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20/03/2008

LE MARIAGE D’ANNE D’ORVAL – SEBASTIEN FRITSCH

2031124801.gifNous sommes dans l’Auvergne médiévale et les seigneurs partagent leur temps entre guerres de contrées, banquets, religion, vassalités, rivalités. 

 

Le Baron Enguerrand d’Orval veut marier sa fille Anne. Anne dont la beauté, la douceur, la pureté ont bouleversé sa vie et transformé le seigneur sanguinaire en homme bon et juste. Clément de Merlieu sera le promis. Clément choisi pour sa droiture, son caractère exceptionnel parfaitement accordé à celui d’Anne.

 

 

Mais voilà, l’amour ne se résume pas à un contrat signé entre deux Seigneurs. L’amour est parfois plus fort que la volonté d’un père despote. Un amant, dont on ne connaîtra le nom qu’au tout dernier mot de la toute dernière page du livre. Une jeune femme dévouée à son père mais qui se laisse séduire. Une mère attentive, deux frères soumis. Un promis dont le passé reste un mystère, dont les amis ne sont pas aussi nobles qu’ils le paraissent. Une volonté de vengeance qui se transmettra de génération en génération, et cette question lancinante, qui taraude le lecteur : qui est Clément ? Qui est l’amant ? Qui a bafoué l'honneur de cette famille ?

Il m'a fallu du temps pour rentrer dans ce roman historique, même si les descriptions, les situations, se laissent lire avec beaucoup intérêt.

On a envie d’accompagner plus longuement Anne, sa pâleur, sa langueur, Enguerrand homme d’honneur, on a envie de savoir QUI écrit ce récit. Pas de passion, donc, mais de la curiosité. Beaucoup de curiosité. Petit à petit elle s’installe, les caractères se dessinent et l’on se retrouve plongé dans ce roman d’amour et cette fresque médiévale.

Je ne peux pas dire que j’ai adoré ce roman. Mais je me suis laissée emporter par l’histoire, j’ai tremblé avec Anne d’Orval, j’ai détesté puis aimé puis méprisé ce père aveugle et pétri d’orgueil, que j’ai même soupçonné du pire parfois.

A lire donc, si l’on aime les romans historiques, les romans sur l’amour et l’orgueil stupide, la rage vengeresse et la passion, plus forte que le devoir et la raison.

Ce premier roman de Sébastien Fritsch sera bientôt suivi par un roman policier « Le sixième crime ». Si l’habileté de l'auteur pour installer son lecteur dans le doute et le questionnement se confirme, si les personnages de ce deuxième roman sont aussi bien dessinés que ceux du "Mariage d'Anne d'Orval", je crois que ce sera probablement très réussi.

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17/03/2008

COMME UN MERE – KARINE REYSSET

279475564.gifL’amour d’une mère est immense. A la fois insondable et lumineux, il bouleverse nos vies, transcende nos existences et les submerge.

C’est de cet amour que nous parle Karine Reysset, à travers l’histoire d’Emilie, une jeune paumée, une gamine déboussolée qui accouche sous X puisqu’elle est incapable de faire face à cette maternité non désirée, et celle de Judith, qui accouche le même jour, dans la même maternité, dans la même salle d’un enfant qui ne vivra pas. Après des années de grossesses inabouties. D'espoirs anéantis.

Désespérée, démolie, Judith enlève Léa, l’enfant d’Emilie. Elle sait qu’Emilie a de toute façon l’intention d’abandonner son enfant. Elle qui a tant d’amour en elle, tant d’amour à donner, à offrir, à déverser, à hurler..

Emilie, Judith, Léa. Deux femmes et une enfant. Trois vies, trois existences fragiles et ténues, vouées à des chemins séparés qui vont se croiser, se rencontrer, se retrouver, mêlées par un lien invisible et tenace, indissoluble.

