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04/08/2008

LA MORT DU ROI TSONGOR – LAURENT GAUDE

tsongor.jpgLe royaume de Tsongor s’étend aux confins d’un pays imaginaire. Bâti après des années de batailles, de luttes, de guerres et de conquêtes. Après des années de guerres et de victoires sanglantes.

C’est un jour de gloire et de fête, car demain le Roi Tsongor marie sa fille, Samilia, à Kouame, le Prince des terres du Sel. Mais Sango Kerim, l’ancien serviteur, vient réclamer son dû et la main de Samilia. La guerre devra éclater.

La plume est magnifique, le récit est une barque qui nous emmène dans ce conte à la fois initiatique et philosophique.

La guerre, la vengeance, la folie des hommes qui prend le pied sur la raison, Laurent Gaudé nous entraîne dans un récit rempli d’humanité. Les fils de Tsongor vont se déchirer, s’entretuer en en oubliant la cause, les prétendants s’enfoncer dans une guerre de plus en plus cruelle et acharnée. Les hommes se déchirent et détruisent ce qu’ils ont bâti, aveuglés par la haine et l’obstination. Personne ne veut s’avouer vaincu alors que tous ont déjà tout perdu.

Tandis que Souba, le plus jeune fils de Tsongor, erre à travers le royaume afin de trouver une sépulture digne d’accueillir son père, Samilia sera divisée entre les deux hommes et s’enfuira, seule, effarée d’avoir provoqué ce carnage. Katabolonga, le fidèle serviteur, veillera sur son maître. Lui qui avait des raisons de haïr a pardonné.

Vengeance, assouvissement de la haine ou pardon, honneur, orgueil, sagesse et volonté de pouvoir, Laurent Gaudé esquisse tout cela à travers ce très beau conte, superbement écrit. C’est une mélopée qui entraîne le lecteur et le tient en haleine, et se repose avec un soupir de plaisir.

Les avis de Cuné et Spencer.

Merci à Fashion pour le prêt !

07:26 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (23) | |  Facebook

08/07/2008

LA FEMME DE L’ALLEMAND – MARIE SIZUN

SIZUN.jpgUne jeune femme, une enfant, un appartement. Elles vivent seules et l’amour qui les unit est fusionnel ; elles ne font qu’une. Fanny et Marion, Marion et Fanny, seules contre tous et unies. Fanny et sa petite Funny-face.

Mais Fanny est malade. Fanny, fille-mère d'après guerre. Fanny qui a fauté avec l’ennemi. Fanny qui a eu un enfant. Fanny qui restera pour tous La femme de l'Allemand. Parti. Mort en Russie. Fanny élève sa petite Marion, loin des on-dit.

Fanny qui se moque du regard des autres, Fanny qui chante, Fanny qui rit.

Fanny qui pleure aussi, parfois, qui crie, Fanny qui prend une voix bizarre, sourde. Fanny dont le regard change. Fanny dont le visage change.

Fanny qui devient une autre, Fanny qui se transforme en un masque hideux devant Marion.

On est transporté dans ce roman. On s'invite dans cette relation fusionnelle, exclusive, intense. On s’enfonce lentement dans cette spirale de folie.

La folie de Fanny, maniaco-dépressive, cette maladie qui se tait, se terre sournoisement pour surgir brutalement. Un instant, une parole, et le monstre bondit et fait surface. Fanny disparait et laisse la place à l'autre, celle dont Marion a peur.

Cet amour inaltérable, inconditionnel, de cette petite fille qui grandit, ne comprend pas, puis, petit à petit, ouvre les yeux, cet amour nous subjugue. Mais Marion se tait, parce qu’elle a honte. Puis elle a honte d’avoir honte. Brulure de la douleur, de l'angoisse. Nous sommes Marion.

C’est un roman d’amour immense, l’amour filial d’une enfant meurtrie, cassée, qui ne peut s’affranchir de cette mère anormale, qu’elle aime tant, pour son anormalité, et qu’elle déteste, pour cette anormalité aussi.

C’est un roman d’amour et de haine, le roman d’une mère et de sa fille. Liées par un lien indissoluble, indestructible, mais qu’il faudra casser, justement, pour que l’une puisse enfin vivre, elle aussi.

Un roman oppressant, suffocant, que l’on referme avec l’envie d’y retourner, parce que c’est un roman d’amour, celui d’une fille. Un cri d’amour douloureux et poignant.

