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09/09/2008

LA PETITE FILLE ET LA CIGARETTE – BENOIT DUTEURTRE

 

duteurtre.jpgLe roman s’ouvre sur une scène ubuesque pendant laquelle un condamné à mort réclame une dernière cigarette avant son éxécution, conformément à l’article 47 du Code d’Application des Peines. Le directeur de la prison lui oppose l’Alinea 176.b interdisant le tabac dans les lieux publics.

 

On y trouve aussi une Cité Administrative où les enfants sont rois, le tabac banni et la pédophilie rebaptisée crime contre l’enfance, le suffixe « phile » étant par trop complaisant.

 

Un employé de cette cité a pris l’habitude de griller sa clope en douce, dans les toilettes.

 

 

Jusqu’au jour où une fillette le prend la main dans le goudron.

 

Ubuesque, drôlatique, grinçant, le roman de Benoît Duteurtre nous entraîne dans un subtil univers kafkaien. La tyrannie administrative révèle des raisonnements aussi absurdes qu'impitoyables. La société sombre sous les coups de la bêtise humaine, s’enfonce dans le voyeurisme sordide et le crétinisme des masses. Désopilant.

 

De la Martyre Academy où les otages doivent sauver leur peau en incitant les internautes à élire le plus méritant à coups de SMS pour ne pas être égorgés par un groupe de terroriste, à la médiocrité d’une avocate prête à tout pour acquérir un peu de notoriété, en passant par un maire avide de reconnaissance et surtout de réélection, on s’amuse, on rit (jaune) parfois.

 

Rire et grimaces, une bonne satire à lire pour le plaisir.

 

 

L'avis de Lilly

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08/09/2008

L’INAPERÇU – SYLVIE GERMAIN

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Que se passe-t-il en province, dans une famille ordinaire, française, à peu près normale ? A peu près normale parce que le fils, Georges Bérynx , est mort. Il s’est tué dans un stupide accident de voiture. Laissant Sabine, sa femme, gérer seule leurs quatre enfants, Charlam, son père, régner en despote sur ce qu’il veut préserver comme une dynastie, Edith sa tante se consumer de chagrin et Solange, sa mère, protéger et lustrer les convenances sociales jusqu’à effacement de toutes disparités ou anfractuosités gênantes ?

 

Que se passe-t-il quand un homme surgi de nulle part, ramassé dans la rue par Sabine vient s’immiscer dans la famille, devenir un proche, un ami, un pilier et que s’effritent peu à peu les remparts que chacun a soigneusement érigés pour se protéger ?

 

Sylvie Germain dresse ici un portrait doux amer sur cette famille provinciale d'après guerre. Chacun s’abrite dans son silence, dissimule ses blessures et ses rancoeurs dans un simulacre de vie paisible.

 

Lentement, avec dextérité, elle dévoile les amertumes, les aigreurs de ces femmes dont les âmes sont rongées par l'effacement de soi, les nons-dits. Sabine dévastée par la mort de son mari, ravale ses larmes et se bat pour survivre ; Marie, la petite, qui dormait dans la voiture quand son père est parti en trombe,  s’invente une amie, une ombre, une autre elle, qui seule peut l’écouter. Charlam trop avare de bonté et de tolérance qui manie le mépris comme on manie le bonjour, sa femme qui s’enferme dans un paraître étriqué et vénal.

 

Quant à Edith, c’est un personnage à la fois troublant et nauséabond. Une vieille fille oubliée par la vie, enferrée dans un fantasme aussi poisseux que poignant.

 

Pierre, parmi eux, ranimera petit à petit une flamme consciencieusement éteinte et recouverte, jusqu’au jour où Charlam l’humiliera.

 

Ceci étant dit, l'écriture de Sylvie Germain est certes lumineuse mais je l'ai trouvée parfois trop appliquée. Le récit, alternant les époques et les personnages, en est un peu poussif par moments et j'ai trouvé que le tout était un peu trop ampoulé, un peu trop empêtré dans un effort de narration stylée. Un peu plus de simplicité aurait été préférable, à mon sens. Un roman plutôt agréable, donc, mais pas au niveau de Magnus.

 

 

 

 

§ § §

 

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05/09/2008

LES ACCOMODEMENTS RAISONNABLES – JEAN PAUL DUBOIS

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A la mort de Charles Stern, grand sauteur et profiteur, boursicoteur verni et frimeur, son neveu Paul Stern ne ressent pas grand-chose pour cet oncle qu’il connaissait peu. Scénariste toulousain, il observait de loin cet oncle parisien, condescendant, méprisant et vénal. Quant à Alexandre, le père de Paul, il a passé sa vie à honnir ce frère aux antipodes de sa vie, lui qui menait une vie de veuf, frugale, voire bigote, étriquée.

