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04/03/2008

LE JOUEUR D’ECHECS – STEFAN ZWEIG

20072471.jpgNous sommes sur un paquebot à destination de Buenos Aires, pendant la deuxième guerre mondiale. A son bord, Czentovic, champion du monde d’échecs, incapable de communiquer, inculte et asocial.  Mc Cannor, joueur moyen, le défie. La partie s’annonce perdue d’avance pour Mc Cannor jusqu’à ce qu’un inconnu se penche sur l’échiquier et l’aide à mettre le champion en péril. Pourtant, cet homme affirme n’avoir pas joué depuis plus de vingt ans. Il se confiera au narrateur et lui racontera son emprisonnement par la Gestapo , la torture mentale et ce qui lui a permis d’y échapper…

Le style de Stefan Zweig est classique, clair, limpide. Au travers le récit de M. B, il dénonce les tortures de la Gestapo : emprisonnement , privations sensorielles et absence de stimuli. M. B échappera à la folie en dérobant un manuel d’échecs. Pour entretenir son esprit et éviter de sombrer dans la folie, il s’entraîne mentalement, joue contre lui-même. Son jeu devient obsessionnel, schizophrénique. Echapper à la folie par une autre forme de démence. Son entraînement devient sa force et sa force arme fatale contre lui-même.

Stefan Zweig décrit une autre forme de folie, celle de Czentovic, une brute, un asocial incapable de communiquer, uniquement centré sur son jeu, incapable de supporter d’être battu. Il n’a jamais su communiquer et s’est réfugié dans une sorte d’autisme (ne l’était-il pas déjà ?), vivant uniquement pour le jeu, pour le gain, pour vaincre les autres et se hisser au dessus de la masse qu'il méprise.

Stefan Zweig nous emmène dans un combat singulier, celui de la brute inculte (Czentovic) contre le quidam orgueilleux (Mc Cannor) qui ne veut s'avouer vaincu, ou le professeur cultivé et raffiné (M. B). Folie, engouement, orgueil, le jeu devient une lutte ou la volonté de gagner devient acharnement obsessionnel, impérieux, ravageur. Il n'est plus d'autre volonté que celle d'écraser l'autre.

Un très beau récit allégorique sur l’homme et ses vices.

Les avis de Papillon, Lilly, Flo, Karine, Anjelica.

 

Lu dans le cadre du Challenge ABC 2008.

08:39 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (28) | |  Facebook

03/03/2008

NUMERO SIX – VERONIQUE OLMI

321558977.jpgFanny est la sixième enfant des Delbast. La numéro six. Celle qu’on n’attendait pas. Celle que le bon Dieu a donné mais qui n’était pas prévue.  Cadeau du ciel qu’il est hors de question de refuser mais qui restera toute sa vie à la traîne, derrière ses aînés, derrières les autres, ceux qui font déjà partie de la famille, ceux qui ont des souvenirs à partager (« J’envie mes aînés parce qu’ils forment une famille dont tu es le père. Moi, je suis une sorte de regard extérieur, une invitée arrivée en retard. »)

C’est un roman très court, mais le style illumine totalement son lecteur. Véronique Olmi écrit avec limpidité et luminosité. Une histoire simple, celle d’une petite dernière trop effacée pour s’affirmer, dont l’arrivée est trop subie pour lui permettre d’exister, de devenir autre chose que la « numéro six ». Celle d’une enfant devenue femme mais qui n’a pas su s'extirper de l’enfance, qui vit dans l'ombre d'un amour paternel trop distrait, trop lointain. Une femme qui essaye encore, à 50 ans, d’être la petite fille de son papa.

Fanny reporte sur son père son besoin éperdu d’amour et de reconnaissance, elle transforme son besoin impérieux d’exister à ses yeux en amour aveugle, avide et possessif.

A force d’être si peu aimée, ou si mal aimé par une famille chez qui les sentiments ne s’affichent pas, ne se disent pas, ne se partagent pas, l’amour de Fanny pour son père se transforme en idéalisation, en déification (« J’étais jalouse de maman. Pas seulement de vos voyages. De votre quotidien aussi. Vos discussions le soir que j’entendais de l’autre coté de la cloison, quand j’étais couchée. J’étais jalouse de tout ce que vous aviez à vous dire, et de vos rires. J’étais jalouse de ce vin que tu goûtais pour elle, de cette tasse de café que tu lui tendais, de ces fleurs qui tu lui offrais, de cette façon que tu avais de lui toucher la main quand tu lui parlais, de la malice joyeuse avec laquelle tu te moquais d’elle devant tout le monde, comme si elle était incroyable, unique, le personnage principal, l’héroïne de ta vie. Ta femme. »).