 

 

La femme de l'Allemand, Marie Sizun - Arléa, 243 pages, Grand Prix des Lectrice ELLE 2008, catégorie Roman

 

Les avis de Marie, Laure, Solenn, Clarabel, Sylire, Joelle, Flo, Katell  

09:43 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (18) | |  Facebook

24/06/2008

A TABLE – TIFFANY TAVERNIER

atable.gifMarie aime Eli. Elle l’a rencontré, est devenue sa maîtresse, et ne vit plus que pour Eli et leurs rendez-vous. Leurs rendez-vous, leurs ébats, les quelques heures qu’ils passent ensemble avant qu’il ne reparte chez sa femme. Marie s’englue dans la dépendance, elle disparaît totalement de sa propre vie. Plus rien n'existe en dehors d'Eli : Marie est une chose fébrile, impatiente, avide, uniquement quand Eli est là. Et, quand elle découvre qu’Eli la trompe aussi, elle décide de le tuer, de le séduire par des repas somptueux, éblouissants, rutilants. Empoisonnés.

Voici un roman qui me laisse assez perplexe. Il y a d’un coté l’effacement progressif puis total de la raison d’une femme, qui s’enfonce volontairement dans une relation de dépendance et de soumission. Mordue, elle l’est, au point de devenir un fantôme, une ombre, une poupée dans les bras de son amant. Marie n’est plus une femme, Marie est la maîtresse, l’amante d’un homme qu’elle attend, qu’elle espère le jour, la nuit. 

De ce coté là, j’ai apprécié le roman et ce récit de l'asservissement d'une femme qui s'annihile volontairement, s'oublie, s'efface. Impressionnant. Choquant, peut-être, mais impressionnant, oui. Mais, et contrairement à Cuné, j’ai vraiment été dérangée par le coté trash des scènes de sexe. Dans l’absolu, je ne vois pas ce que ça apporte, d’insister autant sur des rapports qui m’ont semblé malsains, obscènes.

Tiffany Tavernier maîtrise indéniablement sa plume, les mots sont crus, puissants, incisifs. Les descriptions des agapes que prépare Marie, sa minutie à distiller lentement des saveurs qui seront assassines, meurtrières, et le revirement progressif d’Eli, subjugué, envoûté par cette femme qui n’était pour lui qu’un jouet et devient à son tour une obsession, un Besoin, une Nécessité, compensent la brutalité des scènes de sexes.

Mais tout ça est resté trop trash pour moi. Trop malsain. Jamais vulgaire, certes, mais brr... oui, ça m'a dérangée.

 

Lu dans le cadre de l'opération Babelio.

06:05 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook

23/06/2008

FRENCH MANUCURE – GERALDINE MAILLET

MAILLET.jpgRecette de base :

4 amies, mariées ou célibataires, toutes plutôt à l'aise financièrement, toutes plutôt jolies. Aucune n’a de véritable raison d’être malheureuse, mais toutes se cherchent, partagent leurs désarrois, et noient leurs angoisses dans l’alcool en parlant des hommes, du mariage, des enfants, du sexe, de Botox ou de fringues.

Sex and the City l’a fait, Desperate Housewives aussi, Géraldine Maillet nous offre une version française et parisienne.

Rien de neuf, me direz vous ? En ça vous aurez raison. Certes.

N’empêche que je me suis régalée.

 

Parce que les 4 héroïnes de French Manucure sont touchantes, ont un caractère bien trempé, n’ont pas leur langue dans leur poche et partagent une amitié sans faille, même si les scuds volent et les piques sont acerbes. Parce qu'elle ne sont pas toutes forcément sympathiques, au premier abord, ni nunuches, ni crétines. Parce que les dialogues sont hilarants et dignes d'une pièce de théâtre. Ça fuse, ça gicle, ça casse, et on ne peut s'empêcher de sourire, puis de rire à gorge déployée.