Nous allons suivre ces deux femmes que tout oppose. Emilie l'écorchée, éraflée par la vie, et Judith, la femme cassée, qui sombre dans une torpeur mélancolique. Emilie retrouvera son enfant, tentera de se construire un avenir, elle n'est plus seule, elle a Léa ; mais Judith les retrouvera. Elle n'a plus rien, elle veut juste revoir, une dernière fois, cette enfant qu'elle a sérrée si fort, qu'elle a aimée avec désespoir. 

Karine Reysset nous offre ici un récit à deux voix empreint de sensibilité et de délicatesse. Son récit est une marée montante d’amour et de baisers sucrés, ceux que l’on dépose sur les joues veloutées de nos enfants, un récit qui nous étreint de la chaleur de ce lien indescriptible, indestructible qui unit une mère et son enfant.

Elle raconte avec pudeur et respect la folie, l’effondrement, la destruction auxquels peut mener la perte d’un enfant. Judith va reporter sur Léa tout cet amour dont son cœur déborde violemment. Emilie, elle, se verra submergée par un sentiment qu’elle n’attendait pas, qu’elle rejetait, question de survie. L’arrachement brutal, imprévu, imprévisible, balaie ses intentions et les remplace par un amour insubmersible. Avec ses difficultés, ses doutes, ses peurs.

C’est un roman qui émeut, qui est joliment écrit, avec sensibilité et simplicité.

Et puis il y a Saint Malo, ses remparts, sa thalasso, son Sillon, on sent presque la brise marine et salée sur nos visages. On marche sur la plage ou les remparts, on sent les embruns, on entend les goélands...

Et les dernières pages, qui se lisent avec effroi, avidité, espoir, inquiétude, soulagement…

Karine Reysset est une découverte.

J’y retournerai.

 

 

Tatiana de Rosnay nous l'annonçait déjà, ici.

 

 

Editions de l'Olivier, 179 pages

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14/03/2008

LA MUETTE – CHAHDORTT DJAVANN

978413609.jpg« J'ai quinze ans, je m'appelle Fatemeh, et je n'aime pas mon prénom. Dans notre quartier, tout le monde avait un surnom, le mien était «la nièce de la muette». La muette était ma tante paternelle. Je vais être pendue bientôt »

Chahdortt Djavann  écrit ici une histoire qui avait tout pour être belle. Une jeune adolescente élevée par une tante muette (on ne sait pas vraiment pour quelle raison, mais on le devine, on sait qu’elle se tait depuis un jour sombre de son enfance). La muette est une femme libre. Enfin, libre, c’est un grand mot. Disons qu’elle fume, ne porte pas le voile, marche pieds nus, a le regard insolent. Elle vit chez son frère, le père de Fatemeh, et aide à la maison. Elle ne sort pas.

Une tante que le mutisme rend encore plus fascinante, altière, une enfant pleine d’idéaux, un oncle jeune et amoureux, un père tolérant, ouvert, mais opprimé par le pouvoir des Mollahs, une mère hypocrite et égoïste. Ces personnages sont intéressants, l’histoire aussi. La muette aimera secrètement l’oncle, le Mollah déversera sa haine, une mort, un mariage forcé, une autre mort et, finalement, la condamnation à la pendaison de Fatemah, qui entreprendra, en prison, le récit des événements qui l’ont menée là.

Bien sûr, on devine la dénonciation de la condition de la femme en Iran, des comportements intégristes, de l’abomination des lapidations.

Mais Chahdortt Djavann a choisi de mettre en scène l’écriture de ce manuscrit (écrit en français). D’abord elle nous propose une lettre de l’éditeur qui aurait reçu ce manuscrit, miraculeusement dérobé à la prison iranienne, puis nous lisons ce manuscrit, puis nous avons une note d’une journaliste à qui ce manuscrit aurait été confié par le gardien de prison, puis celle du traducteur qui précise deux ou trois détails de traductions.