Avec le temps elle ouvre les yeux sur ce père fantasmé qui n’en a pas moins été un homme. Un poilu, un père, un médecin respecté, un colonialiste réactionnaire. Elle parle et raconte cette famille catholique bien-pensante, les silences et les maux qui se taisent, qui étouffent, qui asphyxient ; tout plutôt que de déroger à la sacro sainte bienséance… Elle y aura sacrifié sa vie de femme. Fait un enfant, mais sans donner à celui-ci la chance d'avoir un père. Victime consentante et lucide, vouée à aimer un homme qui ne fut pas le sien.

Merci Lily, de m'avoir prêté ce très beau roman!

Son billet qui m’a donné envie de découvrir cette auteure.

Celui de Laure sur Numéro Six.

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01/03/2008

Ô VERLAINE – JEAN TEULE

1104010214.jpgJ’ai lu « Je, François Villon » l’été dernier, aussi me suis-je attelée à un autre ouvrage de Jean Teulé, parlant, lui aussi, d’un poète, pour le club de lecture.

Verlaine est probablement d’un des plus grands poètes. Oui, j’entends déjà les cris et les protestations, Verlaine n’est pas le seul. Il y en a d’autres. Mais j’avoue que j’aime ses écrits. Comme j’aime ceux de Villon.

Ô Verlaine nous emmène dans le Paris de 1885. Fin de vie pour Verlaine, l’absinthe est en train de ronger son foie, son corps est putréfié par la syphilis, ses poumons sont délabrés. Sa vie ? Oh sa vie n’est plus qu’une succession de nuits immergées dans l’alcool, dans le sexe et la débauche. C’est à travers les yeux de Henri-Albert Cornuty, petit provincial venu à Paris pour rencontrer son idole, que nous suivons Verlaine dans sa lente déchéance.

Jean Teulé le dit lui-même, ses biographies de Villon comme de Verlaine sont des fictions.

On y retrouve ceci dit et curieusement les mêmes éléments : un poète dévoyé, un Paris ravagé, le Paris des petites rues, des étudiants, des sans le sou.  Des prostituées, vendues par leur mari (La grosse Margot, chez Villon ou Esther chez Verlaine) ; les mères de poètes tuées, reniées par leurs propres fils (la mère de Villon mangée en pâté, celle de Verlaine tuée). Des illustrations au gré des chapitres, et des poèmes, semés ça et là comment autant de rappels sur ce que furent avant tout ces deux là : de Grands Poètes.

Jean Teulé raconte la même violence, la même rage de se détruire, la même morve chez ces poètes peu soucieux de survivre, leur même soif de création et le même désespoir finalement. Une chose est sûre : il décrit ces deux là de façon plus que dévoyée. Débauche, luxure, amoralité…j’avoue avoir été plus touchée par Villon, au final plus humain (parce que plus jeune sans doute) que par Verlaine.

J’avoue avoir été un peu perturbée par cette ressemblance entre les deux romans. J’attendais une fiction différente, un bâti séparé. La redondance m’a étonnée.

C’est une vision qu’il propose, et cette vision est la même. J’aurais préféré une approche différente, mais je reste emballée par le personnage commun à ces deux romans : Paris. Paris la dévoyée, Paris l’écorchée vive, Paris la sublime.

 

Sur Je, François Villon, les avis de Thom, BladelorCathe, Katell, Caro[line], Grominou, Papillon, Jules, Joëlle, Kalistina, Karine, Malice, Sylire, et sans doute d'autres encore....

 

Sur Ô Verlaine, les avis de Thom, Rats de Biblio, Fanyoun,

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29/02/2008

SAGA – TONINO BENACQUISTA

584807586.jpgMarco, Mathilde, Louis et Jérôme sont des has been. Des loosers. Des nazes. Scénaristes ou auteur de romans à l’eau de rose, ils sont réunis par un ponte d’une chaîne de TV en mal de quotas de séries françaises. Leur mission ? Ecrire le scénario d’une série TV dont tout le monde se fichera puisqu’elle sera diffusée à 4 heures du mat. Pour un coût minimum. Pour un retour sur investissement dérisoire. Ecrire une daube, une merde, n’importe quoi, pourvu que le quota soit respecté et que la chaîne ait la paix avec le CSA. Service commandé, faîtes n’importe quoi, on s’en fout, vous avez 80 épisodes. Point barre.

