrices fendillées et de solitudes involontaires

 

Jean-Philippe Blondel manie le verbe avec précision, il distille sans en avoir l’air un condensé d’humanité bien plus triste que dans son premier roman. Je ne saurais dire lequel je préfère. Le premier avait un relent de vacances et de nostalgie, ici, les pages se recouvrent petit à petit d’une peinture amère, faite de fêlures, de blessures, de cris ravalés et de plaintes à peines audibles au début, puis qui se font de plus en plus fortes au fil des pages…

 

Si, finalement je sais. Celui-ci, justement, pour sa tristesse. Parce qu’elle m’a plus interpellée encore que dans le premier.

 

 

1979 – Jean-Philippe Blondel – Ed. Pocket 185 pages

 

 

Les avis de Laurence et Dda du Biblioblog, Caro[line], Tamara, Solenne, Laure, Cuné, Emeraude.

06:50 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : jean-philippe blondel, 1979, romans chorals | |  Facebook

24/09/2008

Là où les tigres sont chez eux – Jean Marie Blas de Robles

 

 

blasderobles.jpgPRIX FNAC 2008

 

Eléazard von Wogau est correspondant de presse dans une bourgade perdue du Nordeste Brésilien. Il reçoit un jour un manuscrit d’un jeune jésuite allemand, écrit au XVII ème siècle. Il s’agit d’une biographie inconnue de Athanase Kircher, jésuite, professeur et scientifique. Eleazard se lance dans l’étude du manuscrit.

 

Le premier réflexe en ouvrant ce roman est la surprise : 766 pages, écrites en corps 8. Va falloir du temps pour s’y consacrer…. On commence le récit, en se demandant si l’on aura le courage d’aller jusqu’au bout, puis rapidement, on se laisse emporter dans ce récit à la fois fluide et extrêmement dense. Une succession de personnages aussi truculents que répugnants se croisent au fil des histoires. Car des histoires, il y en a plusieurs : Athanase Kircher, d’abord, dont nous suivons la biographie avec beaucoup d’intérêt. Savant fou, visionnaire mythomane et convaincu, ses pérégrinations sont souvent drôles, décalées, et se lisent comme un roman d’aventure.

 

Eleazard, fraîchement séparé de sa femme Elaine et personnage désabusé, va s’immerger dans la biographie d’Athanase, se fondre dans la vie du personnage. Elaine de son coté s’enfonce dans la jungle amazonienne à la recherche d’une peuplade oubliée, Moema leur fille, ne pense qu’à sa dose quotidienne de cocaïne, tandis que Nelson, jeune infirme des favelas, décide de se venger de la mort de son père.

 

Une succession de personnages, donc, des situations cocasses, parfois violentes (cf. les souvenirs de Herman Petersen p. 157), un voyage aux confins du Brésil, le tout dans un style très agréable, qui se lit en s’abandonnant et en se laissant aller au plaisir de la narration : pour tout cela, le roman est bon, le souffle romanesque bien présent et souvent captivant. La jungle, les bêtes, la moiteur, la luxuriance de la forêt semblent là, tout à coté, on se promène dans les bleds paumés et les bars sombres, on sent le regard des hommes le soir à la tombée de la nuit, on y est presque, là, à coté d’Elaine et des autres.

 

En revanche, et, il faut être sincère, le tout est également très érudit, foisonnant de savoir, de références et d’allers retours entre les différents personnages ; les récits se croisent, ne se rejoignent pas avant longtemps et la densité de l’objet rendent parfois la lecture fastidieuse, épuisante puisque nécessitant une attention constante.

 

Les procédés narratifs se bousculent un peu : entre la langue du biographe que Kircher, les carnets d’Eléazard dans lesquels il consigne ses commentaires de lecture, les récits plus aventuriers du voyage d’Elaine ou de Moreira, il y a une multitude de récits qui s’enchevêtrent. Le tout est à la fois foisonnant, passionnant, jamais rébarbatif mais parfois gênant, on se perd dans une histoire pour mieux bondir dans une autre.

 

Un roman agréable, donc, surprenant et certainement remarquable par le travail qu’il a nécessité et sa forme, mais dont la touffeur et la densité exigent une lecture au calme, sans téléphone, sans enfant, sans Natzbag, sans facteur… pour ne pas perdre le fil et se décourager. Ce ne fut pas mon cas, j’ai souvent eu du mal à m’y replonger et en garde donc un souvenir à la fois agréable et amer.

 

 

Un grand merci à Alexandra Rigaud du Blog Haut & Fort de me l’avoir fait parvenir.

 

 

Là où les tigres sont chez eux, Jean-Marie Blas de Robles, chez ZULMA, 766 pages

 

23/09/2008

ACCES DIRECT A LA PLAGE – JEAN-PHILIPPE BLONDEL

Il y a Philippe, il y a Line, il y a Eva, Pascal, Sabrina et les autres. Il y a Capbreton, il y a Hyères, Perros-Guirrec et Arromanches.