J’aurais sans doute préféré un roman plus frontal, une dénonciation moins mise en scène. Toutes ces fausses circonstances gâchent le tout. L’histoire en elle-même était intéressante, sans qu’on ait besoin d’y ajouter des détails romanesques qui finalement frisent le ridicule. C’est dommage, le manuscrit en lui-même se suffisait presque.

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13/03/2008

JE SUIS TA NUIT – LOIC LE BORGNE

1047248201.jpgPierre est veuf et élève seul son fils Tristan qui a 17 ans. Un jour, Tristan rentre de cours et lui annonce qu’une amie vient de se donner la mort. Suicide. Et voilà Pierre qui replonge dans son passé. Il doit, il veut, raconter à son fils un part de sa propre enfance, des événements qui ont bouleversé sa vie, bouleversé ou plutôt pulvérisé, broyé, fracassé son enfance.

Ce récit va nous plonger des années auparavant. Pierre a onze ans. Lui et ses amis, sa bande, son clan, sa troupe vivent et savourent leur enfance. Rires, joies, goûters, éclats et malices rythment le quotidien de ce petit groupe d’amis liés pour la vie. Instantannés de bonheurs, quand l'enfance est encore aux portes de l'innocence... et n'a pas encore franchi le pas de l'âge adulte, n'a pas encore ouvert les yeux et ignore encore que le monde peut être sordide.

Et on se rappelle. On se remémore à cette lecture sa propre enfance. Les années 80. Les héros qui illuminaient nos journées. Goldorak, Dark Vador, Candy…. Retour dans le passé. Impression étonnante d’oublier qu’on est devenu adulte et d’observer ces gamins, devenir eux, de faire partie de la bande.

On vit avec eux donc. Et on plonge dans l’horreur. Parce que ces gamins vont découvrir un corps. Affreusement mutilé. Et cette découverte est le point de départ d’une immersion totale, absolue, dans une suite d’événements tragiques, inexplicables, un récit stupéfiant (« Je ne savais pas, en me levant ce jour de Pâques 1980, que d’ici peu j’aurais à combattre des forces aussi néfastes et effrayantes que celles du grand Stratéguerre, ennemi juré d’Actarus, ou du sinistre empire de Dark Vador, dont la haine pour le Jedi n’avait d’équivalent que celle d’une enfant torturé par son bourreau. »).

C’est sombre, horrifiant, on lit avec passion, répulsion, avidité. Impossible de fermer le livre avant de l’avoir terminé. C’est à la fois fantastique et allégorique. Au-delà de l’histoire de ce « Bonhomme Nuit » qui vient ravager ce village, et faire fondre sur ces enfants un monde de noirceur absolue, il y a nos propres fantômes, nos passés, nos parts d’ombre et de colère. L’innocence doit disparaître et faire place à l’âge adulte. Ces enfants franchiront la limite au bord d’un abîme de noirceur. Certains tomberont, d’autres survivront, mais resteront marqués à jamais. Avec leur propre part d'ombre, tapie au fond, terrée ne demandant qu'à resurgir.

Il faut le lire, il faut s’y plonger. C’est un envoûtement, une spirale qui nous aspire et nous happe.

Ou bien offrez le à vos ados… et lisez le avant.

Les avis de Lily, qui le fait voyager, de Clarabel et de Rose.

Prochaine étape : Fashion, puis Emmyne.

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10/03/2008

BORD DE MER – VERONIQUE OLMI

101492319.jpgUne femme, une mère, emmène ses enfants au bord de mer. Ses maigres économies ont fondu pour leur offrir ce voyage, cette escapade hors de leur grisaille quotidienne. Tous trois prennent le car vers la mer que les enfants ne connaissent pas.

 

Comment parler de ce livre ? Je ne suis pas sûre d’être à la hauteur de ce bijou d’émotions, de sensations.