Nos quatre scénaristes se mettent illico au travail et se plongent dans SAGA, la seule série où on fait et dit n’importe quoi. Et sans contraintes. Libres. Créer sans entraves : le rêve de tous.

 Il faut croire que les téléspectateurs aiment le n’importe quoi, finalement…..

Il est des romans dans lesquels on n’arrive pas à rentrer. Et si on n’arrive pas à rentrer dès le début, il y a fort à parier qu’on n’y rentrera jamais. C’est ce qui m’est arrivé. Je suis restée insensible à ce roman du début à la fin. Pourtant, l’intrigue est suffisamment retorse et originale pour que j’y trouve mon compte. Il y a de l’humour (et Malavita du même auteur m’avait largement conquise) mais je suis sans doute passé à coté du tout au tout.

Suis-je téléphobe ? Suis-je imperméable ? A aucun moment je n’ai réussi à m’intéresser ni à ces quatre énergumènes qui font sauter l’audimat sans le vouloir, à aucun moment je n’ai apprécié ce portrait pourtant acide et lucide du monde de l’audiovisuel. Question de style ? Un peu. Je l’ai trouvé ennuyeux. Question de crédibilité ? Sans doute aussi, je n’ai jamais réussi à gober un seul instant cette histoire de série pourrie qui devient un Summum et encore moins la fin, que j’ai trouvé carrément grotesque.

Allez, soyons objectifs. Je crois être une des rares de la blogosphère à être restée de glace. Lisez plutôt les avis enthousiastes de : Allie, Karine, Emeraude et LVE.

Lu dans le cadre du Challenge ABC 2008, lettre B.

Et merci à Fashion pour le prêt !

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27/02/2008

SUR MA MERE – TAHAR BEN JELLOUN

6fb3da69a8276385b72f6f155394a234.jpg« La mémoire défaillante de ma mère l’a replongée pendant les derniers mois de sa vie, dans son enfance. Redevenue soudain une petite fille, puis une très jeune fille tôt mariée, elle s’est mise à me parler, à se confier, convoquant les morts et les vivants. »

Tahar Ben Jelloun écrit la vie de Lalla Fatma, sa mère. A travers les derniers mois de sa vie, il raconte la vie de cette femme, rythmée par les traditions, les coutumes marocaines.

Une femme qui s’est toujours pliée aux usages, mariée à 15 ans, veuve et mère à 16 ans. Remariée, veuve à nouveau. Remariée une troisième fois et veuve une nouvelle fois.

C’est un hommage touchant qui nous entraîne dans le Maroc d’hier et d’aujourd’hui. Celui des femmes qui se doivent d’obéir à leur mari, celui des jeunes mariées qui découvrent leur mari le soir des noces, celui des femmes à la fois soumises et souveraines. Des traditions qui peuvent choquer les occidentaux, Tahar Ben Jelloun dit aussi la poésie, le respect et la tolérance qu’elles expriment. Les femmes sont les piliers du foyer, infaillibles, solides, elles règnent silencieusement en maîtresses et leur soumission n’est qu’apparence.

Il raconte avec pudeur et simplicité la maladie, l’oubli, l’effacement de la mémoire, la solitude, la dépendance qu’elle entraîne. Le dévouement de Ketmoul, la dame de charge, dédiée au bien-être de Lalla Fatma, sa maîtresse, sa rage parfois d’être totalement consacrée, dévouée, sa fatigue, sa lassitude qui ne pointent que rarement au milieu d’un océan de tendresse et de dévouement, le désarroi des enfants, tiraillés entre le respect, le devoir et leurs vies à mener. Petit à petit, le corps lui aussi lâche Lalla Fatma. Elle s’éteint le 4 février 2002 et va rejoindre ses hommes, sa mère, son père, ses frères, venus l’accueillir. (« Alors voilà, nous sommes là. Le voyage n‘a pas été trop pénible. Le voyage ou la traversée. Tu arrives en plein hiver. Nous allons enfin dormir, dormir longtemps, toute l’éternité, viens, avance, assieds-toi, repose-toi. Tu verras, ici le temps tourne en rond, parfois il nous donne le vertige. Tu n’aimes pas ça, quand tu étais petite, tu es tombée d’un manège à Jnane Sbile, au jardin public. Tu avais vu des étoiles et tu es restée étourdie pendant quelques minutes. Là, il n’y a pas de manège. Mais tu verras on sent le temps au vent qu’il fait naître à son passage. Nous ne nous méfions ni du temps ni du vent. Plus rien ne peut nous atteindre. Tant qu’on se souvient de nous, nous existons. D’ailleurs c’est le vent qui nous informe. Il nous renseigne sur l’état des choses que nous avons laissées derrière nous. »)