 

Il y a des hommes, des femmes et des enfants, des vacanciers, motivés, fatigués, désabusés, heureux, tristes, seuls ou accompagnés.blondel plage.jpg

 

Il y a dans ce très court roman de Jean-Philippe Blondel, fractionné en quatre stations balnéaires, en quatre décennies durant lesquelles chacun parle, chacun raconte un peu de vie, un peu de ses jours, un peu de ses espoirs ou de ses accablements, il y a je disais la tendresse et la volupté, il y a aussi de la saleté et de la noirceur. Il y a de la douceur, de la solitude, de l’égoïsme et de l’aveuglement. Des petites tranches de vie au sein de vies entières, des petites fenêtres ouvertes par lesquelles on observe les personnages, on suit leurs petites et grandes histoires pour comprendre au fil des pages le lien qui les unit ; la complexité des rapports s’effiloche petit à petit pour éclairer au final ce roman d’une lueur tantôt douce tantôt amère mais toujours indéniablement émouvante.

 

Un roman très court qui vous rive aux phrases, aux lettres, aux mots et que l’on referme, à la fois troublé et admiratif.

 

 

 

 

Les avis de Stéphanie, que je remercie pour le prêt, Laurence, Papillon, Caro[line], Lily, In cold Blog, Florinette, Tamara, Cuné, Clarabel, et Emeraude, qui a moins aimé.

 

 

 

Accès direct à la plage - Jean-Philippe Blondel. Editions Pocket 118 pages

 

 

06:32 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : blondel, plage, vacances | |  Facebook

22/09/2008

POUR VOUS – DOMINIQUE MAINARD

mainard.jpgDeplphine M. a trente cinq ans. Delphine dirige son agence « Pour vous », une agence de services à la personne. Elle sait depuis longtemps ce dont les gens ont besoin : services, certes, mais aussi et surtout réconfort, écoute, compassion, tendresse.

 

Du coup ses services ont pris dés le départ une tournure particulière : de promeneuse de grand-père, d’accompagnatrice et lectrice pour dame âgée, à prêteuse d’enfant, ou même de ventre, usurpatrice d’identité pour veuf en mal de femme ou amoureux trompé, Delphine propose une prestation unique, à la lisière de la légalité. Elle ira jusqu'au bout. Jusqu'au pire. Delphine est un roc, elle ne ressent rien, ses service sont facturés, point barre. No conscience, donc, au pays des désabusés. Relations clients / fournisseurs, un point c’est tout.

 

Dominique Mainard a voulu proposer le portrait d’une femme immunisée contre la souffrance, protégée par le rempart de ses prestations. On peut, aussi, y observer quelques croquis de personnages prêts à tout pour oublier leur souffrance, leurs peines, leurs désespoirs. Ceci dit, la plume est sèche, factuelle, aussi insensible donc que Delphine, et il m’a semblé que justement, aucune émotion ne sort de tout cela.  

 

Et même quand la forteresse de Delphine commence à se fissurer, à s’écrouler, le tout est enseveli sous une pléthore de poncifs et de clichés (« Je n’ai dit ni oui ni non, je me suis contentée de pousser le paquet de kleenex lilas vers lui mais ses yeux restaient secs au dessus de la meurtrissure du chagrin » , « combien avait été inutile le soin avec lequel je m’ étais protégée, puisque aujourd’hui l’amour et la mort arrivaient main dans la main dans ma vie comme deux vieux amis ») qui desservent ce roman.

 

L’intention était bonne, la réalisation me laisse particulièrement dubitative.

 

Le roman fait partie de la première sélection du Prix Fémina 2008. Ah bon. Il s’estompe déjà dans ma mémoire, en fait….

L'avis de Cathulu

 

 

Pour vous, Dominique Mainard, Editions Joëlle LOSFLED, 252 pages

 

 

17/09/2008

VACANCE AU PAYS PERDU – PHILIPPE SEGUR

Le narrateur est graphiste spécialisé dans le packaging des produits alimentaires : autrement dit, il conçoit "à longueur d'année des emballages de thon au mercure, de mayonnaise à la dioxine,d'oeufs bourrés de pesticides".

 

Il en a marre de la société dans laquelle il vit, il en a marre de sa propre vie : consumérisme (ses gosses se shootent aux Converse, Nitendo DS, Adidas, Puma, MP3, Disney Pixar), empoisonnements chimiques (lire les ingrédients d’un aliment lui donne un cancer) travail de free lance en roue plus ou moins libre, le narrateur décide de partir en voyage, de tout lâcher pendant une semaine et de vivre à la dure, en aventurier, librement, histoire de reprendre du poil de la bête et de se remonter.