Le style est extrêmement simple, aussi simple que le langage de cette femme, et pourtant, à cette lecture, on a la tête qui résonne, le cœur qui se froisse, les mains deviennent moites ; on reprend son souffle, on y retourne en suffocant, en se débattant contre la certitude insidieuse et pourtant évidente de savoir comment tout ça va se terminer. On devine à quelle extrémité cette femme déboussolée, à la dérive, se croit contrainte.

C’est court, c’est sombre, c’est angoissant… l’atmosphère est d’une tristesse palpable, on la touche du doigt, on s’y enfonce, on plonge dans cette détresse humaine qui vous enveloppe comme un brouillard opaque et humide. Et pourtant on ne se défend pas, on se laisse engloutir, envelopper, happer. Le dernier voyage d’une famille qui survit à la solitude, tant bien que mal portée par l'amour d’une femme dévastée, aidée par ses deux enfants trop tôt mûris, trop tôt grandis et pourtant si avides d’être encore des enfants.

Et ce cadeau qu’elle veut leur offrir lui aussi s’englue dans le sordide : un hôtel miteux, une mer déchaînée et maussade, une pluie battante qui hurle aux tempes de cette femme prisonnière de sa misère, de sa folie, de sa détresse.

Voilà ce que j’aime, dans la littérature : la capacité d’un auteur à nous transposer dans une autre dimension, où jamais nous n’irions sans elle. Je me suis sentie Elle. Je l’ai comprise. Je l’ai soutenue et avais envie de lui dire, à la fin « c’est bon, tu peux lâcher l’oreiller, c’est fait, arrête, tu vas avoir mal au bras ». Ensuite je l’aurais prise dans mes bras et lui aurais dit « Chut, tout va bien, ça va aller, ne t’inquiète pas, ils vont se retrouver »…

Lily, je suis à genoux. Merci.

L’avis de Laure, d’Anne

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06/03/2008

DANS LES BOIS ETERNELS – FRED VARGAS

2000663006.jpgDeux hommes ont été retrouvés égorgés. Des tombes ouvertes, des cadavres intacts (le sont-ils vraiment ?). Des reliques disparues. Des cerfs tués, le cœur arraché, un chat castré… Une femme serait à l’origine de ces crimes, une ombre, une revenante. Une quête d’immortalité.

Cette enquête du commissaire d’Adamsberg est un mélange. Mélange de crimes, de sang, de fantômes, et mélange de personnages névrosés, perdus, dont les esprits vagabondent au gré de l’avancement de l’enquête.

On y retrouve l’équipe de policiers rattachés à Adamsberg. Leurs malaises, leurs personnalités troublées. Fred Vargas campe chaque personnage, prenant le temps de redessiner chacun des membres de l’équipe d’Adamsberg. Ils sont intéressants, peu orthodoxes, bizarres, attachants autant qu’insupportables parfois.

Un nouveau venu, qui parle en vers, fait revivre le passé d’Adamsberg. Le chat La Boule deviendra part intégrante de l’enquête. Adamsberg veille son fils et lui raconte des histoires de bouquetins.

La première partie est plutôt ennuyeuse. On pourrait lâcher le bouquin pour courir vers un vrai whodunnit. Mais on y reste. Et on a raison. L’intrigue se corse, tout devient flou puis plus clair. Rebondissement. Eclaircissement. Visions du commissaire. Epilogue.

Elle est agaçante, Fred Vargas. J'aime ses personnages, j'aime leur coté hors normes. J'aime Adamsberg qui conduit ses enquètes à l'intuition (un peu Dr House, sans le sourire), et pourtant je n'arrive pas à plonger, je n'arrive pas à ne pas lâcher. Au contraire. Je prends, je lâche, je reviens, vais faire un tour, reprends... 

Au final, un livre pas forcément extraordinaire, parfois pesant, mais du bon boulot. Sérieux. Bien fait. A réserver aux fans d’Adamsberg. 

Lu dans le cadre du challenge ABC 2008, lettre V