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03/06/2008

GARDEN OF LOVE - MARCUS MALTE

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PRIX DES LECTRICES ELLES 2008 - CATEGORIE POLICIER

 

 

C’est l’histoire d’un flic qui reçoit un manuscrit anonyme dans lequel des éléments troubles et sa vie s’imbriquent et se rejoignent, se mêlent, se fondent, s’enchevêtrent.

 

C’est l’histoire d’un livre qui happe le lecteur, l’hypnotise et le retient prisonnier une, deux, trois heures puis la nuit entière.

 

Parce qu’on ne peut pas lâcher Garden of Love une fois commencé. C’est stupéfiant, cette maîtrise des mots, des phrases et de l’histoire, que l’on ressent à chaque détour, à chaque page. Au fil des chapitres, les personnages apparaissent, laissent à la place à d’autres, reviennent pour mieux disparaître et, malgré le sentiment déroutant de ne pas comprendre où l’auteur veut nous mener, on se laisse guider, on s’abandonne à cette construction magistrale, à cette puissance des mots qui vous giflent parfois alors que le style même est simple et direct, sans fioriture, sans mélo, sans pathos, des mots rien que des mots qui vous aspirent. La première scène, le premier chapitre, sont pour moi un pur moment d'anthologie, et le reste du roman est à la même enseigne : parfaitement virtuose.

 

Petit à petit l’horizon va se découvrir et on s’enfonce totalement dans cette histoire de peurs, de folie, de schizophrénie, de traumastismes. C’est un jeu de miroir dans lequel on se perd sans chercher ni fil blanc, ni petits cailloux à semer ; on sait que tout s’éclairera, alors on savoure. Les personnages se heurtent, leurs doubles leurs répondent. Qui manipule qui ? Qui est réel ? Qui est fantasme ? Où est la vraie histoire, où est la part de peur, d’angoisse, de cauchemars, de réminiscences ?

Qui sont les bons, qui sont les méchants ? Marcus Malte le dit très bien : on est tous les deux à la fois.

A lire, donc, à lire.

 

Laure l’a lu dans le cadre du Prix des Lectrices Elle 2008, son billet est ici.

 

Marie l'a lu aussi, son avis ici. Et celui de Faustine, que j'ai découvert chez Marie.

 

Et celui d'Emeraude, que j'avai raté, et celui de Goelen aussi !

 

Il a été récompensé, à juste titre.

 

 

Garden of Love, Marcus Malte - Zulma, 316 pages

30/05/2008

LA NUIT DES ELFES – JEAN-LOUIS FETJAINE

869351383.jpgAprès Le crépuscule des Elfes, nous voici dans le deuxième volet de la Trilogie des Elfes imaginée par Jean-Louis Fetjaine.

Le peuple des Nains a été exterminé et le monde sombre dans le chaos. Trahisons, batailles, éradication, le peuple des Hommes est gouverné par le Sénéchal Gorlois, ivre de pouvoir et de colère. Il a épousé la belle Ygraine, tandis que Lliane a donné naissance à Rhiannon. Rhiannon, enfant de l’amour entre la reine des Elfes et le chevalier Uther. Rhiannon que Merlin appelle Morgane…

Nous retrouvons donc les personnages du premier volet et la légende arthurienne prend de plus en plus pied dans le récit. J’y ai trouvé moins de féerie, moins d’onirisme que dans le précédent opus. Au contraire, les relations entre les différents peuples sont décrites plus fortement, les rapports entre humains, elfes, sont plus prépondérants et prennent le pas sur la féérie et l'imaginaire. Ce de coté là, le livre est encore plus intéressant.

On y trouvera aussi quelques éléments typiques de la mythologie celtique :

la vanité des Hommes, leur ambition de dominer le monde et de faire régner leur religion, leur volonté vorace et implacable, leur mépris vis-à-vis des religions différentes ; la légende d’Avallon et le Fruit de la Connaissance (la Pomme, considérée comme le fruit défendu par les Hommes), Merlin, Morgane, Excalibur sont des éléments déterminants du récit.

Quelques inspirations médiévales, aussi, avec le combat organisé par Gorlois : du sang, de chevaux, des chevaliers, des heaumes, des cris, on entend presque les trompettes et les hourras de la foule enragée.

Pour conclure, je dirais que j’ai un peu moins aimé ce récit que le précédent. D'un coté, les paysages brumeux, les ombres et l'ambiance onirique du premier volet m'ont un peu manqué, mais j'y ai trouvé plus de finesse, j’ai aimé le portrait de l’Homme qui en est fait.

Il m'a semblé cependant manquer cruellement de culture es fantasy pour apprécier toutes les références évidentes à la culture arthurienne, celtique ou tout simplement imaginaire.

ps pour Lamousmé : je lirais le troisième, mets le moi de coté, surtout que Cher et tendre a totalement accroché aux deux premiers volets !!