 

Pour cela, il fait appel à un ami (qu’il ne nommera que « mon cricri » pendant tout le livre) et les deux partent en goguette dans le pays le plus incivil qu’ils trouvent (pas trop loin, pas trop embarqué dans une guerre civile, pas trop cher, pas trop sauvage non plus, hein, faut pas exagérer…) : l’Albanie.

 

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Dans un premier temps, j’ai noté beaucoup d’humour dans ce récit. Philippe Segur a une plume parfois mordante, une écriture à la fois détachée et appliquée qui fait mouche la plupart de temps. Ces deux touristes aussi aventuriers que je suis Lara Croft sont souvent désopilants et leurs pseudo aventures dans un pays dont ils ne maîtrisent ni la langue ni les usages sont souvent cocasses, avant de devenir lassantes...

 

Parce que les qualités du roman s’arrêtent là. Il y a trop de clichés (les pauvres touristes ne trouvant pas de distributeur de billet, découvrant une nourriture plus qu’indigeste, se saoulant au raki faute d’autre chose à boire ou tout simplement leur tentatives consternantes pour communiquer avec les albanais) et on comprend très vite que les deux compères voudront quitter le pays au plus vite.

 

Philippe Segur dit dans la postface qu’il a voyagé en Albanie et parle de la « simplicité, de la disponibilité et de l’hospitalité du peuple albanais »… Son roman ne donne en fait pas du tout envie d’y aller, la peinture qu’il fait de ce pays étant loin d’être sympathique. J’y ai vu un portrait caricatural de l’Albanie et une série de mésaventures prévisibles et peu originales, servies par des personnages ni touchants ni sympathiques.

 

Déception, donc.

 

 

 

 

L'avis de Clarabel et de Julie qui ont aimé

 

Vacances au pays perdu, Philippe SEGUR - Ed. Buchet Castel, 241 pages

15/09/2008

QUI COMME ULYSSE – GEORGES FLIPO

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Nouvelles en partance.

 

En partance pour où ?

 

Le sous-titre du recueil de Georges Flipo ouvre joliment la porte à 14 nouvelles toutes aussi différentes que subtiles.

 

Que ce soit des voyages imaginaires (La route de la soie) ou réels (Les éléphants de Pattaya, Nocturne) Georges Flipo entraîne son lecteur dans une promenade au cœur de l’âme humaine.

 

On flâne dans les rues de Pattaya pour y flirter avec des fantasmes et des hésitations, des peurs et des désirs, une bataille silencieuse entre le corps et la raison, on frémit devant la petitesse et la mesquinerie d’un groupe de touristes en Inde (Nocturne), on assiste à un retour aux sources émouvant (Les sources froides). On tressaille en s’identifiant à ce groupe de femmes qui partent en groupe, quand l’une d’elle cedera et franchira une limite que toutes les autres auraient pu elles aussi franchir (L’incartade) ; on est ému par cet auteur de nouvelles qui deviendra marchand d’empanadas (Qui comme Ulysse). On marche silencieusement derrière un chef d’entreprise désabusé qui sera rattrapé par son destin (La marche dans le désert), on sourit en surprenant les pensées d’un auteur-voleur d’anecdotes (Rapace).

 

Je serais bien incapable d’un choisir une ou d’en rejeter une autre. Toutes ont éveillé en moi un je ne sais quoi de curiosité, de compréhension, d’ouverture. Toutes ont titillé quelque chose. Même si L’indifférent m’a moins passionnée, sa chute n’en reste pas moins une petite gifle, une respiration retenue, parce que nous sommes tous parfois cruels, volontairement, parfaitement égoïstes. Ou parfois nous rêvons d’une autre vie, différente, nous voudrions, juste une fois, être un autre (Confiteria Ideal).

 

 

Au-delà des voyages, au-delà des histoires et des anecdotes, il y a dans ce recueil une toute autre balade que nous offre Georges Flipo : une peinture très subtile de toutes ces petites choses et pensées qui révèlent l’âme humaine, des fragments d’humanité touchants, émouvants, parfois poignants ou révoltants.

 

Voyager en ouvrant les yeux, en s’ouvrant aux autres, à soi-même, voyager en partant ou en restant à quai, mais découvrir une petite portion d’humanité, saupoudrée de légèreté, de piquant ou de tendresse, voilà ce que nous offre Georges Flipo avec ce très beau recueil.

 

Merci, M. Flipo, j’ai été très agréablement surprise, il faut l’avouer, et je suivrai avec attention vos prochaines parutions.

 

 

 

 

Qui comme Ulysse, Georges Flipo - Editions Anne Carrière, 253 pages 

 

Les avis de Cuné, Fashion, Papillon, Laure, Keisha, Martine, Kiki , Kathel et de Cathulu qui en fait elle aussi son billet du jour !

 

Le blog de Georges Flipo.