 

Mais la mort de l’un semble donner à l’autre un regain de vitalité, et Alexandre hérite de la fortune de son frère. Adieu potages, prières et renoncements, bonjour le fric, la frime et la liberté.

 

Paul mène une vie qu’on pourrait considérer comme tranquille, si on peut appeler tranquille une vie de couple inexistante. Une femme neurasthénique, gavée d’anxiolytiques et de narcotiques. Un couple qui peu à peu, sans le savoir ni le vouloir d’ailleurs, s’est éloigné lentement et partage le même toit sans partager quoi que ce soit d’autre. Les enfants sont partis, sont eux même parents, la vie est routinière, peu passionnante. Paul accepte un poste de Script doctor à Hollywood tandis qu’Anna demande un internement volontaire.

 

Une année. Une année à Hollywood, pendant laquelle Paul observe de loin son père envoyer valser ses principes et goûter une vie qu’il a toujours dénigrée ; une année pendant laquelle Paul fuit une vie de couple usée, érodée, fissurée en cherchant à travers ce miroir qu’est Hollywood un semblant d’apaisement. Il rencontre Selma, le double parfait d’Anna, quelques années en moins et le moral en plus.

 

 

Jean-Paul Dubois nous propose le portrait d'hommes et de femmes qui se cherchent, qui se perdent, qui se retrouvent pour mieux s’en aller encore. A travers la vie d’Alexandre, qui envoie valser tout un passé pour épouser une vie qu’il a toujours ostensiblement réprouvée, à travers Anna qui préfère s’emmurer dans un sommeil lénifiant pour ne pas affronter la vie, à travers Paul qui fuit une vie qui n’a plus de sens pour un milieu finalement tout aussi dénué de sens, voici un roman abouti qui nous parle de ces petits arrangements, sournois, hypocrites, lâches, que l’on peut faire pour édulcorer le quotidien, comme on passe un onguent sur les blessures de l’âme en sachant pertinemment que tout ça n’est qu’artifice. Des compromissions, des pactes muets, des lâchetés inavouées mais manifestes, qui permettent à chacun de s‘arranger avec soi-même, de fermer les yeux devant son miroir.

 

Accommodements avec ses principes, à travers Alexandre qui se venge d’un frère qu’il a toujours envié, jalousé. D’un seul coup, le retraité paisible et solitaire règle ses comptes avec ses fantômes et endosse la vie de l’autre, jusqu’à épouser sa compagne et devenir, lui aussi, l’être puant, condescendant, narcissique. Vouait-il son frère aux gémonies par conviction ou envie ?

 

Accommodements avec le devoir, à travers Paul qui fuit une épouse dépossédée de toute substance mais tombe amoureux du reflet de cette même femme, avant qu’elle ne sombre. Il fuit la réalité en préférant un double encore neuf, dont il découvrira plus tard que le double aussi est écorché.

 

Culpabilité, compromissions, faiblesses et regrets,  le roman de Jean-Paul Dubois laisse une empreinte persistante sur la nécessité d’assumer sa vie et les rapports humains, faits de compromis, de petites et grandes lâchetés. Un bon roman, donc.

 

 

 

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 Les accomodements raisonnables, Jean-Paul Dubois - Editions de l'Olivier 261 pages

 

 

L'avis de Clarabel

06:37 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (24) | |  Facebook

04/09/2008

VUE SUR LA MERE – JULIEN ALMENDROS

almendros.jpg« Je suis né le cordon ombilical autour du cou, un premier bijou qui, déjà, avait l’avantage de ne pas être onéreux ». Voilà comment commence le récit de Julien. Le cordon autour du cou n’était pas un bijou, non, plutôt une chaîne, serrée sur son cou. Sa mère, déjà, ne le lâchait pas.

 

 

Ce n’est pas un récit, en fait, c’est une charge. Une charge contre une mère abusive, possessive, hystérique par moment, égoïste, exclusive et jalouse. Une mère comme on n’en voudrait pas, une mère que l’on espère ne pas devenir. C’est souvent cocasse, juste, quelques éclairs de tendresse et de lucidité viennent parfois (parfois seulement) adoucir le portrait de cette femme vouée à sa progéniture, devenue mère professionnelle. Mais une mère professionnelle, en voyant sa progéniture s’éloigner du giron familial, refuse la perspective du chômage technique et n’en devient que plus aigrie.

 

Le processus narratif est parfois surprenant. Au beau milieu, la prose se transforme en simili pièce de théâtre : étonnant au premier abord, puis, au fil des Actes, on ne peut qu’apprécier cette façon de représenter les années qui passent et le passage de l’enfance à l’adolescence puis l’âge adulte de l’enfant devenu homme (mais toujours pas aux yeux de sa mère).