Noé, la plus âgée (elle atteint l’âge canonique de 36 ans) a divorcé de son richissime mari. Sublime, mère d’un petit Tadeo qui la prend pour une poire, elle noie sa tristesse et sa solitude dans des injections de Botox bi-mensuelles, a décidé de battre le record de l'IMC le plus bas ; elle a de quoi s'offrir des diamants par dizaine et les montres qui vont avec. En revanche, elle aimerait bien retrouver un homme, tout en assumant que ledit homme doit avoir un compte en banque en rapport avec les aspirations de la dame (« Les seuls hommes contents de me voir sont mon chirurgien, l’anesthésiste et l’infirmier. Je cherche désespérément quelqu’un qui accepterait de finir sa vie avec une femme d’occasion qui passe sa vie au garage pour parfaire sa carrosserie. »)

Clarisse est mariée, chef d’entreprise stressée, maman, mais Paul son mari ne la touche plus. Plus du tout. Depuis longtemps. Les soirs de grande conversation, ils échangent sur les notes de leur fils ou sur le programme télé. Ses variations capillaires sont le signe le plus parlant de ses sautes d'humeur (« Paul est diplômé d’HEC, il a fait son master finances à Harvard, il a son permis bateau, son permis moto, il a fait de l’escrime à un niveau régional, il a une odeur de transpiration supportable, il met tout seul ses affaires sales dans le panier à linge, il ne ronfle qu’exceptionnellement, il n’est pas vicieux, il est droit, raisonnable… c’est vrai, j’aurais plus tomber plus mal. »)

 

Jeanne, après avoir fait les 400 coups dans tous les sens du terme, s’est mariée et a fait 4 enfants. Son horizon, c’est la table à langer, son graal, une place en garderie et son quotidien, radio KT en sourdine et bouillies de bébé. Autant dire que les frasque de ses copines la fatiguent (« Le seul calcul que je sais faire, c’est compter les mesurettes de lait Guigoz chaque matin »).

Quant à Gab, actrice qui n'a pas encore été découverte, elle enchaîne les pubs minables, et quelques amants non moins minables, en affirmant que le mariage, trop peu pour elle, les gosses aussi d'ailleurs (« Le prochaine fois que je vais à un speed dating, je t’emmène avec moi. 95 % de mecs qui fréquentent ces endroits viennent pour emballer…Tu fais ton marché, si tu as un coup de cœur ou un doute de dernière minute, tu abandonnes ton Caddie avant de passer à la caisse. Crois mois, le shopping n’a jamais rendu une fille malheureuse. ».)

Gab décide d’écrire un scénario. Qui parlera de quatre amies et de leurs déboires. Un peu de leur vie, quoi, avec un peu plus de sel, un peu plus de chabadabada, un peu plus de sexe…

 

 

Les dialogues sont tirés au cordeau, acérés, aiguisés, affûtés, les répliques sont cinglantes et volent, ces quatre-là ne s’épargnent rien, s’aiment sincèrement et se retrouvent tous les mois pour dîner et blablater. Et sous les réparties parfois assassines, parfois hilarantes, désopilantes, percutantes, sous les propos parfois très crus se cache un très bon roman sur l’amitié bien sûr, les femmes, leurs attentes, leur condition, leurs frustrations, leurs envies. Sur leur rapport à l’apparence, au sexe, au mariage, aux hommes, aux enfants. Bref, un roman de filles qui cache un roman de moeurs sous une apparence chick lit.

 

Jubilatoire.

 

Géraldine Maillet ? Avec un tel sens du dialogue, j’en redemande, c’est sûr, et je vais me jeter sur ces deux précédents romans.

A lire, oui, à lire. D’ailleurs, hop, il devient un roman voyageur. Des volontaires, après Fashion qui s'est déjà jetée dessus ?

14/06/2008

LA MAIN DE DIEU – YASMINE CHAR

char.jpgUne enfance choyée dans une famille musulmane au Liban. Une enfance aisée, blottie dans les bras d’un père libanais et d’une mère française. La mère s’en ira, fuyant le pays, son mari, sa fille. Le pays se disloquera dans une guerre fratricide et l’enfance se brisera.

Le premier roman de Yasmine Char contient quelques phrases lumineuses, quelques perles d’écriture qui irradient les pages de ce roman. Les phrases glissent, ondoient, chatoient et coulent avec légèreté.

 

Yasmine Char décrit les affres d’une guerre civile dans un Liban écartelé où frères et sœurs de cœur se déchirent. Elle y raconte la solitude d’une enfant abandonnée par sa mère, la pression et le poids des traditions qui pèsent sur ses épaules. Il y a les premiers émois, les premiers frissons d’une adolescente tourmentée.