Je n’ai pas lu tous les romans de Tahar Ben Jelloun. Celui-ci est touchant, émouvant, souvent poignant, j’avoue ceci dit avoir été plus sensible à « La nuit de l’erreur » et surtout à « L’enfant de sable » plus forts, sans doute moins imprégnés du devoir et du besoin d’hommage, mais dotés d’un pouvoir évocateur plus intense.

Sur ma mère - Tahar Ben Jelloun - Gallimard 270 pages

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22/02/2008

LE CANAPE ROUGE – MICHELE LESBRE

f1b611857447020aaad0d019e713c751.jpgAnne est décidée à revoir l’homme qu’elle a aimé jadis. Ils ne se sont pas revus, ils ne se sont plus écrit, mais Anne prend le train jusqu’à Irkoutsk où Gyl s'est exilé.

 

Elle a laissé Clémence derrière elle. Clémence à qui elle lit tous les jours les destins de femmes exceptionnelles, exaltées, passionnées. Clémence qui hante son voyage et ses pensées. Clémence assise sur son canapé rouge, Clémence habitée par son passé et des souvenirs qui s’estompent et s’effacent. Aspirés par la maladie ils ressurgissent en lambeaux épars de plus en plus fugaces.

 

Le rythme du roman est lent, aussi lent que ce train qui traverse la Sibérie , mais le voyage est serein, paisible, parsemé de souvenirs et de mélancolie.

 

Des moments de tendresse partagés avec Clémence (« J’aurai aimé la prendre dans mes bras, la détresse des corps vieillis qu’une main n’effleure, qu’aucun corps n’étreint, cette immense solitude de la chair qui est déjà un peu la mort, m’a toujours effrayée. Enfant, la peau de mes grand-mères me fascinait, je la touchais avec précautions, comme si je craignais de la froisser davantage, qu’elle se déchire sous mes doigts et que ma maladresse précipite une issue fatale. Celle de Clémence Barrot, fine et diaphane, me rappelait ses instants d’une infinie tendresse où je me perdais dans la géographie des rides et des veines bleues qui courraient sur les mains abîmées de ces femmes, petits ruisseaux buissonniers et palpitants. »), aux rencontres éphémères avec d’autres voyageurs (« Dans le compartiment, ils s’appelaient Tania, Vassili, Piotr, Vera, Boris, Vania. Parfois ils apparaissaient et disparaissaient sans qu’un mot ait pu être échangé. Tous n’étaient qu’ombres furtives, surtout la nuit, lorsque le train s’arrêtait quelque part, qu’ils allaient et venaient dans le mystère de leur vie. Les corps s’allongeaient discrètement puis s’esquivaient pour se perdre dans l’une de ces villes on l’on ne distinguait rien, seulement une vague ébauche surgissant de la pénombre ou du voile encore épais de l’aube. Un perpétuel mouvement rendait ainsi chaque rencontre fugitive et capitale à la fois. Leurs visages s’estompaient avec le temps, mais je gardais cette impression forte d’avoir approché des femmes et des hommes qui ne me quittaient plus ».) Anne ressuscite ses relations avec Gyl, avec d’autres hommes aussi, qu’elle a connus puis quittés.

 

Michèle Lesbre caresse ces souvenirs brumeux et cette nostalgie lumineuse. Elle les esquisse avec une délicatesse et une sensibilité exquises.

 

Quel talent a-t-elle pour nous faire vivre et ressentir cette affection profonde, intime, qui unit Anne et Clémence ! Ses phrases sont des fragments de poésie, aussi vaporeux que les souvenirs qui surgissent, uns à uns, pointant leur éclat, leur beauté et leur douceur.

 

Il y a une grâce et une luminosité sereines dans ce roman que l’on referme en frissonnant.

 

 

Le canapé rouge - Michèle Lesbre - Editions Sabine Weipieser, 145 pages

 

Merci à Clarabel et à Lily pour cette découverte. Bellesahi a aimé dès les premières pages.

 Sophie, Papillon, Sylire et Cathe l'ont lu aussi.

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