27/05/2008

La vie ordinaire d’une mère meurtrière – Sophie Marinopoulos

623089798.jpgEva est une mère ordinaire. Bonne mère, bonne épouse, bonne voisine. Un caractère égal, une vie banale de mère au foyer. Trois enfants, trois grossesses découvertes ou annoncées tardivement, elle vit sa condition de mère comme elle vit sa condition d’épouse : consciencieusement, avec application et sens du devoir. Sans empathie ni passion ni colère. Jusqu’au jour où elle sent des douleurs abdominales. Son corps éjecte un petit être. Une chose dont elle ne soupçonnait pas l’existence. Alors elle serre les dents sur la douleur et serre les mains sur le cou fragile…

 

Sophie Marinopoulos, psychiatre, spécialiste des questions de maternité, propose ici un essai sur une mère infanticide.

De l’enfance de cette femme élevée dans le silence, le silence des mots autant que le silence de l’amour, qui ont fait d’elle un être presque asexué, un être presque robotisé, inerte, passif, qui a oublié d’exister pour lui-même, puisqu’il n’a jamais existé pour les autres, de son mariage où là encore les silences et les habitudes ont supplanté la communication, le partage, les échanges, c’est un portrait émouvant ou plutôt douloureux.

Cet essai est une proposition. Une proposition d’explication, ou d’analyse des faits qui mènent cette femme à commettre l’irréparable, le monstrueux, l’inconcevable.

J’ai aimé ce récit. Évidemment, il est difficile de ressentir la moindre sympathie pour cette femme, mais l’analyse est fort intéressante. Une femme, un mari aveugle, des enfants qu’elle aime sans le savoir. Et l’enfouissement d’une personnalité, d’une femme enterrée vivante dans sa propre vie, fait que ce récit se lit avec beaucoup d’ intérêt.

Je ne dirais pas que cela peut arriver à tout le monde, non, mais que parfois, on ne regarde les gens que trop superficiellement, sans chercher à les connaître, à ouvrir les yeux sur leurs fissures, c’est tellement plus facile.

Sophie Marinopoulos a rencontré des femmes en prison, des femmes qui ont dénié leurs grossesses, abandonné leurs enfants. Ces femmes, ainsi que les affaires de bébés congelés récemment découvertes, se retrouvent dans le personnage d’Eva, que l’on finit par aimer. Ou comprendre.

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26/05/2008

L’ARBRE AUX MENSONGES – COOKIE ALLEZ

1952214877.jpgLa famille Chevrier vit au Cour-Mareuil, vaste demeure isolée du village, dans laquelle on vit presque en autarcie. On ne se parle pas, on se déteste secrètement, les quatre filles d’Hubert et Bernadette sont élevées coupées du monde, même si elles sont scolarisées, elles ne connaissent du monde que ce qu’elles en entendent, que les bribes qu’elles perçoivent dans les rares paroles de leur père. Quant à leur mère, elle passe ses journées dans sa chambre, alitée, dépressive, complaisamment enfermée dans son auto apitoiement. Jusqu’à l’arrivée de Magdeleine, la sœur de Bernadette. Fantaisiste, fière, vindicative et acharnée, elle mettra un peu de sel et de piment dans cette atmosphère pesante et poisseuse de non-dits.

Cookie Allez raconte joliment cette histoire de secrets familiaux hypocritement enfouis, de rancoeurs visqueuses et d’innocences sacrifiées. Son style est élégant, fin, très fluide, les mots papillonnent joliment et les phrases tintent comme du cristal. Dans la première partie, Blanche, l’aînée des sœurs, découvrira le journal de Magdeleine peu après la mort de cette dernière (sur laquelle s’ouvre le roman). Petit à petit Blanche, devenue adulte, apprendra que sa tante n’était pas venue s’installer innocemment au Cour-Mareuil. Jalousies, adultères, Cookie Allez dépeint cette bourgeoisie riche d’après guerre où les hargnes antisémites sont encore latentes, rampantes bien que soigneusement décriées.

Dans la seconde partie, c’est l’arbre aux mensonges lui-même qui devient narrateur. Spectateur blasé et serein, il prend le relais pour dévoiler petit à petit la vérité sur cette famille remplie de lâchetés, de querelles intestines et souterraines et de compromis douteux.

Un roman bien écrit, un style fort agréable. J’ai aimé.

Mais, en y réfléchissant, je m’interroge.

J’ai aimé pour le style, la construction, le sens du verbe et des phrases de Cookie Allez. Certes. Mais, au final, qu’en retenir ? Le portrait acide d’une bourgeoisie pétrie de rancoeurs ? Bien, très bien fait même. Mais il me manque ce petit quelque chose en plus, ce poids que j’aime de plus en plus retrouver dans un roman : le poids d’un écrivain qui décrit le monde, le poids d’un témoignage sur ce que sont les hommes, un impact beaucoup plus puissant qu’un récit bien fait, un impact qui lâche un chape de plomb sur les épaules du lecteur et qui le marquera.

Un joli roman, donc, mais qui s’oubliera vite, je pense.