 

La fin en règlement de comptes aurait pu à mon sens contenir un peu plus de tendresse, ce n’est qu’un épilogue plein d’amertume et de rancoeurs de la part d’un fils, qui transforme le livre en livret de doléances sans autre intêrét. Ce sera mon bémol.

 

§ §

 

Les avis de Laurence, Cuné, et celui de Laure

 

 

Vue sur la mer, Julien Almendros - Le dillettante, 125 pages

 

 

 

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28/08/2008

T’ES PAS MA MERE – PRUNE BERGE

prune berge.jpgUne enfant, Stéphanie, adoptée, née sous X, reçoit à vingt ans une lettre de sa mère biologique. Cette femme, Anne, raconte à sa fille sa séparation d’avec sa propre mère, la fuite du Viet Nâm, l’aventure furtive avec un inconnu, en Norvège, l’accouchement sous x, la honte, le regret, la peur… S’ensuit une correspondance entre Anne, Stéphanie, et Colette, la mère adoptive de Stéphanie…

Ce roman très court aurait pu (est) touchant (parfois). Chacune de ces femmes va raconter sa maternité, la douleur de l’abandon, les errances de l’adoption.

Les blessures de Colette, que sa fille rejette (« T’es pas ma mère »), la douleur qu’elle éprouve face à cette enfant qu’elle a choyée, aimée, protégée, élevée, sont émouvantes.

La colère de Stéphanie qui se cherche et ne se trouve pas, le désarroi d’Anne qui n’a pas su combler l’absence de sa propre mère et eu peur de le devenir à son tour.

Beaucoup d’idées, des pistes intéressantes qui malheureusement ne sont pas exploitées. Les lettres sont espacées dans le temps, et les phrases couvrent donc brièvement des événements, des récits, des pans de vie qui restent à l’état d’ébauche.

Et puis il y a trop d’intervenants, je regrette que les lettres ne se soient pas résumées à un échange Anne, Stéphanie et Colette. Les lettres adressées à un ancien amant, une sœur, une grand-mère diluent le roman, éparpillent la force de l’intention.

Au final, un roman qui aurait pu être touchant mais se résume à une esquisse trop peu approfondie.

T'es pas ma mère, Prune Berge - Babel 84 pages

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27/08/2008

CE QUE LE JOUR DOIT A LA NUIT – YASMINA KHADRA

khadra.jpgYounes a neuf ans lorsque son père, trop pauvre pour assurer son éducation, le confie à son frère pharmacien aisé et marié à une française. Auprès d’eux, Younes devient Jonas et intègre une communauté de roumis (français vivant en Algérie, les futurs « pieds-noirs »). Ses yeux bleus et son teint clair l’aident à se lier à quatre jeunes français. Mais jamais il n’oubliera ses origines.

 

 

Le nouveau roman de Yasmina Khadra est assez différent des précédents. Au contraire de la trilogie (Les hirondelles de Kaboul, L’attentat et Les sirènes de Bagdad), on n’y retrouve pas un grand thème fort et central. Ici, l’histoire se déroule lentement des années 30 à la guerre d’indépendance.

 

Mais il n’est pas utile d’avoir un message clair et puissant à faire passer pour écrire un fort joli roman, très émouvant. A travers la vie de Jonas/Younes, Yasmina Khadra évoque son pays, et surtout l’amour que lui portent deux communautés, aussi loyales et passionnées l’une que l’autre. Et cet amour inconditionnel pour leur pays les amènera à se déchirer, se haïr viscéralement et s’écarteler dans une guerre sanglante et fratricide. La plume de Yasmina Khadra est toujours aussi belle, fluide, limpide.

 

L’Algérie est algérienne, mais elle a aussi été Française, et ses doubles racines ne doivent pas être reniées. Elles font partie intégrante de la culture de ce pays. Yasmina Khadra offre ici un beau voyage au pays du soleil et du sable. On y découvre Oran la belle, Oran la fière, l’altière, on y découvre qu’avant la guerre, l’amitié fut profonde et sincère entre les deux communautés. Mais des deux cotés, des erreurs et des monstruosités ont pulvérisé à tout jamais le lien qui les liait, l’amour pour ce pays.

 

 

La déchirure, des deux cotés, reste palpable. Les blessures sont devenue une plaie boursouflée qui encore aujourd’hui arrache des larmes aux français rapatriés. Je serais sincère en avouant qu’une partie de ma famille a vécu à Oran jusqu’à la déclaration d’Indépendance et son rapatriement en France. « Ce que le jour doit à la nuit » a donc une résonance toute particulière pour moi. Je l’ai refermé les larmes aux yeux, même si je ne connais pas cette terre de mes ancêtres.

 

 

 

Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina Khadra – Julliard, 413 pages

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