 

La jeune fille rencontrera un homme. Un homme qui se prétend correspondant de guerre et l’initiera au maniement des armes, la poussera à s’affranchir. Manipulation ? Trahison ? L’enfant s’engouffrera avec avidité dans ce miroir tronqué.

 

Plein de choses, donc, dans ce roman. Trop de choses, en fait, pour un roman aussi court.

 

Yasmine Char a surchargé, injecté trop de sujets dans ce premier opus où l’intention est bonne, très bonne même, mais en traitant à la fois la guerre, la perte de l’innocence, la lente transformation d’une jeune fille manipulée en meurtrière, le poids de la religion et des traditions, il m’a semblé que le tout est peut-être un peu trop survolé, effleuré. Le style lumineux sert et dessert à la fois le roman. Il se lit avec plaisir, se déguste parfois, mais amoindrit et dilue la force du sujet quelques pages plus tard.

J’ai pensé à L’amant, j’ai pensé aux Sirènes de Bagdad, j’ai pensé à Nikita (de Besson) : plein de belles intentions trop peu étoffées, trop brièvement servies sur un lit de mots très agréables.

J’attendrais avec impatience son prochain roman, qui devrait, logiquement, combler ces lacunes, grandir en maturité et puissance pour mettre en exergue une plume très gracieuse et agréable.

Merci à Stéphanie pour le prêt, son avis ici et l'avis de Fashion Victim, conquise.

06:47 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook

09/06/2008

La danse des obèses – Sophe Audouin-Mamikonian

obeses.jpgTout n’a pourtant pas trop mal commencé. Un serial killeur s’en prend à des obèses qu’il laisse mourir de faim avant de les torturer et les abandonner dans une mise en scène particulièrement macabre. Le capitaine Philippe Heart est chargé de l’affaire, aidé par la pédopsychiatre Elena Bartok.

Le début du roman est parvient à donner l’impression que nous sommes plongés dans un whodunit qui, à défaut d’être pleinement abouti, tiendra son lecteur en haleine pendant 300 pages. Que demander de plus quand on a envie d’une lecture facile, courte et haletante ?

Quelques scènes de crime sont particulièrement dégoûtantes, mais, serial killer souffrant d’un rapport pathologique avec la nourriture oblige, nous avons là aussi quelques recettes de cuisine particulièrement alléchantes. A tel point que j’en ai noté une, d’ailleurs.

Seulement voilà. D’une part Sophie Audouin s’est sentie obligée d’affubler ses personnages de clichés plutôt navrants. Le capitaine Heart, courageux et vénérable policier, est aussi un veuf éploré, à qui son épouse (une authentique princesse italienne) a légué une immense fortune. Il vit dans leur appartement de 1500 m², il est beau, il est jeune, et cinq ans après le décès de sa femme continue à lui parler dans leur immense appartement. Saura-t-il recommencer à vivre ?

Elena Bartok, la pédopsychiatre (dont le capitaine Heart va bien sûr tomber follement amoureux) est d’une beauté renversante. Elle aussi est immensément riche grâce à l’empire industriel de son père. Son meilleur ami est homosexuel, il fréquente le jet-set, les coiffeurs à la mode et ce cher John (entendez Galliano, s’il vous plait). Je vous fais grâce des énoncés de marques de luxe auxquels nous avons droit. Elena a été victime de tentative d'abus pendant son enfance. Saura-t-elle surmonter son aversion pour les rapports amoureux ? Saura-t-elle faire enfin confiance à un homme ?

Les victimes sont obèses, mais se chaussent tous chez un chausseur de luxe (B. si vous voulez savoir !), fréquentent les meilleurs restaurants, et sont aussi, en réalité, de très méchantes personnes, vraiment. On entend ici une histoire de trafic de bébés à peine esquissée, très peu plausible, malheureusement.

Cette façon qu'a Sophie Audouin d'insister sur les physiques renversants de ses personnages, de s'attarder sur leurs vêtements, leurs états d'âmes d'une puérilité effrayante frise le roman de gare.

D’autre part, l’intrigue ne tient plus la route dès le deuxième crime. On ne croit plus une seule seconde à la façon dont le meurtrier arrive à se débarrasser des corps, l’histoire d’amour entre le beau capitaine et la superbe psychiatre se transforme en soupe harlequinesque du plus bel effet, sans compter les incohérences de l'enquête et surtout du dénouement final que je ne saurais qualifier : navrantes, ou parfaitement risibles ?

 

L’avis de Clarabel.