 

L'avis d'Anne.

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17/05/2008

CHALEUR DU SANG – IRENE NEMIROVSKY

1424650795.jpgNous sommes dans le centre de la France, au début du vingtième siècle. Sylvio, le narrateur, se rend dans un village paisible et y retrouve sa cousine Hélène.

Il observe les habitants de cette bourgade provinciale ; le rythme de vie est paisible, aussi calme et retenu que la vie de ces familles issues de la terre. On s’y parle peu, on vit au rythme des cultures agricoles, on ne se mêle pas des affaires d’autrui. Mais sous les aspects rigides et les façades convenues se terrent des secrets, des histoires familiales qui surgiront après la noyade de Jean Dorin, le gendre d’Hélène.

Voici un roman qui m'a laissée perplexe. Très bien écrit, avec simplicité et fluidité, il entraîne le lecteur dans le quotidien des habitants de ce village rural et bourgeois,  dans leur vie qui s’écoule au rythme des saisons et des récoltes.

Irène Némirovsky y parle des mariages de raison, que ce soient les jeunes filles qui épousent des vieillards ou des mariages de convenance. A cette époque, on n’obéit pas à l’amour mais à l’argent, au devoir, à la raison.  Elle nous plonge dans un monde où l’apparence d’une vie rangée, stable régit toutes les conventions sociales de cette petite bourgeoisie locale. Les rancoeurs et les convoitises (de chair, de terres, d’argent) sont soigneusement tues, cachées, même si aucun secret ne reste longtemps enfoui. C’est un milieu rural où tout se sait et tout se tait.

Et, de ce milieu étriqué, Irène Némirovsky nous décrit l’ardeur de la jeunesse, les désirs et les passions qui consument secrètement les corps et les cœurs des jeunes gens. Ardeurs qui s’assouvissent parfois dans le silence, mais qui, dans le confinement de cette vie étriquée, deviennent frustrations, jalousies, colères.

Le roman est bâti habilement, avec un certains suspens dans la révélation ces secrets enfouis. Mais j’avoue être restée plutôt à l’extérieur. La révélation finale m'a surprise, mais je l'ai trouvé peu crédible. Spectatrice mais jamais actrice de ce roman.

Milieu rural ? Epoque ? Manque de force ? J’ai aimé le fond, la forme, mais je suis restée indifférente aux feux de l’amour décrits par Irène Némirovsky.

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26/04/2008

MALAVITA ENCORE – TONINO BENACQUISTA

1694828693.jpgRetrouvons la famille Blake que nous avons découverte dans « Malavita ». Quelques années plus tard, quelques noms d’emprunt plus tard, quelques déménagements plus tard, nos quatre compères vivent, sous le nom de Wayne, à Mazenc, dans la Drôme.

Les enfants ont grandi, ils sont indépendants et vivent leur vie. Belle est amoureuse, Warren aussi.

Maggie a lancé une petite entreprise de restauration sur Paris. Elle fait des allers-retours entre sa nouvelle vie de femme indépendante et son mari devenu écrivain.

Car Fred a réussi non seulement à écrire son roman, mais aussi à être édité, et même recevoir une certaine reconnaissance, sous le pseudonyme de Lazlo Pryor.

Seule Malavita la chienne n’a pas changé de nom et reste près de son maître. La chienne, et les agents du FBI, aussi, ceux du programme Witsec (protection des témoins) chargés d’organiser et de surveiller la vie de cet ancien mafieux repenti.

On a plaisir à retrouver cette petite famille dont tous les membres se cherchent toujours. Maggie chérit sa liberté toute nouvelle et s’émancipe de son mafieux de mari. Les enfants parviennent tant bien que mal à échapper à l’atavisme familial, à construire une existence normale. Loin des clans et des gangs.

Quant à Fred, il rumine encore et encore son passé, l’époque glorieuse où il était un capo. L’époque où sa vie ne ressemblait pas à celle d’un retraité provençal, entre pastis et pizzas.

Il y a toujours de l’humour, quelques passages savoureux, notamment quand Fred se décide à ouvrir un livre. Pour la première fois de sa vie. Délectable.

Il y a de la justesse chez les personnages, toujours aussi attachants, toujours aussi touchants.

Tonino Benacquista écrit bien, juste, avec humour. Un vrai plaisir.

Ceci dit, l’intrigue manque trop de piquant pour en faire un très bon Benacquista. Tous vivent leurs petites aventures, leurs petits revers, drôles certes, assumés avec leurs caractères bien trempés, mais il manque un fil conducteur, quelque chose qui accroche, qui happe le lecteur. On les aime toujours autant, les membres de cette famille, comme on aime toujours autant les agents du FBI qui les accompagnent, mais on a l’impression d’observer des petits retraités et leurs mésaventures qui sont bien trop gentillettes pour qu’on ait envie d’en lire un troisième volet, si troisième volet il y a.

Ou alors il faudra qu’il soit plus mordant, plus détonnant, que celui-ci.

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